Sire, estant le Sr Cavalcanty arrivé à Grenvich le quatriesme de ce
moys, il y a séjourné, tout ce jour et le lendemein, pour avoir moyen
de bayser la mein à la Royne d'Angleterre, vers laquelle il m'a assuré
qu'il avoit faict de très bons offices; et ne luy avoit semblé, parmy
les propos qu'il luy avoit tenus, qu'il luy deût tayre le pourtraict:
dont en a depuis uzé comme il a cogneu estre expédiant. Et mon
secrettère est arrivé le mesme jour, avec la coppie du traicté et avec
les lettres et mémoyres, qu'il vous a pleu m'escripre du XIXe, XXe et
XXIIe du passé, sur lesquelles j'ay incontinent envoyé demander
audience; mays, parce que ce a esté sur le poinct que la dicte Dame
vouloit partyr de Grenvich pour venir en ceste ville commancer son
parlement, elle m'a pryé de vouloir avoir ung peu de pacience pour ung
jour ou deux. Et ainsy je n'ay esté jusques à mècredy dernier parler à
elle: qui l'ay trouvée en sa mayson de St Jammes au bout du parc de
Ouestmenster; où, après luy avoyr faict, de la part de Voz Majestez,
et de tous ceulx de vostre couronne la conjouyssance de la conclusion
du traicté; et que je luy ay heu présenté la lettre que Vostre Majesté
luy avoit envoyée, escripte et signée de vostre propre mein, toute
ouverte; et débatu fort amplement le poinct du XXXVIe article du dict
traicté; et puis percisté, aultant qu'il m'a esté possible, qu'elle
vous voulût envoyer Mr le comte de Lestre; je suis venu à luy parler
de l'advis que, par l'aultre dépesche, du XXVe du dict moys, Vostre
Majesté me commandoit de luy dire.
Qui ont esté tous propos, desquelz elle a prins une singullière
satisfaction en elle mesmes, et qui luy ont faict estimer (voyant les
choses procéder à tant de vrays signes de vostre droicte intention
vers elle) qu'elle avoit proprement trouvé le port de seureté et le
vray refuge qu'elle cerchoit en ses affères. Et de tant, Sire, que des
propos que je luy ay tenus, et de ceulx qu'elle m'a respondus, et de
la résolution que j'ay prins avec elle et avec les seigneurs de son
conseil, tant sur ce que dessus que sur le voyage des seigneurs que
Voz Majestez proposent d'envoyer mutuellement l'ung vers l'aultre,
ensemble de toutes aultres nouvelles d'icy, j'en ay baillé ample
instruction au Sr de Vassal, présent pourteur, je vous supplieray très
humblement, Sire, de le vouloir ouyr, et de trouver bon que je
descharge d'aultant la présente. Sur ce, etc.
Ce XIIIe jour de may 1572.