après leur avoir bien fort gratiffié leurs bonnes paroles, leur a
respondu:
Qu'ilz sçavoient bien que Monseigneur estoit catholique, prince
duquel l'honneur et la réputation de sa vertu ne pouvoit
comporter qu'il obmist rien des choses qui apartenoient à sa
religion, et que Dieu luy avoit formé la conscience dans un cueur
si ferme, si généreux et tant plein de magnanimité, qu'il
choysiroit plustost la mort que d'y avoir souffert nulle offance;
mesmes que la Royne, leur Mestresse, luy venoit de signifier
assés expressément qu'elle l'auroit en très mauvaise estime s'il
habandonnoit son Dieu, car craindroit qu'il l'abandonnast
bientost après à elle. Toutesfois Mon dict Seigneur ne requéroit
qu'on luy ottroyast aultre chose en cella, sinon de ne priver luy
et ses domestiques du libre exercice de leur religion, ce que si
on luy mettoit en difficulté, il auroit occasion de doubter assés
de tout le reste.
Et au surplus, encor que le Roy d'Espaigne, quant il espousa la
Royne Marie, fût aparant héritier de plus de royaulmes et
d'estatz que Monseigneur, il ne le passoit toutesfoys en nulle de
toutes les autres excellentes qualitez d'ung très grand et d'ung
très royal prince, et, possible, les avoit il, à ceste heure,
plus convenables à ce royaulme que n'avoit heu lors le dict Roy
d'Espaigne, qui n'estoit passé icy pour estre aulcunement
anglois, ains pour faire l'Angleterre sienne; et ilz voyoient
bien que Monseigneur se venoit tout donner à la Royne, leur
Mestresse, et à eulx, pour n'estre jamais aultre que tout à elle
et entièrement leur, par ainsy qu'il le failloit bien tretter,
luy donner ung bon et grand entretennement, et luy faire les
advantaiges que sa grande qualité et sa bonne intention
méritoient.