Dans le numéro du 25 mars 1913, la revue _Le Correspondant_ publiait une
étude intitulée: «Le premier des correspondants de guerre», contenant
l'histoire du célèbre Russell, correspondant du _Times_, sur les
principaux théâtres des diverses guerres survenues depuis un demi-siècle.
Au sujet de la guerre franco-allemande de 1870 et plus particulièrement de
l'incendie de Saint-Cloud, nous trouvons page 1211 ce qui suit:
«Russell, chargé de suivre la campagne, ne voulut pas voir brûler
Saint-Cloud, mais il eut les impressions toutes fraîches d'un de ses
collègues, le Dr Scoffern, correspondant occasionnel d'un journal
AMÉRICAIN. Celui-ci fut le seul civil qui se trouvait au château quand
l'incendie éclata. Il profitait d'une accalmie du bombardement pour
vérifier les dégâts causés par les obus.
«C'est seulement jeudi matin 17 octobre, dit-il, que je m'aventurai à
visiter le palais et je suis bien content de l'avoir fait et d'avoir vu
ces merveilles, même abîmées. Ce qu'il y avait de porcelaines, de lits, de
pendules, de statues, etc., vous pouvez vous l'imaginer, mais cela ne peut
se décrire. Le capitaine von Strautz, commandant du palais, m'avait donné
la permission de ramasser tout ce que je voudrais de porcelaines brisées;
je l'ai fait, ne me doutant guère que, quelques heures plus tard, nous
pourrions prendre autant de trésors que nous serions capables d'en
emporter.
«Vers 2 heures, comme nous dînions, nous entendîmes un craquement si près
qu'il nous étonne, quelque accoutumés que nous fussions à cette sorte de
bruit. «Le palais brûle», crie un homme de garde. Nous laissâmes là notre
champagne pour aller voir. C'était vrai, les flammes sortaient d'un
grenier... Je rédigeai une dépêche et l'expédiai. Puis nous revînmes à
notre champagne. «Messieurs, dit le capitaine von Strautz «avec solennité,
je suis le dernier commandant de Saint-Cloud. Allons tous «dans les grands
appartements. Nous en emporterons un dernier coup «d'oeil et un souvenir.
Prenez ce que vous voudrez: vins, tableaux, livres, «n'importe quoi.»
«J'y allai avec le lieutenant VON BISSING et le major von Glass; voyant
que je ne prenais rien pour moi, CES BONS CAMARADES ME PRESSÈRENT DE LE
FAIRE. «Ma position, parmi vous, est délicate, Messieurs, répondis-je; je
«ne prendrai rien qui ne me soit offert.» SI VOUS LES AVIEZ VUS!! De tous
côtés, de toutes les mains je recevais des objets aussi beaux que ceux
qu'aurait pu imaginer un conteur arabe. Hélas! la nuit venait, les
flammes et la fumée gagnaient. Les appartements du palais étaient un vrai
labyrinthe; je fus obligé d'abandonner des objets de grande valeur, car
je n'aurais jamais pu les sauver. Dehors toute la surface du gazon était
couverte de vases, de tableaux, de pendules, le tout éclairé par les feux
de bivouac, autour desquels passaient des soldats enveloppés de rideaux en
soie rouge, bleue, or, jaune, comme dans une pantomime. Un d'eux s'était
enroulé dans le couvre-pieds en soie de l'impératrice; un autre avait mis
cuire des pommes de terre dans une soupière en Sèvres, marquée aux armes
impériales.
«Près des deux tiers de la bibliothèque furent sauvés, mais comme il
pleuvait, les livres furent quelque peu endommagés. Je vous laisse à
penser ce que fut la fin de cette nuit; je ne puis le dépeindre.
«NOTE.--Russell suivit les opérations de la IIIe armée, grâce au bon
vouloir du général von Blumenthal, chef d'état-major. Von Bissing,
actuellement général de cavalerie, né le 30 janvier 1844, fit la campagne
de 1870 comme lieutenant adjudant près le commandement supérieur de la
IIIe armée.»
Sans commentaire.--La Belgique est gouvernée par le pillard de
Saint-Cloud!!!
(_La Libre Belgique_, n° 45, septembre 1915, p. 4, col. 1.)
Enfin, disons encore l'opinion excellente, et si juste, qu'on a de lui en
Allemagne:
La vérité en Allemagne.
Extrait du journal Allemand _Die Woche_, du 18 avril 1915:
«Mais l'homme qui fit merveille en Belgique est le sympathique freiherr
von Bissing, gouverneur général, qui sut se faire respecter par le peuple
belge, devenir populaire, et qui est à présent la vénération du peuple
belge.»
Oh! là! là!
(_La Libre Belgique_, n° 51, novembre 1915, p. 4, col. 2.)