Dahomey, et Courtet mentionne dans le bassin du Chari des latérites
qui entourent d’une auréole diverses roches éruptives [Niellim,
etc., in Chevalier, _L’Afrique Centrale_, p. 631].
Souvent ce produit d’altération, au lieu de rester au contact
de la roche qui lui a donné naissance, est repris par les agents
d’érosion et ces latérites remaniées forment parfois dans les
vallées des dépôts considérables.
On a beaucoup écrit sur l’origine de cette latérite. Walther
et Passarge y voudraient voir un effet des orages de la zone
tropicale. La pluie des tornades serait riche en acide azotique,
par suite particulièrement oxydante ; son action serait d’autant
plus décisive que dans la zone tropicale, les débris organiques,
toujours réducteurs, font défaut dans le sol superficiel où
les termites les détruisent. Cette manière de voir, que ne
semble appuyer aucune expérience précise, rend mal compte de
la localisation, parfois très marquée, de la décomposition des
roches : des mamelons éruptifs voisins, soumis par suite aux mêmes
conditions météorologiques, présentent souvent des différences
notables dans leurs transformations.
Holland fait jouer à des facteurs biologiques un rôle très actif
dans la genèse des latérites : ce serait un phénomène d’origine
microbienne. On connaît déjà, d’une manière positive, le
rôle des bactéries dans la nitrification : on sait établir des
milieux de culture pour la préparation des azotates et l’on a
songé à employer industriellement ce procédé. La production
du minerai de fer des marais, la réduction des sulfates et leur
transformation en soufre et en hydrogène sulfuré sont dues aussi
à des algues microscopiques et ces analogies rendent acceptable la
manière de voir de Holland. Malheureusement elle n’est confirmée
par aucune recherche expérimentale ; le microbe de la latérite
est inconnu et le meilleur argument que l’on puisse faire valoir
en sa faveur, est l’irrégularité de ce mode de transformation,
irrégularité qui est marquée surtout lorsque l’on s’éloigne
de l’équateur ou des plaines pour arriver à des régions où les
variations de température sont plus considérables, où surtout les
minima sont plus bas, que ce changement soit dû à la latitude ou
à l’altitude. Pareille allure est bien conforme à ce que l’on
sait de la distribution géographique des animaux et des végétaux,
à la limite de leur aire.
Cette transformation des roches éruptives en véritable latérite
ne se produit pas au Sahara non plus que dans le nord du Soudan :
ce n’est qu’au sud du 11° de latitude qu’elle semble devenir
générale.
_Grès ferrugineux._ — On désigne aussi, au Soudan, par le nom
de latérite, de simples grès à ciments ferrugineux ; ils sont
assez communs au nord du 11° : sur son itinéraire, E.-F. Gautier
a noté les premiers au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as, mais
ils ne deviennent abondants que dans le bas Telemsi ; le lieutenant
Ayasse en a rencontré entre Bilma et le Tchad[186] ; j’en ai vu
à plusieurs reprises entre l’Aïr et Zinder ; plus au sud ils
sont fréquents ; Foureau[187] les mentionne à plusieurs reprises
le long du Gribingui, dont les berges, hautes de 2 à 5 mètres,
sont formées de bancs d’argile rouge alternant avec des assises
horizontales de grès ou de conglomérats ferrugineux, dont les
éléments sont le plus habituellement quartzeux.
Dans le haut Logone, Lancrenon a trouvé des latérites dans le
fond des vallées, où elles sont recouvertes de plusieurs mètres
d’alluvions[188] ; Courtet signale le même fait dans le Chari.
Cette formation de grès et de conglomérats paraît surtout en
rapport avec des phénomènes d’évaporation ; le sable des dunes
mortes ou les graviers des alluvions transformées en reg ont été
cimentés par les sels solubles dissous par les eaux météoriques. Ce
phénomène peut se produire partout ; il est peut-être permis
de le rapprocher de la formation de l’alios dans les sables des
Landes. Cet alios est un grès quartzeux, souvent ferrugineux, qui
résulte de l’entraînement par dissolution des matières solubles
de la surface et de leur concentration, qui s’opère pendant les
chaleurs de l’été, par suite de l’évaporation à un niveau
à peu près constant de la nappe d’infiltration. Les sables de la
forêt de Fontainebleau présentent souvent des accidents analogues.
