TRADUCTION.

Or, c'est exactement cela que les généraux allemands déclarent s'être

passé à Louvain. Nous savons de façon certaine qu'une petite troupe

allemande fut effectivement défaite en dehors de Malines, et qu'elle

s'enfuit dans Louvain le soir même où la ville fut brûlée et dévastée. Les

Allemands affirment que la population de la ville se mit immédiatement à

«en finir avec les survivants», et qu'on tira des fenêtres et des toits.

Cet acte de folie mettrait le diable au corps de toute troupe de soldats,

et cela expliquerait comment, après un combat de vingt-quatre heures, la

malheureuse ville n'était plus qu'un amas de ruines. Lord Roberts, le plus

équitable et le plus doux des conquérants, ordonna à très juste titre

l'incendie de nombreuses fermes en Afrique australe, pour le même délit.

Si vous abattez à coups de fusil un soldat qui tente de vous tuer

loyalement par devant, feriez-vous moins au civil armé qui vous tire un

coup de fusil par derrière?

Votre, etc.

Un ancien membre libéral du Parlement.

On voit immédiatement que tout l'intérêt de l'affiche allemande s'effondre

si le premier mot de la citation est inexact: Lorsque la population...

Or, le feuillet 3 du _Bureau des deutschen Handelstages, Berlin_, reçu

par plusieurs maisons de commerce bruxelloises (voir plus loin, p. 43),

reproduit aussi l'extrait de _Frankfurter Zeitung_; mais au lieu de dire:

«Lorsque la population urbaine...», le feuillet de propagande dit: «Si la

population de Louvain...», ce qui est conforme au texte anglais. Accès de

sincérité digne d'être signalé pour son caractère exceptionnel.

La fausseté des affiches allemandes ne nous est en général démontrée que

longtemps après leur publication. Mais une autre de leurs qualités, la

niaiserie, nous frappe tout de suite. Voici, à titre d'exemple, la copie

d'une affiche devant laquelle les Bruxellois s'égayaient le 11 septembre

1914:

Nouvelles publiées par le Gouvernement allemand.

Berlin, 6 septembre.

L'ambassade d'Autriche-Hongrie publie la dépêche suivante qui lui a

été transmise par le ministre des Affaires étrangères de Vienne:

«L'information russe au sujet de la bataille de Lemberg et de la prise

triomphale de cette ville est un mensonge. La ville ouverte de Lemberg a

été abandonnée par nous, sans combat, pour des raisons stratégiques et

humanitaires.»

Berlin, 8 septembre.

Le prince impérial, qui commandait en dernier lieu avec le grade de

colonel une division de la Garde, a été promu par l'Empereur au grade de

lieutenant-général.

Londres, 8 septembre (agence Reuter).

Une escadre allemande, composée de 2 croiseurs et 4 torpilleurs, a capturé

15 barques de pêcheurs anglaises, dans la mer du Nord, et conduit de

nombreux prisonniers à Wilhelmshafen.

Le _Times_ annonce que le croiseur allemand _Dresden_ a fait couler un

navire à charbon anglais sur la côte brésilienne. En outre, deux navires

de transport anglais auraient touché à des mines.

D'après des informations viennoises, deux croiseurs anglais gravement

endommagés se trouveraient dans le port d'Alexandrie; tous les deux

montrent de fortes traces de coups de feu.

Rome, 8 septembre.

Le cardinal Mercier, archevêque de Malines, qui se trouvait ici, est

reparti pour la Belgique avec un sauf-conduit en traversant les troupes

allemandes. Cette protection a été obtenue pour le cardinal par le

ministre de Prusse près le Vatican. Les informations contraires publiées

par la presse française, anglaise et belge sont donc contraires à la

vérité.

Breslau, 9 septembre.

Le commandant général du corps d'armée de Breslau publie ceci: «La

landwehr silésienne a livré hier un combat victorieux à la Garde impériale

du III° corps d'armée caucasien; nous avons fait prisonniers 17 officiers

et 1.000 hommes.»

Vienne, 9 septembre (communication officielle).

On apprend au sujet des récents combats déjà relatés de l'armée

autrichienne Dankl, contre laquelle l'ennemi (les Russes) avait amené par

chemin de fer des renforts considérables, que l'armée commandée par le

lieutenant-feld-maréchal Kestranck a repoussé avec de sanglantes pertes

une forte attaque russe. A cette occasion, 600 nouveaux prisonniers ont

été ramenés. A part cela, un calme relatif a régné hier sur le théâtre de

la guerre russo-autrichien.

Le Gouvernement militaire allemand.

On reste rêveur devant les «raisons humanitaires» de l'armée autrichienne,

qui se sont si éloquemment manifestées en Serbie, et devant l'activité de

l'escadre allemande qui «capture quinze barques de pêche». Ce qui nous

réjouit plus encore, ce fut d'apprendre que, malgré «les informations

contraires publiées par la presse française, anglaise et belge»,

le cardinal Mercier est revenu de Rome «en traversant les troupes

allemandes». Comme si nous n'avions pas tous lu le texte, imprimé et

répandu en cachette, du sermon prononcé par le cardinal au Havre, pendant

ce voyage de retour! Le Havre n'est pourtant pas sur le trajet de Rome à

Malines, en traversant les lignes allemandes.

Enfin, ce qui nous amusait aussi dans cette affiche, c'est qu'elle ne

soufflait mot de la bataille de la Marne, dont les péripéties nous étaient

connues par les journaux français introduits en fraude.

