Hubert [_Thèse_, p. 91-97] signale des phénomènes analogues au

Dahomey, et Courtet mentionne dans le bassin du Chari des latérites

qui entourent d’une auréole diverses roches éruptives [Niellim,

etc., in Chevalier, _L’Afrique Centrale_, p. 631].

Souvent ce produit d’altération, au lieu de rester au contact

de la roche qui lui a donné naissance, est repris par les agents

d’érosion et ces latérites remaniées forment parfois dans les

vallées des dépôts considérables.

On a beaucoup écrit sur l’origine de cette latérite. Walther

et Passarge y voudraient voir un effet des orages de la zone

tropicale. La pluie des tornades serait riche en acide azotique,

par suite particulièrement oxydante ; son action serait d’autant

plus décisive que dans la zone tropicale, les débris organiques,

toujours réducteurs, font défaut dans le sol superficiel où

les termites les détruisent. Cette manière de voir, que ne

semble appuyer aucune expérience précise, rend mal compte de

la localisation, parfois très marquée, de la décomposition des

roches : des mamelons éruptifs voisins, soumis par suite aux mêmes

conditions météorologiques, présentent souvent des différences

notables dans leurs transformations.

Holland fait jouer à des facteurs biologiques un rôle très actif

dans la genèse des latérites : ce serait un phénomène d’origine

microbienne. On connaît déjà, d’une manière positive, le

rôle des bactéries dans la nitrification : on sait établir des

milieux de culture pour la préparation des azotates et l’on a

songé à employer industriellement ce procédé. La production

du minerai de fer des marais, la réduction des sulfates et leur

transformation en soufre et en hydrogène sulfuré sont dues aussi

à des algues microscopiques et ces analogies rendent acceptable la

manière de voir de Holland. Malheureusement elle n’est confirmée

par aucune recherche expérimentale ; le microbe de la latérite

est inconnu et le meilleur argument que l’on puisse faire valoir

en sa faveur, est l’irrégularité de ce mode de transformation,

irrégularité qui est marquée surtout lorsque l’on s’éloigne

de l’équateur ou des plaines pour arriver à des régions où les

variations de température sont plus considérables, où surtout les

minima sont plus bas, que ce changement soit dû à la latitude ou

à l’altitude. Pareille allure est bien conforme à ce que l’on

sait de la distribution géographique des animaux et des végétaux,

à la limite de leur aire.

Cette transformation des roches éruptives en véritable latérite

ne se produit pas au Sahara non plus que dans le nord du Soudan :

ce n’est qu’au sud du 11° de latitude qu’elle semble devenir

générale.

_Grès ferrugineux._ — On désigne aussi, au Soudan, par le nom

de latérite, de simples grès à ciments ferrugineux ; ils sont

assez communs au nord du 11° : sur son itinéraire, E.-F. Gautier

a noté les premiers au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as, mais

ils ne deviennent abondants que dans le bas Telemsi ; le lieutenant

Ayasse en a rencontré entre Bilma et le Tchad[186] ; j’en ai vu

à plusieurs reprises entre l’Aïr et Zinder ; plus au sud ils

sont fréquents ; Foureau[187] les mentionne à plusieurs reprises

le long du Gribingui, dont les berges, hautes de 2 à 5 mètres,

sont formées de bancs d’argile rouge alternant avec des assises

horizontales de grès ou de conglomérats ferrugineux, dont les

éléments sont le plus habituellement quartzeux.

Dans le haut Logone, Lancrenon a trouvé des latérites dans le

fond des vallées, où elles sont recouvertes de plusieurs mètres

d’alluvions[188] ; Courtet signale le même fait dans le Chari.

Cette formation de grès et de conglomérats paraît surtout en

rapport avec des phénomènes d’évaporation ; le sable des dunes

mortes ou les graviers des alluvions transformées en reg ont été

cimentés par les sels solubles dissous par les eaux météoriques. Ce

phénomène peut se produire partout ; il est peut-être permis

de le rapprocher de la formation de l’alios dans les sables des

Landes. Cet alios est un grès quartzeux, souvent ferrugineux, qui

résulte de l’entraînement par dissolution des matières solubles

de la surface et de leur concentration, qui s’opère pendant les

chaleurs de l’été, par suite de l’évaporation à un niveau

à peu près constant de la nappe d’infiltration. Les sables de la

forêt de Fontainebleau présentent souvent des accidents analogues.

