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Mais nous avons encore deux choses qui nous sont particulières et
qui contribuent autant que tout le reste à la corruption du goust.
L'une, ce sont les spectacles licencieux qui combattent directement
les mœurs, et dont la poésie et la musique, également molles et
efféminées,
communiquent tout leur poison à l'âme et relâchent tous les nerfs de
l'esprit, de sorte que presque toute notre poésie d'aujourd'hui porte
ce caractère; l'autre, ce sont ces ouvrages fades et frivoles dont
j'ai parlé dans la Préface sur l'_Iliade_, ces faux poèmes épiques,
ces romans mêmes que l'_ignorance_ et l'_amour_ ont produit, et qui,
_métamorphosant les plus grands héros_ de l'antiquité en bourgeois
et damoiseaux[39], accoutument tellement les jeunes gens à ces faux
caractères qu'ils ne peuvent plus souffrir les vrais héros, s'ils ne
ressemblent à ces personnages bizarres et extravagants...
Notre poésie s'est aussi garantie de cette contagion; et n'est-elle
pas devenue la rivale de cette poésie grecque entre les mains des
grands poètes qui ont honoré le dernier siècle?
A signaler encore dans les causes de la corruption du goust la
mauvaise éducation, l'ignorance du maître, la paresse et la
négligence des jeunes gens...
[36] Ouvrage sur _les Femmes illustres_, de Mme la comtesse
Drohojowska, 1832.
[37] _Poésies d'Anacréon et de Sapho_, 1668. «En traduisant Anacréon
en notre langue, j'ai voulu donner aux dames le plaisir de lire le
plus joly et le plus galant poète grec que nous ayons», dit-elle dans
sa préface.
[38] Fragment de la Préface sur Horace.
[39] Qu'aurait dit Mme Dacier s'il lui avait été donné de voir nos
opérettes?