Tant par ce qu'elle raconte que par ce qu'elle tait, cette affiche est un

bon exemple des informations que l'autorité allemande fait placarder sur

nos murs. Quelle opinion les gouvernants de l'Allemagne ont-ils donc de

l'intelligence de leurs propres concitoyens, pour penser nous égarer par

de semblables inepties.

Quand les affiches sortent du genre niais, c'est d'ordinaire pour tomber

dans l'impudence, par exemple celle où von Hindenburg déclare que «plus

la guerre est cruellement menée, moins elle le sera en réalité, parce que

d'autant plus tôt elle sera finie» (20 novembre 1914), ou celle où M. Fox

dit n'avoir pas remarqué de «cruauté inutile» (26 avril 1915):

Pfui!!!

Il faut rendre cette justice aux Allemands que certains commencent à avoir

honte des atrocités commises par l'armée de la «Kultur». Ils se donnent

une peine incroyable pour les nier ou les excuser. Ils sont vexés de

voir que tout le monde, en dehors de leurs alliés, les massacreurs

des Arméniens, les met au ban de la société. Eh quoi? Une «Kultur» si

enviable, si vantée, si supérieure, produire des fruits pareils! Non, non,

il ne faut pas se lasser de mentir et de démentir. Tous les témoignages

tendant à innocenter les Allemands, si osés qu'ils soient, doivent être

soigneusement recueillis et mis en lumière. Voici ce que le Freiherr von

Bissing, gouverneur général de Belgique, qui est cependant au courant

des cruautés des _Gott mit Uns_, a eu dernièrement l'impudence de faire

placarder sur les murs de la capitale:

«Un certain Edward Fox, journaliste américain, homme sincère (oh!

combien!), qui a parcouru les fronts à l'Est et à l'Ouest, n'a pu

constater, en dépit de ses sérieuses recherches, un seul acte de cruauté

inutile commis par les Allemands.»

Ce digne homme peut se vanter d'être un reporter de tout premier ordre!

Par contre, il affirme que les Russes ont assassiné, violé, incendié

partout, d'une façon impossible à décrire. Comment, un homme qui a de si

bons yeux lorsqu'il s'agit des Russes, est-il aveugle comme une taupe

lorsqu'il s'agit des Teutons? Par quel miracle d'illusion d'optique

avons-nous pu croire, nous autres Belges, que nos villes ont été

incendiées, nos fermes détruites, nos concitoyens fusillés, nos femmes,

nos filles, nos religieuses outragées, nos maisons pillées? Nous aurons

sans doute mal vu, car le Fox, qui est un animal clairvoyant, n'a rien

constaté de semblable! Que le Freiherr von Bissing fasse placarder ses

affiches menteuses en Allemagne ou dans les pays neutres, soit, il y

trouvera peut-être quelque crédit; mais ici, en Belgique, à Visé, à

Dinant, à Andenne, à Battice, à Tamines, à Termonde, à Aerschot, à Louvain

et dans maints autres lieux, témoins des forfaits de la «Kultur»! Allons

donc!

Le Freiherr s'en rend compte. Sachant bien qu'il ne lui est pas possible

de nous faire prendre ses vessies pour des lanternes, il ajoute comme

restrictif, au mot «cruautés», le mot «inutiles». Il y a donc des

cruautés _utiles_. Dans son idée, ce mot sauve tout.--Vous vous plaignez

d'atrocités? Elles étaient utiles, cher Monsieur. Les _Gott mit Uns_ ont

assassiné des hommes, des femmes, des vieillards inoffensifs: _cruautés

utiles!_ Ils ont outragé des femmes et des jeunes filles: _cruautés

utiles!_ Ils se sont emparés de civils innocents, les ont brutalement

emmenés en captivité où ils ont été traités inhumainement: _cruautés

utiles!_ Que diriez-vous, Herr Baron von Bissing, si, en 1916, nos

soldats allaient promener la torche en Allemagne? Appelleriez-vous ces

représailles des «cruautés utiles»?

(_La Libre Belgique_, n° 21, mai 1915, p. 4, col. 1.)

D'autres affiches sont doublement instructives, en ce qu'elles nous

révèlent l'existence de livres dont l'importation est prohibée: nous nous

empressons alors de nous les procurer par fraude. Ainsi, celle du 21 juin

1915 nous annonçait l'apparition du livre _La Guerre allemande et le

Catholicisme_:

Nouvelles publiées par le Gouvernement général allemand.

Cologne, 21 juin.

On mande à la _Kölnische Volkszeitung_:

Les cardinaux allemands von Bettinger (Munich) et von Hartmann (Cologne)

ont adressé la dépêche suivante à l'Empereur: «Révoltés des diffamations

dont la patrie allemande et sa glorieuse armée ont été l'objet dans le

livre: _La Guerre allemande et le Catholicisme_, nous éprouvons le besoin

d'exprimer à Votre Majesté la douloureuse indignation de tout l'épiscopat

allemand. Nous ne manquerons pas d'adresser une plainte au Souverain

Pontife.» L'archevêque de Cologne a reçu la réponse suivante: «Je

vous remercie vivement, vous et le cardinal Bettinger, des sentiments

d'indignation que vous m'avez exprimés au nom de l'épiscopat allemand au

sujet des honteuses calomnies que certains écrivains répandent sur l'armée

et le peuple allemands. Ces attaques, elles aussi, viennent se briser

contre la force morale et la bonne conscience du peuple allemand défendant

la juste cause, et elles retombent sur leurs auteurs.»

_Le Gouvernement général en Belgique._

La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 32 / 112 题