de Nouakchott, la mer recule d’une façon constante depuis fort
longtemps et les lignes de rivages successives sont marquées par
des chaînes côtières parallèles entre elles et à la côte,
et séparées par des plaines, les aftoutt, larges de quelques
kilomètres. La dune littorale actuelle, le « sbar », est formée
par les vents d’ouest, par la brise de mer, et il en a été de
même des chaînes de l’intérieur, qui, lors de leur naissance,
étaient littorales. Mais dès que l’on s’éloigne un peu du
rivage, les vents d’ouest perdent rapidement de leur intensité
et le premier rôle passe au vent d’est ou du nord-est.
J’ai observé, auprès de Boguent, la disposition qui est
schématisée figure 70, 2 et 3. En β, une dune ancienne, couverte
d’euphorbes, appartient aux ergs fossiles ; elle dessine encore fort
nettement un croissant à concavité tournée vers l’est. La dune
α, de formation récente, lui est adossée ; son arête est très
vive et aucune végétation n’y pousse. C’est dans l’angle
sud de l’_x_, formé par les deux croissants, que se trouvent les
puits de Boguent.
A Nouakchott (fig. 70, 4) les faits sont tout aussi nets, bien
que les deux dunes soient moins distinctes : la dune nouvelle
n’est encore qu’un appendice de l’ancienne : la photographie
(Pl. XXIII, phot. 43) montre que le flanc oriental, celui qui est
abrupt, est très attaqué par le vent d’est qui prend la dune
à rebrousse-poils : les euphorbes sont déchaussées. Les exemples
d’érosion éolienne sont rarement aussi manifestes ; peut-être
le voisinage du poste et les nécessités de la cuisine ne sont-ils
pas étrangers à cette ampleur inusitée de l’effet du vent,
qu’arrête mal une végétation devenue trop clairsemée.
[Illustration : Fig. 70. — Ergs morts.
1, Transformation de la section d’une dune. — 2, 3, Dunes à
Boguent (Mauritanie) ; 2, A l’ouest, dune actuelle, vivante ; à
l’est, dune morte (environ 500 mètres d’une pointe à l’autre
du croissant) ; 3, Section des deux dunes suivant αβ. La crête
de la dune est à 15 mètres au-dessus de la plaine. 4. La dune
de Nouakchott (Mauritanie). — Les hachures indiquent les dunes
fossiles.]
Les ergs morts du Soudan ont une importance moins considérable que
les ergs vivants du Sahara. La surface qu’ils occupent paraît
un peu plus restreinte et surtout les dunes sont moins hautes ; la
plupart d’entre elles ont à peine 3 ou 5 mètres ; beaucoup sont
encore plus basses et n’excèdent pas quelques décimètres. L’une
des plus élevées, celle de Nouakchott, n’a pas 15 mètres ; l’on
aurait vite épuisé la liste des dunes du Soudan qui atteignent
une semblable altitude. La dune de Tassr qui, de très loin, sert
de signal, n’a pas 20 mètres ; elle se détache nettement sur
tout l’erg environnant. Il est bien clair qu’il faut faire la
part de l’érosion dans ce faible relief ; toutes les dunes du
Soudan ont été évidemment plus hautes, peut-être du double,
mais elles n’ont certes jamais atteint à la hauteur de celles du
Sahara. Il semble qu’il y ait, de ce fait, une explication assez
simple : les dunes continentales proviennent d’un remaniement,
opéré presque sur place, des alluvions fluviales. Les grands ergs du
Sahara correspondent aux bassins de fleuves puissants, l’Igharghar
et la Saoura, qui n’ont pas d’équivalents dans le nord du
Soudan, où, à part les dallols, les vallées quaternaires sont
à peine indiquées. On sait quel rôle jouent au Sahara les regs,
c’est-à-dire les sols alluvionnaires dépouillés par le vent de
leurs matériaux les plus légers, le limon et le sable : dans le
tanezrouft d’In Zize [cf. t. I, p. 4], le reg est particulièrement
typique et l’évolution semble complète. A l’est de l’Ahaggar,
le désert paraît plus jeune et le reg est moins dépouillé
d’argile : au sud du tassili de l’oued Tagrira, on marche
pendant quelques heures dans une vaste plaine d’alluvion dont la
surface est couverte de graviers ; parfois même des traînées de
galets, légèrement en relief, indiquent les places où les courants
étaient rapides ; c’est en petit ce que l’on peut voir au nord
de l’Ahnet où des levées de galets, en saillie parfois de près
de 1 mètre, indiquent la place des cours d’eau qui traversaient
le marais dont la sebkha Mekhergan est le dernier avatar. Mais dans
l’oued Tagrira, comme dans l’oued El R’essour, sous la couche
de graviers épaisse à peine de 1 à 2 centimètres, on trouve de
suite le sable argileux qui, dans l’ouest, n’apparaît qu’à
une dizaine de centimètres de profondeur. Nulle part, comme dans
le Sahara d’In Zize, les alluvions n’ont été raclées à fond,
laissant voir à nu le sous-sol géologique. Il est difficile de ne
pas rapprocher de cette évolution incomplète du reg, l’absence ou
du moins l’insignifiance des dunes dans le bassin de Taffassasset :
entre l’Ahaggar et l’Aïr, il n’y a aucun erg important.
