On appelle _Serre_ cette portion de veine qui, en vertu de
l'art. 2 de la paix de St. Jacques, faisait la propriété
acquise des arèniers et à laquelle il était sévèrement
interdit de toucher, afin que les
[14]
eaux ne fussent abattues d'une arène à l'autre au préjudice
des arèniers et sans autorité de justice. Les exploitans ou
plutôt les ouvriers mineurs disent communément _telles arènes
sont séparées par de telle et telle Serre, telle fosse est
établie dans les limites d'une telle telle arène_.
L'art. 2 de la paix de St. Jacques dit : "que quiconque a, ou
aura ses arènes menées d'ici à la dernière pièce de ses
acquets, il peut, pour la dite arène sauver, retenir tant de
charbon que la dite arène soit sauvée."
Pour être suffisante, une serre devait avoir 40 ou 50 poignées
d'épaisseur (13 à 17 pieds).
Ces serres sont à la mer d'eau de l'arène, ce qu'est une digue
à la superficie : c'est à cette digue que l'arène se termine,
c'est jusque là que s'étend son domaine; c'est encore là où
toute communication ultérieure, au préjudice de l'arène, est
un attentat non-seulement envers l'arènier, mais envers la
société entière.
Dans le rapport de la commission au corps législatif de la
France sur l'art. 29 de la loi du 21 avril 1810, le mot serre
est remplacé par celui _Desponte_.
L'arène Blavier, qui au _moyen d'une galerie d'écoulement_
(ici le mot galerie reçoit sa véritable acception) a sa
décharge dans la Meuse à Jemeppe et qui a pour collatérales
les deux arènes d'Ordenge et _Falloise et Borret_, la première
à l'occident qui lui est supérieure, la seconde à l'orient
qui lui est inférieure, n'a et n'a jamais pu avoir autre
séparation que les massifs de houille réservés pour _Serre_.
[15]
Au nord, et dans la commune d'Ans, cette même arène Blavier,
n'a jamais eu ni pu avoir autres séparations, autres limites,
avec l'arène franche du Val-St.-Lambert, qui domine cet
endroit, qu'une _serre semblable_ je dis _n'a jamais eu ni pu
avoir_ parce que dans la partie du bassin houiller où ces
arènes viennent respectivement aboutir en sens divers, il
n'existe ni failles ni limites souterraines qui aient pu
interrompre la marche des veines et présenter une barrière
naturelle à la pourchasse de ces arènes.
Il a donc fallu nécessairement les resserrer et les
circonscrire par des serres propres à garantir leur mer d'eau
de toute communication. Aussi ne puis-je concevoir comment on a
pu proposer il n'y a pas longtemps, dans des débats
judiciaires, d'établir la chaussée d'Ans, qui n'a été
tracée et commencée qu'en l'année 1716, pour ligne de
séparation entre les arènes de la Cité et de Messire Louis
Douffet. Indépendamment de ces arènes existaient plusieurs
siècles avant cette chaussée, c'est que jamais les limites des
arènes n'ont pu se reconnaître par des bornes superficielles.
Le cours et les limites des arènes se constatent; 1° par la
Série des paiemens que les exploitans ont faits aux arèniers;
2° par l'exécution successive des obligations auxquelles les
exploitans étaient tenus envers les arèniers; 3° par les
rapports, décisions et jugemens de la Cour des Voir-Jurés qui,
tout les quinze jours, devaient visiter les grandes
exploitations; 4° et enfin par le niveau d'eau qui fait
distinguer le district de chaque arène.
[16]
Ce niveau se montre à toutes les houillères dans tous les
ouvrages, dans tous les bures d'extraction, il s'y montre pour
signaler le bénéfice de l'arène et réclamer les droits de
l'arènier.
Ce que rapporte Mr. Leclercq dans son Mémoire en cause des
propriétaires de l'arène Blavier, contre les maîtres des
houillières de Gosson et Lagasse, page 8, est parfaitement
juste : "tous les bures enfoncés depuis plus d'un siècle dans
les limites et dans les terreins de la concession demandée par
les maîtres des houillères du Gosson et Lagasse, nous paient
le cens d'arène; elle domine donc tous ces terreins et par
conséquent ceux dans lesquels la fosse du Gosson est enfoncée
ainsi que toutes les fosses qu'ils voudront enfoncer encore dans
l'étendue de leur concession."
Mr Leclercq n'émet point ici un principe d'opinion; sa
proposition est étayée sur les Coutumes, les Edits et les
Records; elle a pour base une cause physique. Il serait en effet
impossible que tout au milieu d'une mer d'eau, vînt se placer
une nouvelle exploitation qui pût avoir un autre niveau que
cette mer d'eau. En supposant que le siège de cette nouvelle
exploitation se trouvât en _serre_ et en _terrein vierge_,
encore faudrait-il qu'en poussant les galeries, elle rencontrât
définitivement le niveau de l'arène dominante, et certe, cette
supposition d'un terrein vierge est aujourd'hui bien gratuite.