Le caractère de la roche confirme donc pleinement l’impression que

donne l’aspect d’In Zize, dont Villate avait déjà affirmé

le caractère volcanique. Je n’insisterais pas sur ce point

s’il n’avait été contesté par Flamand ; bien que le savant

pétrographe d’Alger n’ait pas vu In Zize, un désaccord aussi

formel est de nature à alarmer. Flamand a été très frappé

de l’absence de cendres et de cinérites, dans les nombreux

échantillons rapportés d’In Zize. Une pareille lacune serait

grave partout ailleurs qu’au Sahara ; elle est ici facilement

explicable. On n’a jamais vu de près que l’aguelman et ses

abords immédiats : cet aguelman est dans le lit d’un torrent à

pente rapide : il n’y a sur le sol que de gros galets de roches

dures ; on ne peut espérer trouver de blocs de cinérites dans un

semblable milieu où ils seraient de suite pulvérisés (Pl. XXXVII,

phot. 71, 72). Sur les flancs du ravin, on voit souvent deux coulées

superposées, parfois séparées par des fentes de quelques mètres de

long, et béantes de quelques centimètres dans leur partie la plus

large : souvent, à l’Etna ou au Vésuve par exemple, il existe,

entre deux coulées, des amas de cendres dont la forme rappelle

singulièrement celle des fentes d’In Zize. La place de ces cavités

et leur forme montrent qu’elles n’ont pas pu être creusées par

l’eau ; elles ne paraissent guère explicables que comme dernière

trace de couches de cendres dispersées depuis longtemps par le vent

du désert ; ceci est d’accord avec les caractères généraux

du tanezrouft, que le décapage éolien a privé depuis longtemps

de ses éléments les plus mobiles. Les cendres, qui se trouvaient

entre les coulées, ont eu le même sort que les argiles dans les

alluvions ; le volcan d’In Zize a subi la même évolution qui,

tout à côté, donnait naissance aux regs.

L’âge du volcan d’In Zize est difficile à fixer ; les seuls

indices que l’on puisse invoquer sont tirés de l’état de

l’érosion. In Zize repose sur un socle archéen que l’on voit

nettement au nord de Tihimati et, au sud-ouest du volcan, à Foum

Ilallen. En ce dernier point, à 500 mètres du volcan, quelques

mamelons granitiques, hauts d’une quinzaine de mètres, portent

à leurs sommets des coulées de rhyolite ; le ravin qui conduit à

l’aguelman a creusé son lit dans les laves ; on voit par place,

sur 40 ou 50 mètres de haut, les coulées superposées tranchées

par l’érosion.

On ne peut évidemment pas conclure, en l’absence de données

paléontologiques, mais il semble probable que le volcan d’In Zize

date de la fin du Pliocène ou du début du Quaternaire : il est trop

bien conservé dans son ensemble pour être très vieux et, dans le

détail, il est trop érodé pour ne pas avoir subi l’action du

ruissellement à l’époque où il pleuvait au Sahara et où les

grands oueds, morts aujourd’hui, creusaient leurs lits.

On a la preuve que, plus au nord, la faille du Touat a rejoué

récemment ; toutes les rivières de l’Ahnet présentent des

phénomènes de capture et des traces de remaniements profonds que

confirme l’état jeune du relief. Il est difficile de ne pas

établir un rapprochement entre ces accidents tectoniques et le

volcan d’In Zize, qui se rattachent en somme à la même cause.

_Ahaggar._ — Dans l’Ahaggar les volcans sont nombreux et la

période d’activité a duré longtemps.

Entre Silet et Abalessa, la route coupe le cratère encore assez bien

conservé de l’Adrar Ouan R’elachem ; on met une heure et demie à

le traverser ; les débris du cône forment une série de monticules,

disposés en cercle, et dont les plus hauts atteignent 200 mètres ;

au centre de ce cercle, la place de la cheminée est encore indiquée

par du basalte en boules grosses comme la tête. L’activité de

ce volcan n’a cessé qu’à une époque récente ; une coulée en

descend le long de l’oued Ir’ir’i et s’arrête à environ 300

mètres au nord des ruines de la kasbah de Silet ; elle a été à

peine entamée par l’érosion. La lave est un basalte à péridot.

