VII

La baronne de Bergenheim! s’écria Marillac; ah! _birbante_, j’y suis

maintenant, et je pourrais te dispenser de la suite de ton histoire.

C’est donc pour cela qu’au lieu de visiter les bords du Rhin, comme

nous en étions convenus à Paris, tu m’as fait quitter la route

de Strasbourg, sous prétexte de parcourir pédestrement les sites

pittoresques des Vosges. C’est indigne d’abuser ainsi de l’innocence

d’un ami. Et moi qui me laisse amener à une lieue de Bergenheim par le

bout du nez...

—Paix, interrompit Gerfaut; je n’ai pas fini. Fume et écoute.

Je suivis Mme de Bergenheim jusqu’à Genève. Elle y était allée d’ici

avec sa tante et avait profité de ce voyage pour voir le mont Blanc.

Le lendemain de son retour, elle partit pour revenir chez elle, sans

que je l’eusse rencontrée de nouveau; mais j’avais son nom, qui ne

m’était pas inconnu. Je l’avais entendu prononcer dans quelques

maisons du faubourg Saint-Germain, et je savais que pendant l’hiver

j’aurais certainement l’occasion de la voir.

Je restai donc à Genève, livré à une sensation aussi nouvelle

qu’étrange. Son action se porta d’abord au cerveau, dont je sentis la

glace se fondre et les sources prêtes à jaillir. Je pris la plume avec

une passion semblable à un accès de rage. En quatre jours j’eus achevé

deux actes du drame que je faisais alors. Jamais je n’ai rien écrit de

plus nerveux et de plus coloré. Mon démon familier battait dans mes

artères, courait dans mon sang, bouillonnait sous les parois de mon

front comme s’il les eût voulu briser pour éclore plus vite. Ma main

ne répondait plus à la course de mon imagination, et pour suivre cette

cavale emportée, j’étais obligé d’écrire en hiéroglyphes.—Adieu les

rêveries creuses du spleen et les méditations à la Werther! Le ciel

était bleu, l’air pur, la vie bonne et heureuse. Mon talent n’était

pas mort.

Quand ce premier jet se fut ralenti, l’image de Mme de Bergenheim, que

j’avais à peine entrevue pendant ce temps, me revint sous une forme

moins vaporeuse; je pris un plaisir extrême à me rappeler les plus

petites circonstances de notre rencontre, les moindres détails de ses

traits, l’ensemble de sa toilette, sa manière de marcher ou de porter

la tête. Les choses dont j’avais conservé l’impression la plus vive

étaient la douceur extrême de ses grands yeux bruns, la vibration

presque enfantine de sa voix, une vague odeur d’héliotrope dont ses

cheveux étaient parfumés, enfin la pression de sa taille souple

sur mon bras et contre ma poitrine. Je me surprenais quelquefois à

m’étreindre moi-même pour me rendre cette dernière sensation, et alors

je ne pouvais m’empêcher de rire de ma préoccupation, digne d’un

amoureux de quinze ans.

J’étais si convaincu de mon impuissance d’aimer, que l’idée d’une

passion sérieuse ne me vint pas d’abord à l’esprit. Cependant, la

pensée de ma belle voyageuse grandissait de plus en plus dans mon

souvenir et menaçait de tout envahir. Je me soumis alors à une analyse

scrupuleuse; je cherchai le siège précis de ce sentiment dont je

subissais déjà le joug involontaire; pendant quelque temps encore,

je me persuadai que ce n’était là qu’une exaltation de mon cerveau,

une de ces ardeurs d’imagination dont j’avais éprouvé plus d’une fois

les titillations passagères. Mais bientôt je compris que le mal ou le

bien—car pourquoi nommer l’amour un mal?—avait pénétré dans les plus

nobles régions de mon être, et je sentis mon cœur s’agiter comme un

vivant enseveli qui cherche à sortir de sa tombe. Dans les cendres du

volcan que je croyais éteint, une fleur germa et s’épanouit soudain,

parfumée des odeurs les plus suaves, parée des couleurs les plus

charmantes. L’enthousiasme naïf, la foi dans l’amour, tout le brillant

cortège des fraîches illusions de la jeunesse revint comme par

enchantement saluer la nouvelle rose de ma vie; il me sembla moi-même

être créé une seconde fois, création au-dessus de la première,

puisque j’y assistais en intelligence, puisque j’en comprenais les

mystères en en savourant les délices. A l’aspect de cette destinée de

régénération, mon passé ne fut plus à mes yeux qu’une ombre au fond

d’un abîme. Je me tournai vers l’avenir avec la religion du musulman

qui s’agenouille en regardant l’Orient, et je pris en pitié mon

esprit, en pensant au cœur qui venait de m’être donné.—J’aimais!

Je revins à Paris, et je mis d’abord en réquisition Casorans, qui

connaît le faubourg Saint-Germain de Dan à Bersheba.

