AVIS D'UNE MÈRE A SON FILS

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Voici, mon fils, quelques préceptes qui regardent les mœurs,

lisez-les sans peine. Ce ne sont pas des leçons sèches, qui sentent

l'autorité d'une mère: ce sont des avis que vous donne une amie, et

qui parlent du cœur.

Quelques soins que l'on prenne de l'éducation des enfans, elle est

toujours très imparfaite. Il faudroit, pour la rendre utile, avoir

d'excellens gouverneurs, et où les prendre? A peine les princes

peuvent-ils en avoir et se les conserver. Où trouve-t-on des hommes

assez au-dessus des autres pour être dignes de les conduire?

Cependant les premières années sont précieuses, puisqu'elles assurent

le mérite des autres.

Il n'y a que deux temps dans la vie où la vérité se

montre utilement à tous: dans la jeunesse pour nous instruire, dans

la vieillesse pour nous consoler.

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On peut beaucoup déplaire avec beaucoup d'esprit, lorsqu'on ne

s'applique qu'à chercher les défauts d'autrui et à les exposer au

grand jour. Pour ces sortes de gens, qui n'ont d'esprit qu'aux dépens

des autres, ils doivent penser qu'il n'y a point de vie assez pure

pour avoir droit de censurer celle d'autrui.

Il faut, s'il est possible, mon fils, être content de son état. Rien

de plus rare et de plus estimable que de trouver des personnes qui en

soient satisfaites; c'est notre faute. Il n'y a point de condition

si mauvaise qui n'ait un bon côté: chaque état a son point de vue,

il faut savoir s'y mettre; ce n'est pas la faute des situations,

c'est la nôtre. Nous avons bien plus à nous plaindre de notre humeur

que de la fortune. Nous imputons aux événemens les défauts qui ne

viennent que de notre chagrin. Le mal est en nous, ne le cherchons

pas ailleurs. En adoucissant notre humeur, souvent nous changeons

notre fortune. Il nous est bien plus aisé de nous ajuster aux choses

que d'ajuster les choses à nous. Souvent l'application à chercher

le remède irrite le mal; et l'imagination, d'intelligence avec la

douleur, l'accroît et la fortifie. L'attention aux malheurs les

rapproche en les tenant présents à l'âme. Une résistance inutile

retarde l'habitude qu'elle contracteroit avec son état. Il faut céder

aux malheurs. Renvoyez-les à la patience, c'est à elle seule à les

adoucir.

Il faut compter qu'il n'y a aucune condition qui n'ait ses peines;

c'est l'état de la vie humaine: rien de pur, tout est mêlé. C'est

vouloir s'affranchir de la loi commune que de prétendre à un bonheur

constant. Les personnes qui vous paroissent les plus heureuses, si

vous aviez compté avec leur fortune ou avec leur cœur, ne vous le

paroîtroient guère. Les plus élevés sont souvent les plus malheureux.

Avec de grands emplois et des maximes vulgaires, on est toujours

agité. C'est la raison qui ôte les soucis de l'âme, et non pas

les places. Si vous êtes sage, la fortune ne peut ni augmenter ni

diminuer votre bonheur.

Jugez par vous-même, et non par l'opinion d'autrui. Les malheurs et

les déréglemens viennent des faux jugemens; les faux jugemens, des

sentimens, et les sentimens, du commerce que l'on a avec les hommes;

vous en revenez toujours plus imparfait. Pour affoiblir l'impression

qu'ils font sur vous, et pour modérer vos désirs et vos chagrins,

songez que le temps emporte et vos peines et vos plaisirs; que chaque

instant, quelque jeune que vous soyez, vous enlève une partie de

vous-même.

Anthologie féminine · 第 105 / 537 题