Dans l’Edjéré, Roche[177] avait signalé des coulées de basalte

aussi jeunes. Les recherches récentes de Voinot ont confirmé

ces indications ; et Flamand a reconnu, parmi les échantillons

rapportés, un basalte à péridot et une limburgite.

A Tit’, la vallée de l’oued est limitée au nord par un étroit

plateau (400 à 500 m. de large) couvert d’une coulée de basalte

que l’on peut suivre pendant une quinzaine de kilomètres, dominant

la rivière de 20 mètres. Sa pente m’a paru être vers l’est. Sur

les flancs du plateau on voit, par places, les débris d’une autre

coulée certainement plus jeune.

L’oued Tit’ traverse ce plateau à 7 ou 8 kilomètres en amont

du village ; plusieurs de ses affluents le coupent également.

Au voisinage du confluent des oueds Outoul et Adjennar, les coulées

sont nombreuses, mais insignifiantes ; elles sont à peine à quelques

mètres au-dessus des vallées ; elles paraissent converger vers un

petit mamelon qui pourrait bien être un cratère.

Autour de Tamanr’asset, les phénomènes volcaniques ont laissé

des traces nombreuses et importantes. L’Adr’ar’ Haggar’en

(la Montagne Rouge), dont le point culminant, le Tin Hamor, a une

altitude voisine de 1800 mètres, est bien vraisemblablement le reste

d’un volcan fortement démantelé dont il ne subsiste plus que

les parties profondes, consolidées par de nombreux dykes verticaux

(fig. 71). Une roche porphyrique rose forme la masse principale de

la montagne. Tout autour, de puissantes coulées de laves couronnent

les hauteurs, mais il n’en reste que des lambeaux formant le plus

souvent des gours isolés (Har’en (le pilon), Tindi (le mortier),

Télaouas) ; le lambeau le plus étendu forme le plateau d’Hadrian,

qu’entaille la brèche d’Elias, œuvre de quelque Roland berbère

(fig. 19, p. 43). Ce volcan est ancien : les coulées d’Hadrian

superposées sur une grande épaisseur, atteignent souvent 30 mètres

de puissance et dépassent parfois 70 mètres, au nord de la brèche

d’Elias par exemple ; leurs parties les plus basses sont à environ

120 mètres au-dessus des vallées. Ces coulées reposent souvent sur

des cinérites qui permettront sans doute de fixer leur âge. —

A 20 kilomètres au sud de l’Hadrian, l’Adjellella (fig. 72)

est un plateau de même type qui montre la grande étendue de la

nappe de laves : en tous cas, la roche est la même, une rhyolithe

ægyrinique de couleur grisâtre.

[Illustration : Fig. 71. — Le Tin Hamor et le Telaouas

(Ahaggar). — De Tamanr’asset (cf. fig. 19).]

A dix kilomètres au nord-ouest de Tamanr’asset, une coulée

basaltique moins puissante, 5 à 6 mètres seulement, forme le

plateau de Tideri, élevé de 150 mètres au-dessus de la vallée.

[Illustration : Fig. 72. — Coulée de rhyolithe ægyrinique,

formant le plateau de l’Adjellela. Ahaggar.

Probablement la même coulée qu’au plateau d’Hadrian (fig. 19)

et au Telaouas, à 25 kilomètres au nord.]

A quelques kilomètres au sud de Tamanr’asset, sur le piste

qui conduit à l’Adjellela, quelques petits oueds, affluents de

l’Ezerzi, ont une vallée assez encaissée ; on voit cependant par

places des débris d’alluvions quaternaires qui, à partir du lit

du ruisseau, donnent la coupe suivante (de bas en haut) :

1o Graviers et cailloux, 1 m. 60.

