Le sel ainsi obtenu est très blanc ; on le comprime fortement

dans des moules de façon à obtenir des pains d’une dizaine de

kilogrammes. D’autres produits, moins purs, sont mélangés à du

sable argileux et moulés en pains d’une autre forme.

Le sel de première qualité est très pur :

Chlorure de sodium 82

Sulfate anhydre de sodium 9,8

Carbonate hydraté » 2,6

Quartz et matières organiques 5

----

99,4

l’absence de la chaux et de la magnésie est remarquable[194]. Il

présente des particularités minéralogiques intéressantes. Les

cristaux ne sont jamais groupés en trémies ; ils forment de

petits cubes isolés qui dépassent rarement 2 millimètres de

côté ; les faces du cube sont habituellement accompagnées des

faces de l’octaèdre régulier, forme très rare dans la plupart

des gisements de sel et qui semble en relation avec l’abondance

du sulfate. On ne connaît guère cette forme, en dehors de Bilma,

qu’en Égypte, dans les cristaux extraits des lacs Natron, et en

Californie, à San Bernardino.

A Fachi, à 145 kilomètres à l’ouest de Bilma, on exploite le

sel dans des conditions analogues. Le sel de Fachi passe pour être

de qualité inférieure.

L’exploitation du sel, à Bilma et à Fachi, est considérable ;

plus de 20000 charges (peut-être 40000) sont enlevées tous les ans

par les Kel Aïr, et répandues surtout dans le Bornou, le territoire

de Zinder, le Sokoto, l’Adr’ar’ de Tahoua, etc.

_Les Teguiddas._ — A l’ouest d’Agadez, se trouvent un certain

nombre de sources salées ; celles de Teguidda[195] n’Adrar et de

Teguidda n’Taguei ont de l’eau presque douce ; elles ne sont pas

exploitées : on se contente d’y mener les chameaux y faire de temps

à autre une cure de sel. Dans ces deux stations, il y a un certain

nombre de bassins, alignés sur des diaclases, qui intéressent des

meulières tertiaires (chap. II, fig. 25). Quelques-uns sont assez

bien alimentés pour donner naissance à des ruisseaux qui coulent

pendant quelques cents mètres. L’eau d’une partie des sources

est buvable ; à Teguidda n’Taguei, la source des Palmiers, il y

a un cimetière important et les ruines d’une kasbah. J’ai vu,

dans l’eau, un batracien anoure.

Le principal centre d’exploitation de cette région se trouve à

80 kilomètres au nord d’In Gall, à Teguidda n’Tecum, Teguidda

les Salines ; les principales sources sont à Bourgoumouten. Chaque

source appartient à une famille d’In Gall ; la rareté de l’eau

douce rend le travail très pénible ; aussi chaque ouvrier, obligé

de boire de l’eau contenant 4/1000 de sels, ne reste-t-il guère

qu’un mois au chantier. Chaque source est captée au moyen de

tuyaux, en bois ou en terre cuite, qui conduisent l’eau dans des

bassins rectangulaires. Quand un bassin est plein, on bouche le tuyau

qui lui correspond et on laisse agir l’évaporation, en ayant soin

d’ajouter de l’argile à l’eau pour rendre plus solides les

tablettes de sel. Dès qu’une première couche de sel est formée,

on remplit à nouveau le bassin et l’on continue jusqu’à ce

que la tablette ait 5 ou 6 centimètres d’épaisseur : il faut en

moyenne remplir quatre fois le bassin ; chaque évaporation dure une

journée. Le sel est découpé en dalles longues de 90 centimètres,

larges de 40, du même type que celles de Taoudenni.

Il y aurait environ 200 ouvriers occupés à ce travail ; à cause

de l’insécurité du pays, ils habitent des cases en argiles à

entrée étroite, où il n’est possible de pénétrer qu’en

rampant. Depuis que nous occupons Agadez, les pillages sont moins

à craindre et l’exploitation devient plus importante.

Le sel de Teguidda, très estimé, est entreposé à In Gall ;

les Kel Gress vont le vendre jusqu’au Sokoto[196].