—Mme de Bergenheim, me dit-il, une femme à la mode, pas très jolie,

assez spirituelle, fort aimable. C’est une de nos coquettes à seize

quartiers de noblesse et à vingt-quatre carats de vertu, qui ont

toujours à leur char deux patients accouplés et un troisième sous

verge, sans qu’il soit possible de trouver mot à dire sur leur

conduite. En ce moment, Mauléon et d’Arzenac composent l’attelage; je

ne connais pas le sous verge.—Elle doit passer l’hiver ici chez sa

tante, Mlle de Corandeuil, une des plus laides et des plus méchantes

vieilles filles de la rue de Varennes.—Le mari est un brave garçon,

qui, depuis la révolution de Juillet, vit dans ses terres, coupe ses

bois et tue ses sangliers sans s’inquiéter autrement de sa femme.

Il me nomma ensuite les maisons que ces dames fréquentaient

principalement, et me quitta en me disant d’un air narquois:

—Tiens-toi bien si tu veux essayer la puissance de tes séductions sur

la petite baronne: qui s’y frotte s’y pique!

Ce renseignement, de la part d’une vipère comme Casorans, me satisfit

de toute manière. Évidemment la place n’était pas prise; imprenable,

c’était autre chose.

Avant le retour de Mme de Bergenheim, je commençai à me montrer assidu

dans les maisons dont mon ami m’avait parlé. Ma position au faubourg

Saint-Germain est singulière, mais bonne, à mon avis; j’y ai assez de

liens de famille pour être soutenu par plusieurs si je suis attaqué

par beaucoup, et c’est l’essentiel. Grâce à mes œuvres, je suis, il

est vrai, regardé comme un athée et un jacobin; à part ces deux petits

travers, on me trouve assez bien. Puis, comme il est notoire que j’ai

repoussé certaines avances du gouvernement actuel et refusé l’an

dernier la croix d’honneur, cela fait compensation et me lave à moitié

de mes crimes. De plus, je passe pour avoir une certaine érudition

en blason, que je dois à un de mes oncles, dénicheur déterminé de

prétentions généalogiques. Cela m’attire une considération dont je

ris quelquefois en voyant des personnes qui me détestent cordialement

me saluer comme le curé de Saint-Eustache saluait Bayle, de peur que

je ne tire à leur saint. D’ailleurs, en ce pays-là, je ne suis plus

Gerfaut de la Porte-Saint-Martin ou du libraire à la mode, je suis

le vicomte de Gerfaut.—Avec tes idées de bourgeois, tu ne comprends

peut-être pas...

—Bourgeois! cria Marillac en bondissant sur son fauteuil, qu’est-ce

que tu me chantes là? as-tu envie que demain nous allions nous couper

la gorge avant déjeuner? Bourgeois! pourquoi pas épicier? Je suis

artiste, entends-tu?

—Ne te fâche pas; je voulais dire qu’en certains lieux le titre de

vicomte a conservé une puissance de séduction que tu ne lui supposais

peut-être pas d’après tes idées artistiques, mais plébéiennes, de l’an

de grâce 1832.

—A la bonne heure.

—Aux yeux des personnes qui tiennent encore aux hochets nobiliaires,

et toutes les femmes sont du nombre, vicomte est une recommandation.

Il y a dans ce nom je ne sais quoi de fluet et de cavalier qui sied

très bien à un jeune célibataire. De tous les titres, duc hors ligne,

c’est celui qui a le meilleur air. Molière et Regnard ont fait tort

à marquis. Comte s’est furieusement embourgeoisaillé, grâce aux

sénateurs de l’empire. Quant à baron, à moins de s’appeler Montmorency

ou Beaufremont, c’est le galon de laine de la noblesse; vicomte, au

contraire, est sans reproche; il exhale un parfum mêlé d’ancien régime

et de jeune France; enfin Chateaubriand est vicomte.

Au faubourg Saint-Germain je suis donc vicomte d’abord, homme d’esprit

ensuite, à supposer que j’aie quelque esprit, comme veulent bien le

dire mes flatteurs. Je relie mes œuvres avec mes parchemins, je roule

mon talent dans mon titre comme une pilule un peu amère dans une

poudre sucrée. Voilà ma recette pour faire digérer les énormités de

mes abominations aux douairières et aux chevaliers de Coblentz.

En parlant gentilhommerie, je reviens à mon propos. Je feuilletais

un jour, par hasard, l’article de ma famille dans le Dictionnaire de

Saint-Allais; je trouvai qu’en 1569 un de mes ancêtres, Christophe de

Gerfaut, avait épousé une demoiselle Iolande de Corandeuil.

