Sur le littoral de l’Atlantique, de Saint-Louis jusqu’au delà

de Nouakchott, la mer recule d’une façon constante depuis fort

longtemps et les lignes de rivages successives sont marquées par

des chaînes côtières parallèles entre elles et à la côte,

et séparées par des plaines, les aftoutt, larges de quelques

kilomètres. La dune littorale actuelle, le « sbar », est formée

par les vents d’ouest, par la brise de mer, et il en a été de

même des chaînes de l’intérieur, qui, lors de leur naissance,

étaient littorales. Mais dès que l’on s’éloigne un peu du

rivage, les vents d’ouest perdent rapidement de leur intensité

et le premier rôle passe au vent d’est ou du nord-est.

J’ai observé, auprès de Boguent, la disposition qui est

schématisée figure 70, 2 et 3. En β, une dune ancienne, couverte

d’euphorbes, appartient aux ergs fossiles ; elle dessine encore fort

nettement un croissant à concavité tournée vers l’est. La dune

α, de formation récente, lui est adossée ; son arête est très

vive et aucune végétation n’y pousse. C’est dans l’angle

sud de l’_x_, formé par les deux croissants, que se trouvent les

puits de Boguent.

A Nouakchott (fig. 70, 4) les faits sont tout aussi nets, bien

que les deux dunes soient moins distinctes : la dune nouvelle

n’est encore qu’un appendice de l’ancienne : la photographie

(Pl. XXIII, phot. 43) montre que le flanc oriental, celui qui est

abrupt, est très attaqué par le vent d’est qui prend la dune

à rebrousse-poils : les euphorbes sont déchaussées. Les exemples

d’érosion éolienne sont rarement aussi manifestes ; peut-être

le voisinage du poste et les nécessités de la cuisine ne sont-ils

pas étrangers à cette ampleur inusitée de l’effet du vent,

qu’arrête mal une végétation devenue trop clairsemée.

[Illustration : Fig. 70. — Ergs morts.

1, Transformation de la section d’une dune. — 2, 3, Dunes à

Boguent (Mauritanie) ; 2, A l’ouest, dune actuelle, vivante ; à

l’est, dune morte (environ 500 mètres d’une pointe à l’autre

du croissant) ; 3, Section des deux dunes suivant αβ. La crête

de la dune est à 15 mètres au-dessus de la plaine. 4. La dune

de Nouakchott (Mauritanie). — Les hachures indiquent les dunes

fossiles.]