Dans la zone des ergs morts, les regs font à peu près complètement
défaut : à l’ouest de Moa (100 kilomètres au nord-est de Zinder),
on suit pendant quelques kilomètres une traînée de graviers,
large d’une cinquantaine de mètres ; au nord de la mare de Tarka
(à l’ouest du Damergou), quelques galets de latérite jalonnent
peut-être un ancien cours d’eau. Au sud de l’Adr’ar’,
dans la vallée du Télemsi, auprès de l’oued Idachi, quelques
graviers de quartz et de quartzites indiquent un reg que recouvrent
souvent les alluvions actuelles.
Ainsi donc le contraste est profond entre le Sahara et sa bordure
soudanaise : le réseau hydrographique du nord bien tracé, mais
fossile, n’a pas son équivalent dans le sud : les alluvions ont
fait défaut dans presque toute la région des ergs morts ; malgré
la sécheresse, le vent ne trouvait nulle part les matériaux qui lui
sont nécessaires pour construire une dune : le sable libre était
trop rare pour que les ergs puissent acquérir l’ampleur qu’on
leur connaît dans le Sahara algérien.
On a souvent constaté que les dunes étaient de bons enregistreurs
météorologiques ; elles indiquent nettement la direction du
vent dominant dans le pays où elle se sont formées ; mais cet
enregistrement n’est valable que pour l’époque où elles ont
pris naissance : les dunes de Mauritanie le montrent fort nettement.
L’étude des ergs fossiles ne peut nous donner aucun renseignement
sur le régime actuel des vents au Soudan, mais bien sur le régime
qui régnait lorsque ce pays était un désert ; elle nous apprend
qu’autrefois, comme de nos jours, les vents dominants venaient
de l’est et du nord-est ; elle nous montre que le Tchad était un
centre de haute pression et que, dans l’Azaouad, les vents venaient
du sud. Les renseignements précis sont encore trop clairsemés pour
que l’on puisse pousser bien loin l’examen de cette météorologie
fossile.
=Âge des ergs morts.= — L’âge de ces ergs morts est impossible
à fixer avec précision et sans doute n’est-il pas unique.
Dans la région de Tombouctou, les dunes fossiles recouvrent les
couches quaternaires à marginelles ; comme il était probable,
elles ne sont pas très anciennes ; j’ai indiqué que, sur le
littoral de Mauritanie, ces dunes fossiles tracent les étapes
successives du recul de la mer ; elles ne sont pas contemporaines
les unes des autres ; les plus anciennes sont voisines du Tegant,
les plus jeunes de l’Atlantique.
Les tombeaux berbères ne sont rares ni dans la région de Gao ni
dans celle de Tahoua ; ils ne sont jamais ensablés et plusieurs
d’entre eux sont bâtis au sommet de dunes fixées.
Les dunes fossiles sont plus jeunes que le Quaternaire marin de
Tombouctou ; elles sont plus anciennes que les tombeaux berbères. Ces
limites sont évidemment assez vagues, mais il importerait surtout
d’être fixé de manière précise sur les relations chronologiques
qui existent entre les oueds du Sahara et les ergs du Soudan : _a
priori_ en effet deux hypothèses se présentent : la période de
vie des fleuves du tanezrouft est antérieure à l’établissement
du désert au Soudan ou contemporaine de ce désert. Il serait
probablement absurde de penser qu’elle a pu être postérieure.