_Terre d’Ara._ — Il existe dans l’Aïr quelques

vallées sans écoulement où le sel s’est accumulé dans les

alluvions. J’ai vu, entre Aoudéras et Bidei, un de ces gisements

dont l’exploitation est restée très rudimentaire ; au moment de

la saison des pluies on y creuse des trous profonds de 0 m. 50, avec

un diamètre de 1 mètre. L’eau des tornades, après avoir lavé

les matériaux de déblais, s’y rassemble et par évaporation

laisse au fond de la cavité un sel très chargé d’argiles,

la terre d’Ara, ou Ahara, qui est réservée aux chameaux. On

l’exporte jusqu’au Damergou.

Dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, les gisements de terre salée

sont assez abondants et donnent lieu à un certain commerce qui est

surtout aux mains des Ibottenaten de la région de Tadhaq.

_Manga._ — La région du Manga, entre Gouré et le Tchad, contient

au fond des cuvettes qui ont déjà été signalées (chap. II, p. 82

et 117) un grand nombre de mares salées ; fort peu sont permanentes

et se recouvrent, à la fin de la saison sèche, d’une couche de

cristaux. La plupart se dessèchent complètement et un petit nombre

sont exploitées. Les deux principaux centres industriels étaient,

ces dernières années, Garamgava et Gourselik.

Le natron qui est exploité à Gourselik doit être abondant en

profondeur, mais on se contente d’exploiter celui que, chaque

année, la saison des pluies ramène à la surface. On racle le fond

de la cuvette ; le natron, mélangé de terre, est placé dans des

paniers qui servent de filtres et où se fait l’épuisement. Cet

épuisement est presque systématique et permet d’obtenir divers

produits.

Lorsque les eaux de lavage sont saturées, on active l’évaporation

au moyen de foyers.

Les fours sont la partie la plus curieuse de l’exploitation ;

ignorant l’art de faire des briques régulières et des voûtes,

et son prix élevé, rendant le fer impossible, les industriels

ont dû tout bâtir en terre cuite. Un mur, haut de 0 m. 50,

circonscrit un espace rectangulaire dont les côtés varient de

1 m. 50 à 4 mètres ; des portes, ménagées à la base de ce

mur permettent d’introduire le bois qui sert de combustible et

laissent pénétrer l’air. Pour soutenir au-dessus des foyers les

vases de terre, les canaris, qui contiennent le liquide à évaporer,

le four est garni de piquets en terre cuite, fichés verticalement

dans le sol ; les têtes élargies de ces piquets, disposés à peu

près en quinconce, à 15 ou 20 centimètres les uns des autres,

supportent les récipients entre lesquels passe la flamme.

L’inconvénient du procédé est la grande quantité de combustible

qu’il nécessite : le pays est dès maintenant complètement

déboisé à grande distance des villages ; il est devenu une steppe.

_Folé._ — Dans la zone côtière orientale du Tchad, il existe

aussi des mares à natron ; les unes sont permanentes et l’on

se contente de recueillir le sel peu estimé qui cristallise à la

surface. Les autres sont presque toujours à sec, mais leur fond est

occupé par une vase noirâtre, humide, où le jeu des saisons, sèche

et pluvieuse, amène la formation de plaques cristallines épaisses de

5 à 10 centimètres et qui se trouvent à des profondeurs variant de

10 à 50 centimètres. Ces plaques forment des lentilles de dimensions

assez faibles dont les indigènes déterminent l’emplacement

au moyen de sondages ; on les extrait à la pioche et on les fait

sécher à l’ombre, dans le sable : une dessiccation trop rapide les

briserait. Le principal marché de ce natron est à Wanda d’où on

l’emporte surtout, à travers le Tchad, vers le Bornou [Destenave,

_Revue gén. des Sc._, 1903 ; — Freydenberg, _Thèse_, 1908].

Cette liste des points qui fournissent du sel ou du natron au Sahara

et au Soudan n’a pas la prétention d’être complète ; il serait

facile de la prolonger longuement, sans y trouver de nouveaux types de

gisement ou de nouveaux modes d’exploitation. Jusqu’à présent,

on ne connaît rien qui puisse être comparé aux rochers de sel du

Trias d’Algérie, sauf peut-être dans le Guir [cf. t. I, p. 181].

Cependant à la suite de ces produits d’origine minérale,

il convient d’ajouter un sel d’origine organique que l’on

produit par lessivage des cendres végétales ; on obtient ainsi

des sels surtout potassiques ; autour du Tchad cette industrie est

assez développée et se fait au dépens des doums et des _Salvadora

persica_ : tous les ans, pendant quelques mois, une partie de la

population de N’Guigmi va s’installer, par petits hameaux d’une

douzaine de huttes, aux points où il y a de l’eau et des arbres,

et se livre à cette fabrication.

