[Note 186 : _La Géographie_, XV, 1907, p. 107. — _Id._, XVII,

1908, p. 111.]

[Note 187 : _Doc. Sc._, t. II, p. 672 et suiv.]

[Note 188 : Lemoine, _Bull. du Comité de l’Afr. fr._, janvier 1908,

p. 38-40.]

[Note 189 : Capitaine Friry, _Note sur la Géologie du Sénégal_,

p. 292, in _Bull. du Muséum_, 1908, no 6, p. 285-300.]

[Note 190 : _Rens. col. Bull. du Comité de l’Afr. fr._, juillet

1907, p. 173. — _La Géographie_, XVI, 1907, p. 376.]

[Note 191 : Les observations barométriques ont donné une différence

de niveau de 150 mètres entre la ligne de faîte du plateau et la

sebkha de Taoudenni.]

[Note 192 : _Koukchat_ = enveloppe, écorce.]

[Note 193 : Lacroix, _Bull. Soc. Française de Minéralogie_,

1908. — Gadel, _Revue Coloniale_, 1907, p. 351. — J’ai pris

aussi quelques renseignements dans une lettre du lieutenant F. de

Jonquières, et dans une note manuscrite du sergent Lacombe.]

[Note 194 : Peut-être y a-t-il un rapprochement à faire, au point

de vue clinique, entre le sel de Bilma et les roches éruptives

alcalines du centre africain ?]

[Note 195 : Teguidda voudrait dire source, d’après Jean, _Les

Touaregs du S.-E._, p. 135.]

[Note 196 : Gadel, _Notes sur l’Aïr_, p. 51. — Jean, _l. c._,

p. 136-137. — Rapport inédit de Posth.]

[Note 197 : Toutes les oasis du désert libyque (Fayoum, Baharia,

Farafra, Kharga) auraient une origine analogue. Par suite de

l’érosion, depuis l’Éocène, les calcaires à operculines,

assez résistants, ont disparu de toutes les parties hautes des

accidents anticlinaux, laissant à nu les terrains crétacés,

formés de roches tendres. Pendant la fin des temps tertiaires et

le début du Quaternaire, les roches, mises ainsi à découvert et

déjà disloquées par les actions tectoniques, auraient disparu

sous l’influence du ruissellement et, à l’époque actuelle,

du sable traîné par le vent. Ce dernier produirait maintenant les

effets les plus remarquables. Dans les cuvettes ainsi creusées se

sont établies les oasis.

Cette manière de voir, nettement indiquée à propos de Baharia, qui

est une dépression sans issue, [Beadnell, _Découvertes géologiques

récentes dans la vallée du Nil et le désert Libyen_, in VIIIe

_Congrès géologique_, Paris, 1900, p. 857] est encore reprise par

J. Ball [_Kharga Oasis : its topography and geology_, Cairo, 1900,

p. 100 et 101] ; cependant l’existence de galets et de tufs, avec

feuilles de _Quercus Ilex_, au fond de la dépression, est donnée

comme une preuve que l’érosion fluviale a commencé le travail ;

le vent n’a fait qu’agrandir la cuvette ; un peu plus tard, Ball

et Beadnell [_Baharia Oasis_, etc., Cairo, 1903, p. 72] reconnaissent

qu’un lac a joué un certain rôle dans l’affaire. Enfin Beadnell

[_The topography and geology of the Fayum province of Egypt_,

Cairo, 1905] donne (fig. 6, p. 67) la carte d’une rivière qui,

pendant l’Éocène supérieur et l’Oligocène, aboutissait au

Fayoum. Cette rivière passait à Baharia où elle s’épandait en

lac. Il semble donc que le gros travail a été fait par l’eau ;

le vent se serait chargé de déblayer les matériaux meubles et de

parachever la sculpture des falaises. Davis arrive à des conclusions

analogues pour les déserts américains [_Bull. Mus. Comp. Zoology_,

XXXVIII, 1901, p. 187-192 et XLII, 1903, p. 34].]