Dans le premier cas, il faudrait admettre qu’après une
période quaternaire humide, tout le nord de l’Afrique s’est
desséché[175] et que le désert beaucoup plus étendu jadis que
maintenant a perdu vers le sud tout le domaine des ergs morts :
le Soudan aurait largement gagné sur le Sahara.
Dans la seconde hypothèse, nous aurions eu une simple migration
du désert : au sud de la région qu’irriguaient l’Igharghar
et la Saoura, région largement habitée dans les vallées par
les néolithiques, s’étendait une zone sèche, le Sahara de
l’époque.
Un fait important semble indiquer que cette seconde hypothèse
est la vraie : un des caractères principaux des pays que couvrent
les ergs morts est le caractère provisoire et inachevé de leur
réseau hydrographique. Dans le Tegama, les vallées ne sont que
des chapelets de mares ; entre Gouré et le Tchad on ne connaît que
des dépressions fermées ; dans le bassin de Tombouctou, le Niger
n’a pas de berges, et son lit est à peine marqué.
Seuls les _dallols_ de la région de Tahoua sont des vallées bien
dessinées et qui, par leur ampleur, témoignent de l’importance
des fleuves qui les ont creusées. J’ai indiqué dans un chapitre
antérieur (ch. V, I) que ces fleuves disparus de l’hydrographie
actuelle ne pouvaient venir que du Nord : les dallols sont les
vallées anciennes du Taffassasset et de quelques-uns de ses
affluents, c’est-à-dire de fleuves descendus de l’Aïr, de
l’Adr’ar’ des Ifor’as, et surtout de l’Ahaggar et de
ses contreforts, tout comme l’Igharghar, le Tamanr’asset et
l’oued Botha. Cette communauté d’origine permet de croire que
tous ces fleuves ont vécu à la même époque : les dallols seraient
contemporains des vallées sahariennes.
Les principales vallées que l’on connaisse vers le 15° de
Lat. N. ont été creusées par des fleuves venus du nord, et
à l’époque où le Sahara était vivant ; partout ailleurs
l’érosion n’a pu qu’amorcer son œuvre : le temps lui a
manqué pour raccorder les différents tronçons des vallées.
Il n’y aurait donc pas eu changement notable dans les dimensions
du désert, mais une simple migration : à un certain moment,
encore indéterminé, du Quaternaire, le Sahara aurait été plus
méridional que maintenant.
Quelle que soit d’ailleurs l’hypothèse admise, plus grande
extension du Sahara ou migration du désert, le changement de climat
est indéniable et il resterait à en chercher les causes.
Des modifications importantes du régime météorologique sont connues
dès longtemps en Europe et dans l’Amérique du Nord ; les diverses
périodes glaciaires en sont une des plus manifestes et l’on a
souvent cherché à les expliquer par des causes astronomiques : la
précession des équinoxes, les variations de l’excentricité de
l’orbite terrestre ont été à maintes reprises invoquées. Il
n’est pas niable que ces causes puissent avoir un effet sur le
climat de la terre, mais des causes plus voisines, des modifications
dans la distribution des mers et des continents interviennent d’une
manière plus efficace dans la constitution des climats : en janvier,
la température moyenne des îles Feroë dépasse de plus de 40°
celle d’Iakoutsk, situé à la même latitude.
Il ne faut pas remonter bien loin dans l’histoire de la terre,
pour rencontrer une cartographie bien différente de celle que
nous connaissons actuellement : les effondrements qui ont donné
naissance à la mer Rouge, à la Méditerranée, à l’Atlantique
nord sont d’hier et l’homme a peut-être assisté à quelques-uns
de ces phénomènes, comme semblent l’indiquer certaines légendes,
dont l’Atlantide est la plus connue.
Au sud du Sahara, nous avons des preuves que dans la région de
Tombouctou, la mer existait encore à une époque récente pendant
le Quaternaire ; un lac qui lui a succédé, a dû subsister assez
longtemps dans la région de Taoudenni ; la présence d’une grande
nappe d’eau, dans ce qui est aujourd’hui un des tanezrouft les
plus terribles du désert, modifiait certainement le régime des
vents. Les lacs que les géologues d’Égypte signalent dans le
Quaternaire ancien du désert de Libye, avaient un effet analogue.