Les ergs morts du Soudan ont une importance moins considérable que

les ergs vivants du Sahara. La surface qu’ils occupent paraît

un peu plus restreinte et surtout les dunes sont moins hautes ; la

plupart d’entre elles ont à peine 3 ou 5 mètres ; beaucoup sont

encore plus basses et n’excèdent pas quelques décimètres. L’une

des plus élevées, celle de Nouakchott, n’a pas 15 mètres ; l’on

aurait vite épuisé la liste des dunes du Soudan qui atteignent

une semblable altitude. La dune de Tassr qui, de très loin, sert

de signal, n’a pas 20 mètres ; elle se détache nettement sur

tout l’erg environnant. Il est bien clair qu’il faut faire la

part de l’érosion dans ce faible relief ; toutes les dunes du

Soudan ont été évidemment plus hautes, peut-être du double,

mais elles n’ont certes jamais atteint à la hauteur de celles du

Sahara. Il semble qu’il y ait, de ce fait, une explication assez

simple : les dunes continentales proviennent d’un remaniement,

opéré presque sur place, des alluvions fluviales. Les grands ergs du

Sahara correspondent aux bassins de fleuves puissants, l’Igharghar

et la Saoura, qui n’ont pas d’équivalents dans le nord du

Soudan, où, à part les dallols, les vallées quaternaires sont

à peine indiquées. On sait quel rôle jouent au Sahara les regs,

c’est-à-dire les sols alluvionnaires dépouillés par le vent de

leurs matériaux les plus légers, le limon et le sable : dans le

tanezrouft d’In Zize [cf. t. I, p. 4], le reg est particulièrement

typique et l’évolution semble complète. A l’est de l’Ahaggar,

le désert paraît plus jeune et le reg est moins dépouillé

d’argile : au sud du tassili de l’oued Tagrira, on marche

pendant quelques heures dans une vaste plaine d’alluvion dont la

surface est couverte de graviers ; parfois même des traînées de

galets, légèrement en relief, indiquent les places où les courants

étaient rapides ; c’est en petit ce que l’on peut voir au nord

de l’Ahnet où des levées de galets, en saillie parfois de près

de 1 mètre, indiquent la place des cours d’eau qui traversaient

le marais dont la sebkha Mekhergan est le dernier avatar. Mais dans

l’oued Tagrira, comme dans l’oued El R’essour, sous la couche

de graviers épaisse à peine de 1 à 2 centimètres, on trouve de

suite le sable argileux qui, dans l’ouest, n’apparaît qu’à

une dizaine de centimètres de profondeur. Nulle part, comme dans

le Sahara d’In Zize, les alluvions n’ont été raclées à fond,

laissant voir à nu le sous-sol géologique. Il est difficile de ne

pas rapprocher de cette évolution incomplète du reg, l’absence ou

du moins l’insignifiance des dunes dans le bassin de Taffassasset :

entre l’Ahaggar et l’Aïr, il n’y a aucun erg important.

Dans la zone des ergs morts, les regs font à peu près complètement

défaut : à l’ouest de Moa (100 kilomètres au nord-est de Zinder),

on suit pendant quelques kilomètres une traînée de graviers,

large d’une cinquantaine de mètres ; au nord de la mare de Tarka

(à l’ouest du Damergou), quelques galets de latérite jalonnent

peut-être un ancien cours d’eau. Au sud de l’Adr’ar’,

dans la vallée du Télemsi, auprès de l’oued Idachi, quelques

graviers de quartz et de quartzites indiquent un reg que recouvrent

souvent les alluvions actuelles.

Ainsi donc le contraste est profond entre le Sahara et sa bordure

soudanaise : le réseau hydrographique du nord bien tracé, mais

fossile, n’a pas son équivalent dans le sud : les alluvions ont

fait défaut dans presque toute la région des ergs morts ; malgré

la sécheresse, le vent ne trouvait nulle part les matériaux qui lui

sont nécessaires pour construire une dune : le sable libre était

trop rare pour que les ergs puissent acquérir l’ampleur qu’on

leur connaît dans le Sahara algérien.

On a souvent constaté que les dunes étaient de bons enregistreurs

météorologiques ; elles indiquent nettement la direction du

vent dominant dans le pays où elle se sont formées ; mais cet

enregistrement n’est valable que pour l’époque où elles ont

pris naissance : les dunes de Mauritanie le montrent fort nettement.

L’étude des ergs fossiles ne peut nous donner aucun renseignement

sur le régime actuel des vents au Soudan, mais bien sur le régime

qui régnait lorsque ce pays était un désert ; elle nous apprend

qu’autrefois, comme de nos jours, les vents dominants venaient

de l’est et du nord-est ; elle nous montre que le Tchad était un

centre de haute pression et que, dans l’Azaouad, les vents venaient

du sud. Les renseignements précis sont encore trop clairsemés pour

que l’on puisse pousser bien loin l’examen de cette météorologie

fossile.

=Âge des ergs morts.= — L’âge de ces ergs morts est impossible

à fixer avec précision et sans doute n’est-il pas unique.

Dans la région de Tombouctou, les dunes fossiles recouvrent les

couches quaternaires à marginelles ; comme il était probable,

elles ne sont pas très anciennes ; j’ai indiqué que, sur le

littoral de Mauritanie, ces dunes fossiles tracent les étapes

successives du recul de la mer ; elles ne sont pas contemporaines

les unes des autres ; les plus anciennes sont voisines du Tegant,

les plus jeunes de l’Atlantique.

Les tombeaux berbères ne sont rares ni dans la région de Gao ni

dans celle de Tahoua ; ils ne sont jamais ensablés et plusieurs

d’entre eux sont bâtis au sommet de dunes fixées.

Les dunes fossiles sont plus jeunes que le Quaternaire marin de

Tombouctou ; elles sont plus anciennes que les tombeaux berbères. Ces

limites sont évidemment assez vagues, mais il importerait surtout

d’être fixé de manière précise sur les relations chronologiques

qui existent entre les oueds du Sahara et les ergs du Soudan : _a

priori_ en effet deux hypothèses se présentent : la période de

vie des fleuves du tanezrouft est antérieure à l’établissement

du désert au Soudan ou contemporaine de ce désert. Il serait

probablement absurde de penser qu’elle a pu être postérieure.

