En faisant remonter au 12° siècle, l'extraction et la
consommation de la houille au pays de Liége, les historiens
anciens et modernes ont prétendu rapporter la découverte de ce
charbon fossile, les uns à l'indication d'un Ange, _Angelus_;
les autres aux notions d'un Anglais _Anglus_; ceux-ci à un
maréchal ferrant nommé Hullio; ceux-là à des suppositions
étimologiques : mais n'en a-t-il donc pas été de la
découverte de la houille comme de toutes les découvertes, où
le génie de l'homme est toujours étranger et dont le hasard
fait tous les frais.
Au lieu de chercher des causes surnaturelles, de faire des
suppositions plus ou moins gênées, pourquoi ne pas voir la
mine présenter son front à la superficie? pourquoi ne pas la
voir, selon l'expression du mineur liégeois, _Soper_ au jour? en
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cet endroit, elle se présente à nu; aucune plante végétale
ne la couvre : un pâtre y voit une place nette; il la choisit
pour y faire un feu. La houille s'allume, et sans recourir au
merveilleux le pâtre a découvert simultanément et la mine et
l'usage qu'il peut en faire. Un maréchal ferrant, chaufferait,
façonnerait le fer, serait occupé toute sa vie dans ses
travails, qu'il ne découvrirait pas la mine de houille. Si les
savoyards chaudronniers eussent au 12° siècle parcouru
l'Europe, rien de plus naturel que de les voir choisir une place
nette sur le front d'une couche de houille pour y établir leur
feu, leur soufflet et leur atelier. Et dans ce cas ils
pourraient contester non seulement au pâtre liégeois, mais à
nos merveilleux historiens, l'honneur de la découverte.
Revenons à l'époque connue des extractions, c'est-à-dire au
12° siècle. Alors nulle notion sur la disposition, le nombre
et la capacité des couches; ce dût être moins une extraction
qu'un pillage des veines supérieures. Alors nul autre moyen
d'exploitation qu'un puits qu'il fallait abandonner lorsque les
travaux étaient parvenus au point où le mineur manquait d'air.
On conçoit que ces travaux exécutés sans art, sans
connaissances, sans prévoyance aucune, ont laissé après eux
des vides souterrains que les eaux ont dû successivement
remplir.
Un siècle s'était à peine écoulé, que les eaux déjà se
trouvaient suspendues sur la tête des malheureux mineurs, et
rendaient les mines inaccessibles de toute part. Dès le
treizième siècle, le gouvernement et les
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exploitans eux-mêmes, reconnurent l'urgence et la nécessité
de se débarrasser des eaux qui inondaient les travaux
souterrains. Les cris de détresse des consommateurs fit de
cette nécessité une loi suprême. Dans ces circonstances
critiques, le gouvernement liégeois n'invoqua pas envain le
patriotisme des capitalistes, ceux-ci se dévouèrent et des
arènes se construisirent dans les divers districts houillers
sans qu'il en coûta une obole ni au gouvernement ni aux
exploitans.
§ II