[Note 198 : L’âge koufique de cette inscription a, paraît-il,

été contesté ; elle serait récente. En tous cas, dès 1860,

elle était célèbre au Sahara et déjà considérée comme

ancienne. Croit-on qu’en France, un graffiti, tracé à l’ocre,

resterait pleinement lisible pendant plus d’un demi-siècle ?]

[Note 199 : Dans les dunes du Sahara où les variations de la

température superficielle sont considérables, il suffit de creuser

un trou de quelques centimètres pour trouver une température

sensiblement constante.]

CHAPITRE VIII

LE COMMERCE

Le commerce transsaharien. — Le commerce saharien. — L’avenir.

=Le commerce transsaharien.= — Il a été de mode, pendant

longtemps, de considérer le commerce transsaharien soit comme très

riche et assez important pour justifier l’établissement d’un

chemin de fer, soit au contraire comme très pauvre et parfaitement

négligeable. Les études de ces dernières années permettent, sinon

de mettre la question tout à fait au point, du moins de croire que

les échanges qui se font par caravanes à travers le désert ont

une importance suffisante pour justifier une étude attentive et

pour attirer l’attention du commerce français.

Autrefois le trafic saharien était très simple : la traite des

noirs en faisait la base ; les plumes d’autruche, l’or[200]

étaient l’objet de transactions insignifiantes et déjà Duveyrier

savait que la sécurité plus grande que le général Faidherbe avait

assurée à la voie du Sénégal, permettait à ces matières riches

de s’écouler par Saint-Louis.

La suppression de la traite qui ne subsiste plus guère qu’au sud

du Maroc et, beaucoup plus à l’est, entre l’Ouadaï et Ben

Ghazi, a depuis une trentaine d’années modifié complètement

les conditions du transit saharien.

Au commencement du XIXe siècle, le Niger était fréquenté par les

caravanes du Gourara qui fournissaient d’esclaves l’Algérie et

le Maroc.

Le Tidikelt commerçait avec l’Aïr et Kano ; le fait que de

nombreuses tribus de la région sont bilingues [cf. t. I, p. 307]

facilitait singulièrement les relations entre les Arabes du Sud

algérien et les Berbères du Soudan. Chaque année, les ksour seuls

d’In Salah envoyaient vers Kano une caravane de 500 chameaux portant

des étoffes algériennes. Ils ramenaient de 500 à 1000 esclaves

qui, payés 25 francs au Soudan, se vendaient 150 à In Salah. Les

vieillards du Tidikelt ont conservé le souvenir d’affaires encore

plus fructueuses : en 1853, un cheval, acheté 315 francs au Tidikelt,

fut échangé à Kano contre 40 négresses. Le voyage complet durait

six mois.

A cette époque, le Tidikelt avait de nombreux chameaux ; cependant

il devait parfois en louer au Touaregs de l’Ahaggar : le prix

était de 20 metkals d’or (125 fr.) jusqu’à Zinder ; c’est

encore à peu près le prix actuel[201].

Presque tous les ans, partant du Tafilala ou de l’oued Draa,

des rezzou vont encore jusqu’à Taoudenni enlever des esclaves ;

ils atteignent parfois le Timetrin ou l’Adr’ar’ des Ifor’as

et l’un d’eux a récemment menacé Tombouctou et Bemba. La

reconnaissance de l’Iguidi, celles des pistes qui, du Touat, mènent

au Djouf et de Taoudenni au Niger[202], permettent d’espérer

que ces actes de brigandage déjà peu fructueux deviendront de

plus en plus hasardeux et que les pillards, menacés d’avoir

leur retraite coupée, renonceront à ces coups de main dont la

rémunération ne serait plus suffisante. Il convient cependant de

remarquer qu’au voisinage de l’Atlantique les fusils à pierre

font place à des armes plus perfectionnées : le rezzou[203] que

les Taïtoq de l’Ahnet avaient lancé à la fin de 1906 contre

les tribus du Sahel a été presque entièrement détruit par les

fusils à tir rapide des Maures, qui, cette année même (1908),

nous ont fait éprouver des pertes cruelles.