Il n’est pas certain cependant que cette comparaison des grès

du Soudan et de l’alios des Landes soit correcte. Aucune analyse

du ciment des grès africains n’a été faite ; le sesquioxyde

de fer se présente sous cinq formes différentes, plus ou moins

hydratées, qui peuvent introduire, entre les grès ferrugineux,

des dissemblances notables ; de plus, l’alios se produit toujours

à quelques décimètres de profondeur, tandis que, au Soudan,

le grès ferrugineux est habituellement superficiel.

En tous cas, c’est bien au Sahara et dans la zone la plus sèche

du Soudan que des phénomènes analogues ont été le plus souvent

signalés ; dans les oasis situées en bordure d’une sebkha,

un orage est un désastre : l’eau de pluie est vite ramenée à

la surface par évaporation ; elle revient accompagnée de sel et

de gypse qu’elle dépose à la surface du sol, obligeant ainsi à

abandonner, pour plusieurs années, un certain nombre de jardins. Dans

la région du Manga, à Gourselick par exemple, le natron se

renouvelle au fond de la cuvette par le même mécanisme. Enfin, le

fameux vernis du désert ne semble pas avoir une origine différente :

au Sahara, la plupart des roches sont recouvertes d’une pellicule

mince de produits concrétionnés, luisants, qui tranchent souvent

par leur couleur sur la roche qu’ils recouvrent [J. Walther] :

les grès blancs des tassili, avec leur patine couleur de poix,

en sont un exemple classique.

[Illustration : Fig. 78. — Les plateaux à l’est de Tamaské. —

Adr’ar’ de Tahoua. (Vue prise du poste de Tamaské).

A, Plateaux calcaires, protégés par un manteau de roches

latéritiques. B, Amas de roches latéritiques, dernier témoin

des plateaux.]

_Produits de décalcification._ — D’autres latérites enfin

sont liées à des roches sédimentaires : elles recouvrent tous les

mamelons crétacés du Damergou et leur extension vers l’ouest, au

moins jusqu’à la mare de Tarka, indique probablement l’ancienne

extension des calcaires à ammonites.

On retrouve des formations analogues au-dessus des dépôts éocènes

qui recouvrent l’Adr’ar’ de Tahoua ; ces formations peuvent

être suivies jusque sur les bords du Niger.

La plupart de ces produits sont dus à des phénomènes de

décalcification ; les oolithes ferrugineuses de Korema Alba

paraissent provenir d’un calcaire lacustre : Cayeux, qui les

a examinées, les a trouvées identiques à certains minerais de

France dont l’origine est certaine. Hubert n’admet pas cette

manière de voir pour les latérites des bords du Niger « parce

que les indices de la présence de calcaires dans ces régions sont

nuls » [_Thèse_, p. 112]. Il oublie qu’un caractère négatif,

surtout dans une région aussi mal connue que le Soudan, a une bien

faible valeur ; il ne tient pas compte de la grande extension des

calcaires éocènes depuis Bemba jusqu’à Guidambado ; il néglige

l’existence des silex éocènes d’Ansongo qui sont, au cœur de

la région qui nous intéresse, la preuve décisive de l’existence

d’un niveau calcaire.

Malgré leur composition, leur origine très spéciale et leur allure

parfaitement horizontale qui montre leurs relations avec des roches

sédimentaires, ces latérites différent peu par leur aspect des

latérites d’origine éruptive.

Ces produits de décalcification, qui couvrent les grès du Niger et

le calcaire de Tahoua, ne semblent pas être de formation actuelle ;

une coupe, prise en aval de Gao (fig. 79), montre que la latérite en

place (4) couvre un plateau peu élevé ; elle présente une structure

parfois oolitique (les oolites ont 1 millimètre de diamètre) mais

plus souvent rubannée et les zones que l’on y peut distinguer,

sont, en gros, parallèles aux couches de grès du Niger.

[Illustration : Fig. 79. — Un plateau de grès du Niger, en aval

de Gao.