Il n’est pas certain cependant que cette comparaison des grès
du Soudan et de l’alios des Landes soit correcte. Aucune analyse
du ciment des grès africains n’a été faite ; le sesquioxyde
de fer se présente sous cinq formes différentes, plus ou moins
hydratées, qui peuvent introduire, entre les grès ferrugineux,
des dissemblances notables ; de plus, l’alios se produit toujours
à quelques décimètres de profondeur, tandis que, au Soudan,
le grès ferrugineux est habituellement superficiel.
En tous cas, c’est bien au Sahara et dans la zone la plus sèche
du Soudan que des phénomènes analogues ont été le plus souvent
signalés ; dans les oasis situées en bordure d’une sebkha,
un orage est un désastre : l’eau de pluie est vite ramenée à
la surface par évaporation ; elle revient accompagnée de sel et
de gypse qu’elle dépose à la surface du sol, obligeant ainsi à
abandonner, pour plusieurs années, un certain nombre de jardins. Dans
la région du Manga, à Gourselick par exemple, le natron se
renouvelle au fond de la cuvette par le même mécanisme. Enfin, le
fameux vernis du désert ne semble pas avoir une origine différente :
au Sahara, la plupart des roches sont recouvertes d’une pellicule
mince de produits concrétionnés, luisants, qui tranchent souvent
par leur couleur sur la roche qu’ils recouvrent [J. Walther] :
les grès blancs des tassili, avec leur patine couleur de poix,
en sont un exemple classique.
[Illustration : Fig. 78. — Les plateaux à l’est de Tamaské. —
Adr’ar’ de Tahoua. (Vue prise du poste de Tamaské).
A, Plateaux calcaires, protégés par un manteau de roches
latéritiques. B, Amas de roches latéritiques, dernier témoin
des plateaux.]
_Produits de décalcification._ — D’autres latérites enfin
sont liées à des roches sédimentaires : elles recouvrent tous les
mamelons crétacés du Damergou et leur extension vers l’ouest, au
moins jusqu’à la mare de Tarka, indique probablement l’ancienne
extension des calcaires à ammonites.
On retrouve des formations analogues au-dessus des dépôts éocènes
qui recouvrent l’Adr’ar’ de Tahoua ; ces formations peuvent
être suivies jusque sur les bords du Niger.
La plupart de ces produits sont dus à des phénomènes de
décalcification ; les oolithes ferrugineuses de Korema Alba
paraissent provenir d’un calcaire lacustre : Cayeux, qui les
a examinées, les a trouvées identiques à certains minerais de
France dont l’origine est certaine. Hubert n’admet pas cette
manière de voir pour les latérites des bords du Niger « parce
que les indices de la présence de calcaires dans ces régions sont
nuls » [_Thèse_, p. 112]. Il oublie qu’un caractère négatif,
surtout dans une région aussi mal connue que le Soudan, a une bien
faible valeur ; il ne tient pas compte de la grande extension des
calcaires éocènes depuis Bemba jusqu’à Guidambado ; il néglige
l’existence des silex éocènes d’Ansongo qui sont, au cœur de
la région qui nous intéresse, la preuve décisive de l’existence
d’un niveau calcaire.
Malgré leur composition, leur origine très spéciale et leur allure
parfaitement horizontale qui montre leurs relations avec des roches
sédimentaires, ces latérites différent peu par leur aspect des
latérites d’origine éruptive.
Ces produits de décalcification, qui couvrent les grès du Niger et
le calcaire de Tahoua, ne semblent pas être de formation actuelle ;
une coupe, prise en aval de Gao (fig. 79), montre que la latérite en
place (4) couvre un plateau peu élevé ; elle présente une structure
parfois oolitique (les oolites ont 1 millimètre de diamètre) mais
plus souvent rubannée et les zones que l’on y peut distinguer,
sont, en gros, parallèles aux couches de grès du Niger.
[Illustration : Fig. 79. — Un plateau de grès du Niger, en aval
de Gao.