2o Tufs volcaniques, 1 mètre.

3o Éboulis des pentes.

La période d’activité volcanique a persisté longtemps autour

de l’Haggar’en ; elle n’a cessé qu’assez récemment et

il n’est peut-être pas déraisonnable de placer son début au

Miocène.

Tous les itinéraires autour de l’Ahaggar mentionnent de nombreuses

coulées de laves ; sur la Coudia, Guilho-Lohan et Motylinski en

signalent à plusieurs reprises. Enfin beaucoup plus à l’est,

Foureau a recueilli des téphrites et des limburgites provenant

vraisemblablement du Télout[178] (cf. _Esquisse géologique_).

[Illustration : Fig. 73. — Montagne d’Aoudéras. Aïr.

Cinérites et coulées basaltiques. — Aoudéras est à la cote

800 mètres, le sommet de la montagne à la cote 1400.]

_Aïr._ — On a déjà insisté sur le caractère volcanique

des principaux massifs de l’Aïr, dont beaucoup sont des

dômes[179]. Comme dans l’Ahaggar, la période active a persisté

longtemps : quelques coulées ont été à peine entamées par

l’érosion ; dans l’oued Tidek, au voisinage de l’Ohrsane,

les laves sont au niveau des vallées ; dans la plaine de Tar’it,

au nord d’Aoudéras, les coulées de basalte très étendues et

provenant sans doute du Doghen, sont récentes : le petit r’edir

d’Akara, creusé dans des granulites roses, est bordé à l’ouest

par des basaltes épais de 4 mètres dont la base est au niveau de

l’eau. Cette impression de jeunesse est confirmée par l’existence

à Tafadek (60 kilomètres au sud-ouest d’Aoudéras) d’une source

chaude dont la température atteint, d’après le capitaine Posth,

48°.

D’autres coulés sont certainement beaucoup plus anciennes ;

à une douzaine de kilomètres au nord-ouest d’Iférouane,

l’oued Kadamellet traverse, par un défilé étroit, un plateau de

gneiss et de micaschistes, dont la table est formée d’un basalte

doléritique, à structure ophitique. La coulée, épaisse d’une

dizaine de mètres, a sa base à 50 mètres au-dessus de l’oued.

Il est difficile de préciser le début de ces éruptions ; nous

avons cependant pour l’Aïr quelques éléments d’informations

qui jusqu’à présent font défaut dans l’Ahaggar. Le lieutenant

Jean a remis au laboratoire de géologie de la Sorbonne quelques

échantillons de calcaires provenant de Tafadek et d’un point

situé un peu au nord, Tamalarkat. L’âge de ces calcaires n’est

pas douteux ; outre quelques moules de mollusques, ils contiennent

de nombreux échantillons d’_Operculina canalifera_ d’Archiac,

de l’Éocène moyen. Les renseignements stratigraphiques font

défaut ; Jean [_l. c._, p. 141] signale seulement à Tafadek des

calcaires, des ardoises et des pierres ponces ; mais l’examen

de plusieurs plaques minces taillées dans les échantillons

fossilifères n’y montre qu’un calcaire très franc, sans

aucun élément attribuable aux volcans voisins. Les grès, les

calcaires et les meulières lacustres d’Assaouas et de Teguidda

n’Adr’ar’, situés à plus de 100 kilomètres au sud-ouest

d’Aoudéras, renferment de nombreux minéraux éruptifs, surtout

des feldspaths. Les échantillons ne contiennent malheureusement

que des traces de fossiles indéterminables, qui ne permettent pas

de fixer leur âge (p. 76).

[Illustration : Fig. 74. — Adr’ar’ Ohrsane (Nord de

l’Aïr). Pris de l’oued Tidek.

L’Ohrsane est une muraille de syénite.]