—O mon aïeul! ô mon aïeule! m’écriai-je, vous aviez d’étranges noms

de baptême; mais n’importe, je vous rends grâce. Vous allez me servir

de grappin d’abordage; je serai un grand maladroit si, à la première

rencontre, la vieille tante esquive le Christophe.

Quelques jours après, j’allai chez la marquise de Chameillan, une des

plus saintes maisons du noble faubourg. Quand j’y arrive, je suis

habitué à produire la sensation que causerait sans doute Belzébuth

s’il mettait le pied dans un des salons du paradis. Ce soir-là, je

fis mon effet ordinaire. Lorsqu’on m’annonça, je vis une certaine

ondulation de têtes dans les groupes des jeunes femmes qui se

parlaient à l’oreille, beaucoup de regards curieux fixés sur moi, et

parmi ces beaux yeux, deux plus beaux que tous les autres: c’étaient

ceux de la belle voyageuse du Montanvert.

J’échangeai avec elle un rapide regard, un seul; après avoir salué

la maîtresse de la maison, je me mêlai à la foule des hommes et

j’interrogeai un ex-pair sur je ne sais quelle question politique, en

évitant de regarder de nouveau du côté de Mme de Bergenheim.

Un moment après, Mme de Chameillan vint offrir au pair une carte pour

le whist; il s’excusa, ne pouvant rester.

—Je n’ose pas vous prier de faire la partie de Mlle de Corandeuil, me

dit-elle en se tournant vers moi; d’ailleurs, je n’entends pas assez

mal mes intérêts et le plaisir de ces dames, pour vous exiler à une

table de jeu.

Je pris la carte qu’elle m’offrait à demi, avec un empressement qui

dut lui faire supposer que j’étais devenu pendant mon voyage un petit

Bewerley.

Mlle de Corandeuil était bien la laide et revêche personne dont

m’avait parlé Casorans; mais eût-elle été plus effroyable que les

sorcières de Macbeth, j’étais décidé à faire sa conquête. Je commençai

donc à jouer avec une attention inaccoutumée. J’étais son partner, et

je connais par expérience l’horreur profonde qu’inspire aux vieilles

femmes la perte de leur argent. Jamais je n’ai souhaité de réussir

au jeu comme ce soir-là. Grâce au ciel, nous gagnâmes. Mlle de

Corandeuil, qui a quarante mille livres de rentes, n’était nullement

insensible à un bénéfice de deux ou trois louis. Ce fut donc avec un

air presque gracieux qu’en quittant la table elle me fit compliment

sur ma manière de jouer.

—Je contracterais volontiers avec vous, me dit-elle, une alliance

offensive et défensive.

—L’alliance est déjà contractée, mademoiselle, répondis-je, en prenant

la balle au bond.

—Comment cela, monsieur? reprit-elle en levant la tête d’un air de

dignité, comme si elle se fût apprêtée à repousser quelque phrase

impertinente.

Je me redressai gravement de mon côté et j’imprimai à mes traits une

physionomie féodale.

—Mademoiselle, je tiens à honneur d’appartenir à votre famille, d’un

peu loin à la vérité, et c’est ce qui me fait parler d’alliance

entre nous comme de chose déjà conclue. En 1569, un de mes ancêtres,

Christophe de Gerfaut, capitaine des arquebusiers du roi Charles IX,

épousa Mlle Iolande de Corandeuil, une de vos grand’tantes.

—Iolande est en effet un nom de ma famille, repartit la vieille fille

avec le sourire le plus affable que comportât son visage; je le porte

encore moi-même. Les Corandeuil, monsieur, n’ont jamais renié leurs

alliances, et c’est un plaisir pour moi de reconnaître ma parenté avec

un homme tel que vous. Nous traitons de cousins des alliés de 1300.

—Je suis plus rapproché de vous de trois siècles, repris-je à mon tour

d’une voix insinuante; puis-je espérer que cette bonne fortune sera à

vos yeux un titre qui m’autorise à vous présenter mes respects?

Mlle de Corandeuil répondit à ma tartuferie par une permission de

l’aller voir octroyée dans les termes les plus polis. Mon attention

n’était pas tellement absorbée par notre dialogue que je ne visse,

pendant ce temps, dans une glace, l’intérêt avec lequel Mme de

Bergenheim suivait de l’œil ma conversation avec sa tante; mais je

n’eus garde de me retourner et je la laissai partir sans lui adresser

un second regard.

Trois jours après, j’allai faire ma première visite. Mme de Bergenheim

reçut mon salut en femme prévenue, et par conséquent préparée. Nous

échangeâmes encore un seul regard rapide et profond, mais ce fut tout.

Profitant ensuite des visites assez nombreuses qui assuraient à chacun

sa liberté, je me mis à observer d’un œil exercé le terrain où je

venais de poser le pied.