Dans le premier cas, il faudrait admettre qu’après une

période quaternaire humide, tout le nord de l’Afrique s’est

desséché[175] et que le désert beaucoup plus étendu jadis que

maintenant a perdu vers le sud tout le domaine des ergs morts :

le Soudan aurait largement gagné sur le Sahara.

Dans la seconde hypothèse, nous aurions eu une simple migration

du désert : au sud de la région qu’irriguaient l’Igharghar

et la Saoura, région largement habitée dans les vallées par

les néolithiques, s’étendait une zone sèche, le Sahara de

l’époque.

Un fait important semble indiquer que cette seconde hypothèse

est la vraie : un des caractères principaux des pays que couvrent

les ergs morts est le caractère provisoire et inachevé de leur

réseau hydrographique. Dans le Tegama, les vallées ne sont que

des chapelets de mares ; entre Gouré et le Tchad on ne connaît que

des dépressions fermées ; dans le bassin de Tombouctou, le Niger

n’a pas de berges, et son lit est à peine marqué.

Seuls les _dallols_ de la région de Tahoua sont des vallées bien

dessinées et qui, par leur ampleur, témoignent de l’importance

des fleuves qui les ont creusées. J’ai indiqué dans un chapitre

antérieur (ch. V, I) que ces fleuves disparus de l’hydrographie

actuelle ne pouvaient venir que du Nord : les dallols sont les

vallées anciennes du Taffassasset et de quelques-uns de ses

affluents, c’est-à-dire de fleuves descendus de l’Aïr, de

l’Adr’ar’ des Ifor’as, et surtout de l’Ahaggar et de

ses contreforts, tout comme l’Igharghar, le Tamanr’asset et

l’oued Botha. Cette communauté d’origine permet de croire que

tous ces fleuves ont vécu à la même époque : les dallols seraient

contemporains des vallées sahariennes.

Les principales vallées que l’on connaisse vers le 15° de

Lat. N. ont été creusées par des fleuves venus du nord, et

à l’époque où le Sahara était vivant ; partout ailleurs

l’érosion n’a pu qu’amorcer son œuvre : le temps lui a

manqué pour raccorder les différents tronçons des vallées.

Il n’y aurait donc pas eu changement notable dans les dimensions

du désert, mais une simple migration : à un certain moment,

encore indéterminé, du Quaternaire, le Sahara aurait été plus

méridional que maintenant.

Quelle que soit d’ailleurs l’hypothèse admise, plus grande

extension du Sahara ou migration du désert, le changement de climat

est indéniable et il resterait à en chercher les causes.

Des modifications importantes du régime météorologique sont connues

dès longtemps en Europe et dans l’Amérique du Nord ; les diverses

périodes glaciaires en sont une des plus manifestes et l’on a

souvent cherché à les expliquer par des causes astronomiques : la

précession des équinoxes, les variations de l’excentricité de

l’orbite terrestre ont été à maintes reprises invoquées. Il

n’est pas niable que ces causes puissent avoir un effet sur le

climat de la terre, mais des causes plus voisines, des modifications

dans la distribution des mers et des continents interviennent d’une

manière plus efficace dans la constitution des climats : en janvier,

la température moyenne des îles Feroë dépasse de plus de 40°

celle d’Iakoutsk, situé à la même latitude.

Il ne faut pas remonter bien loin dans l’histoire de la terre,

pour rencontrer une cartographie bien différente de celle que

nous connaissons actuellement : les effondrements qui ont donné

naissance à la mer Rouge, à la Méditerranée, à l’Atlantique

nord sont d’hier et l’homme a peut-être assisté à quelques-uns

de ces phénomènes, comme semblent l’indiquer certaines légendes,

dont l’Atlantide est la plus connue.

Au sud du Sahara, nous avons des preuves que dans la région de

Tombouctou, la mer existait encore à une époque récente pendant

le Quaternaire ; un lac qui lui a succédé, a dû subsister assez

longtemps dans la région de Taoudenni ; la présence d’une grande

nappe d’eau, dans ce qui est aujourd’hui un des tanezrouft les

plus terribles du désert, modifiait certainement le régime des

vents. Les lacs que les géologues d’Égypte signalent dans le

Quaternaire ancien du désert de Libye, avaient un effet analogue.