Il semble par contre que, entre la Tripolitaine et l’Ouadaï[204],

l’antique commerce des esclaves a conservé toute son importance :

les noirs sont échangés contre des armes et des munitions de

guerre, destinées en majeure partie à l’Ouadaï et au Darfour ;

si nous n’y veillons, la situation peut devenir dangereuse pour

l’Angleterre comme pour nous[205].

Le commerce de Benghazi avec l’Ouadaï[206] et les régions voisines

de l’Afrique centrale est en progrès depuis quelques années ;

en 1905, les caravanes avaient transporté dans l’Ouadaï 300

charges de chameaux[207], consistant surtout en objets manufacturés

d’origine anglaise, en thé et en sucre ; leur valeur était de

218000 francs. En 1906, les statistiques des consuls ont compté 500

charges valant 363000 francs. On a de plus constaté, officiellement,

l’arrivée de 8000 fusils et revolvers à Benghazi en 1905,

et de 9000, en 1906 ; ces chiffres sont évidemment un minimum,

la contrebande de guerre ne se faisant pas habituellement au

grand jour. La plupart de ces armes sont dirigées sur l’Afrique

centrale. Sur une route différente, une caravane de 200 chameaux,

chargée d’armes et de munitions, était passée à Iférouane

peu de temps avant mon arrivée dans l’Aïr (sept. 1905). La

contre-partie de ces importations est formée surtout par le commerce

des esclaves.

Entre ces deux voies extrêmes qui échappent encore, au moins en

partie, à notre contrôle, il existe quelques autres pistes.

Celle de Mourzouk au Tchad par Bilma, très pénible, est délaissée

depuis quelques années : le pillage du Bornou par Rabah avait

appauvri son terminus et les fréquentes attaques des Tebbous et

des Ouled Sliman la rendaient trop peu sûre ; elle est si peu

fréquentée que le lieutenant Ayasse[208], pour sa reconnaissance

du Kaouar, (20 déc. 1904-4 février 1905), n’a pu trouver aucun

guide connaissant la piste de N’Guigmi à Bilma. L’occupation

de Bilma (1906) rendra à cette route une sécurité suffisante,

mais il est douteux que cette occupation puisse être maintenue ;

l’absence complète de pâturages dans la région y rend trop

onéreux l’entretien d’un peloton de méharistes, la seule arme

que l’on puisse utiliser dans le Tiniri.

Les échanges entre le Tidikelt et la région de Tombouctou sont

depuis quelques années peu importants.

Ils ont eu cependant leur période de prospérité pendant une

vingtaine d’années : vers 1840, la conquête de l’Algérie

avait partiellement fermé ce marché au commerce des esclaves. Les

caravaniers d’In Salah, renonçant à Kano, se tournèrent

alors vers R’adamés et agirent comme simples commanditaires de

négociants tripolitains dont ils transportaient les marchandises

à Tombouctou : ils touchaient 100 metkals d’or (625 fr.) pour le

transport de trois charges de R’adamés au Niger.

La prise de Tombouctou par El Hadj Omar et ses Toucouleurs (1861),

l’hostilité des Touaregs obligèrent les habitants du Tidikelt à

renoncer à ce commerce ; à cause des facilités de transport par

le Sénégal, le chemin de fer de Kayes à Koulikoro et le Niger,

facilités qu’accroîtra la ligne bientôt achevée de Thiès à

Kayes, il est douteux que la paix française puisse le faire revivre.

Une caravane de 68 chameaux, partie du Tidikelt, a fait une tentative

en 1904 ; elle a trouvé le marché de Tombouctou encombré de

marchandises venues par le fleuve.