Tout incomplètes qu’elles soient, ces données prouvent cependant

que les volcans d’Aïr sont postérieurs à l’Éocène, comme

leur examen direct permettait d’ailleurs de le prévoir.

D’autres roches d’épanchement ont été signalées dans des

régions voisines : Nachtigal mentionne expressément des volcans dans

le Tibesti et les détails qu’il donne (sources thermales, etc.),

montrent que certains de ces volcans au moins sont récents. Sur la

route de N’Guigmi à Bilma, Ayasse a recueilli, près de Béduaram

et près d’Agadem, des basaltes[180] dont quelques-uns au moins

sont assez anciens pour que leurs vacuoles aient pu se tapisser de

minéraux secondaires (calcédoine).

Au sud du Tchad, les cinq pitons rocheux de Hadjar El Hamis

(déformation par les noirs d’El Khémès) sont formés d’une

rhyolithe alcaline verdâtre étudiée par Lacoin et Gentil et dont

Courtet a pu rapporter de nouveaux échantillons. On trouvera dans

Chevalier [_L’Afrique Centrale française_, p. 409] un croquis du

piton principal, haut de 80 mètres environ.

Des rhyolithes à ægyrine, sont connues sur le Mayo Kæbbi, au pied

des chutes Gauthiot, non loin du Toubouri[181].

J’ai donné peu de détails pétrographiques sur les roches

volcaniques ; ils sont en général de petit intérêt géographique,

et la plupart des laves donnent naissance à des formes topographiques

analogues. Toutes, pendant leur refroidissement, se sont plus

ou moins fendues ; ces fissures de retrait les ont débitées en

blocs arrondis ou en dalles ; plus rarement, elles y ont découpé

des colonnades prismatiques. Grâce à ces fentes, les coulées

ont acquis une perméabilité marquée qui en a fait souvent des

réservoirs d’eau importants ; ce fait, observable partout, prend

une importance spéciale au Sahara.

Certaines roches, cependant, par leurs caractères particuliers

méritent une courte mention. Leur composition chimique se singularise

par une grande pauvreté en chaux et en magnésie et une certaine

abondance en métaux alcalins (potasse et soude). Quelques minéraux

spéciaux comme la népheline, l’ægyrine, la riébeckite se

développent à la faveur de cette composition chimique et donnent aux

roches qui les contiennent un cachet assez inaccoutumé. Ces roches,

assez rares en Europe, sont au contraire abondantes au Sahara ; nous

aurons à préciser leur répartition géographique, mais auparavant

il importe de dire quelques mots de roches de profondeur, parfois

franchement granitiques, probablement d’âge récent et qui, par

leur composition se rattachent à la même famille que les roches

d’épanchement alcalines, dont il vient d’être question.

_Mounio._ — Un premier groupe éruptif constitue le Mounio, massif

qui mesure du nord au sud une cinquantaine de kilomètres sur 25 de

large ; on doit probablement lui rattacher les hauteurs qui avoisinent

les villages de Mia et de Yamia. Les caractères géographiques

et topographiques du Mounio ont déjà été indiqués. Les roches

sont des granites, des microgranites et des rhyolites avec ægyrine

et une amphibole sodique voisine de la riébeckite, roches dont la

couleur varie du gris bleu au lie de vin.

A 200 mètres au nord du poste de Gouré, on peut observer le contact

avec les roches sédimentaires (fig. 76).

Ces roches sont des argiles et des grès tendres en couches

horizontales qui, à cause de leurs caractères lithologiques et de

la continuité géographique, doivent être rattachés aux formations

du Crétacé inférieur du Tegama. Sur une vingtaine de mètres à

l’est du granite, ces grès et ces argiles ont été dérangés

de leur horizontalité primitive ; ils ont été profondément

métamorphisés et transformés en quartzites et en micaschistes ;

quelques filons de quartz les traversent.