1, Grès blancs, à stratification entrecroisée, 3 mètres ; — 2,

Niveau ferrugineux (1 cm.) ; — 3, Grès blancs, à stratification

entrecroisée, 2 mètres ; — 4, Formation latéritique souvent

rubannée, 2 mètres (produit de décalcification) ; — 5, Brèche

latéritique contenant des galets quartzeux de 4 à 5 centimètres et

des blocs, à peine roulés, de la roche 4, de 15 à 20 centimètres

de diamètre. Quelques galets sont des oolithes d’oxyde de

fer. Ciment ferrugineux ; — 6, Brèche latéritique mal cimentée.]

Depuis la formation de cette latérite, une vallée s’est formée

dont le fond (5) est occupé par des graviers et des galets qui

atteignent jusqu’à 15 à 20 centimètres de diamètre, galets

formés aux dépens de la latérite (4), et cimentés par des

produits ferrugineux.

A une époque plus récente, le niveau des vallées s’est un peu

abaissé et dans le fond de ces vallées plus jeunes on trouve par

place des débris de brèche latéritique (6), mal cimentés.

Il y aurait plusieurs stades à distinguer : la latérite s’est

d’abord formée sur le plateau et son mode de formation suppose

des pluies assez abondantes ; la formation d’un conglomérat

latéritique dans le fond de la vallée suspendue (5) est analogue à

celle des grès ferrugineux et suppose, pour la formation du ciment,

un climat plus sec ; dans les vallées plus jeunes (6), la cimentation

des débris ne s’est pas produite. Postérieurement enfin, s’est

creusé le lit actuel du Niger qui est sans doute plus jeune que

les ergs morts de la région, mais probablement plus ancien que le

Néolitique africain. Cette conclusion est du moins celle à laquelle

l’étude de la répartition des tombeaux a amené Desplagnes.

Ces divers climats, que permet d’entrevoir l’étude de cette

latérite, ne sont pas forcément quaternaires et ces épisodes ont

pu commencer à se manifester dès la fin de l’Éocène. Il ne

faut pas perdre de vue d’ailleurs que l’étude géologique du

Soudan est à peine ébauchée ; on essaie ici de poser une question

bien plutôt que de donner la solution d’un problème dont trop

d’éléments sont encore mal connus.

Il est toutefois difficile de croire que la disparition du calcaire

soit la seule cause de l’arrêt de la décalcification ; au nord,

tout autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as, à l’est, dans la

région de Tahoua, les calcaires sont à découvert sur les flancs

des vallées ; leur surface est restée de couleur claire ; parfois,

comme à Bouza, ils forment des plateaux où la roche est restée

absolument blanche (fig. 33, p. 94). L’érosion actuelle semble

trop insignifiante pour avoir pu enlever un manteau de latérite. Une

modification dans le climat paraît mieux rendre compte des faits.

Au Sénégal, « la latérite paraît avoir été formée avant

l’invasion des sables, car, sous une épaisseur de 4 mètres de

sable, nous avons trouvé de la latérite présentant à la surface

le même faciès poli, que celle qui est actuellement à la surface

du sol[189] ».

Dans le lit du Niger qui, à partir de Tosaye, est certainement jeune,

affleurent souvent, entre Niamey et Ansongo des blocs de roches

éruptives ; leur surface est peu altérée (fig. 80) : les parties

immergées à toutes les crues (1-3) ont une patine noire ; plus

haut, la patine est rouge. Ces diverses patines sont d’ailleurs

très minces ; les écailles que détachent à la surface les

variations de température, permettent de voir nettement la roche,

kaolinisée sans doute, mais dont tous les éléments restent en

somme bien reconnaissables. La séparation entre les différentes

zones est accentuée par la présence, sur certaines d’entre elles,

de mousses et d’hépatiques. Ces zones sont nettement distinctes

et les lignes qui les séparent sont trop horizontales pour ne pas

être en rapport avec les différents niveaux du fleuve.

Comme l’étude des produits de décalcification, ces patines

minces semblent prouver que, depuis que le Niger s’est creusé

un nouveau lit dans ces régions, les phénomènes d’altération

superficielle n’ont eu, dans la partie sèche du Soudan, qu’une

médiocre intensité.

[Illustration : Fig. 80. — Un bloc de granite sur les bords du

Niger, à Gari.

