Madame, je n'avois jamais trouvé la Royne d'Angleterre si irritée
contre la Royne d'Escoce comme j'ay faict ceste foys pour
l'impression, qu'on luy a donné, que, naguières, par Ridolphy en
Flandres et par la duchesse de Férie en Espaigne, la dicte Dame luy
ayt pratiqué une nouvelle rébellion de ses subjectz, et une très
dangereuse guerre contre son estat; dont n'a peu bien prandre les
propos que j'ay heu à luy tenir pour la dicte Dame, encores que je les
luy aye dict en la plus gracieuse façon qu'il m'a esté possible, et
telle que les siens mesmes ont confessé que Voz Majestez ne se
pouvoient ranger à plus honneste party entre elles deux qu'à celluy
que luy offriez. Tant y a qu'il est advenu que, (encor que sur une
lettre du comte de Lenoz du XXe du passé, par laquelle il mandoit ne
pouvoir sans argent tenir plus longuement ensemble les forces qu'il
n'avoit joinctes qu'à certains jours, et demandoit pour ceste occasion
renfort de deniers ou d'hommes, il eust esté ordonné que milord de
Housdon yroit tout sur l'heure à Barvyc, pour mettre aulx champs
aultant de gens qu'il en pourroit soubdainement tirer des garnysons du
North, et, si cella ne suffizoit, d'en lever davantaige au dedans du
pays, pour incontinent les envoyer au dict de Lenoz), que la dicte
Dame, après m'avoir ouy, a retardé sa dellibération, retenant encores
icy le dict de Housdon; et ayant cependant envoyé le mareschal de
Barvyc en Escoce soubz umbre de paix, mais en effect pour les
pratiques que je mande en la lettre du Roy. Dont, Madame, l'ocasion,
qui semble se présenter bonne au dict pays, requiert d'estre
promptement aydée, ainsy qu'avez commancé de le faire, affin de ne la
laysser perdre ny passer, car ceulx cy ne veillent à rien tant qu'à
priver, s'ilz peuvent, le Roy, vostre filz, de l'alliance et auctorité
qu'il a en Escoce; et ne fays doubte qu'au retour du dict mareschal de
Barvyc, ilz ne poursuivent leur dellibération d'entreprendre quelque
chose par dellà.
L'évesque de Roz demeure toutjour resserré, mais j'entendz que la
Royne d'Angleterre commance de se modérer vers luy, et qu'elle
confesse qu'il n'a rien faict que comme bon serviteur de sa Mestresse.
Au regard de Ridolphy, l'on m'a mandé que, à la vérité, sa négligence
et la seurté, où il s'est trouvé dellà la mer, ont ruyné une très
honneste cause qu'il avoit en main, et qu'il fera bien de prandre
garde à luy, et ne molester plus ceulx qui sont de deçà, et que tout
ce qu'il a en Angleterre sera confisqué; et il y a d'assez bonnes
sommes de deniers, qui luy debvoient estre payées à temps. Sur ce,
etc. Ce IIe jour de juing 1571.