1, Grès blancs, à stratification entrecroisée, 3 mètres ; — 2,
Niveau ferrugineux (1 cm.) ; — 3, Grès blancs, à stratification
entrecroisée, 2 mètres ; — 4, Formation latéritique souvent
rubannée, 2 mètres (produit de décalcification) ; — 5, Brèche
latéritique contenant des galets quartzeux de 4 à 5 centimètres et
des blocs, à peine roulés, de la roche 4, de 15 à 20 centimètres
de diamètre. Quelques galets sont des oolithes d’oxyde de
fer. Ciment ferrugineux ; — 6, Brèche latéritique mal cimentée.]
Depuis la formation de cette latérite, une vallée s’est formée
dont le fond (5) est occupé par des graviers et des galets qui
atteignent jusqu’à 15 à 20 centimètres de diamètre, galets
formés aux dépens de la latérite (4), et cimentés par des
produits ferrugineux.
A une époque plus récente, le niveau des vallées s’est un peu
abaissé et dans le fond de ces vallées plus jeunes on trouve par
place des débris de brèche latéritique (6), mal cimentés.
Il y aurait plusieurs stades à distinguer : la latérite s’est
d’abord formée sur le plateau et son mode de formation suppose
des pluies assez abondantes ; la formation d’un conglomérat
latéritique dans le fond de la vallée suspendue (5) est analogue à
celle des grès ferrugineux et suppose, pour la formation du ciment,
un climat plus sec ; dans les vallées plus jeunes (6), la cimentation
des débris ne s’est pas produite. Postérieurement enfin, s’est
creusé le lit actuel du Niger qui est sans doute plus jeune que
les ergs morts de la région, mais probablement plus ancien que le
Néolitique africain. Cette conclusion est du moins celle à laquelle
l’étude de la répartition des tombeaux a amené Desplagnes.
Ces divers climats, que permet d’entrevoir l’étude de cette
latérite, ne sont pas forcément quaternaires et ces épisodes ont
pu commencer à se manifester dès la fin de l’Éocène. Il ne
faut pas perdre de vue d’ailleurs que l’étude géologique du
Soudan est à peine ébauchée ; on essaie ici de poser une question
bien plutôt que de donner la solution d’un problème dont trop
d’éléments sont encore mal connus.
Il est toutefois difficile de croire que la disparition du calcaire
soit la seule cause de l’arrêt de la décalcification ; au nord,
tout autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as, à l’est, dans la
région de Tahoua, les calcaires sont à découvert sur les flancs
des vallées ; leur surface est restée de couleur claire ; parfois,
comme à Bouza, ils forment des plateaux où la roche est restée
absolument blanche (fig. 33, p. 94). L’érosion actuelle semble
trop insignifiante pour avoir pu enlever un manteau de latérite. Une
modification dans le climat paraît mieux rendre compte des faits.
Au Sénégal, « la latérite paraît avoir été formée avant
l’invasion des sables, car, sous une épaisseur de 4 mètres de
sable, nous avons trouvé de la latérite présentant à la surface
le même faciès poli, que celle qui est actuellement à la surface
du sol[189] ».
Dans le lit du Niger qui, à partir de Tosaye, est certainement jeune,
affleurent souvent, entre Niamey et Ansongo des blocs de roches
éruptives ; leur surface est peu altérée (fig. 80) : les parties
immergées à toutes les crues (1-3) ont une patine noire ; plus
haut, la patine est rouge. Ces diverses patines sont d’ailleurs
très minces ; les écailles que détachent à la surface les
variations de température, permettent de voir nettement la roche,
kaolinisée sans doute, mais dont tous les éléments restent en
somme bien reconnaissables. La séparation entre les différentes
zones est accentuée par la présence, sur certaines d’entre elles,
de mousses et d’hépatiques. Ces zones sont nettement distinctes
et les lignes qui les séparent sont trop horizontales pour ne pas
être en rapport avec les différents niveaux du fleuve.
Comme l’étude des produits de décalcification, ces patines
minces semblent prouver que, depuis que le Niger s’est creusé
un nouveau lit dans ces régions, les phénomènes d’altération
superficielle n’ont eu, dans la partie sèche du Soudan, qu’une
médiocre intensité.
[Illustration : Fig. 80. — Un bloc de granite sur les bords du
Niger, à Gari.
_aa′_, Niveau du Niger le 14 juillet 1906 ; — 1, Bande couverte
d’une patine noire. Aucune végétation (0 m. 10) ; — 2, Patine
noire. La roche est couverte d’hépatiques (1 m. 40) ; — 3,
Patine noire. La roche est couverte de mousses et d’hépatiques
(0 m. 50) ; — 4, Patine rouge. Aucune végétation. Quelques
écailles, épaisses de 1 centimètre, détachées par insolation.]