_aa′_, Niveau du Niger le 14 juillet 1906 ; — 1, Bande couverte

d’une patine noire. Aucune végétation (0 m. 10) ; — 2, Patine

noire. La roche est couverte d’hépatiques (1 m. 40) ; — 3,

Patine noire. La roche est couverte de mousses et d’hépatiques

(0 m. 50) ; — 4, Patine rouge. Aucune végétation. Quelques

écailles, épaisses de 1 centimètre, détachées par insolation.]

Toutes ces roches ferrugineuses présentent souvent à la surface

une modification intéressante, dernier terme de l’altération

latéritique : cette modification est due à l’évaporation

rapide d’eau qui en profondeur s’est chargée de sels de fer ;

c’est un mécanisme que j’ai déjà signalé plusieurs fois. Il

se produit ainsi une roche souvent caverneuse, d’aspect scoriacé,

parfois vernissée, en somme assez variable ; souvent elle englobe

des galets, des fragments de roches, et dans ce cas seulement le nom

de conglomérat ferrugineux [Hubert, _Thèse_, p. 103, Chautard,

_Thèse_, p. 143], est justifié. Ce sont en réalité des roches

concrétionnées que leur apparence a souvent fait prendre pour des

laves ou des scories volcaniques, notamment dans la région de Tahoua.

Parfois, au lieu d’une remise en mouvement du fer, il s’est

produit un enrichissement superficiel en silice. C’est un fait

qui a été

signalé dans tous les déserts : il est extrêmement net dans la

région d’Assaouas, à l’ouest d’Agadez, où des calcaires

lacustres ont été transformés en quartzites rougeâtres ; sur la

côte de Mauritanie, dans le Tasiast, des calcaires du Quaternaire

ancien reposent sur des grès tendres et forment le couronnement

d’un certain nombre de plateaux. Leur enrichissement en silice

est très marqué et leur dureté est devenue considérable.

Malgré son caractère technique, il a fallu insister un peu sur cette

question : l’histoire de la latérite est en effet intéressante

à de nombreux points de vue ; d’abord on ne sait pas au juste

comment elle se forme et les hypothèses émises à propos de son

origine, (bactéries, acide azotique) n’ont jamais été l’objet

de vérifications expérimentales ; il y a d’ailleurs plusieurs

latérites et certainement plusieurs modes de formation ; il y en a

aussi de plusieurs âges. Il est malheureusement difficile de serrer

de près la question ; les rapports d’itinéraires n’indiquent que

rarement s’il s’agit de vraies latérites, en place ou remaniées,

de grès ferrugineux ou de produits de décalcification.

On connaît en Europe une roche très analogue à la vraie latérite,

la bauxite, qui, depuis que s’est développée l’industrie de

l’aluminium, a donné lieu à de très importantes exploitations :

cette parenté de la latérite et de la bauxite permettra peut-être

de préciser les conditions de climat qui ont présidé en France

à la production encore très obscure de cet important minerai

d’aluminium, en même temps qu’elle peut faire entrevoir pour

l’Afrique occidentale une source de richesses qui peut devenir

importante.

Il faut noter aussi que c’est parmi les latérites que se trouvent

les seuls minerais de fer qui alimentent la sidérurgie indigène ;

l’exploitation est très simple : le forgeron nègre, dans les

points favorables, soupèse les blocs de latérite et choisit les

plus denses.

Les minerais de manganèse que signale Desplagnes sur les bords

du Niger [_Plateau central nigérien_, p. 11 et fig. 25 et 26]

appartiennent à la même série de formations.

Certains gîtes aurifères enfin sont en relation évidente avec les

produits d’altération superficielle et ne sont que des latérites

au sens propre du mot.

La rareté des filons métallifères dans l’Afrique occidentale

française est donc partiellement compensée par l’existence de

ces latérites, où, sans compter l’or, on connaît trois métaux

importants, le fer, le manganèse et l’aluminium. L’organisation

des voies de transport qui se poursuit si activement permet de croire

que plusieurs de ces gisements seront bientôt exploitables, et dès

maintenant il est permis de les considérer comme une précieuse

réserve pour l’avenir.

Enfin l’importance des divers modelés latéritiques dans les

paysages soudanais, l’emploi constant de ce mot, mal défini, dans

tous les rapports d’itinéraires feront excuser le développement

donné à une question à première vue aussi spéciale.

III. — =SALINES=

_Taoudenni._ — Les mines de Taoudenni sont probablement les plus

importantes du Sahara ; les renseignements qu’ont donnés sur

elles Cortier, Mussel et Nieger sont très concordants et ils sont

confirmés par les indications et les photographies de Cauvin.