Mabroucka, fondée il y a environ deux siècles par les Arabes

d’Araouan, a servi longtemps d’entrepôt aux caravanes de

Tombouctou au Touat ; elle a pu avoir une population d’un

millier d’habitants. Ce ksar a été détruit et pillé il y a

une dizaine d’années et comme il n’a plus de raison d’être,

il ne s’est pas relevé de ses ruines. Cauvin[209] qui l’a vu en

mai 1907, n’y a trouvé qu’un seul habitant, un vieux marabout

qui n’avait jamais voulu le quitter.

Restent les pistes qui, passant par l’Aïr, aboutissent aux États

haoussas (Zinder-Kano). Elles ont été récemment étudiées sur

place et les notes (Gadel, Dinaux, Métois) dont elles ont été

l’objet aboutissent aux mêmes conclusions, qui sont bien d’accord

avec les renseignements et les impressions que j’ai pu recueillir

dans l’Ahaggar, l’Aïr et à Zinder.

La plupart des caravanes qui aboutissent à Zinder et à Kano

partent de Tripoli où elles s’approvisionnent de produits anglais

dont Malte est le principal entrepôt[210]. Elles passent ensuite

par R’ât où les Turcs tiennent garnison. La neutralisation

injustifiée de Djanet, que le capitaine Touchard avait occupé

en 1905, nous rendra difficile la surveillance de cette voie qui

est importante. Du 1er janvier à la fin d’avril 1904, il est

passé à Djadjidouna (Damergou) 700000 francs de marchandises à

destination de Kano ; 300000 francs, de Zinder. Cette statistique,

arrêtée trop tôt, ne porte à peu près que sur le quart des

caravanes qui passent annuellement à Djadjidouna.

Une partie des marchandises (couvertures, burnous, etc.) provenait

de Tripolitaine ; les articles européens de qualité médiocre

(papiers, cotonnades, sucres, quincailleries, etc.) étaient de

fabrication anglaise, allemande ou italienne. La France n’était

représentée que par une centaine de francs de bougies [Jean,

_Les Touaregs du S.-E._, p. 47-48].

Pendant mon séjour à Iférouane (21 septembre-14 octobre 1905),

j’y ai vu passer chaque jour de petites caravanes d’une vingtaine

de chameaux. Le commandant Gadel, qui a pu faire, soit à Agadès,

soit à Zinder, des observations plus longues et contrôlées

par les statistiques des postes, donne les chiffres suivants :

les Arabes apportent environ 1300 charges[211] à Zinder et une

centaine à Tessaoua ; les articles principaux sont des cotonnades,

les allumettes, les bougies, le papier, quelques parfums, etc.,

le tout de provenance anglaise. De Zinder il part annuellement,

vers le nord, 1000 charges de filali[212], 15 d’ivoire et autant

de plumes d’autruche ; de Tessaoua, 150 charges de filali.

Les chiffres indiqués sont évidemment faibles ; ils suffiraient

à peine à assurer chaque année la charge d’un train de

marchandises : un chemin de fer transsaharien ne saurait être

envisagé autrement que comme instrument impérial. Malgré son

peu d’importance, ce trafic représente largement trois millions

sur lesquels les bénéfices sont considérables ; il ne peut que

s’accroître : depuis que nous assurons la paix à ces malheureuses

régions que ravageaient, il y a quelques années encore, les

conquérants noirs (Rabah a été vaincu et tué à Koussri le 22

avril 1900), la population se refait rapidement, les cultures se

développent et le commerce ne peut que suivre la même marche.

=Le commerce saharien.= — A côté de ce trafic direct entre la

Méditerranée et le Soudan, il existe à l’intérieur du Sahara

un commerce assez considérable.

