Une arène se construit d'autorité de justice au plus bas
niveau possible de la superficie, de manière cependant qu'à
son embouchure les eaux qui en découlent, puissent se jeter
dans la Meuse ou dans le ruisseau le plus proche.
Commencée à son oeil (embouchure), l'arène est poussée
jusqu'à la mine qui se présente la première, en observant
l'inclinaison nécessaire à l'écoulement des eaux. Ce point de
rencontre, s'appelle _Steppement_.
Dans l'étendue plus ou moins grande de l'oeil au _Steppement_,
il fallait non seulement traverser les propriétés
particulières, creuser des puits de distance en distance pour
procurer l'air aux travailleurs et en tirer les débris, percer
des rocs vifs et pénétrer enfin dans les entrailles de la
terre; mais il fallait encore lutter contre les caprices, les
tracasseries, la
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cupidité et la jalousie des hommes. Avec les uns il fallait
composer, transiger; avec les autres agir d'autorité de justice
: car l'intérêt privé cède rarement à la persuasion.
L'arène étant construite depuis son oeil jusqu'au
_Steppement_, l'arènier avait rempli sa tâche et se trouvait
_ipso facto_ en titre de jouir des droits, prérogatives et
privilèges de priorité que lui avaient promis, garantis et
assurés, les lois du pays, les édits du Prince et la
reconnaissance publique.
La construction des arènes a exigé des capitaux qui aux
treizième, quatorzième et quinzième siècles n'étaient point
à la disposition du commun des hommes. Aussi, dès 1439 le
tribunal des échevins de Liége déclare que _ceux qui avaient
enlevé arène et avant bouté l'avaient fait à leur très
grands coûts et dépens_.
Il résulte d'un rapport des Voir-Jurés du charbonnage en date
du 13 septembre 1740, (1) que l'arène de St-Hubert à Tilleur
est de 407 1/2 toises de sept pieds d'étendue donc de 2854
pieds et demi et qu'elle a 29 1/2 pieds de profondeur.
L'arène de Richonfontaine a son niveau à 68 mètres ou 232
pieds de la surface dans la bure et les ouvrages actuels de la
plomterie.
L'arène Blavier qui a son oeil à la Meuse à Jemeppe et qui,
à un gros quart de lieue de cet oeil, montre son niveau à la
houillère du Groumet, est à 40 toises ou 280 pieds de la
surface
(1) Je parlerai de cette cour au dernier chapitre.
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Ces citations suffisent pour démontrer pleinement que
l'entreprise des arènes n'étaient point à la portée du plus
grand nombre. Aussi vit-on figurer, parmi les arèniers
primitifs, non seulement les Princes de Liége, les bourgmestres
et les plus riches notables de la ville, mais encore les plus
riches abbayes du pays.
Afin que les arèniers ne pussent mutuellement se porter
préjudice; afin qu'ils pussent recueillir respectivement les
fruits de leur dévouement; afin surtout d'empêcher les
exploitans de porter préjudice à leurs droits, à leurs
prérogatives, chaque arène avait son district particulier et
circonscrit, soit par les _failles_ (roches qui, de la
profondeur s'élançant à la superficie, coupent toutes les
couches et rompent leurs marches,) soit par les serres que les
arèniers mettaient en réserve sous la Sauve-Garde des Lois,
pour la défense, la sûreté et la conservation des arènes.
Dans ce dernier cas, usant des droits que leur offrait la
législation et notamment l'art. 2 de la Paix de St. Jacques,
ils s'assuraient à l'extrême limite de leur arène, ou bien,
_à la dernière pièce de leur acquet_, des massifs de houille
auxquelsil était sévèrement interdit de toucher.
Si chaque arène n'eût eu que son domaine exclusif, s'il eût
été loisible à chacun d'ouvrir à quelque distance en aval,
l'oeil d'une nouvelle arène et y abattre les eaux de la
première, quel eût été le capitaliste qui se fût livré à
une entreprise aussi dispendieuse pour se voir enlever la
récompense de son dévouement et se voir spolier d'une manière
aussi déloyale?
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§ III