Les détails qui suivent sont empruntés presque textuellement

à Nieger[190].

Taoudenni est en bordure septentrionale d’une immense sebkha

limitée au nord par un dos d’âne rocheux sans gros relief[191],

la hammada _El Haricha_ (fig. 6, p. 11). Ce dos d’âne s’étend

sur 300 kilomètres environ du sud-est au nord-ouest. Agorgott,

centre d’exploitation des salines, est sur la sebkha au débouché

d’un oued descendu du djebel El Haricha, l’oued Agorgott.

Les mines de sel se trouvent à environ 4 kilomètres au sud-ouest

du ksar de Taoudenni. La majorité des nègres et haratins qui

travaillent à l’exploitation se sont construit en ce point

des gourbis en barres de sel dont l’ensemble est appellé aussi

Agorgott.

La mine n’a pas de propriétaire. L’individu qui désire exploiter

fait délimiter les surfaces à creuser, suivant le nombre de bras

qui constituent ses ateliers (ces derniers se composent de trois

à dix travailleurs). Les fouilles [cf. t. I, pl. XI] sont menées

par couches sur toute la surface délimitée ; il y avait, en 1906,

100 à 150 fosses en exploitation. On rencontre de haut en bas :

1o Argile rouge (_trab el hamra_). La puissance de cette couche est

d’environ 2 mètres ; travail facile dans de l’argile humide.

2o Argile verte (_harma larma_). Également humide, contient de

petits cristaux de sel ; environ 30 centimètres d’épaisseur.

3o Argile verte (_afarai el ouara_) dure à creuser, environ 15

centimètres.

4o Sel mélangé à la terre (_el ouara el foukania_), contient

de nombreuses impuretés, très difficile à entamer, épaisseur

variant de 10 à 60 centimètres. Ce sel n’est pas exploité. On

trouve, noyés au milieu de cette masse, des nodules de cristaux

de sel (_ainin el melah_) d’une pureté et d’une limpidité

remarquables. Ces nodules ont, pour la plupart, la grosseur d’un

œuf de poule et au-dessus.

5o Argile verte (_afarai zekkou_), environ 15 centimètres

d’épaisseur.

6o Argile verte (_afarai el hammamia_), environ 15 centimètres

d’épaisseur.

7o Sel qui s’exploite (_el hammamia_) ; il était autrefois emporté

en morceaux cassés à la pioche ; se débite actuellement, comme

les suivants, en barres.

8o Argile verte (_afarai el bieda_) environ 15 centimètres

d’épaisseur.

9o et 10o Sel de première qualité (_koukchat[192] el bieda_,

et _el bieda_). Ces deux couches, soudées l’une à l’autre,

forment un banc de 0 m. 25 à 0 m. 30 et s’enlèvent du même coup.

11o Argile rouge. Quelques centimètres.

12o Sel de deuxième qualité (_el bent_, la fille).

13o Argile rouge. Quelques centimètres.

14o et 15o. Sel de première qualité (_koukchat el kamra_ et _el

kamra_). Même observation que pour les 9e et 10e couches.

16o Sel non exploité (_el ouara tahtania_).

17o On arrive à l’eau.

Jusqu’à la 7e couche (_el hammamia_), la première qui soit

exploitée, la fosse est creusée sur toute l’étendue délimitée,

et les matériaux sont jetés en dehors sur le terre-plein, ou dans

une fosse voisine dont l’exploitation est terminée.

Sur la surface plane de la 7e couche, une série de petites rigoles

parallèles sont creusées dans le sens de la largeur et celui de la

longueur et tracées de telle façon que la fosse se trouve divisée

en rectangles de cinq pieds et demi sur un et demi. Les rigoles sont

approfondies jusqu’à ce que l’on puisse soulever à la pioche

les barres provenant de ce morcellement.

On procède de la même façon pour les couches de sel inférieures,

mais les koukchat sont enlevées avec les couches auxquelles elles

sont soudées.

L’eau qui se trouve au-dessous d’« el ouara tahtania »

(16e couche) est jaillissante. Au dire des ouvriers, il faut une

certaine habitude pour enlever la dernière couche de sel exploité

(_el kamra_).

