Tamanr’asset, est peut-être à rapprocher, au point de vue
géographique, des plantes caractéristiques des hauteurs de
l’Ahaggar.
_Termites._ — Les termites constructeurs, à termitière
monumentale, turriforme, font leur première apparition dans la
zone sahélienne. Leur limite nord n’est connue qu’en quelques
points ; ils dépassent le 18° Lat. N. sur le littoral atlantique ;
dans le Télemsi, ils apparaissent au sud de Tarikent (17°,30′
Lat. N.) ; dans le Tegama, j’ai noté les premiers vers Tin Teborak
(15°,30) ; plus à l’est, leur limite s’infléchit de plus en
plus vers le sud : elle passe à peu de distance au nord du Koutous
(14°,30), puis fait un brusque crochet vers le sud : on voit les
derniers à mi-chemin entre Chirmalek et Kakara ; ils manquent
tout autour de la partie nord du Tchad. Leur distribution dans la
zone qu’ils occupent est assez singulière ; presque toujours ils
abondent dans les bas-fonds et manquent dans les endroits secs ; ils
évitent d’ordinaire les dômes granitiques : le poste de Zinder
en est exempt bien qu’à quelques cents mètres ils deviennent
communs ; cependant auprès de Gouré, dans le Mounio, quelques
termitières sont établies au sommet des mamelons granitiques. Il
y a certainement plusieurs espèces de ces termites constructeurs,
mais leur étude reste à faire.
Quant aux termites souterrains, on les trouve dans tous les points
habitables du Sahara ; autour de Tamanr’asset (1300 m.) leurs
galeries abondent sur un grand nombre d’arbrisseaux.
_Insectes des tanezrouft._ — Les insectes existent dans tout le
Sahara ; ils sont relativement communs dans les pâturages, partout
où il y a des arbres ou des herbes ; dans les tanezrouft ils sont
naturellement plus rares, cependant ils ne font pas complètement
défaut. En mai 1905, pendant les 60 kilomètres de traversée de
la sebkha Mekergan, au nord de l’Achegrad, j’ai compté, du
haut de mon méhari, onze _Eromophila_, genre voisin de la mante
religieuse du sud de l’Europe, et essentiellement carnassier ;
la marche s’est faite surtout de nuit et je ne pouvais voir, dans
la journée, que les insectes qui partaient sous les pieds de mon
chameau. Dans le tiniri d’In Azaoua, la densité des _Eromophila_
est à peu près la même. Les végétaux manquent complètement
dans la sebkha, comme dans le tiniri.
Pour que des insectes carnassiers puissent vivre dans de semblables
conditions, il faut de toute nécessité qu’ils trouvent
des victimes ; ils peuvent, par un coup de vent heureux, être
ravitaillés en sauterelles arrachées à des pâturages éloignés,
mais cette ressource est bien aléatoire et ils doivent trouver sur
place, dans les Mélasomes, les Khanfousa des Arabes, une proie plus
régulière. La présence assez fréquente de Lézards[135] (des
agames et des geckos surtout) est une autre preuve de l’abondance
relative des insectes.
Les Mélasomes sont des coléoptères lourds et sédentaires :
ils meurent où ils sont nés. Ils ne peuvent guère se nourrir,
dans ces régions où il ne pousse rien, que des graines que le vent
dissémine partout ; c’est là un petit point de biologie qu’il
serait intéressant d’élucider, si l’on pouvait séjourner dans
le désert. On peut surtout se demander ce qu’ils boivent. Lameere,
dans le voyage qu’il a fait au Sahara en compagnie de Massart[136],
s’est préoccupé de cette question et semble en avoir donné une
solution satisfaisante. Un premier point est bien clair : l’eau à
l’état libre est l’exception au Sahara ; dans le tanezrouft,
elle n’existe pas ; dans les pâturages, les plantes, par leurs
longues racines, vont chercher l’eau en profondeur ; parfois aussi,
les sels déliquescents qui couvrent leurs feuilles leur permettent
de fixer pendant la nuit un peu de la vapeur d’eau atmosphérique ;
en tous cas, elles contiennent de l’eau dont savent se contenter
les herbivores sahariens, mammifères ou insectes. Cette ressource
fait défaut aux tanezrouft ; les cadavres d’animaux qui viennent
y mourir sont aussitôt momifiés ; la seule nourriture possible
pour les insectes est une nourriture desséchée.
Les Mélasomes, mieux encore que la plupart des insectes, sont
armés pour lutter contre l’évaporation ; leurs téguments sont
imperméables et leur permettent d’interrompre tout échange avec
l’atmosphère : dans un flacon de cyanure, où meurent rapidement,
en quelques minutes, la plupart des insectes, un Mélasome peut vivre
plusieurs jours. J’ai observé un fait analogue pour un scorpion
à Tamanr’asset : après un séjour de plusieurs heures dans une
solution concentrée de sublimé, je le croyais mort : un bain de
soleil de dix minutes a suffi pour le remettre sur pied. Cette
imperméabilité réduit presque à rien la perte d’eau par
évaporation, mais c’est tout ce qu’elle peut faire.
On est donc conduit à admettre, avec Lameere, que l’eau, qui
forme une fraction notable du poids d’un Mélasome, est créée par
l’insecte lui-même : toutes les graines sont riches en matières
amylacées et albuminoïdes qui contiennent de l’hydrogène ; la
respiration transforme cet hydrogène en eau et il faut que cette eau
suffise aux hôtes du tanezrouft. Cette absorption intermoléculaire
d’eau est assez analogue au procédé qu’emploient les microbes
anaérobies pour respirer sans oxygène. Bien que cette hypothèse
paraisse la seule vraisemblable, on aimerait pouvoir l’étayer sur
quelque expérience de laboratoire ; on aimerait aussi à savoir
comment ces animaux, de couleur foncée, peuvent se promener en
plein soleil, sans être tués par la chaleur, sur un sol dont la
température dépasse souvent 60°.