Cette industrie est très répandue dans toute l’Afrique, au sud

du Sahara, et d’assez nombreuses populations ont du s’accoutumer

à ces sels de potasse.

IV. — =LES AGENTS DÉSERTIQUES=

=Érosion éolienne.= — On a, je crois, beaucoup exagéré

l’influence du vent comme facteur d’érosion : il n’est

évidemment pas douteux que les phénomènes de « corrasion »

existent. On en connaît de nombreux exemples même en Europe et

l’on sait que, industriellement, on dépolit le verre au moyen de

sable projeté par un soufflet.

L’existence des « roches perchées » n’est pas niable,

non plus que le rôle qu’a joué le vent dans leur modelé. Au

désert, les calcaires et un grand nombre de roches sont polis

par le passage du sable entraîné par le vent et leur surface est

souvent sillonnée de vermiculures, profondes au plus de quelques

millimètres, qui y dessinent d’élégantes arabesques. Les roches

éruptives n’échappent pas à cette action : auprès du poste

de Gouré, on peut voir son effet sur les microgranites alcalins du

Mounio ; les cristaux de quartz, plus durs, sont en saillie de 2 ou

3 millimètres sur le reste de la roche.

Tous ces faits sont bien connus ; ils ont été étudiés autrefois

par Rolland ; plus récemment, Foureau [_Doc. Sc._, p. 217-221,

et Pl. XVIII, XIX] leur a consacré tout un chapitre et plusieurs

illustrations.

Mais il s’agit d’actions toutes superficielles ; je n’ai

rien vu que l’on puisse comparer aux phénomènes qui ont été

récemment décrits en Égypte : la dépression bordée de falaises,

hautes d’une centaine de mètres au moins, où se trouve l’oasis

de Baharia, a des dimensions considérables ; sa longueur est de 95

kilomètres, sa largeur varie de 4 à 30 kilomètres ; elle avait

été longtemps attribuée à une faille circulaire, à un phénomène

d’effondrement. Les recherches récentes, très précises, des

géologues égyptiens montrent, sans ambiguïté possible, que cette

explication doit être abandonnée. Le Baharia a été creusé par

érosion et comme il semblait impossible de faire intervenir l’eau,

on a été amené à attribuer cet important travail à l’action du

vent. Ces démonstrations « par l’absurde » sont, en dehors de

la géométrie où l’on est certain d’avoir épuisé toutes les

hypothèses possibles, toujours un peu inquiétantes. Les observations

que j’ai pu faire au Sahara ne confirment pas une action du vent

aussi grandiose ; les Égyptiens y renoncent aussi[197].

On trouve souvent sur le sol des débris d’œufs

d’autruche. J’en ai pu observer de nombreux, particulièrement

entre l’Ahnet et In Zize, où, aux dires des indigènes,

l’autruche a disparu depuis cinquante ans. Beaucoup de

ces débris, placés forcément au ras du sol, au point où

l’action du sable charrié par le vent est le plus énergique,

présentent des stries dont les plus profondes atteignent à peine

un demi-millimètre. Malheureusement la disparition de l’autruche

n’est pas totale ; dans l’Iguidi, Flye Sainte-Marie en a relevé

une piste fraîche pendant l’hiver 1904-1905 ; Voinot en a vu

quelques-unes dans le reg d’Amadr’or (1905-1906). L’usure des

œufs d’autruche ne fournit donc qu’un argument assez maigre.

L’étude des inscriptions et des dessins qui abondent sur tous

les rochers du Sahara [cf. t. I, p. 87-120] est plus décisive. Les

roches qui portent ces dessins ont une surface lisse et luisante dont

le poli peut être attribué en partie à l’usure éolienne, mais

elles sont toutes protégées par une croûte d’origine chimique,

une écorce brune, le vernis du désert. Cette croûte dont la

couleur va du brun foncé (grès néocomiens) ou noir de jais (grès

dévoniens) est dure et résistante ; on le remarque particulièrement

à propos des grès crétacés, qui sont plutôt tendres et auxquels

la croûte fait une carapace et une protection. Nul doute qu’il y

ait là un obstacle à la puissance érosive du vent. Sur certaines

collines du Colorado, W. Cross [_Wind erosion in the Plateau Country_,

_Bull. of the Geol. Soc. America_, XIX, mars 1908] a observé que

la roche, des grès tendres, était creusée par le vent partout

où la couche protectrice, le vernis du désert, faisait défaut ;

il se forme ainsi parfois de véritables grottes.

