A LA ROYNE.

Madame, aux précédents inconvénients, qui sont survenus à la Royne

d'Escoce, cestuy cy, à ceste heure, ne luy est succédé petit, que

milord de Sethon, voulant repasser de Flandres en Escoce, ayt esté

jetté par tourmante en la coste de Suffolc, où, ayant prins le hazard

de descendre et de se conduyre par terre en habit déguysé jusques à

Lislebourg, il a pensé que son vaysseau, au premier bon vent, pourroit

bien faire voyle, et se conduyre aussi à Abredin, ou en quelque aultre

port de dellà; dont a layssé dedans ung sien page, avec ses papiers et

chiffres, qui, bientost après, ont esté saysis par les officiers du

lieu, qui sont allés recognoistre le dict vaysseau; lesquelz ont aussy

arresté les hommes, les monitions, les armes et aultres provisions,

qui y estoient, et ont apporté les dicts papiers en ceste cour, par

lesquelz semble que les affères de ceste pouvre princesse et sa

personne soient réduictz en plus grand danger que jamais. Dont, sur ce

que la Royne d'Angleterre escript maintenant à ses ambassadeurs de

remonstrer à Voz Majestez Très Chrestiennes, il est bien besoing,

Madame, qu'il vous playse leur y faire des responces si mesurées que,

n'aprouvant rien de ces menées de Flandres et mesmes de n'en estre

moins offancés que la Royne d'Angleterre, vous ne monstriés pourtant

de pouvoir trouver bon qu'on se preigne icy à la personne de la dicte

Royne d'Escoce, ny qu'on dresse armée pour courre sus à ceulx de

Lislebourg; et incister que le Roy, comme allyé principal de ceste

princesse et des siens, doibve toujour estre appellé en tout ce qui

s'entreprandra de ce costé là; et remonstrer que le voyage de Mr Du

Croc, avec ung aultre depputé de la Royne d'Angleterre, est plus

nécessaire que jamais, par dellà, tant pour interrompre ces praticques

de Flandres que pour establir ung bon accord entre les Escouçoys;

lesquelz ne fauldront d'y condescendre, de tous les deux partys, s'ilz

voyent que le Roy y concourre. Le dict Sr Du Croc attendra icy ce

qu'il plerra à Voz Majestez luy en mander par ce mien secrettère, qui

s'en retournera en dilligence; et si, d'avanture, Madame, il faut

qu'il repasse dellà pour prendre le chemin de la mer, il estime qu'il

sera très oportun qu'il face une course devers Voz Majestez pour

prendre nouvelles et plus certaines instructions sur tout ce qu'il

aura à faire pour ces nouveaulx cas survenus; en quoy n'interviendra

guyères que le retardement d'ung quinze jours. Sur ce, etc. Ce XVIIIe

jour de mars 1572.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 234 / 362 题