Nous avons donc, à portée de la main, toute une série

de changements géographiques qui nous donneront la clef des

modifications survenues dans le climat de l’Afrique du Nord ;

il serait prématuré de chercher à préciser ; la chronologie du

Pleistocène et du Quaternaire est à peine établie en Europe ;

elle n’existe pas pour l’Afrique. On ne pourrait que bâtir

des hypothèses, jeu dangereux et sans portée, lorsqu’elles ne

reposent pas sur des faits indiscutables.

Quelle que soit d’ailleurs l’hypothèse qui prévaudra pour

justifier ces changements de climat, il semble établi qu’il

n’y a pas aggravation continue des conditions météorologiques

du Soudan ; il y a eu, au contraire, depuis le Pleistocène, une

amélioration considérable puisque, au désert, s’est substituée

une zone demi-fertile, la brousse à mimosées où l’élevage est

partout possible.

Les phénomènes de dessèchement que l’on observe localement

à la limite nord des pluies tropicales, dans la zone sahélienne,

tiennent sans doute à des oscillations à courte période, comme

on en connaît partout ; elles ne prouvent pas une péjoration

générale du climat. Les études précises sont encore trop jeunes

au Soudan, pour confirmer pleinement les traditions indigènes, mais

l’accord de ces traditions avec la loi de Brückner, loi basée

sur l’observation, leur donne du poids et ne permet pas de les

rejeter sans une discussion sérieuse, appuyée sur de nombreuses

années d’observations.

[Note 171 : _Rens. Col. Bull. Comité Afr. fr._, mai 1907, p. 122.]

[Note 172 : Lahache (_Bull. Soc. Géogr. et d’études coloniales de

Marseille_, XXXI, 1907, p. 147-185) a donné un bon résumé critique

des travaux parus sur le desséchement de l’Afrique française.]

[Note 173 : C’est ce que Parran a proposé d’appeler des dunes

de coteau. _Bull. Soc. Géol. Fr._ [3], XVIII, 1890, p. 245.]

[Note 174 : _Rens. Col. Bull. Com. Afr. Fr._, XVIII., oct. 1907.]

[Note 175 : L’hypothèse, souvent émise, d’un dessèchement

général de la terre, paraît bien discutable.]

CHAPITRE VII

QUELQUES QUESTIONS TECHNIQUES

I. =Roches.= — Roches anciennes. — Roches éruptives récentes

(In Zize ; — Ahaggar. — Air ; — Mounio ; — Zinder ; —

Melfi ; — Fita). — Provinces pétrographiques à roches alcalines.

II. =Latérites.= — Latérites. — Grès ferrugineux. — Produits

de décalcification.

III. =Salines.= — Taoudenni. — Bilma. — Les Teguiddas. —

Terre d’Ara. — Manga. — Folé.

IV. =Les agents désertiques.= — Érosion éolienne. — Insolation.

I. — =ROCHES=[176]

=Roches anciennes.= — Les roches éruptives, abondent dans tous

les terrains cristallins ; elles appartiennent principalement aux

deux séries des roches granitiques et des gabbros.

Un granite porphyroïde dont les grands cristaux sont souvent des

microclines a été signalé un peu partout, au Sahara, comme au

Dahomey ; des pegmatites à pâte rose ou rouge sont abondantes, dans

l’Adr’ar’ des Ifor’as, comme dans l’Ahaggar ou l’Aïr.

Des roches de couleur plus foncée, diabases et gabbros, sont

également très répandues. De même que les granites, elles sont

accompagnées de types porphyriques.

Toutes celles de ces roches qui jusqu’à présent ont été

étudiées, sont très semblables à celles que l’on rencontre

en Europe dans les formations de même âge (Archéen et Silurien

surtout au Sahara), et sont de type banal.