En enfonçant la pioche un peu trop profondément au-dessous de

cette dernière pour la décoller, il arrive fréquemment, aux

inexpérimentés, de crever « el ouara tahtania » et l’eau, se

précipitant par l’ouverture ainsi pratiquée, a assez de force

pour briser la barre de sel sur laquelle on travaille. A l’air

libre, si l’on perce « el ouara tahtania », l’eau jaillit et

s’élève à un mètre environ. Cette abondance de l’eau, serait,

au dire des principaux entrepreneurs, un des principaux obstacles

à l’exploitation de la saline [cf. t. I, p. 56].

Une fois tout le sel enlevé dans la fosse, les ouvriers creusent

au-dessous de la quatrième couche, « el ouara », de petites niches

qu’ils transforment progressivement en galeries ; l’exploitation

du sel, jusqu’alors à ciel ouvert, se continue sous terre.

Souvent l’eau sourd dans ces galeries et empêche de les mener

bien loin. Cependant, elles atteignent parfois 10 mètres de

profondeur dans les terrains propices. Les galeries sont creusées

sur chacune des faces de la fosse centrale ; on ménage entre elles

des intervalles d’environ un mètre, qui remplissent l’office

de piliers, de murs de soutien.

Les barres de sel débitées, les ouvriers les plus habiles séparent

les koukchat du bied, et de la kamra, en frappant tout simplement à

la pioche sur l’un des côtés de la barre, au point de jonction des

couches superposées. Il est quelquefois nécessaire d’introduire

le pic entre les deux et de faire levier avec le manche pour arriver

au décollement complet. Le sel de la 12e couche, el bent, ne donne

qu’une barre.

Les barres ainsi obtenues ont une épaisseur qui varie de

10 à 15 centimètres, leur surface rugueuse est tapissée

d’impuretés. Elles sont dégrossies et polies avec une herminette

et ramenées à des proportions mieux d’accord avec le mode de

transport, 4 ou 5 centimètres d’épaisseur, 1 m. 10 à 1,20 de

long et 0,40 à 0,50 de large. La barre de sel ainsi préparée,

prête à être enlevée par les caravanes, pèse en moyenne 40

kilogrammes. Les poids extrêmes varient entre 28 et 47 kilogrammes

(Cauvin) ; quatre barres font une charge de chameaux (120 à 150 kg.)

D’autres mines ont existé, dans la même région, notamment à

Ter’azza, à 120 kilomètres au nord-ouest de Taoudenni. D’après

la légende, Ter’azza, refusant de payer l’impôt, aurait été

détruite par ordre du sultan marocain Moulaï-Sliman, il y a environ

trois cents ans Taoudenni lui aurait succédé.

Ces renseignements détaillés sur les salines de Taoudenni, montrent

bien qu’il s’agit de sel de sebkha, identique à celui de quelques

chotts d’Algérie, comme la sebkha Melah, dans l’oued R’arbi,

étudiée par Flamand, et aussi des sebkhas de la côte atlantique de

Mauritanie, particulièrement à celle de N’Terert (100 km. au sud

de Nouakchott) où, sous une couche de 0 m. 60 d’argiles verdâtres,

se montrent des alternances de bancs de sel et d’argile.

Cette constitution ne permet pas de fixer l’âge de la saline

d’Agorgott, qui est très vraisemblablement quaternaire. Lenz

y a signalé des coquilles brisées ; Cortier a entendu dire aux

indigènes que l’on y avait trouvé des débris d’hippopotames

et de crocodiles, et même des traces humaines. Au surplus, l’âge

quaternaire paraît bien d’accord avec le peu que l’on sait de

l’hydrographie de la région.

_Bilma_[193]. — Les salines de Bilma (cf. p. 117) sont au nord-ouest

du village ; pour les exploiter, les indigènes creusent dans le sol

de petites mares rectangulaires, de 5 à 15 mètres de longueur sur

2 de largeur ; leur profondeur est de un demi-mètre. Les déblais,

rejetés autour des mares, atteignent parfois 10 mètres de hauteur.

On arrose le terrain ; l’eau salée se rassemble dans les mares,

et, par évaporation, les sels dissous viennent cristalliser à la

surface ; les indigènes brisent la croûte ainsi formée pour que

les cristaux tombent au fond de l’eau, où on les ramasse.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 27 / 32 段