(1761-1836)
Adélaïde Filleul, veuve en premières noces du comte de Flahaut, mort
sur l'échafaud en 1793, née à Paris, écrivit pendant son exil des
romans qui furent accueillis avec grande faveur, comme présentant des
fines observations sur l'usage du monde, la conversation d'une société
distinguée.
_Adèle de Senange_ fut son premier début, suivirent _Émilie et
Alphonse_, _Charles et Marie_, _Eugène et Mathilde_, _la Duchesse de
Guise_; _Eugène de Rothelin_ roule sur l'habitude alors de sacrifier
les enfants à l'avenir de la famille; ainsi parle le héros:
Le fils aîné de M. d'Estouteville devait hériter de toute sa fortune;
le second, déjà chevalier de Malte, avait prononcé ses vœux; Mlle
d'Estouteville était chanoinesse et devait être nommée abbesse de
Remiremont, le premier de tous les chapitres nobles.
Lorsque je fus présenté à Mme d'Estouteville, sa fille était avec
elle. Sophie, grande, belle, avait cet air digne et noble qui semble
annoncer toutes les vertus; mais, à dix-huit ans, elle avait à peine
jeté un regard sur le monde et elle se croyait le droit de comparer,
de juger, d'avoir une opinion.
Près d'elle était Mlle d'Estaing; je la savais sans fortune; on la
disait malheureuse chez son oncle. En la voyant, je me rappelai les
conseils de mon père; ils me poursuivaient malgré moi, et tous les
mouvements d'Amélie attiraient mon attention. Elle avait une douceur
et une grâce particulières; sa figure, extrêmement blanche, mais un
peu pâle, offrait quelque chose de si pur, de si transparent, que
la moindre agitation la colorait.--Je ne doutais pas qu'Amélie fût
la femme que mon père aurait préférée; mais je me demandais si elle
ne m'avait pas paru trop séduisante. Sa timidité me rassura, un
sentiment secret me disait que ces yeux n'auraient jamais de colère;
que cette voix ne s'élèverait jamais jusqu'à la plainte.....