Il y a lieu de noter toutefois que, jusqu’à présent, les filons

ou les gîtes métallifères qui, ailleurs, accompagnent fréquemment

les roches éruptives paraissent manquer dans une bonne partie de

nos possessions africaines. Les minerais de cuivre et de plomb sont

faciles à reconnaître et l’on s’explique mal que, si ces métaux

existaient au Sahara, les indigènes n’aient su ni les découvrir ni

les utiliser. La chose serait d’autant plus invraisemblable que dans

la chaîne d’Ougarta [cf. t. I, p. 182] aussi bien que plus au sud,

au Congo et dans l’Ouadaï par exemple, le cuivre a été ou est

encore exploité par les indigènes. Presque partout d’ailleurs,

le fer, dont les minerais attirent moins l’attention et dont la

métallurgie est plus difficile, est connu des nègres, et dans

tout le Sahara, il existe au milieu des nomades quelques familles

de forgerons ; tout le cuivre qu’ils emploient, dans l’Aïr,

comme dans l’Ahaggar, provient d’Europe.

Il est donc vraisemblable que cette rareté des filons est réelle et

qu’elle ne tient pas aux lacunes de nos connaissances sur le pays.

Parmi les roches anciennes, deux encore méritent une courte

mention. On a souvent insisté sur la grande rareté des calcaires

en Afrique : le plus souvent, pour préparer de la chaux, on a

recours à des coquilles de mollusques, les _Ætheria_ qui, dans

tous les cours d’eau de l’Afrique intertropicale, forment des

bancs importants. Dans certaines parties du Sahara tout au moins,

les calcaires cipolins sont fréquents dans le Silurien ; il y en a de

belles lentilles au pied de l’Adr’ar’ Ahnet, dans l’Ahaggar,

près de Tamanr’asset et surtout dans l’Adr’ar’ des Ifor’as,

notamment au Nord d’In Ouzel et dans l’Adrar Tidjem ; j’en ai

vu quelques galets dans l’Aïr. Foureau a noté plusieurs fois des

cipolins [_Doc. Scientifiques_, p. 740 et sv.] et l’itinéraire

de Barth porte, en quelques points, la mention de marbre.

La serpentine est, elle aussi, assez répandue et donne lieu à de

petites exploitations : les beaux morceaux servent à faire les

bracelets de bras (_abedj_) que portent les Touaregs et un grand

nombre de noirs. La carrière que Voinot a vue, est au nord-ouest du

reg d’Amadr’or, dans les gours de Tin’Aloulagh ; elle consiste

en de petites excavations de 1 mètre carré tout au plus et profondes

d’une trentaine de centimètres. La roche est extraite avec une

simple pioche ou tout simplement avec le fer de la lance. D’autres

exploitations existent dans l’oued Aceksen (affluent de la rive

gauche de l’Igharghar), dans l’oued Tin Belenbila, entre le

Mouidir et l’Ahaggar, et dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Le

capitaine Posth en a trouvé dans l’Aïr à Gofat, près d’Agadez

et les carrières de Hombori sont célèbres dans la boucle du Niger.

L’âge des roches éruptives anciennes est difficile à fixer

d’une manière précise. Dans tout le Sahara central, elles semblent

antérieures au Dévonien ; les grès que constituent les tassilis du

nord, comme ceux du sud, ne sont coupés par aucun filon ; il n’y

existe même pas de filonnets de quartz. Les régions où le Silurien

paraît le plus jeune, l’Adr’ar’ Ahnet, le Bled El Mass, sont

au contraire lardées de filons éruptifs. N’oublions pas toutefois

que, sur les couches à graptolithes, les seules qui soient nettement

datées, tout renseignement stratigraphique fait défaut.

Vers l’ouest, dans la région de Taoudenni, le Carbonifère est

horizontal ; Mussel n’y signale pas de roches éruptives. Dereims

n’en a pas vu non plus dans le plateau dévonien de l’Adr’ar’

Tmarr.

Vers le nord, dans le Touat, à Tazoult, une roche ophitique traverse

le Carbonifère ; le Dévonien de la chaîne d’Ougarta est riche en

filons de quartz et a été parfois minéralisé. Mais nous sommes

ici dans la zone hercynienne et l’âge plus jeune des roches

éruptives est d’accord avec l’âge plus jeune des plissements.

Au sud du Sahara la question devient bien douteuse : E.-F. Gautier

a vu, dans les grès qui surmontent le Silurien à Tosaye,

de nombreux filons de quartz ; j’en ai noté aussi dans les

schistes interstratifiés de grès qui forment les rapides de

Labezzanga. Ces grès et ces schistes, plongeant parfois de 45°,

reposent en discordance sur le Silurien. Mais l’âge des roches

de Tosaye, comme de celles de Labezzanga, n’est prouvé par rien

et ce n’est que très provisoirement qu’on peut les rattacher

au Dévonien. Plus au sud encore, ni dans les grès de Gourma, ni

dans ceux de Hombori, d’âge indéterminé, peut-être dévonien,

on n’a signalé de roches éruptives.