Toutes ces roches ferrugineuses présentent souvent à la surface
une modification intéressante, dernier terme de l’altération
latéritique : cette modification est due à l’évaporation
rapide d’eau qui en profondeur s’est chargée de sels de fer ;
c’est un mécanisme que j’ai déjà signalé plusieurs fois. Il
se produit ainsi une roche souvent caverneuse, d’aspect scoriacé,
parfois vernissée, en somme assez variable ; souvent elle englobe
des galets, des fragments de roches, et dans ce cas seulement le nom
de conglomérat ferrugineux [Hubert, _Thèse_, p. 103, Chautard,
_Thèse_, p. 143], est justifié. Ce sont en réalité des roches
concrétionnées que leur apparence a souvent fait prendre pour des
laves ou des scories volcaniques, notamment dans la région de Tahoua.
Parfois, au lieu d’une remise en mouvement du fer, il s’est
produit un enrichissement superficiel en silice. C’est un fait
qui a été
signalé dans tous les déserts : il est extrêmement net dans la
région d’Assaouas, à l’ouest d’Agadez, où des calcaires
lacustres ont été transformés en quartzites rougeâtres ; sur la
côte de Mauritanie, dans le Tasiast, des calcaires du Quaternaire
ancien reposent sur des grès tendres et forment le couronnement
d’un certain nombre de plateaux. Leur enrichissement en silice
est très marqué et leur dureté est devenue considérable.
Malgré son caractère technique, il a fallu insister un peu sur cette
question : l’histoire de la latérite est en effet intéressante
à de nombreux points de vue ; d’abord on ne sait pas au juste
comment elle se forme et les hypothèses émises à propos de son
origine, (bactéries, acide azotique) n’ont jamais été l’objet
de vérifications expérimentales ; il y a d’ailleurs plusieurs
latérites et certainement plusieurs modes de formation ; il y en a
aussi de plusieurs âges. Il est malheureusement difficile de serrer
de près la question ; les rapports d’itinéraires n’indiquent que
rarement s’il s’agit de vraies latérites, en place ou remaniées,
de grès ferrugineux ou de produits de décalcification.
On connaît en Europe une roche très analogue à la vraie latérite,
la bauxite, qui, depuis que s’est développée l’industrie de
l’aluminium, a donné lieu à de très importantes exploitations :
cette parenté de la latérite et de la bauxite permettra peut-être
de préciser les conditions de climat qui ont présidé en France
à la production encore très obscure de cet important minerai
d’aluminium, en même temps qu’elle peut faire entrevoir pour
l’Afrique occidentale une source de richesses qui peut devenir
importante.
Il faut noter aussi que c’est parmi les latérites que se trouvent
les seuls minerais de fer qui alimentent la sidérurgie indigène ;
l’exploitation est très simple : le forgeron nègre, dans les
points favorables, soupèse les blocs de latérite et choisit les
plus denses.
Les minerais de manganèse que signale Desplagnes sur les bords
du Niger [_Plateau central nigérien_, p. 11 et fig. 25 et 26]
appartiennent à la même série de formations.
Certains gîtes aurifères enfin sont en relation évidente avec les
produits d’altération superficielle et ne sont que des latérites
au sens propre du mot.
La rareté des filons métallifères dans l’Afrique occidentale
française est donc partiellement compensée par l’existence de
ces latérites, où, sans compter l’or, on connaît trois métaux
importants, le fer, le manganèse et l’aluminium. L’organisation
des voies de transport qui se poursuit si activement permet de croire
que plusieurs de ces gisements seront bientôt exploitables, et dès
maintenant il est permis de les considérer comme une précieuse
réserve pour l’avenir.
Enfin l’importance des divers modelés latéritiques dans les
paysages soudanais, l’emploi constant de ce mot, mal défini, dans
tous les rapports d’itinéraires feront excuser le développement
donné à une question à première vue aussi spéciale.
III. — =SALINES=
_Taoudenni._ — Les mines de Taoudenni sont probablement les plus
importantes du Sahara ; les renseignements qu’ont donnés sur
elles Cortier, Mussel et Nieger sont très concordants et ils sont
confirmés par les indications et les photographies de Cauvin.