Nous avons donc, à portée de la main, toute une série
de changements géographiques qui nous donneront la clef des
modifications survenues dans le climat de l’Afrique du Nord ;
il serait prématuré de chercher à préciser ; la chronologie du
Pleistocène et du Quaternaire est à peine établie en Europe ;
elle n’existe pas pour l’Afrique. On ne pourrait que bâtir
des hypothèses, jeu dangereux et sans portée, lorsqu’elles ne
reposent pas sur des faits indiscutables.
Quelle que soit d’ailleurs l’hypothèse qui prévaudra pour
justifier ces changements de climat, il semble établi qu’il
n’y a pas aggravation continue des conditions météorologiques
du Soudan ; il y a eu, au contraire, depuis le Pleistocène, une
amélioration considérable puisque, au désert, s’est substituée
une zone demi-fertile, la brousse à mimosées où l’élevage est
partout possible.
Les phénomènes de dessèchement que l’on observe localement
à la limite nord des pluies tropicales, dans la zone sahélienne,
tiennent sans doute à des oscillations à courte période, comme
on en connaît partout ; elles ne prouvent pas une péjoration
générale du climat. Les études précises sont encore trop jeunes
au Soudan, pour confirmer pleinement les traditions indigènes, mais
l’accord de ces traditions avec la loi de Brückner, loi basée
sur l’observation, leur donne du poids et ne permet pas de les
rejeter sans une discussion sérieuse, appuyée sur de nombreuses
années d’observations.
[Note 171 : _Rens. Col. Bull. Comité Afr. fr._, mai 1907, p. 122.]
[Note 172 : Lahache (_Bull. Soc. Géogr. et d’études coloniales de
Marseille_, XXXI, 1907, p. 147-185) a donné un bon résumé critique
des travaux parus sur le desséchement de l’Afrique française.]
[Note 173 : C’est ce que Parran a proposé d’appeler des dunes
de coteau. _Bull. Soc. Géol. Fr._ [3], XVIII, 1890, p. 245.]
[Note 174 : _Rens. Col. Bull. Com. Afr. Fr._, XVIII., oct. 1907.]
[Note 175 : L’hypothèse, souvent émise, d’un dessèchement
général de la terre, paraît bien discutable.]
CHAPITRE VII
QUELQUES QUESTIONS TECHNIQUES
I. =Roches.= — Roches anciennes. — Roches éruptives récentes
(In Zize ; — Ahaggar. — Air ; — Mounio ; — Zinder ; —
Melfi ; — Fita). — Provinces pétrographiques à roches alcalines.
II. =Latérites.= — Latérites. — Grès ferrugineux. — Produits
de décalcification.
III. =Salines.= — Taoudenni. — Bilma. — Les Teguiddas. —
Terre d’Ara. — Manga. — Folé.
IV. =Les agents désertiques.= — Érosion éolienne. — Insolation.
I. — =ROCHES=[176]
=Roches anciennes.= — Les roches éruptives, abondent dans tous
les terrains cristallins ; elles appartiennent principalement aux
deux séries des roches granitiques et des gabbros.
Un granite porphyroïde dont les grands cristaux sont souvent des
microclines a été signalé un peu partout, au Sahara, comme au
Dahomey ; des pegmatites à pâte rose ou rouge sont abondantes, dans
l’Adr’ar’ des Ifor’as, comme dans l’Ahaggar ou l’Aïr.
Des roches de couleur plus foncée, diabases et gabbros, sont
également très répandues. De même que les granites, elles sont
accompagnées de types porphyriques.
Toutes celles de ces roches qui jusqu’à présent ont été
étudiées, sont très semblables à celles que l’on rencontre
en Europe dans les formations de même âge (Archéen et Silurien
surtout au Sahara), et sont de type banal.