C’est peut-être à cette patine résistante que beaucoup

de gravures rupestres doivent leur conservation. Les régions

désertiques et sèches sont par excellence leur domaine ; elles

sont rares dans le Tell, sans être tout à fait absentes. Cette

exclusion peut s’expliquer, au moins partiellement, par des causes

historiques ; mais, provisoirement tout au moins, on n’échappe

pas à l’hypothèse que des causes climatiques aient pu jouer

un rôle. Les gravures auraient été conservées en plus grande

abondance là où les agents de destruction étaient le moins

efficaces.

Les gravures préhistoriques, dans l’Afrique du Nord, sont plus

difficiles à dater qu’en Europe, parce qu’une représentation

d’éléphant, par exemple, n’offre pas en soi la même garantie

d’âge reculé que la représentation d’un mammouth ou d’un

renne. Il suffit en effet de remonter à Carthage pour retrouver

l’éléphant dans la faune nord africaine. L’attribution

de gravures sahariennes à l’âge quaternaire reste donc

hypothétique ; il est improbable cependant que les plus anciennes

d’entres elles soient postérieures à la période romaine. Il en

est certainement de très vieilles qui sont restées très nettes sous

leur patine. Plusieurs milliers d’années d’érosion éolienne

n’ont pas suffi à les effacer. Croit-on que ces égratignures

auraient survécu pendant le même nombre de siècles à l’action

de la pluie ? Leurs analogues d’Europe n’ont résisté qu’au

fond des cavernes, sous le manteau protecteur des alluvions et

des stalactites.

Au Sahara même, la presque totalité des gravures est sur des roches

siliceuses, grès ou granite. Est-il vraisemblable que les indigènes

se soient abstenus de parti pris de graver sur des calcaires ? Au

surplus, on connaît au moins deux stations de gravures sur calcaire ;

l’une dans le Tadmaït, a été signalé par Flamand, l’autre,

connue sous le nom de Hadjra Mektouba, se trouve sur la rive droite

de la Saoura, à hauteur du ksar d’El Ouata, entre le Gourara et le

Touat [cf. t. I, p. 100-101]. Au premier abord, à Hadjra Mektouba,

on ne voit qu’une multitude de graffiti libyco-berbères, plus

ou moins récents. Mais à la regarder avec soin, en cherchant les

incidences favorables, on y retrouve une multitude de très vieilles

figures floues et indistinctes, cependant reconnaissables. En même

temps qu’elles, on voit partout à la surface de la pierre, inscrite

en cuvettes et en lapiez, l’action des eaux pluviales ; c’est la

pluie qui, par son action chimique, a en partie effacé les vieilles

images et non pas le vent. Ainsi donc, même dans les pays où il

pleut tous les vingt ans, sur les roches calcaires tout au moins,

l’action des eaux météoriques est plus efficace et reste mieux

marquée que celle du vent. Ces Hadjra Mektouba sont horizontales,

au ras du sol, nullement à l’abri, dans les conditions les plus

favorables à l’action éolienne et malgré cela le vent, aidé du

sable, n’a pas pu, en une vingtaine de siècles au moins, effacer

des traits dont la profondeur ne dépassait guère 1 centimètre. Sous

nos climats, les hiéroglyphes d’Égypte auraient disparu depuis

longtemps et l’on ne peut songer à mettre en parallèle, au point

de vue de l’intensité de leurs actions, l’érosion pluviale et

l’érosion éolienne.

Comme les hiéroglyphes, les dessins rupestres sont gravés en

creux dans la roche ; une usure un peu profonde est nécessaire pour

les effacer. D’autres vestiges anciens sont plus superficiels et

semblent incapables de résister à la moindre érosion.

Certaines inscriptions sont peintes à l’ocre et l’une d’elles

au moins peut être datée avec quelque précision : à Timissao,

près du puits, existe une grotte ou plutôt un abri sous roche. Au

plafond de cette grotte se trouve une inscription célèbre dans

tout le Sahara, et dont Duveyrier avait déjà entendu parler ;

elle est peinte à l’ocre et encadrée d’un rectangle de 1

mètre de long sur 0 m. 80 de large ; les lettres ont une dizaine

de centimètres. M. Benhazera [_Six mois chez les Touaregs_, p. 205

et suiv.] a pu en copier la moitié.