Les détails qui suivent sont empruntés presque textuellement
à Nieger[190].
Taoudenni est en bordure septentrionale d’une immense sebkha
limitée au nord par un dos d’âne rocheux sans gros relief[191],
la hammada _El Haricha_ (fig. 6, p. 11). Ce dos d’âne s’étend
sur 300 kilomètres environ du sud-est au nord-ouest. Agorgott,
centre d’exploitation des salines, est sur la sebkha au débouché
d’un oued descendu du djebel El Haricha, l’oued Agorgott.
Les mines de sel se trouvent à environ 4 kilomètres au sud-ouest
du ksar de Taoudenni. La majorité des nègres et haratins qui
travaillent à l’exploitation se sont construit en ce point
des gourbis en barres de sel dont l’ensemble est appellé aussi
Agorgott.
La mine n’a pas de propriétaire. L’individu qui désire exploiter
fait délimiter les surfaces à creuser, suivant le nombre de bras
qui constituent ses ateliers (ces derniers se composent de trois
à dix travailleurs). Les fouilles [cf. t. I, pl. XI] sont menées
par couches sur toute la surface délimitée ; il y avait, en 1906,
100 à 150 fosses en exploitation. On rencontre de haut en bas :
1o Argile rouge (_trab el hamra_). La puissance de cette couche est
d’environ 2 mètres ; travail facile dans de l’argile humide.
2o Argile verte (_harma larma_). Également humide, contient de
petits cristaux de sel ; environ 30 centimètres d’épaisseur.
3o Argile verte (_afarai el ouara_) dure à creuser, environ 15
centimètres.
4o Sel mélangé à la terre (_el ouara el foukania_), contient
de nombreuses impuretés, très difficile à entamer, épaisseur
variant de 10 à 60 centimètres. Ce sel n’est pas exploité. On
trouve, noyés au milieu de cette masse, des nodules de cristaux
de sel (_ainin el melah_) d’une pureté et d’une limpidité
remarquables. Ces nodules ont, pour la plupart, la grosseur d’un
œuf de poule et au-dessus.
5o Argile verte (_afarai zekkou_), environ 15 centimètres
d’épaisseur.
6o Argile verte (_afarai el hammamia_), environ 15 centimètres
d’épaisseur.
7o Sel qui s’exploite (_el hammamia_) ; il était autrefois emporté
en morceaux cassés à la pioche ; se débite actuellement, comme
les suivants, en barres.
8o Argile verte (_afarai el bieda_) environ 15 centimètres
d’épaisseur.
9o et 10o Sel de première qualité (_koukchat[192] el bieda_,
et _el bieda_). Ces deux couches, soudées l’une à l’autre,
forment un banc de 0 m. 25 à 0 m. 30 et s’enlèvent du même coup.
11o Argile rouge. Quelques centimètres.
12o Sel de deuxième qualité (_el bent_, la fille).
13o Argile rouge. Quelques centimètres.
14o et 15o. Sel de première qualité (_koukchat el kamra_ et _el
kamra_). Même observation que pour les 9e et 10e couches.
16o Sel non exploité (_el ouara tahtania_).
17o On arrive à l’eau.
Jusqu’à la 7e couche (_el hammamia_), la première qui soit
exploitée, la fosse est creusée sur toute l’étendue délimitée,
et les matériaux sont jetés en dehors sur le terre-plein, ou dans
une fosse voisine dont l’exploitation est terminée.
Sur la surface plane de la 7e couche, une série de petites rigoles
parallèles sont creusées dans le sens de la largeur et celui de la
longueur et tracées de telle façon que la fosse se trouve divisée
en rectangles de cinq pieds et demi sur un et demi. Les rigoles sont
approfondies jusqu’à ce que l’on puisse soulever à la pioche
les barres provenant de ce morcellement.
On procède de la même façon pour les couches de sel inférieures,
mais les koukchat sont enlevées avec les couches auxquelles elles
sont soudées.
L’eau qui se trouve au-dessous d’« el ouara tahtania »
(16e couche) est jaillissante. Au dire des ouvriers, il faut une
certaine habitude pour enlever la dernière couche de sel exploité
(_el kamra_).