[Illustration : Fig. 75. — Mounio. Du poste de Gouré. Les

premiers mamelons sont les microgranites _m_ de la figure 76. Au

fond à droite, les premiers plateaux du Koutous. — Le camp des

tirailleurs est entre les balanites et les mamelons granitiques.]

Freydenberg a observé des faits analogues à la frontière ouest

du Mounio, près de Gabana.

Les granites alcalins de Gouré sont donc postérieurs à

l’Infra-crétacé ; on ne trouve dans les poudingues, qui, à

Kellé, forment la base des grès du Koutous, aucun élément qui

puisse leur être attribué. On peut donc affirmer que les roches

éruptives du Mounio ne sont pas plus anciennes que le Crétacé ;

le caractère peu avancé de l’érosion dans le massif de Gouré et

surtout les grandes analogies de ces roches avec celles de l’Aïr,

certainement postlutétiennes, sont de fortes présomptions en faveur

de l’âge tertiaire de ces granites et microgranites.

_Zinder._ — Le massif de quartzites verticales et probablement

siluriennes de Zinder et d’Alberkaram est flanqué, à l’est comme

à l’ouest, de roches analogues ; vers Dan Beda (30 km. ouest de

Zinder) ces granites sont en relation avec des grès tendres : il

serait probablement facile de trouver en ce point une confirmation

de l’âge récent des roches de Zinder, qu’il est difficile de

ne pas rattacher de très près à celles du Mounio : la série est

la même et va du granite franc à la rhyolite. Les deux massifs

sont très voisins : il y a à peine 60 kilomètres de Gidi-Mouni

à Gabana ; il y a moins encore de Karouaram au Mounio.

_Melfi._ — Au sud-est du Tchad, le poste de Melfi est au centre

d’un cirque de collines granitiques, hautes parfois de 200 mètres,

formées de roches assez variées dont le type le plus habituel est

une syénite à amphibole sodique et à riébeckite, plus pauvre en

silice et plus riche en chaux que les roches de Gouré et de Zinder

[Freydenberg, _Thèse_, p. 107 et 180].

[Illustration : Fig. 76. — Coupe relevée à 200 mètres au nord

du poste de Gouré (Mounio).

m, Microgranite alcalin (hauteur 10 mètres). — q, Filons de

quartz. — 1, Argiles du Tegama disloquées et transformées en

micaschistes. — 2, Grès ferrugineux superficiels. — La coupe

a 50 mètres de long.]

Ce massif éruptif se continue vers le sud et se relie aux granites

alcalins de Miellim sur la rive gauche du Chari.

_Fita._ — Beaucoup plus à l’ouest, au Dahomey, Hubert [_Thèse_,

p. 242], à signalé la chaîne de Fita, qui, un peu au sud du 8°

Lat. N. s’étend sur une dizaine de kilomètres du nord au sud

avec une largeur de 2 kilomètres au plus ; ses plus haut sommets

dominent de 150 mètres la plaine voisine ; les roches [_l. c._,

p. 466-467] sont des granites et des microgranites alcalins dont la

riébeckite est l’élément le plus caractéristique. D’après

un renseignement oral, Hubert considère ces roches comme beaucoup

plus jeunes que les gneiss des régions voisines.

=Provinces pétrographiques à roches alcalines.= — L’abondance

de ces roches alcalines en Afrique est connue depuis longtemps ;

Lacroix a montré qu’elles se rattachaient à deux provinces

pétrographiques distinctes : la province occidentale comprend

d’abord les îles atlantiques (Açores, Canaries, îles du cap

Vert) ; les îles de Los, près de Konakry, contiennent des roches

analogues. Chautard[182] a récemment montré qu’il fallait

définitivement rattacher à la même province les roches de Dakar

dont le trachyte du cap des Biches est le type le plus remarquable ;

toutes ces roches de la presqu’île du Cap Vert sont nettement

volcaniques ; au point de vue chronologique elles appartiennent

à deux séries : entre Rufisque et Dakar les roches éruptives

sont contemporaines du Crétacé supérieur ; plus tard, entre

l’Éocène moyen et le Pleistocène, les épanchements se sont

produits un peu plus au nord et s’ordonnent autour de l’appareil

volcanique des Mamelles.