Les Touaregs de l’Ahaggar sont obligés d’acheter au dehors des

dattes et des céréales que leur pays ne produit pas en quantité

suffisante. Chaque année, à l’automne, ils vont au Tidikelt

chercher des dattes qu’ils échangent contre du bétail (chameaux,

ânes et chèvres) ; ils achètent en même temps des cotonnades qui

leur servent surtout dans leur commerce avec le Soudan. D’autres

caravanes, à la même époque, vont dans l’Aïr et le Damergou,

parfois jusqu’au Zinder, acheter du mil qu’ils troquent contre

le sel d’Amadr’or et les cotonnades du Tidikelt. Ce commerce

annuel est le plus important, mais il n’est pas le seul. Presque

chaque mois, quelques Arabes du Tidikelt, des Ahl Azzi surtout,

passent à l’Ahaggar avec quelques chameaux : la cotonnade est

toujours le fond du chargement ; le sucre, un peu de verroterie

et de quincaillerie ne sont que des accessoires ; ils échangent

d’abord presque toutes leurs marchandises, dans les ar’erem,

contre des céréales, puis ils vont de campements en campements

vendre leur grain et leur pacotille contre des chèvres qu’ils

ramènent à In Salah.

Depuis que les tournées fréquentes des troupes du Tidikelt ont

rendu l’argent moins rare à l’Ahaggar, beaucoup de ces Ahl Azzi

préfèrent être payés en pièces de cinq francs.

Régulièrement aussi quelques Touaregs, appartenant surtout aux

tribus Isak’k’amaren, circulent entre l’Ahaggar, le Tidikelt,

R’ât et l’Aïr. Leur commerce porte surtout sur les produits de

l’industrie du Soudan : selles de méhari, filali, peaux de bouc,

vêtements brodés, et quelques objets de luxe achetés à R’ât.

Enfin quelques caravaniers vont jusqu’à l’Adr’ar’ des

Ifor’as, où, en dehors du bétail, ils trouvent du riz du Niger.

Plus au sud, il ne subsiste plus qu’une seule marchandise, le sel,

donnant lieu à des transactions importantes. En 1906, la grande

caravane du mois de mai, l’azalai, a apporté sur le marché

de Tombouctou 48000 barres de sel de Taoudenni (la barre pèse 40

kg.)[213] soit 12000 charges ; ce chiffre n’est qu’un minimum,

l’impôt de 10 p. 100 que prélève le fisc sur ce produit rendant

la contrebande fructueuse dans un pays dont la surveillance est

difficile. De Bilma, l’exportation est peut-être encore plus

considérable : d’après Gadel, les Kel Oui dirigeraient 15000

charges de sel sur Zinder, 1500 sur Guidambado et 800 sur Tessaoua ;

il y a encore d’autres lignes et de Jonquières évalue à 40000

le nombre des chameaux qui viennent annuellement dans le Kaouar

chercher le sel. Pour les Teguiddas et l’Amadr’or, les chiffres

font défaut, mais doivent être assez importants.

La contre-partie est fournie par les cotonnades du Soudan,

mais surtout par les céréales qui donnent parfois lieu à

des transactions très avantageuses : une mesure de beau sel

d’Amadr’or s’échange contre 6 ou 7 mesures de mil dans

l’Aïr, et jusqu’à 30 ou 40 dans le Damergou suivant Benhazera ;

d’après une note manuscrite du sergent Lacombe, un pain de sel

de Bilma de 10 kilogrammes vaut sur place 0 fr. 10 et se vend à

Zinder de 10 à 12 francs. La barre de sel de Taoudenni vaut 10 à 12

francs à Tombouctou ; sur place, elle est échangée contre 1 franc

en riz ou en mil ; cela fait une trentaine de francs de bénéfice

par charge.