En enfonçant la pioche un peu trop profondément au-dessous de
cette dernière pour la décoller, il arrive fréquemment, aux
inexpérimentés, de crever « el ouara tahtania » et l’eau, se
précipitant par l’ouverture ainsi pratiquée, a assez de force
pour briser la barre de sel sur laquelle on travaille. A l’air
libre, si l’on perce « el ouara tahtania », l’eau jaillit et
s’élève à un mètre environ. Cette abondance de l’eau, serait,
au dire des principaux entrepreneurs, un des principaux obstacles
à l’exploitation de la saline [cf. t. I, p. 56].
Une fois tout le sel enlevé dans la fosse, les ouvriers creusent
au-dessous de la quatrième couche, « el ouara », de petites niches
qu’ils transforment progressivement en galeries ; l’exploitation
du sel, jusqu’alors à ciel ouvert, se continue sous terre.
Souvent l’eau sourd dans ces galeries et empêche de les mener
bien loin. Cependant, elles atteignent parfois 10 mètres de
profondeur dans les terrains propices. Les galeries sont creusées
sur chacune des faces de la fosse centrale ; on ménage entre elles
des intervalles d’environ un mètre, qui remplissent l’office
de piliers, de murs de soutien.
Les barres de sel débitées, les ouvriers les plus habiles séparent
les koukchat du bied, et de la kamra, en frappant tout simplement à
la pioche sur l’un des côtés de la barre, au point de jonction des
couches superposées. Il est quelquefois nécessaire d’introduire
le pic entre les deux et de faire levier avec le manche pour arriver
au décollement complet. Le sel de la 12e couche, el bent, ne donne
qu’une barre.
Les barres ainsi obtenues ont une épaisseur qui varie de
10 à 15 centimètres, leur surface rugueuse est tapissée
d’impuretés. Elles sont dégrossies et polies avec une herminette
et ramenées à des proportions mieux d’accord avec le mode de
transport, 4 ou 5 centimètres d’épaisseur, 1 m. 10 à 1,20 de
long et 0,40 à 0,50 de large. La barre de sel ainsi préparée,
prête à être enlevée par les caravanes, pèse en moyenne 40
kilogrammes. Les poids extrêmes varient entre 28 et 47 kilogrammes
(Cauvin) ; quatre barres font une charge de chameaux (120 à 150 kg.)
D’autres mines ont existé, dans la même région, notamment à
Ter’azza, à 120 kilomètres au nord-ouest de Taoudenni. D’après
la légende, Ter’azza, refusant de payer l’impôt, aurait été
détruite par ordre du sultan marocain Moulaï-Sliman, il y a environ
trois cents ans Taoudenni lui aurait succédé.
Ces renseignements détaillés sur les salines de Taoudenni, montrent
bien qu’il s’agit de sel de sebkha, identique à celui de quelques
chotts d’Algérie, comme la sebkha Melah, dans l’oued R’arbi,
étudiée par Flamand, et aussi des sebkhas de la côte atlantique de
Mauritanie, particulièrement à celle de N’Terert (100 km. au sud
de Nouakchott) où, sous une couche de 0 m. 60 d’argiles verdâtres,
se montrent des alternances de bancs de sel et d’argile.
Cette constitution ne permet pas de fixer l’âge de la saline
d’Agorgott, qui est très vraisemblablement quaternaire. Lenz
y a signalé des coquilles brisées ; Cortier a entendu dire aux
indigènes que l’on y avait trouvé des débris d’hippopotames
et de crocodiles, et même des traces humaines. Au surplus, l’âge
quaternaire paraît bien d’accord avec le peu que l’on sait de
l’hydrographie de la région.
_Bilma_[193]. — Les salines de Bilma (cf. p. 117) sont au nord-ouest
du village ; pour les exploiter, les indigènes creusent dans le sol
de petites mares rectangulaires, de 5 à 15 mètres de longueur sur
2 de largeur ; leur profondeur est de un demi-mètre. Les déblais,
rejetés autour des mares, atteignent parfois 10 mètres de hauteur.
On arrose le terrain ; l’eau salée se rassemble dans les mares,
et, par évaporation, les sels dissous viennent cristalliser à la
surface ; les indigènes brisent la croûte ainsi formée pour que
les cristaux tombent au fond de l’eau, où on les ramasse.