Jusqu'ici n'étaient exposés aux sévérités des tribunaux militaires que
ceux qui s'occupent de propager les «écrits provocateurs». A partir du
5 février 1916, il est tout aussi criminel de les recevoir et de les
conserver.
Celui qui trouve _La Libre Belgique_ dans sa boîte aux lettres est donc
tenu de la brûler immédiatement!
Arrêté.
Quiconque possède des imprimés qui, contrairement aux prescriptions en
vigueur, ont été soustraits à l'examen de la censure, sera puni, soit
d'une peine d'emprisonnement de trois ans au plus et d'une amende pouvant
atteindre 3.000 marks, soit d'une de ces deux peines à l'exclusion de
l'autre, à moins que les circonstances ne prouvent que le détenteur n'est
pas coupable.
Les imprimés formant l'objet des infractions seront confisqués.
Ces infractions sont de la compétence des tribunaux ou autorités
militaires allemands.
Bruxelles, le 5 février 1916.
C'est sans doute à la suite de cet arrêté que fut condamné le propriétaire
d'un café de Liège:
_Liège_.--M. Adam Quaden, le propriétaire de la Taverne Britannique,
place Verte, vient d'être condamné par les tribunaux boches à quatre mois
de prison pour le fait suivant:
La Taverne Britannique, lieu de réunion de tous les vrais Liégeois, reçut
un jour la visite de quelques Allemands qui y procédèrent à une minutieuse
perquisition. On découvrit dans la loge du portier du café quelques
numéros de _La Libre Belgique_, que le portier reconnut avoir ramassés sur
une table, où un inconnu les avait déposés[15].
[Note 15: On peut se demander qui est cet inconnu. Était-ce peut-être
un agent provocateur? Ne pas oublier qu'à Liège même, en décembre 1914, de
nombreuses personnes ont été condamnées parce que des mouchards allemands
avaient déposé dans leur boîte aux lettres _Le Courrier de la Meuse_, de
Maestricht. (Note de J.M.)]