Dans l’intérieur, à Senoudébou (cercle de Bakel), un trachyte

à noséane, recueilli dans un mur, a été étudié par Arsandaux ;

le gisement d’origine de la pierre est à rechercher, mais il

est douteux que l’on ait été chercher bien loin des matériaux

de construction. Quiroga a trouvé dans le Rio de Oro, à Hassi

Aussert, à moitié chemin entre le littoral et la sebkha d’Idjil,

une syénite néphélinique. Dans le Sud marocain, les laves du

Siroua, étudiées par Gentil [_C. R. Ac. Sc._, janvier 1908] sont

des trachytes et des phonolites.

Cette province occidentale s’étend probablement jusqu’au

voisinage d’Oran.

La province centrale, celle du Tchad, contient un grand nombre

de gisements : le massif de l’Ahaggar avec les rhyolithes de

l’Adjellela et les phonolithes à ægyrine de la Coudia lui

appartient, mais semble marquer sa limite occidentale : la rhyolithe

d’In Zize ne renferme aucun des minéraux qui caractérisent les

roches alcalines ; immédiatement autour du tassili des Azdjer,

le massif volcanique du Télout a émis une coulée de phonolithe

à ægyrine, très voisin de la roche du Tekout (85 kilomètres

au sud de Tripoli) recueillie autrefois par Overweg. L’abondance

des roches alcalines dans l’Aïr, à Zinder et à Gouré, ainsi

qu’autour du Tchad, a déjà été indiquée.

Il est vraisemblable que, malgré leur éloignement, Fita et le

Cameroun appartiennent à la même province.

Sa limite orientale est complètement inconnue ; on ne sait rien sur

les roches éruptives du Tibesti ; le désert de Lybie est ignoré,

même au point de vue géographique. On sait toutefois qu’à

l’extrémité orientale de l’Afrique et, au delà de la mer

Rouge, en Arabie, les roches alcalines sont fréquentes ; celles

d’Abyssinie, certainement post-kimmeridgiennes et probablement

beaucoup plus récentes, ont été étudiées de très près par

Arsandaux[183]. Lacroix a donné des détails sur quelques autres.

[Illustration : Fig. 77. — Roches d’épanchement et roches

alcalines de l’Afrique du Nord.]

Il est actuellement impossible de savoir si cette province orientale

est distincte de celle du Tchad ou si elle se relie avec elle.

Des analyses assez nombreuses de ces roches alcalines ont été

publiées ; elles accusent des divergences de détail. Mais dans

l’ensemble toutes ces roches semblent pouvoir être ramenées à

un même magma alcalino-granitique. Suivant le mode d’éruption,

qui modifie les conditions de refroidissement et qui permet le

départ plus ou moins rapide des éléments minéralisateurs, ce

magma a donné naissance à diverses roches : les granites de Zinder

et de Gouré sont les types de profondeur ; les microgranites

se sont refroidis plus vite : dans le Mounio notamment, ils

semblent former une zone de contact entre les granites et les roches

sédimentaires. Les rhyolithes, les phonolithes et certains trachytes

sont la forme d’épanchement, la forme vraiment volcanique du

même magma.

On pourrait être tenté de rapprocher la pauvreté en chaux de

ces roches alcalines de la rareté des calcaires dans le continent

africain ; on sait que, par endomorphisme, un granite normal,

traversant des assises calcaires, peut s’entourer d’une auréole

de granite amphibolique. On a même émis l’hypothèse que dans

les éruptions, la matière qui constitue la roche injectée dans

les fentes des divers terrains ou épanchée à leur surface,

provenait de la fusion sur place de roches assez superficielles,

fusion déterminée par les phénomènes thermiques qui résultent

de l’écrasement de l’écorce terrestre : il n’y aurait pas

à proprement parler de magma éruptif profond, et la composition

chimique des roches ignées résulterait immédiatement de la

composition chimique des terrains au milieu desquels se manifestent

les phénomènes éruptifs.

