Nous partons après demain. Que j’en suis heureuse! je me sens légère
comme l’oiseau qui ouvre ses ailes, gaie comme l’oiseau qui reprend sa
liberté. J’aurais fini par devenir morose comme la petite fermière de
Madame, un enfant de huit ans qu’on avait amenée au château pendant une
très grave maladie de sa mère.
Au bout de trois jours elle ne riait plus, au bout de quatre elle
parlait à peine, au bout de cinq elle pleurait.
--Mais mon enfant tu es bien soignée ici.
--C’est vrai, mais je voudrais retourner chez nous.
--Tu as une belle chambre, des jeux.
--C’est vrai, mais je voudrais retourner chez nous.
--Madame est bien bonne pour toi.
--Bien bonne, c’est vrai, mais je voudrais retourner chez nous.
Chère petite, elle ne voyait rien au-dessus de l’humble foyer qui était
son chez elle. Je comprends cela; moi aussi je suis bien soignée, j’ai
une jolie chambre, je ne fais que me promener, et pourtant j’aime mieux
travailler et retourner chez nous, chez nous en France.
Nous reviendrons par Douvres et Calais, j’en suis bien contente, je
préfère la vapeur sur terre à la vapeur sur mer.