AU PARTIR DE LA DICTE DAME,

estant icelluy de La Mothe entré en conférance des dictes choses,

aulx mesmes termes que dessus, avec les dicts de Lestre et

Burlay, icelluy de Burlay, pour les deux, lui a respondu:

Que la grandeur de cest affaire se monstroit en ce qu'il estoit

question de joindre deux royalles personnes ensemble, et faire par ce

moyen la conjonction de deux grandz royaulmes, en quoy, puysque la

Royne, leur Mestresse, parmy la fidellité de tous ses aultres

conseillers, avoit choisy la leur, pour à eulx seulz commettre le

propos, ilz se sentoient très obligez de cercher ce qui seroit pour

son honneur, pour son proffict et encores pour sa conscience;

Qu'ilz confessoient qu'ilz luy avoient conseillé de se maryer, et,

quant ilz avoient veu que sa vollonté y estoit disposée, ilz l'y

avoient confortée davantaige comme à chose très honnorable pour elle,

et très nécessaire pour son royaulme, et encores utille à eulx deux,

et pleyne de louange à ses conseillers, et générallement desirée de

toutz ses subjectz; et en ce que le party se offroit avec Monsieur le

duc d'Anjou, prince fleurissant en beaulté, en jeunesse et en toutes

sortes de vertu, yssu d'un très illustre sang, et d'une des plus

royalles maysons de toute la terre, qui avoit ung très puyssant roy de

frère, et une très saige et très vertueuse royne de Mère, et luy

mesmes estoit très acomply en toutes sortes de perfection, ne failloit

doubter qu'ilz ne l'aprouvassent, qu'ilz ne le desirassent, et qu'ilz

ne remercyassent Dieu d'avoir réservé ung si grand heur à leur

Mestresse, laquelle, en tout le circuyt du monde, n'eut peu rencontrer

ung plus honnorable, ny plus convenable party que cestuy cy;

Et pourtant, sur la correspondance qui s'y voyoit desjà des deux

costez, et que, de celluy de la dicte Dame, ne failloit plus doubter

que la disposition n'y fût très bonne, comme fondée en honneur, en

utillité et possible en nécessité, et Mon dict seigneur d'Anjou cogneu

très desirable, (duquel ilz vouloient encores dire ce mot, qu'on

n'avoit jamais ouy une seule nouvelle de luy en ce royaulme, qui ne

fût à sa très grande louange), ilz jugeoient que le propos estoit pour

venir bientost à ung bien heureux acomplissement, si d'avanture la

durté d'aulcunes condicions, que le Sr Cavalcanty avoit apportées, n'y

donnoit empeschement.

Sur lesquelles ilz considéroient que la Royne, leur Mestresse, quant à

celles qui concernoient la religion, n'en pouvoit ny devoit ottroyer

pas une, qui peult offancer sa conscience ou troubler l'ordre de son

royaume, ny apporter escandalle à ses subjectz; et, quant aulx

aultres, qu'il importoit bien fort à sa réputation qu'on ne luy en

diminuât aulcune, de toutes celles qui avoient esté réservées à la feu

Royne Marie, sa sœur, par son contract de mariage avec le Roy

d'Espaigne.

Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Quatrième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 60 / 362 题