=Roches éruptives récentes.= — Les roches éruptives récentes

présentent un intérêt plus considérable ; leur existence au

Sahara est connue depuis longtemps ; Barth avait signalé des volcans

et des laves dans l’Aïr, surtout dans sa partie méridionale ;

von Bary et Foureau ont confirmé ces indications.

Duveyrier avait ramassé quelques échantillons de basaltes, et

les renseignements qu’il avait recueillis lui faisaient croire

à l’existence de volcans dans l’Ahaggar. La mission Flatters,

celles de Foureau, le raid de Guilho-Lohan ont apporté de nombreuses

confirmations à l’hypothèse de Duveyrier.

Il est possible de présenter, dès maintenant, un tableau des

principaux centres éruptifs du Sahara et de donner quelques détails

sur quelques laves intéressantes.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXV.

[Illustration : Cliché Laperrine

67. — IN ZIZE.

Le ravin qui conduit au point d’eau.]

[Illustration : Cliché Laperrine

68. — IN ZIZE.

L’aguelman, creusé dans une coulée de rhyolite.]

_In Zize._ — Un premier volcan, assez isolé, se trouve entre

l’Ahnet et Timissao, au milieu du tanezrouft. Ce massif d’In

Zize (In Zizaou-In Hihaou) est assez considérable ; il n’en reste

qu’un cratère ébréché en fer à cheval dont Tihimati est la

branche orientale, In Zize la branche occidentale ; au fond du fer

à cheval on aperçoit un erg.

Malgré tout ce qui a été enlevé par érosion, ce qui reste du

volcan a encore 35 kilomètres de diamètre ; peut-être davantage

s’il y faut joindre l’Adr’ar’ Nahlet.

Ce pâté montagneux a été autrefois un centre habité, comme en

témoignent de nombreux tombeaux ; parfois encore les oueds qui en

descendent se couvrent de verdure et les tentes de l’Ahnet ont pu

y passer l’hiver 1905-1906. Mais en général il est impossible

d’y séjourner avec un troupeau, et ce n’est pas ce pâturage

accidentel qui a rendu In Zize célèbre au Sahara.

L’altitude d’In Zize est assez considérable (800 m.) et il domine

la pénéplaine voisine d’environ 300 mètres. Ce relief suffit

pour y attirer quelques orages qui alimentent un point d’eau

très constant, en même temps qu’il permet de reconnaître

de loin la route : il est impossible, même à un mauvais guide,

de manquer l’aguelman d’In Zize, qui se trouve sur la route la

plus suivie de l’Ahnet, c’est-à-dire du Touat et du Tidikelt,

à l’Adr’ar’ des Ifor’as.

Le caractère volcanique d’In Zize n’est pas douteux ; au

nord du fer à cheval, la piste coupe une série de dykes verticaux

convergents ; nous avons dû, malheureusement, passer très vite en ce

point ; nos provisions d’eau, un peu courtes, ne nous permettaient

aucun arrêt.

Quand on s’approche d’In Zize et qu’on double la pointe nord

de ce massif, on a, de loin, l’impression d’une série de roches

stratifiées plongeant vers l’ouest ; cette apparence est due aux

coulées de rhyolithe, de couleur brun chocolat, dont la superposition

forme la masse principale du volcan. Ces laves sont encore souvent

recouvertes d’une gaine de scories qui prouvent qu’elles ont

coulé ; elles affectent souvent la forme de colonnes prismatiques. Au

microscope la roche est une rhyolite typique à grands cristaux

de quartz et d’orthose ; la pâte contient du quartz globulaire

avec amandes à larges sphérolites de feldspaths, passant parfois

à la micropegmatite. M. Lacroix, avec sa complaisance habituelle,

a bien voulu examiner les préparations de la roche d’In Zize,

comme d’ailleurs toutes celles que j’ai fait faire de mes roches

sahariennes ; on ne peut songer à une erreur de diagnostic.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 25 / 32 段