En fait il est douteux que la rareté en chaux des roches éruptives

et des roches sédimentaires de l’Afrique soit autre chose

qu’une simple coïncidence : l’exemple de Madagascar [Lacroix,

_Nouv. Arch. du Muséum_, 1902, 1903], où les roches alcalines

abondent au milieu de districts calcaires, doit rendre singulièrement

prudent. Tout ce qui se rattache à la pyrosphère et à l’origine

vraie des magmas éruptifs reste encore un des chapitres les plus

obscurs de la géologie.

II. — =LATÉRITES=

Au sens strict du mot, la latérite est caractérisée par la

présence de l’alumine qu’accompagnent toujours les hydrates

de fer ; elle est à peine différente de la bauxite, le principal

minerai d’aluminium.

Malheureusement, l’usage a prévalu d’appliquer ce mot à

tous les sols superficiels des régions tropicales, pour peu

qu’ils présentent une teinte rougeâtre, c’est-à-dire qu’ils

contiennent un peu de fer. On est arrivé ainsi à englober sous un

même nom les produits les plus différents.

Les véritables latérites, provenant de l’altération des roches

éruptives, diffèrent des produits similaires de nos climats par deux

caractères principaux : en Europe, l’alumine reste d’ordinaire

combinée à la silice sous forme d’argile ; l’hydrate de fer

est le plus souvent de la limonite, de couleur jaunâtre. Dans les

pays chauds, l’alumine se sépare de la silice, et les hydrates

de fer sont souvent de la turgite, de couleur rouge. Les éléments

alcalins (potasse, soude) et alcalino-terreux (chaux) disparaissent

à la faveur de la solubilité de leurs sels, aussi bien dans les

climats tempérés qu’entre les tropiques ; la teneur en oxygène

et en eau augmente dans les deux cas. Le départ de la silice, qui

manque parfois complètement, est le trait le plus original de cette

transformation des roches éruptives en latérite.

L’analyse d’une diabase de Guinée (_a_) et de la latérite qui

en provient (_b_), que j’emprunte à Chautard et Lemoine[184],

permettra de préciser le sens de la transformation.

_a_ _b_

TiO² 2,96 9,05

SiO² 48,51 5,52

Al²O³ 14,18 34,1

Fe²O³ 2,4 27,13

FeO 10,35 1,26

CaO 8 0

MgO 6,05 0,65

K²ONa²′O 5,18 0,51

Perte au feu 3,12 22,5

De plus, tandis que, dans les climats tempérés, la décomposition

des roches se fait très progressivement sans déterminer dès

l’abord une décomposition totale, dans les pays tropicaux humides,

au contraire, la latérisation s’effectue tout d’une pièce,

parfois sur une grande épaisseur, et la roche intacte succède

assez brusquement à la roche entièrement décomposée.

Chautard[185] a observé en Guinée, dans le massif de Kakoulima,

au kilomètre 52 de la voie ferrée de Konakry au Niger, un

gabbro à gros éléments (labrador-diallage) qui présentait à

partir de la roche non altérée : 1o une zone où les éléments

feldspathiques ne sont attaqués qu’à leur périphérie, les

éléments ferromagnésiens sont transformés en actinote, tous

les cristaux conservant en général leurs formes granitiques ; 2o

une zone où les feldspaths sont complètement altérés et où les

cristaux de diallage, au même stade que dans la zone précédente,

commencent à s’écraser mutuellement ; 3o une zone où tous les

cristaux ont disparu : les feldspaths ne sont plus indiqués que

par des taches blanches, et les pyroxènes par des taches brunes

d’oxyde de fer ; enfin 4o une zone où il ne reste plus qu’une

roche homogène de coloration rouge brique.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 26 / 32 段