Avant la fin de la soirée, j’avais reconnu la justesse des

renseignements de Casorans. Parmi tous les hommes qui étaient là, je

ne trouvai réellement que deux prétendants en titre: M. de Mauléon,

dont l’insignifiance était notoire, et M. d’Arzenac, qui, au premier

coup d’œil, pouvait paraître plus dangereux. Grâce à une centaine de

mille livres de rentes, d’Arzenac, homme de qualité d’ailleurs, jouit

dans le monde d’une des plus belles positions qu’on puisse désirer;

il n’est au-dessous ni de son nom ni de sa fortune; irréprochable

dans ses mœurs comme dans ses manières; suffisamment instruit; d’une

politesse exquise, mais réservée; connaissant parfaitement le terrain

qu’il pratiquait; faisant, avec cela, plus de frais auprès des femmes

qu’il n’est d’usage parmi les pachas de la jeune France, il était,

sans contredit, la fleur des pois du salon de Mlle de Corandeuil.

Malgré tous ces avantages, un examen attentif me démontra que sa

position était désespérée. Mme de Bergenheim le recevait fort bien,

trop bien. Elle l’écoutait ordinairement avec un sourire, dans lequel

on pouvait lire un certain degré de reconnaissance pour les attentions

qu’il lui prodiguait. Elle le voyait volontiers à sa suite au bois de

Boulogne, car il est fort beau cavalier; enfin, il était son partner

favori pour le galop, qu’il danse avec une perfection hongroise. Là

s’arrêtaient ses succès.

Au bout de quelques jours, le terrain étant scrupuleusement exploré,

et les prétendants, grands ou petits, passés au crible l’un après

l’autre, il me fut prouvé que Clémence n’aimait personne.

—Elle m’aimera, dis-je, le soir où ma conviction fut définitivement

arrêtée. Pour formuler d’une manière aussi tranchante

l’accomplissement de mon désir, je me fondais sur les propositions

suivantes, qui sont pour moi des articles de foi:

Aucune femme n’est infaillible,

L’amour seul préserve de l’amour.

Donc, la femme qui n’aime pas, et qui a résisté à neuf amants, cédera

au dixième.

Il ne s’agissait que d’être ce dixième. Ici commençait le problème à

résoudre.

Mme de Bergenheim n’était mariée que depuis trois ans; son mari,

jeune et de bonne mine, passait généralement pour le modèle des

époux: si ces dernières considérations avaient peu d’importance, la

première était d’un grand poids. Selon toute probabilité, il était

trop tôt. Sans être belle, elle plaisait beaucoup et à beaucoup;

second obstacle, la sensibilité chez les femmes se développant

presque toujours en raison inverse de leurs succès. Elle avait de

l’esprit; même observation. Elle était merveilleusement aristocrate.

Or je savais que si les grandes dames sont plus que toutes les

autres esclaves de leurs amants, elles se vengent volontiers sur

les aspirants de cette soumission au génie masculin. Enfin, fort

à la mode, fort courtisée, fort enviée, elle se trouvait sous la

surveillance spéciale des dévotes, des vieilles filles, des beautés

en retraite, en un mot de toute cette maréchaussée féminine, dont les

yeux, la bouche et les oreilles semblent avoir mission expresse de

désoler les cœurs sensibles, en veillant à la conservation des bonnes

mœurs.

Cette masse de difficultés, dont aucune ne m’échappait, plissait

mon front d’autant de rides que si j’eusse été chargé de résoudre

instantanément toutes les propositions d’Euclide. _Elle m’aimera!_ ces

mots flamboyaient sans cesse devant moi; mais le moyen d’atteindre

ce but? Nulle idée satisfaisante ne me venait. Les femmes sont si

capricieuses, si profondes, si indéchiffrables! Avec elles c’est chose

si tôt faite que de se perdre! une fausse démarche, une gaucherie, un

manque de tact ou d’intelligence, un quart d’heure trop tôt ou trop

tard! Une seule chose était évidente: il fallait un grand déploiement

de séductions, un plan complet de stratégie galante; mais lequel?

Il était loin de nous, ce paradis terrestre du Montanvert, où j’avais

pu, en moins de temps qu’il n’en faut pour une contredanse, l’exposer

à la mort, la sauver ensuite, et lui dire, pour conclusion: «Je

vous aime!» Dans les salons, la passion n’a pas ces allures libres

et dramatiques; à la lueur des bougies, les fleurs se flétrissent;

l’atmosphère des bals et des fêtes oppresse de sa tiédeur étouffante

le cœur, si prompt à se dilater à l’air pur des montagnes; à Paris,

l’inattendu et l’entraînement du glacier eussent été folie ou

inconvenance. Là-bas, peut-être, dès le premier jour, une naïve

sympathie, plus forte que les conventions sociales, nous eût faits,

l’un pour l’autre, Octave et Clémence. Ici, elle était la baronne de

Bergenheim, j’étais le vicomte de Gerfaut. Il me fallait forcément

rentrer dans la route ordinaire, commencer le roman par la première

page, sans savoir comment y rattacher le prologue.