Cette prédominance du commerce du sel dans les confins sahariens

est inquiétante : les nomades ont dû, depuis quelques années,

renoncer au commerce des esclaves qui était pour eux une source

de gros revenus ; malgré l’infériorité probable de certains

noirs, il n’y a évidemment pas lieu de regretter la suppression

de ce trafic. Mais le Sahara est à peine remis de la perturbation

économique qu’a amenée l’interdiction de la traite. Le commerce

du sel est menacé d’une révolution analogue : à mesure que

se perfectionnent les voies d’accès au Niger, les articles

européens deviennent d’un transport de plus en plus facile ;

déjà, de Dakar ou de Saint-Louis, le sel commence à pénétrer

jusqu’au grand fleuve ; les noirs hésitent encore un peu à acheter

un produit qui ne se présente pas sous l’aspect traditionnel,

mais la différence de prix assurera rapidement le triomphe du sel

sénégalais et d’ici quelques années, les grandes caravanes de

Taoudenni ne seront plus qu’un souvenir.

Il ne faut pas d’ailleurs s’exagérer l’importance de ce

ksar ; sur la foi des racontars indigènes, on lui attribuait 2000

habitants. D’après Cauvin [_l. c._, 553], Taoudenni est un village

assez misérable, entouré d’un mur d’enceinte rectangulaire

(120 m. sur 80 m.) en mauvais état, que ne défendent plus deux

canons hors d’usage (Pl. XXXVII, phot. 71, 72) ; il n’y aurait

que 150 à 200 habitants, 45 à 50 chefs de cases. Cortier [_La

Géographie_, XIV, 1906, p. 327] donne un plan de Taoudenni.

Bou Djebeha (Pl. XXXVI, phot. 69) n’a que 40 cases ; il n’y a

aucune culture, malgré 29 puits de profondeur médiocre. Araouan

(Pl. XXXVI, phot. 70) paraît plus important (1000 h. ?) Ce serait

une très vieille ville, antérieure à Tombouctou[214]. Ces trois

ksour ne vivent que du commerce du sel et paraissent appeler à une

prompte disparition dont les causes seront purement économiques.

Bilma, à cause de son éloignement, est moins rapidement menacé

que Taoudenni, mais perdra cependant une partie de sa clientèle : la

région de Tahoua est trop près du Niger pour ne pas lui échapper.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXVI.

[Illustration : Cliché Cauvin

69. — LE KSAR DE BOU DJEBIHA.]

[Illustration : Cliché Cauvin

70. — LE KSAR D’ARAOUAN.]

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXVII.

[Illustration : Cliché Cauvin

71. — VUE D’ENSEMBLE DU KSAR DE TAOUDENNI.]

[Illustration : Cliché Cauvin

72. — UNE PLACE, A TAOUDENNI.]

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXVIII.

[Illustration : Cliché Cauvin

73. — LE VILLAGE D’AGORGOTT, PRÈS TAOUDENNI.]

[Illustration : Cliché Posth

74. — UNE CARAVANE APPORTANT LE MIL DANS LE POSTE DE TINCHAMANE.

Au fond, le minaret d’Agadez.]

=L’avenir.= — Évidemment les choses humaines finissent

toujours par se tasser, mais la crise sera dure, et toute cause

d’appauvrissement de peuplades naturellement turbulentes constitue

un danger pour la paix.

Sur les bords du Niger, l’agriculture se développe très rapidement

et il faudra encore de longues années pour que tous les terrains

exploitables soient mis en valeur ; l’avenir de l’élevage est

aussi assuré dans ces régions.

Plus au nord, de même qu’entre le Niger et le Tchad, la situation

se présente moins bien ; les cultures de l’Adr’ar’ des

Ifor’as, celles de l’Ahaggar et aussi celles de l’Aïr peuvent

devenir plus étendues, mais l’extension possible semble assez

limitée ; les oasis de l’archipel touatien peuvent, en utilisant

mieux leurs foggaras, en améliorant leurs procédés de cultures,

en introduisant peut-être quelques plantes nouvelles, accroître

légèrement leurs ressources. Il leur est dès maintenant difficile

de mettre en valeur de nouvelles surfaces.