Il y a lieu de noter toutefois que, jusqu’à présent, les filons
ou les gîtes métallifères qui, ailleurs, accompagnent fréquemment
les roches éruptives paraissent manquer dans une bonne partie de
nos possessions africaines. Les minerais de cuivre et de plomb sont
faciles à reconnaître et l’on s’explique mal que, si ces métaux
existaient au Sahara, les indigènes n’aient su ni les découvrir ni
les utiliser. La chose serait d’autant plus invraisemblable que dans
la chaîne d’Ougarta [cf. t. I, p. 182] aussi bien que plus au sud,
au Congo et dans l’Ouadaï par exemple, le cuivre a été ou est
encore exploité par les indigènes. Presque partout d’ailleurs,
le fer, dont les minerais attirent moins l’attention et dont la
métallurgie est plus difficile, est connu des nègres, et dans
tout le Sahara, il existe au milieu des nomades quelques familles
de forgerons ; tout le cuivre qu’ils emploient, dans l’Aïr,
comme dans l’Ahaggar, provient d’Europe.
Il est donc vraisemblable que cette rareté des filons est réelle et
qu’elle ne tient pas aux lacunes de nos connaissances sur le pays.
Parmi les roches anciennes, deux encore méritent une courte
mention. On a souvent insisté sur la grande rareté des calcaires
en Afrique : le plus souvent, pour préparer de la chaux, on a
recours à des coquilles de mollusques, les _Ætheria_ qui, dans
tous les cours d’eau de l’Afrique intertropicale, forment des
bancs importants. Dans certaines parties du Sahara tout au moins,
les calcaires cipolins sont fréquents dans le Silurien ; il y en a de
belles lentilles au pied de l’Adr’ar’ Ahnet, dans l’Ahaggar,
près de Tamanr’asset et surtout dans l’Adr’ar’ des Ifor’as,
notamment au Nord d’In Ouzel et dans l’Adrar Tidjem ; j’en ai
vu quelques galets dans l’Aïr. Foureau a noté plusieurs fois des
cipolins [_Doc. Scientifiques_, p. 740 et sv.] et l’itinéraire
de Barth porte, en quelques points, la mention de marbre.
La serpentine est, elle aussi, assez répandue et donne lieu à de
petites exploitations : les beaux morceaux servent à faire les
bracelets de bras (_abedj_) que portent les Touaregs et un grand
nombre de noirs. La carrière que Voinot a vue, est au nord-ouest du
reg d’Amadr’or, dans les gours de Tin’Aloulagh ; elle consiste
en de petites excavations de 1 mètre carré tout au plus et profondes
d’une trentaine de centimètres. La roche est extraite avec une
simple pioche ou tout simplement avec le fer de la lance. D’autres
exploitations existent dans l’oued Aceksen (affluent de la rive
gauche de l’Igharghar), dans l’oued Tin Belenbila, entre le
Mouidir et l’Ahaggar, et dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Le
capitaine Posth en a trouvé dans l’Aïr à Gofat, près d’Agadez
et les carrières de Hombori sont célèbres dans la boucle du Niger.
L’âge des roches éruptives anciennes est difficile à fixer
d’une manière précise. Dans tout le Sahara central, elles semblent
antérieures au Dévonien ; les grès que constituent les tassilis du
nord, comme ceux du sud, ne sont coupés par aucun filon ; il n’y
existe même pas de filonnets de quartz. Les régions où le Silurien
paraît le plus jeune, l’Adr’ar’ Ahnet, le Bled El Mass, sont
au contraire lardées de filons éruptifs. N’oublions pas toutefois
que, sur les couches à graptolithes, les seules qui soient nettement
datées, tout renseignement stratigraphique fait défaut.
Vers l’ouest, dans la région de Taoudenni, le Carbonifère est
horizontal ; Mussel n’y signale pas de roches éruptives. Dereims
n’en a pas vu non plus dans le plateau dévonien de l’Adr’ar’
Tmarr.
Vers le nord, dans le Touat, à Tazoult, une roche ophitique traverse
le Carbonifère ; le Dévonien de la chaîne d’Ougarta est riche en
filons de quartz et a été parfois minéralisé. Mais nous sommes
ici dans la zone hercynienne et l’âge plus jeune des roches
éruptives est d’accord avec l’âge plus jeune des plissements.
Au sud du Sahara la question devient bien douteuse : E.-F. Gautier
a vu, dans les grès qui surmontent le Silurien à Tosaye,
de nombreux filons de quartz ; j’en ai noté aussi dans les
schistes interstratifiés de grès qui forment les rapides de
Labezzanga. Ces grès et ces schistes, plongeant parfois de 45°,
reposent en discordance sur le Silurien. Mais l’âge des roches
de Tosaye, comme de celles de Labezzanga, n’est prouvé par rien
et ce n’est que très provisoirement qu’on peut les rattacher
au Dévonien. Plus au sud encore, ni dans les grès de Gourma, ni
dans ceux de Hombori, d’âge indéterminé, peut-être dévonien,
on n’a signalé de roches éruptives.