Quel serait donc mon plan de campagne?

Me ferais-je homme aimable? chercherais-je à captiver son attention et

ses bonnes grâces par cette continuité de petits soins, de flatteries

délicates, d’assiduités habiles qui constituent ce qu’on appelle

classiquement l’art de faire sa cour? Mais d’Arzenac s’était emparé

de ce rôle et le remplissait avec une supériorité qui rendait toute

concurrence impraticable. Je voyais, d’ailleurs, où cela l’avait mené.

Pour enflammer ce cœur, il fallait une étincelle plus active qu’une

galanterie de dameret, qui flattait la vanité sans arriver jusqu’à

l’âme.

Il y avait le système passionné, l’amour ardent, dévorant et féroce.

Il est des femmes sur qui des soupirs convulsivement tirés du fond

de l’estomac, des sourcils froncés d’une manière fantastique, des

yeux dont on ne voit que le blanc, et qui semblent dire: Aime-moi,

ou je te tue! produisent un effet prodigieux. J’avais moi-même

éprouvé la puissance de cette fascination en l’exerçant un jour, par

désœuvrement, sur une bonne et blonde créature qui trouvait ravissant

d’avoir pour amant un Raoul barbe-bleue. Mais les coins un peu

abaissés de la bouche de Clémence renfermaient parfois une expression

d’ironie qui eût bravé Othello lui-même.

Elle a de l’esprit et elle le sait, me disais-je; l’attaquerai-je

par là? Les femmes aiment assez cette petite guerre; cela leur donne

l’occasion d’étaler un trésor de jolies mines, de bouderies piquantes,

de frais éclats de rire, de caprices gracieux dont elles connaissent

l’effet. Serai-je le Bénédict de cette Béatrix? Mais avec cela on ne

fait guère qu’un prologue, et je désirais fort arriver à l’épilogue.

Je passai successivement en revue les différentes routes qu’un

amant peut prendre pour arriver à son but; je récapitulai toutes

les méthodes plus ou moins infaillibles de séduction; en un mot, je

répétai ma théorie comme un lieutenant qui va commander l’école de

bataillon.—Quand j’eus fini, je me trouvai aussi peu avancé qu’au

commencement.

—Au diable les systèmes! m’écriai-je; je ne serai pas si dupe que

d’adopter avec préméditation un rôle de roué, tandis que je me sens

appelé à jouer au naturel celui d’amant. Sentir vaut mille fois mieux

qu’analyser. Fasse des expériences de Lovelace qui voudra! pour moi

j’aimerai; à tout prendre, c’est encore ce qu’il y a de mieux pour

plaire.—Et je sautai dans le torrent, la tête la première, sans plus

m’inquiéter du lieu d’abordage.

Tandis que je combinais mon attaque, Mme de Bergenheim s’était mise

sur ses gardes et avait fait de son côté des préparatifs de défense;

intriguée de ma réserve, qui contrastait singulièrement avec ma

conduite presque extravagante lors de notre première entrevue, son

intelligence de femme y avait pressenti un plan qu’elle se proposait

bien de déjouer. J’étais deviné en partie, mais je devinais tout à

fait: j’avais donc l’avantage.

Je ne pus m’empêcher de sourire en remarquant sa coquetterie

traîtresse, lorsque je me décidai à suivre naïvement les inspirations

de mon cœur, au lieu de choisir pour guide les calculs de mon esprit.

Chaque fois que je tenais sa main en dansant avec elle, je croyais

sentir une petite griffe prête à percer la peau glacée du gant. Mais,

en attendant l’égratignure, c’était patte de velours bien douce et

bien abandonnée; et moi, qui me prêtais de tout mon pouvoir à sa

tromperie, je ne me sentais pas trop dupe. Avec l’espèce d’éclat que

jetait sur moi une réputation bien ou mal méritée, il était évident

que je lui paraissais une conquête de quelque prix, une victime à

laquelle on ne pouvait trop prodiguer les fleurs pour l’amener jusqu’à

l’autel de l’immolation. Pour première chaîne autour de mon cou, le

Mauléon, le d’Arzenac et _tutti quanti_ me furent sacrifiés sans que

j’eusse besoin de solliciter d’un regard ce licenciement général.

J’interprétai comme je devais cette réforme. Je compris qu’on voulait

concentrer contre moi toutes les séductions, afin de ne me laisser

aucun moyen de salut; on négligeait les lièvres pour courre le cerf.

Tu voudras bien excuser ma fatuité.

Cette conduite me blessa d’abord, puis je la lui pardonnai, lorsqu’un

examen plus attentif m’eût appris à mieux connaître le caractère de

cette adorable femme. Chez elle, la coquetterie n’était pas un vice du

cœur ou une indélicatesse de l’esprit; c’était l’enfantillage d’une

âme inoccupée; n’ayant rien de mieux à faire, elle s’y livrait comme

à un passe-temps légitime, sans y mettre ni importance ni scrupule.

