M. Quaden fut arrêté comme responsable, bien qu'innocent, et condamné.

(_Le Courrier de l'Armée_, n° 245, 30 mars 1916, p. 4, col. 1.)

Plus tard, en juin 1916, M. Préherbu, juge de paix de Schaerbeek, a été

suspendu de ses fonctions, pour avoir été trouvé détenteur du numéro du

journal exécré.

Deux remarques au sujet de ces arrêtés:

_a_) Dans le domaine, essentiellement civil, des délits de presse, ce

sont les autorités militaires ou les tribunaux militaires qui sont seuls

compétents et qui condamnent «conformément à la loi martiale»[16]; cela

signifie qu'il n'y a ni publicité des débats ni recours contre les

jugements. Oh! «le respect des lois en vigueur dans le pays» exigé par

l'article 43 du règlement annexé à la Convention de La Haye, un chiffon de

papier qui est en partie l'oeuvre des juristes allemands et qui porte leur

signature.

[Note 16: Il ne faut pas trop s'étonner de ce que les tribunaux

militaires jugent les délits de presse; à Anvers, c'est devant les

tribunaux militaires que comparaissent les restaurateurs coupables d'avoir

servi à leurs clients des pommes de terre épluchées d'avance!]

_b_) Chaque nouvel arrêté commine des peines plus fortes. Singulière

psychologie! Ils croient donc que les Belges qui n'ont pas été effrayés

par six mois de prison reculeront devant cinq années! A comparer avec la

prime offerte, dit-on, à celui qui ferait connaître les auteurs de _La

Libre Belgique_: 5.000 francs, puis 25.000 francs, puis 75.000 francs.

En province, les mêmes mesures sont prises contre les écrits non censurés.

Qu'il nous suffise de rappeler quelques arrêtés, déjà reproduits dans

_Comment les Belges résistent_... page 6 (à Spa), page 7 (à Louvain),

page 8 (à Namur), page 17 (à Anvers).

Nous ne résistons pas au désir de réimprimer ici la joyeuse affiche

placardée à Liège, le 10 septembre 1915, en pleine bataille de la Marne.

A la population de Liège et de ses environs.

Vu les succès croissants des troupes allemandes, on ne comprend pas que

le peuple de Liège soit toujours assez crédule pour croire les nouvelles

frivoles et absurdes répandues par les fabriques de mensonges installées

à Liège. Ceux qui s'occupent de propager de telles nouvelles s'exposent à

être rigoureusement punis. Ils jouent un jeu dangereux en abusant de

la crédulité de leurs concitoyens et en les engageant à des actes

irréfléchis. La population raisonnable de Liège s'opposera d'elle-même à

toutes les tentatives de la sorte!

Autrement elle s'expose non seulement aux désillusions les plus graves,

mais encore à être ridiculisée aux yeux du monde intelligent.

VON KOLEWE,

_Lieutenant général et

Gouverneur allemand de la place de Liège_.

_Défense d'arracher ce placard ou de coller un autre dessus_.

La Presse Clandestine dans la Belgique Occupée · 第 26 / 112 题