Cette inscription serait bien écrite en caractères koufiques qui,

comme on sait, furent abandonnés peu de temps après l’hégire ;

sa signification semble bien indiquer qu’elle émane des

premiers missionnaires qui aient cherché à convertir le pays

à l’Islamisme ; s’appuyant en outre sur quelques données

historiques, Benhazera fixe au VIIe ou VIIIe siècle de l’ère

chrétienne la date de cette inscription.

Située à 5 mètres au-dessus du sol, dans une vallée étroite

où le vent s’engouffre avec force, cette inscription n’a pas

pu être effacée par l’érosion éolienne, en plus d’un millier

d’années[198].

Les talus de sable qui, dans le Manga, forment la bordure des

cuvettes sont souvent attaqués par de véritables « torrents

éoliens ». Profitant d’une brèche, ouverte dans cette petite

dune, le vent y entraîne lorsqu’il est violent, de grandes masses

de sable qui creusent un véritable ravin, au fond duquel se trouve

parfois, sur la face orientale de la cuvette, une sorte de cône de

déjection. Le phénomène est fréquent entre Mirrh et le Tchad ;

Freydenberg a pu l’observer à l’est du lac et il a noté, près

de Mao, un affouillement de 60 à 80 centimètres, creusé en une

heure [_l. c._, p. 57-58].

Mais il s’agit de sable de dune non cimenté, d’un sol

extrêmement meuble, incapable de résister au moindre agent

d’érosion.

De semblables phénomènes sont fréquents dans les dunes où le

moindre ébranlement, quelle que soit sa cause, peut produire des

éboulements considérables ; on connaît leurs analogues dans les

champs de neige et dans les cendres volcaniques, où des avalanches

sèches produisent souvent des érosions autrement considérables.

Il semble donc que la puissance érosive du vent et du sable

qu’il entraîne est extrêmement faible ; le rôle du vent se

borne à enlever tous les matériaux meubles que la sécheresse lui

a livrés ; la genèse des regs [cf. t. I, p. 3] en est un excellent

exemple ; le vent excelle aussi à dépouiller toutes les hauteurs

de la terre végétale, laissant partout la roche à nu ; il en

résulte dans le paysage des lignes très heurtées, des formes

presque géométriques qui, à première vue, font croire à une

érosion formidable ; tous les reliefs du Sahara sont réduits à

leur squelette. Un aspect aussi décharné ne nous est familier,

en Europe, que sur les hautes montagnes ou au bord de la mer et

nous sommes portés à l’attribuer, au désert comme chez nous,

à une érosion puissante : il s’agit d’un simple époussetage.

=Insolation.= — Grâce à la sécheresse de l’air au Sahara,

les variations de température de la surface des roches sont

considérables ; elles peuvent atteindre en vingt-quatre heures une

soixantaine de degrés. A cause de leur mauvaise conductibilité, la

plupart des roches supportent mal un pareil régime ; il se produit

une desquamation, un décollement des parties superficielles, auquel

sont le plus souvent attribuables les menues esquilles qui, à la

surface des hammadas calcaires et des tassilis gréseux, jonchent le

sol et rendent la marche pénible sur ces surfaces horizontales. La

protection que ces éclats assurent, contre l’insolation et le

rayonnement, aux roches qu’ils recouvrent, empêche le phénomène

de se manifester profondément.

Sous l’influence du même phénomène, beaucoup de blocs éruptifs

s’ouvrent « en roses » ; les écailles qui se détachent par ce

mécanisme sont en général assez minces (quelques centimètres au

plus), mais elles peuvent atteindre plusieurs décimètres carrés

de surface. Ces écailles granitiques ont souvent été utilisées

dans la construction des tombeaux.

Beaucoup se séparent complètement et tombent sur le sol au pied du

bloc dont elles proviennent ; il semble donc que cette desquamation

puisse se continuer indéfiniment ; mais, en fait, l’abondance

des dessins et des inscriptions tifinar’s, vieux au moins de

plusieurs siècles, sur un grand nombre de blocs de granite,

met bien en évidence la lenteur de leur destruction et le peu

d’importance de ce mécanisme ; même au Sahara, l’insolation,

pas plus d’ailleurs que l’érosion éolienne, ne paraît capable

de modifier sérieusement le modelé acquis ; la réunion de ces

deux facteurs, dont on a visiblement exagéré l’importance, est

incapable d’expliquer la genèse des éléments sableux qui ont

servi à l’édification des dunes.