Comme toutes les femmes, elle aimait à plaire; ces succès étaient

doux à sa vanité; l’encens lui portait peut-être parfois à la tête,

mais, au milieu de ce tourbillon, son cœur restait dans une paix aussi

candide que parfaite. Elle trouvait si peu de danger pour elle-même

à ce jeu qu’elle jouait: il ne lui paraissait pas qu’il pût en avoir

de fort sérieux pour les autres, et peut-être ne s’en inquiétait-elle

guère. Les passions véritables ne sont pas tellement communes, par les

salons de Paris, qu’une jolie femme doive concevoir de fort grands

remords de plaire sans aimer. Le pistolet de Werther n’entre pas

d’ordinaire dans le mobilier des élégants du boulevard de Gand.

Mme de Bergenheim était donc coquette avec une ingénuité et une

confiance sans égales. N’ayant appris l’amour nulle part, pas même

de son mari, elle regardait son petit manège comme un droit de

son état, conquis le jour de ses noces, ainsi que les diamants et

les cachemires. Il y avait dans le timbre plus frais que touchant

de sa voix, dans l’innocence de ses grands yeux, qu’elle laissait

quelquefois reposer sur les miens sans songer à les détourner, dans

une sorte d’élasticité générale qui semblait marquer sa place à la

danse plus qu’au divan, enfin dans mille nuances fines et délicates

qu’un amant seul sait apprécier, quelque chose qui disait: je n’ai

jamais aimé. Pour moi, je le crus; on est si heureux de croire!

Loin de m’inquiéter du piège, j’y donnai au contraire tête baissée,

et je présentai mon front au joug avec une docilité dont elle dut, je

pense, se divertir; mais j’espérais bien ne pas être seul à le porter.

Une coquette qui se pavane froidement au soleil de ses triomphes

ressemble à ces maîtres nageurs qui font admirer aux spectateurs la

grâce de leurs poses; qu’un courant imprévu se rencontre, l’artiste

est entraîné, et noyé quelquefois, sans qu’il lui serve beaucoup de

faire la coupe avec élégance. Jetez Célimène dans le courant d’une

passion véritable—je n’entends pas la brutalité d’Alceste,—il est à

parier que la coquetterie sera emportée par l’amour; j’avais une telle

foi dans le mien, que je croyais pouvoir préciser le moment où je

commanderais à la victoire, sûr d’être obéi.

Tu sais que, l’hiver dernier, la tristesse et l’ennui étaient

d’étiquette dans un certain monde mis en deuil par la révolution

de Juillet. Les réunions étaient fort rares; il n’y avait ni bals

ni grandes soirées; c’est à peine si l’on se permettait de danser

au piano en petit comité. Une fois que je fus installé sur un pied

convenable dans le salon de Mlle de Corandeuil, cela me servit au lieu

de me nuire, en me donnant l’occasion de voir plus souvent Clémence

dans une espèce d’intimité.

Il serait trop long de te détailler ici les mille incidents qui

composent l’histoire de toutes les passions. Profitant de sa

coquetterie, qui la portait à me bien accueillir, pour me faire expier

ensuite mes succès, ma passion pour elle fut bientôt chose convenue

entre nous; elle m’écoutait en riant, en se moquant; mais enfin elle

ne me contestait pas le droit de parler. Elle avait fini par prendre

mes lettres, après avoir été contrainte de les recevoir par une foule

de stratagèmes où j’usais, en vérité, une imagination incroyable.

J’étais donc écouté et lu; je n’en demandais pas davantage.

Dès le premier instant, mon amour avait été son secret ainsi que le

mien; mais chaque jour je faisais étinceler à ses yeux quelque facette

inattendue de ce prisme aux mille couleurs. Même après lui avoir

répété cent fois combien je l’adorais, ma tendresse avait donc encore

pour elle l’attrait de l’inconnu. J’avais réellement au cœur quelque

chose d’intarissable, et j’étais sûr de l’enivrer à la fin de ce

philtre que je lui versais incessamment et qu’elle buvait en se jouant

comme un enfant.

Un jour, je la trouvai rêveuse. Pendant le moment très court où je

pus lui parler, elle ne me répondit pas avec son enjouement habituel;

l’expression de ses yeux était changée, leur éclat avait quelque chose

de plus intérieur et de moins rayonnant; au lieu de m’éblouir de leur

splendeur excessive, comme cela m’était quelquefois arrivé, il me

sembla qu’ils s’amollissaient en se fixant sur les miens et que mon

regard pénétrait leurs prunelles humides et attendries; elle tenait

les paupières un peu baissées, comme si elle eût éprouvé de la fatigue

à être ainsi contemplée par moi. En me parlant, sa voix avait une

vibration sourde et amortie, un je ne sais quoi indéfinissable dont la

langueur alla au fond de mon âme. Elle ne m’avait jamais regardé de

ces yeux, elle ne m’avait jamais parlé de cette voix. Ce jour-là, je

sus qu’elle m’aimait.

