(_Lettre à part._)
Madame, par plusieurs et divers moyens j'ay essayé comme je pourrois
tirer du comte de Lestre et de milord de Burgley quelque notice de
l'intention que ceste princesse peut avoyr au mariage de Monseigneur
le Duc, et ilz m'ont assez signiffié qu'ilz y ont, de leur part, une
fort singullière affection; et m'ont encores touché aulcunes
particullarités, semblables à celles que les ambassadeurs vous ont
dictes de dellà, pour me monstrer que la dicte Dame ne le rejette pas,
et que ny elle ny eulx ne veulent qu'on en délaysse le propos, mays
ilz ne s'advancent pour cella d'ung seul mot qui ayt de quoy y fonder
une bonne espérance. Dont, pour les faire eslargir davantaige, je leur
ay dict que je me trouvois en grande perplexité comme vous debvoir
maintenant escripre de ce faict sur la venue de Mr de Montmorency, et
si je persuaderois Voz Majestez, ou bien les dissuaderois, de luy
donner charge d'en parler à la dicte Dame; car ne me sembloit estre de
la dignité d'elle qu'on luy ouvrît ung tel propos, si elle ne l'avoit
agréable, et encores moins de l'honneur du Roy de le luy faire
proposer, s'il en debvoit raporter une maulvaise responce. Dont les
supplioys de me donner advis comme m'y gouverner, sellon que Voz
Majestez m'avoient commandé d'y procéder tousjours, ainsy qu'ilz me le
conseilleroient; ce que je leur ay dict, à part l'ung de l'aultre. Et
tous deux m'ont rendu une mesmes responce: c'est que nul, soubz le
ciel, estoit plus propre que Mr de Montmorency pour bien acheminer ce
propos, et qu'en toutes sortes Voz Majestez Très Chrestiennes luy
debvoient donner charge qu'il en parlât à la dicte Dame, s'il trouvoit
que les choses y fussent bien disposées, en quoy ilz s'exhiberoient
ministres très oportuns premièrement vers elle, pour la persuader de
le bien recepvoir, et puis vers luy, pour l'advertyr en quel temps et
lieu, et par quelz argumentz il debvroit procéder; et que tout ce fait
debvoit estre entièrement remis jusques à sa venue. Dont j'estime,
Madame, qu'il est expédiant de cheminer en cella par les addresses
qu'ilz nous monstrent, et que mon dict sieur de Montmorency, sur ce
qui en a esté desjà pourparlé, et sur l'advancement que la présence du
pourtraict y aura peu adjouxter, y mette non seulement ung bon
fondement, mais qu'il en raporte à Vostre Majesté, quant il s'en
retournera, toute la conclusion de ce qui s'en doibt espérer. Sur ce,
etc.
Ce XIIIe jour de may 1572.