Il semble douteux que le Sahara central puisse jamais vivre sans les

ressources étrangères qu’il puisait autrefois dans les pillages

et dans la location de ses chameaux aux caravanes. Cette seconde

ressource est la seule à encourager ; pendant quelques années

encore, la voie du désert sera la moins coûteuse pour la région

de Zinder et du Tchad, et il est à souhaiter que l’on arrive à

détourner vers Gabès ou l’Algérie le trafic qui part actuellement

de Malte et de Tripoli.

Ce trafic n’est pas considérable, mais il mérite cependant

d’attirer l’attention.

Cette route de la Méditerranée au Centre africain par R’at et

l’Aïr est encore assez vivante, et pour détourner une partie de

son trafic vers l’Algérie et la Tunisie, le Tidikelt n’aurait

qu’à reprendre ses anciennes traditions ; ce n’est que depuis le

milieu du siècle dernier qu’il a abandonné cette route aux Azdjer.

L’abandon n’a d’ailleurs jamais été complet, et, chaque

année, quelques indigènes du Tidikelt vont encore dans l’Aïr :

mais le trafic est insignifiant et il ne passait guère qu’une

dizaine de chameaux par an, ces années dernières. Il y avait encore,

en 1905, dans le Damergou, à Djadjidouna, un habitant d’In Salah

qui leur servait de dépositaire.

Il serait intéressant, maintenant que notre domination assure aux

routes de l’Ahaggar une grande sécurité, de chercher à rendre un

peu de vie à ces régions. Le regretté Dr Decorse, qui connaissait

bien le Soudan, a posé nettement la question et le capitaine Dinaux

en a fait une étude précise.

De Tripoli à Iférouane, il y a 1900 kilomètres ; R’at, situé

à moitié route, fréquenté par les Azdjer, est un bon centre de

ravitaillement où l’on est sûr de trouver des chameaux à louer.

Comme point de départ, Gabès paraît aussi bien situé que

Tripoli ; la ligne Gabès, Ouargla, In Salah, fréquentée par les

Chaambas et les nomades du Tidikelt, est suffisamment riche en eau,

pour des caravanes même importantes ; d’In Salah à l’Aïr, les

chameaux des Touaregs de l’Ahaggar pourraient facilement assurer le

transport ; il y a malheureusement par cette voie 2500 kilomètres de

la Méditerranée à Iférouane et il n’est pas certain que la plus

grande sécurité de la route compense suffisamment cette différence

de 600 kilomètres. La chose mérite toutefois d’être tentée.

Il est d’ailleurs possible, en évitant le crochet d’In Azaoua,

d’abréger un peu ce trajet ; il existe une route directe entre

l’Ahaggar et Agadez par Izilek et la plaine de Talak. Izilek,

qui a été reconnu récemment par le lieutenant Halphen, est

un carrefour important ; une route, venant de Tîn Zaouaten

(Adr’ar’ des Ifor’as), y passe et s’y bifurque sur In

Azaoua et sur Iférouane. C’est d’ailleurs cette route directe

de Tarahaouthaout à Talak que suivent les troupeaux de bœufs qui

vont de l’Aïr à l’Ahaggar.

Une expérience intéressante a déjà été faite en avril 1905. Le

poste d’Agadez a reçu à cette époque, par l’intermédiaire

d’In Salah, du Sud algérien, 180 kilogrammes de marchandises. Le

prix du transport d’Europe à la capitale de l’Aïr, a été

inférieur à 125 francs les 100 kilogrammes ; d’Agadez à Zinder

il faut compter une trentaine de francs en plus. Par la voie du

Sénégal et du Niger, le prix du transport de France à Niamey d’un

quintal était de 131 francs ; de Niamey à Zinder il reste encore

800 kilomètres de voie de terre, soit une soixantaine de francs.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 29 / 32 段