APRÈS CELLA,

par l'ordre que les dicts de Lestre et Burlay ont donné de

pouvoir secrectement, et quelquefoys de nuict, convenir

ensemble, en la mayson du jardin de Ouestmestre, l'on a tiré

d'eulx, non sans beaucoup de difficulté, les responces que le

dict Cavalcanty a emporté.

Sur lesquelles, ayant despuys esté faict par le dict de La Mothe

plusieurs vifves remonstrances à la dicte Dame, et pareillement à

iceulx de Lestre et de Burlay, pour y avoir de la modération,

elle et eulx se sont d'un costé si fermement persuadez que Leurs

Majestez Très Chrestiennes et Monseigneur s'en contanteroient,

(et de l'aultre ilz n'ont ozé, parce qu'ilz n'estoient que deux

du conseil à tretter l'affaire, s'eslargir davantaige), qu'il n'a

esté possible d'y rien plus obtenir pour ce coup; et a heu prou à

faire à icelluy de La Mothe, de persuader à la dicte Dame qu'elle

deust respondre à la lettre de Monseigneur, car disoit que la

plume luy tumberoit de la main, et ne sçauroit avec quel estille

luy parler, et que, par la lettre qu'elle escriproit à la Royne,

elle la prieroit de satisfaire pour elle vers luy, n'ayant

encores jamais escript à nul des aultres princes, qui avoient

prétendu de l'espouser, sinon une seulle foys à l'archiduc

Charles, en termes fort esloignez de mariage. Et néantmoins,

ayant enfin donné lieu à sa bonne vollonté, et à l'instance du

dict Sr de La Mothe, elle a faict responce à Mon dict Seigneur.

Et icelluy de La Mothe a adverty le dict Cavalcanty d'aulcunes

considérations, par lesquelles luy semble que la durté des

responces de ceulx cy se pourra modérer à l'honneur et

satisfaction de Mon dict Seigneur; dont sera bon d'essayer si le

Sr de Valsingan s'y vouldra condescendre, et se tenir ung peu

ferme en cella; mais, quant l'on ne pourra obtenir mieux, il

fauldra veoir de quoy l'on se pourra passer, et ne laysser pour

cella de conclurre, car, estant estably par deçà, il obtiendra de

ceste princesse et des siens encores plus que ce qu'il demande,

mais fault estre adverty que la froideur de dellà réchauffe ceulx

cy, et quant l'on y veoit de la challeur, ilz monstrent de se

refroydir: et semble aussi qu'il sera bon de ne les laysser

entrer en extraordinaires demandes, car ce ne seroit qu'une

longueur de négociation, si l'on leur en escoutoit une seulle, et

en admèneroient toujours d'aultres, qui enfin conduyroient

l'affaire en ropture.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 62 / 362 题