..... Plus un original est parfait dans le grand et dans le sublime,
plus il perd dans les copies, cela est certain. Il n'y a donc point
de poète qui perde tant qu'Homère dans une traduction où il n'est
pas possible de faire passer la force, l'harmonie, la noblesse, la
majesté de ses expressions, et de conserver l'âme qui est répandue
dans sa poésie et qui fait de tout son poème comme un corps vivant et
animé.
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On a dit: «Il faut traduire les poètes en vers pour conserver tout
le feu de la poésie.» Il n'y aurait assurément rien de mieux si on
le pouvait, mais de le croire possible, c'est une erreur, et qui, à
mon avis, peut être démontrée. J'ai osé l'avancer autrefois dans ma
Préface sur Anacréon, et depuis ce temps-là je me suis entièrement
confirmée dans mon sentiment...
Un traducteur peut dire en prose tout ce qu'Homère a dit; c'est ce
qu'il ne peut jamais faire en vers, surtout en notre langue, où il
faut nécessairement qu'il change, qu'il retranche, qu'il ajoute. Or,
ce qu'Homère a pensé et dit, quoique rendu plus simplement et moins
poétiquement qu'il ne l'a dit, vaut certainement mieux que tout ce
qu'on est forcé de lui prêter en le traduisant en vers.
Voilà une première raison; il y en a une autre: notre poésie n'est
pas capable de rendre toutes les beautés d'Homère et d'atteindre à
son élévation.
Elle pourra le suivre en quelques endroits choisis, elle attrapera
heureusement deux vers, quatre vers, six vers, comme M. Despréaux
l'a fait dans son _Longin_, et M. Racine dans quelques-unes de ses
tragédies, mais à la longue le tissu sera si faible qu'il n'y aura
rien de plus languissant...
Virgile disait «qu'il aurait été plus aisé d'arracher à Hercule sa
massue que de dérober un vers à Homère par l'imitation»; si Virgile
trouvait cela si difficile en sa langue, nous devons le trouver
impossible dans la nôtre.