(ANNE-THÉRÈSE DE MARQUENAT DE COURCELLES)
(1667-1733)
Les détails biographiques sur la marquise de Lambert ne font pas
défaut, et nous n'avons qu'à puiser à bonne source: dans une réédition
de ses œuvres par Jouaust.
M. de Lescure, dans une étude critique des plus intéressantes, fait
ressortir toute la sagesse et toute la vigueur mordante qui éclatent
dans ses ouvrages, dont les principales divisions: _Conseils à mon
fils, Conseils à ma fille, De l'Amitié, Réflexions sur la femme_,
forment un traité de morale et d'éducation des plus complets.
«La marquise de Lambert eut la première un salon dans ce XVIIIe siècle
où les femmes régnèrent par les salons. La première elle fut une
puissance sociale, littéraire, académique, dirigea la mode, régenta le
goût, imposa le ton, fit de l'éventail le sceptre de la conversation,
donna de ces dîners dont le billet d'invitation était un brevet de
réputation et d'influence. Hâtons-nous de le dire: si Mme de Lambert
fut une puissance, elle mérita de l'être. Son talent est resté pur
comme sa vie, son influence fut noble comme son cœur. Elle exerça sur
les mœurs de son temps un empire salutaire.
«Son histoire, qui est celle d'une femme sage et heureuse par la
sagesse, est courte, comme celle des gens heureux et sages, et peut
tenir en quelques lignes. Le drame de sa vie est tout intérieur.
«Enfant, elle se dérobait souvent aux plaisirs de son âge pour aller
lire en son particulier, et elle s'accoutuma dès lors de son propre
mouvement à faire de petits extraits de ce qui la frappait le plus.
«Sa mère s'était remariée à Bachaumont, qui fit l'éducation de la
petite fille.
«Fontenelle, qui fut un de ses meilleurs amis, dit que «sa maison était
la seule où l'on se trouvât pour se parler raisonnablement les uns aux
autres, et même avec esprit selon l'occasion»...
«Le duc de Nevers lui avait cédé à titre viager une aile du palais
Mazarin. Elle occupait l'extrémité de la galerie qui s'avance, vers la
rue Colbert, sur la rue de Richelieu, au nº 12. Elle recevait le mardi
et le mercredi de chaque semaine tous ceux qui avaient de l'esprit,
sans regarder à la fortune et à la noblesse, quoiqu'elle réunissait les
grands seigneurs aux beaux esprits.
Elle mourut à quatre-vingt-six ans.