Je revins chez moi, le ciel dans le cœur, car je l’aimais aussi, cet

ange si séduisant; je l’aimais avec une tendresse dont je m’étais cru

incapable ou déchu. A la violence du sentiment dont j’étais pénétré,

je m’indignais de ces lieux communs qui veulent qu’on ne sache bien

aimer que la première fois, comme si le moment véritable de comprendre

la passion dans son immensité et dans ses nuances les plus subtiles

n’était pas à cette époque où la vie n’est plus un rêve et n’est

point encore un souvenir, où l’homme ne la voit ni devant ni derrière

lui, mais la sent en lui-même et l’use avec une sorte de rage, car il

sait combien est unique et fugitive dans l’existence cette période

qui porte toutes les facultés à l’apogée de leur force et de leur

plénitude.

Quand je revis Mme de Bergenheim, je la trouvai complètement changée

à mon égard: une gravité glaciale, un sérieux impassible, une fierté

ironique ou dédaigneuse, avaient remplacé l’abandon attractif de sa

première manière d’être. Malgré ma forte détermination d’aimer avec

candeur, il m’était impossible de revenir à l’âge heureux où les

sourcils froncés de la belle idole que l’on courtise vous inspirent

tout d’abord l’idée d’aller vous jeter à l’eau. Je ne pouvais m’isoler

de mon expérience. Mon cœur était rajeuni, mais ma tête était restée

vieille. Je ne me désespérai donc pas le moins du monde de ce

changement d’humeur et de la bourrasque qu’il me présageait. Depuis

longtemps je l’attendais, je la désirais. Ne faut-il pas traverser la

lune rousse pour atteindre le printemps?

Maintenant, me disais-je, la coquetterie est tournée, enlevée,

battue sur tous les points; il n’en sera plus guère question. On a

vu que la partie était un peu trop forte et que la campagne n’était

pas tenable. On va s’enfermer dans la place, pour s’y occuper de la

défense et non plus de l’attaque. Nous passons donc de la période

des sourires aimables, des doux regards, des demi-aveux, à celle de

l’effarouchement, de la sévérité, de la pruderie, en attendant les

remords et les désespoirs du dénouement. Je suis sûr qu’elle fait en

ce moment un appel complet de ses troupes de résistance. A partir

d’aujourd’hui, vont entrer en ligne le devoir, la fidélité conjugale,

l’honneur et autres beaux sentiments qui demanderaient un dénombrement

à la façon d’Homère. Au premier assaut, tous ces gros bataillons de

ménage vont faire une furieuse sortie; si je parviens à les culbuter

et à me loger dans les fossés de la place, il y aura alors convocation

de l’arrière-ban, et l’on fera pleuvoir sur ma tête, en guise de

pierres et de poix bouillante, la vertu, la religion, le ciel et

l’enfer.

—Tout le tremblement du _conjungo_, dit Marillac.

—Je calculai la puissance et la durée approximative de ces différents

moyens de défense. Le tout me parut une question de temps, dont,

à quelques jours près, on pouvait fixer le terme. Tant pour le

mari, tant pour le confesseur. Je méritais d’être souffleté pour ma

présomption; je le fus.

Pour une victoire, il faut un combat. Malgré tous mes efforts, toutes

mes ruses, toutes mes roueries en un mot, il me fut impossible

d’obtenir ce combat; je ne réussis pas même, malgré mes provocations,

à faire éclater la vertueuse bordée conjugale que j’attendais. Mme de

Bergenheim resta enveloppée dans sa réserve systématique, avec une

prudence et une habileté incroyables d’après son caractère. Pendant

toute la fin de l’hiver, je ne trouvai plus une seule fois l’occasion

de lui parler sans témoins. Comme j’avais fini par rendre tous les

soirs ma figure presque inamovible dans le salon de sa tante, elle n’y

venait jamais que lorsqu’il y avait déjà du monde; elle ne sortait

plus seule, et partout où je pouvais la rencontrer, j’étais sûr de

la voir établir entre nous un triple rempart de femmes, au milieu

desquelles il m’était impossible de lui adresser un mot. Enfin,

c’était une résistance désespérée, et pourtant elle m’aimait. Je

voyais ses joues pâlir insensiblement; ses yeux, si brillants, étaient

souvent cernés comme si le sommeil les eût fuis; quelquefois je les

surprenais attachés sur moi lorsqu’elle croyait n’être pas aperçue;

mais alors elle les détournait aussitôt.

