LA RÉPONSE DE SIR GREY

Le secrétaire d'État aux Affaires étrangères répond ainsi à l'interview

récemment accordée par le chancelier allemand à un correspondant

américain:

«Il n'est pas étonnant que le chancelier allemand croit nécessaire

de donner de nouvelles explications au sujet de sa phrase désormais

historique sur le traité simple «chiffon de papier». La phrase a fait une

profonde impression parce que le progrès du monde dépend grandement

du respect des conventions entre individus et entre nations et que la

politique révélée par la phrase de Herr von Bethmann-Hollweg tend à

abaisser le niveau de la civilisation au point de vue légal et moral.

«Ce qu'a dit le chancelier allemand est ceci: l'Angleterre en exigeant

que l'Allemagne respecte la neutralité de la Belgique va faire la guerre

«seulement pour un mot, seulement pour un chiffon de papier», c'est-à-dire

que l'Angleterre faisait d'une taupinière une montagne. Il demande

maintenant aux Américains de croire qu'il voulait dire exactement le

contraire de ce qu'il a dit: Que c'est l'Angleterre qui en réalité

regardait la neutralité de la Belgique comme une bagatelle et que

l'Allemagne prenait au sérieux ses responsabilités envers les États

neutres.

«Les arguments par lesquels Herr von Bethmann-Hollweg cherche à asseoir sa

défense sont en flagrante contradiction avec les faits:

«Le chancelier allemand allègue que «l'Angleterre en 1911 était déterminée

à jeter des troupes en Belgique sans l'assentiment du Gouvernement belge».

Cette allégation est absolument fausse. Elle est basée sur certains

documents trouvés à Bruxelles qui ont trait à des conversations entre

officiers belges et anglais en 1906 et de nouveau en 1911. Le fait

qu'aucune trace de ces conversations ne se trouve ni au ministère des

Affaires étrangères anglais ni au ministère de la Guerre anglais montre

qu'elles avaient un caractère non officiel et qu'aucune convention

militaire d'aucune sorte eut été jamais faite entre les deux Gouvernements

[66].»

[Note 66: On pourrait ajouter que les Allemands ont falsifié le

document de 1911 en supprimant sa fin: voir _Comment les Belges résistent_

p. 42. (Note de J. M.)]

«Avant que ces conversations aient eu lieu entre officiers anglais

et belges, il avait été expressément établi du côté anglais que les

engagements devant résulter des événements militaires seraient rédigés de

telle sorte qu'en cas de nécessité l'assistance de l'Angleterre puisse

être donnée à la Belgique de la manière la plus efficace pour _la défense

de sa neutralité_; et du côté belge une note en marge du document

expliquait que _l'entrée des Anglais en Belgique aurait lieu seulement

après la violation de la neutralité par l'Allemagne_.

«Dans la conversation de 1911, l'officier belge dit à l'officier anglais:

«_C'est avec notre consentement seulement que vous pourrez entrer dans

notre pays_» et, en 1913, Sir Edward Grey donnait au Gouvernement belge

l'assurance catégorique que le Gouvernement britannique ne violerait pas

la neutralité belge; et qu'aussi longtemps qu'elle ne serait pas violée

par aucune autre puissance nous n'enverrions certainement pas nos troupes

dans son territoire.

«La manière du chancelier d'abuser de ce document peut être citée à ce

sujet:

«Il représente Sir Edward Grey comme disant qu«'il ne croyait pas que

l'Angleterre aurait pris une telle décision parce qu'il ne pensait pas que

l'opinion publique anglaise aurait approuvé une telle action». Ce que

Sir Edward Grey écrivait alors était: «Je disais que j'étais sûr que ce

Gouvernement ne violerait pas le premier la neutralité belge et que je

ne croyais pas qu'aucun Gouvernement britannique serait le premier à le

faire, ni que l'opinion publique d'ici approuverait jamais cela.»

La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 92 / 112 题