D’ailleurs dès qu’un éclat est assez petit pour que ses

différentes parties puissent se mettre rapidement en équilibre

thermique, le soleil ne peut plus rien sur lui et il ne semble pas

que l’insolation soit capable de réduire une roche à l’état

de sable.

Nous sommes donc ramenés, par une voie indirecte, à chercher

ailleurs l’origine des éléments qui ont servi à la construction

des ergs ; il faut admettre que ces éléments sont antérieurs au

désert ; ils ont été formés par ruissellement et par érosion

fluviale à une époque où les oueds du Sahara étaient de vrais

fleuves ; les dunes proviennent d’un remaniement par le vent des

alluvions quaternaires [cf. t. I, chap. II].

On a parfois attribué à l’insolation la formation de squames

épaisses de 2 mètres, et de grandes dimensions superficielles ; je

ne crois pas que cette manière de voir soit justifiée : en Europe,

où le phénomène a été bien étudié, les variations de la

température du sol s’amortissent très vite avec la profondeur ;

à 1 mètre, elles ne sont plus que de quelques centièmes

de degré. Cette loi de décroissance, conforme d’ailleurs aux

données expérimentales de la physique, est certainement applicable

aux roches des pays chauds.[199] où il est douteux que, à 2 mètres

de profondeur, les variations diurnes de la température dépassent

quelques dixièmes de degré ; les dilatations qui en résultent sont

bien faibles pour expliquer une rupture, d’autant plus qu’elles

se produisent lentement.

Cette desquamation par insolation ne peut porter que sur des plaques

peu épaisses, à cause des conditions physiques qu’elle nécessite.

[Note 176 : On trouvera de nombreux renseignements techniques et

des indications bibliographiques sur les roches africaines dans les

publications suivantes :

Lacroix, Résultats minéralogiques de récentes explorations

dans l’Afrique occidentale française et dans la région du

Tchad, _La Revue Coloniale_, 1905, p. 129-139, 205-223. —

Gentil, Pétrographie, in Foureau, _Documents scientifiques de

la Mission Saharienne_, 1905, p. 697-749. — A. de Romeu, Sur

les roches éruptives rapportées par le capitaine Théveniaut de

l’Adr’ar’, _Bull. du Muséum_, 1907, p. 179-181. — Chudeau,

_C. R. Ac. Sc._, 1907, CXLV, p. 82-85. — Courtet, in Chevalier,

_L’Afrique Centrale Française_, 1908, p. 670-690. — Hubert,

_Contribution à l’étude de la Géographie physique du Dahomey_,

Thèse, 1908, p. 459-501. — Freydenberg, _Le Tchad et le bassin

du Chari_, Thèse, 1908, p. 171-187.]

[Note 177 : D’après Rolland, _Géologie du Sahara Algérien_

(Mission Choisy), 1890, p. 247.]

[Note 178 : Dans des notes antérieures, Gautier et moi, avions

indiqué qu’il y avait peut-être des roches d’épanchement

dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Jusqu’à présent, l’examen

pétrographique n’a pas confirmé cette impression.]

[Note 179 : Lacroix, _Contributions à l’étude des brèches et

des conglomérats volcaniques_, in _Bull. Soc. Géol. Fr._, [4],

VI, 1906, p. 635-685.]

[Note 180 : Freydenberg, _La Géographie_, XVII, 1908, p. 111.]

[Note 181 : Hubert, _C. R. Ac. Sc._, 1er août 1904.]

[Note 182 : _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e s., VII, 1907, p. 427-440.]

[Note 183 : Arsandaux, _Contribution à l’étude des roches

alcalines de l’Est africain_, Thèse, Paris, 1906. — Lacroix,

_C. R. Ac. Sc._, CXXX, 1900, p. 1208.]

[Note 184 : _Bull. Soc. Géol. Fr._, 4e s., VIII, 1908, p. 35. —

Des mêmes auteurs, une note plus détaillée, avec bibliographie,

_La latérisation_, in _Bull. Soc. de l’Industrie Minérale_,

[4], IX, 1908.]

[Note 185 : _Thèse_, Paris, 1905, p. 132.]

Missions au Sahara, tome 2 · 第 28 / 32 段