Elle avait été coquette et indifférente, elle était maintenant

aimante, mais vertueuse. Je me donnais à tous les démons imaginables.

Le printemps était revenu. Un soir, j’allai chez Mlle de Corandeuil,

indisposée depuis quelques jours. Je fus reçu cependant, probablement

par une erreur du domestique. En entrant dans le salon j’aperçus Mme

de Bergenheim; elle était seule et brodait, assise sur un divan. Il

y avait plusieurs vases de fleurs dans les embrasures des fenêtres,

dont les rideaux ne laissaient pénétrer qu’un demi-jour mystérieux.

Ces parfums de camélias et d’héliotropes, cette espèce d’obscurité,

la solitude où je la trouvais, me portèrent à la tête un enivrement

soudain; je fus obligé de m’arrêter un instant pour apaiser le

battement de mon cœur.

Elle s’était levée en entendant prononcer mon nom; sans parler, sans

quitter sa broderie, elle me montra un fauteuil et se rassit; mais, au

lieu d’obéir, je me laissai tomber à genoux devant elle et je pris ses

deux mains, qu’elle ne retira pas. Il m’eût été impossible de lui dire

un autre mot avant: je t’aime! Je lui dis donc toute ma tendresse.

Oh! j’en suis sûr, mes paroles pénétrèrent jusqu’au fond de son âme,

car je les sentais brûler en sortant de la mienne. Elle m’écouta sans

m’interrompre, sans me répondre, le visage penché vers moi, comme si

elle eût respiré une fleur. Et quand je la suppliai de me parler,

quand j’implorai un seul mot, mais un mot de son cœur, elle retira une

de ses mains prisonnières et la posa sur mon front en le renversant

par ce geste si familier aux femmes. Elle me regarda longtemps ainsi;

ses yeux mouraient sous leurs paupières, et leur langueur était si

pénétrante qu’il vint un moment où je fermai les miens, ne pouvant

plus la supporter. La fascination de ce regard, le contact de sa main

sur mes cheveux, me plongèrent pendant un instant dans une torpeur

magnétique d’une volupté si douce que je désirais en mourir.

Un frisson qui la fit tressaillir, et dont je reçus la commotion

électrique, me réveilla. En ouvrant les yeux, je vis sa figure baignée

de larmes. Elle s’était jetée en arrière et me repoussait. Je me levai

avec impétuosité, je m’assis à ses côtés et je la pris dans mes bras.

—N’est-ce pas que je suis bien malheureuse? dit-elle. Et elle se

laissa tomber sur ma poitrine en sanglotant.

—Madame la comtesse de Pontiviers, annonça le domestique, que j’aurais

assassiné de grand cœur, ainsi que la bohémienne dont il était suivi.

Je n’ai plus revu à Paris Mme de Bergenheim. Le lendemain je fus

obligé d’aller à Bordeaux pour ce procès que tu connais. A mon retour,

au bout de trois semaines, elle était partie depuis longtemps. J’ai

appris, enfin, qu’elle était ici, et j’y suis venu. Voilà où en est

mon drame.

Maintenant, tu penses bien que je ne t’ai pas raconté cette longue

histoire pour le plaisir de te faire veiller jusqu’à une heure du

matin. J’ai voulu t’expliquer qu’il s’agit pour moi d’une chose

sérieuse, afin que tu ne refuses pas ce que j’ai à te demander.

—Je te vois venir, dit Marillac d’un air pensif.

—Tu connais Bergenheim, tu iras le voir demain. Il t’invitera à passer

quelques jours chez lui; tu resteras à dîner. Tu y verras Mlle de

Corandeuil, devant qui tu prononceras mon nom en parlant de notre

voyage pittoresque; et, avant le soir, ma vénérable cousine de 1569

m’aura envoyé une invitation d’aller la voir.

—J’aimerais mieux te rendre tout autre service que celui-là, répondit

l’artiste en se promenant à grands pas. Je sais bien que les

célibataires doivent, en toute circonstance, se soutenir contre les

maris; mais ça n’empêche pas que je n’aie un remords de conscience. Tu

sais que j’ai sauvé la vie à Bergenheim?

—Rassure-toi... Jusqu’à présent il ne court pas de fort grands

dangers. D’une pareille démarche il ne résultera probablement, pour

moi, que le petit plaisir de contrarier cette cruelle qui m’a défié

aujourd’hui. Est-ce convenu?

—Puisque tu le veux! Mais quand notre visite sera faite, nous

mettrons-nous à notre drame, ou ferons-nous la _Chaste Suzanne_,

opéra en trois actes? Car, enfin, avec ta passion, tu négliges

furieusement l’art.

—La _Chaste Suzanne_, et toute la Bible en vaudevilles, si tu

l’exiges. A demain donc.

—A demain!

[Illustration]

[Illustration]

Gerfaut · 第 16 / 48 题