Depuis le printemps 1916, les Belges utilisent un nouveau moyen de
transport de publications prohibées: l'avion.
De petites feuilles «volantes» (_Le Clairon du Roi, supplément aérien de
La Libre Belgique_) sont imprimées à l'étranger et lancées sur les villes
belges par nos aviateurs. Elles donnent chaque mois, en français et en
flamand, des nouvelles de la guerre. Inutile de dire que les Allemands
font tout au monde pour empêcher nos compatriotes de saisir et de propager
ces communiqués. Ainsi, l'aéroplane qui survola, à la fin de juin 1916, la
région d'Anvers et de Saint-Nicolas, avait semé des quantités de petits
papiers; pendant plusieurs jours des patrouilles de cavalerie parcoururent
le pays, arrêtant et fouillant tous ceux qu'on pouvait soupçonner de
transporter des journaux tombés du ciel.
Le mercredi 6 septembre 1916, le lieutenant C... et l'adjudant M...
versèrent une pluie bienfaisante de suppléments aériens de _La Libre
Belgique_ sur les promeneurs de la Porte de Namur et de la Grand'Place, à
Bruxelles.
A la suite de cette visite, les habitants des boulevards voisins de la
Porte de Namur ont été punis: ils doivent être rentrés à 20h 30 et rester
chez eux sans lumière. Comme cette perspective pourrait ne pas être
suffisamment désagréable pour empêcher les Bruxellois d'aller ramasser les
papiers distribués par les aviateurs, les Allemands ont imaginé un système
plus radical: ils lancent contre les aéroplanes des shrapnells qui
n'éclatent pas en l'air, mais au moment où ils retombent près du sol.
Beaucoup de curieux ont été tués et blessés de cette manière lors du raid
du 27 septembre 1916.