=Roches éruptives récentes.= — Les roches éruptives récentes
présentent un intérêt plus considérable ; leur existence au
Sahara est connue depuis longtemps ; Barth avait signalé des volcans
et des laves dans l’Aïr, surtout dans sa partie méridionale ;
von Bary et Foureau ont confirmé ces indications.
Duveyrier avait ramassé quelques échantillons de basaltes, et
les renseignements qu’il avait recueillis lui faisaient croire
à l’existence de volcans dans l’Ahaggar. La mission Flatters,
celles de Foureau, le raid de Guilho-Lohan ont apporté de nombreuses
confirmations à l’hypothèse de Duveyrier.
Il est possible de présenter, dès maintenant, un tableau des
principaux centres éruptifs du Sahara et de donner quelques détails
sur quelques laves intéressantes.
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXXV.
[Illustration : Cliché Laperrine
67. — IN ZIZE.
Le ravin qui conduit au point d’eau.]
[Illustration : Cliché Laperrine
68. — IN ZIZE.
L’aguelman, creusé dans une coulée de rhyolite.]
_In Zize._ — Un premier volcan, assez isolé, se trouve entre
l’Ahnet et Timissao, au milieu du tanezrouft. Ce massif d’In
Zize (In Zizaou-In Hihaou) est assez considérable ; il n’en reste
qu’un cratère ébréché en fer à cheval dont Tihimati est la
branche orientale, In Zize la branche occidentale ; au fond du fer
à cheval on aperçoit un erg.
Malgré tout ce qui a été enlevé par érosion, ce qui reste du
volcan a encore 35 kilomètres de diamètre ; peut-être davantage
s’il y faut joindre l’Adr’ar’ Nahlet.
Ce pâté montagneux a été autrefois un centre habité, comme en
témoignent de nombreux tombeaux ; parfois encore les oueds qui en
descendent se couvrent de verdure et les tentes de l’Ahnet ont pu
y passer l’hiver 1905-1906. Mais en général il est impossible
d’y séjourner avec un troupeau, et ce n’est pas ce pâturage
accidentel qui a rendu In Zize célèbre au Sahara.
L’altitude d’In Zize est assez considérable (800 m.) et il domine
la pénéplaine voisine d’environ 300 mètres. Ce relief suffit
pour y attirer quelques orages qui alimentent un point d’eau
très constant, en même temps qu’il permet de reconnaître
de loin la route : il est impossible, même à un mauvais guide,
de manquer l’aguelman d’In Zize, qui se trouve sur la route la
plus suivie de l’Ahnet, c’est-à-dire du Touat et du Tidikelt,
à l’Adr’ar’ des Ifor’as.
Le caractère volcanique d’In Zize n’est pas douteux ; au
nord du fer à cheval, la piste coupe une série de dykes verticaux
convergents ; nous avons dû, malheureusement, passer très vite en ce
point ; nos provisions d’eau, un peu courtes, ne nous permettaient
aucun arrêt.
Quand on s’approche d’In Zize et qu’on double la pointe nord
de ce massif, on a, de loin, l’impression d’une série de roches
stratifiées plongeant vers l’ouest ; cette apparence est due aux
coulées de rhyolithe, de couleur brun chocolat, dont la superposition
forme la masse principale du volcan. Ces laves sont encore souvent
recouvertes d’une gaine de scories qui prouvent qu’elles ont
coulé ; elles affectent souvent la forme de colonnes prismatiques. Au
microscope la roche est une rhyolite typique à grands cristaux
de quartz et d’orthose ; la pâte contient du quartz globulaire
avec amandes à larges sphérolites de feldspaths, passant parfois
à la micropegmatite. M. Lacroix, avec sa complaisance habituelle,
a bien voulu examiner les préparations de la roche d’In Zize,
comme d’ailleurs toutes celles que j’ai fait faire de mes roches
sahariennes ; on ne peut songer à une erreur de diagnostic.