Les autres animaux luttent contre l’échauffement par une
évaporation active ; pendant les mois de juin et de juillet, nous
buvions tous une dizaine de litres d’eau par vingt-quatre heures,
et c’était tout juste suffisant.
Il serait intéressant de savoir si les Mélasomes peuvent fabriquer
assez d’eau pour se livrer à un pareil gaspillage.
=Crustacés.= — Pour ce groupe, il y a à noter seulement la
fréquence des _Apus_ dans les r’edir. Les œufs de ces curieux
animaux ne se développent bien que lorsqu’ils ont été longtemps
desséchés ; les mares de la région saharienne sont à cet égard
dans d’excellentes conditions. Les Apus abondent dans les dayas,
au sud de Laghouat. Mussel en a recueilli dans l’Iguidi. J’en
ai rencontré près de Timissao, dans les r’edir de Tin Azaoua.
=Mollusques.= — Les Mollusques[137] ne présentent pas de formes
particulières au Sahara ; il faut se souvenir cependant que la
Coudia n’a pas été étudiée à ce point de vue : les quelques
ruisseaux permanents que l’on y signale nous réservent peut-être
des surprises.
Les seules espèces connues dans le désert, encore en bien petit
nombre, sont émigrées : descendant des bords de la Méditerranée,
quelques escargots suivent assez loin vers le sud les plateaux
calcaires qui s’étendent jusqu’au Tadmaït (_Helix candidissima_
Drap. par ex.) ; le long du littoral Atlantique, l’_Helix Duroï_
Hid. et une espèce apparentée au paléarctique _H. Pisana_
Mull., pénètrent jusqu’au cap Blanc. Le _Rumina decollata_ L.,
si abondant en Algérie, a été trouvé, subfossile il est vrai,
à l’Ilamane dans l’Ahaggar [Flamand, _Comité de l’Afrique
française_, 1903, p. 268] où Guilho-Lohan en a rencontré
une variété naine ; j’ai recueilli la même variété dans
l’Aouguerout, à Tiberkamine, également dans des tufs.
Les formes terrestres tropicales ne paraissent pas pénétrer
dans le Sahara ; les _Limicolaria_ qui remplacent les _Helix_,
dont l’existence est au moins douteuse dans la majeure partie
de l’Afrique chaude, n’ont pas été vus au nord du Damergou
(15° Lat. N.) où ils sont peu abondants ; la rareté du calcaire
et l’abondance du sable expliquent probablement le fait : les
sables de Fontainebleau forment autour de Paris une barrière qui
a arrêté plusieurs espèces.
Les formes d’eau douce sont plus intéressantes et plus nombreuses :
le _Planorbis salinarum_ Morelet, décrit de l’Angola, remonte
jusqu’à l’Ahaggar (Abalessa) et au Touat ; le _Melanopsis Maresi_
Bourguignat descend jusque dans l’Iguidi où il a été recueilli
par le capitaine Mussel.
La facilité avec laquelle se fossilisent les mollusques permet
dès maintenant d’entrevoir que leur étude donnera la solution
de quelques questions hydrographiques importantes : le _Melania
tuberculata_, Müller, est une espèce nettement tropicale que
l’on connaît déjà dans le Pliocène d’Algérie : il est
assez vraisemblable qu’elle y est venue par le Niger et la Saoura,
autrefois affluents tous les deux de la mer de Taoudenni.
L’_Aetheria elliptica_ Lam. avec ses nombreuses variétés[138],
qui forme actuellement dans tous les fleuves de l’Afrique tropicale
des bancs assez importants[139] pour qu’on les utilise à la
fabrication de la chaux, paraît une nouvelle venue dans le Niger.
On ne la connaît pas au nord de ce fleuve et l’on peut croire
qu’elle n’a pu pénétrer, de la région du Nil, dans l’Afrique
occidentale que depuis la capture du Niger à Tosaye : on la trouve
en effet dans tous les affluents du Tchad, même le Bahr El Ghazal
(Chevalier), et elle existe dans le Quaternaire égyptien.
Il est évidemment prématuré de tirer des conclusions fermes de ces
quelques faits, mais la voie est bonne à suivre : toute récolte
de mollusques, au Sahara ou dans la zone sahélienne, peut donner
de très utiles renseignements.
=Batraciens et reptiles.= — Les batraciens anoures sont assez
fréquents au Sahara ; il y a des grenouilles (?) à El Goléah,
dans les oasis touatiens, dans les ar’rem de l’Ahaggar ;
elles ne sont pas rares dans l’Aïr, ni dans les mares les moins
salées des Teguidda. On sait combien ces animaux sont sensibles à
la sécheresse ; on sait aussi que leurs œufs sont très délicats
et ne peuvent pas être transportés accidentellement, par le vent
ou les oiseaux. En règle générale, il n’y a pas de batraciens
dans les îles océaniques.
Leur existence, en des points isolés comme El Goléah ou l’Ahaggar,
est le témoignage d’un état hydrographique différent, d’une
période où des cours d’eau continus reliaient ces différents
points à d’autres bassins fluviaux. L’étude précise des
différentes espèces pourra permettre d’affirmer des relations
anciennes entre les divers bassins et apportera de nouveaux arguments,
très solides, à la reconstitution des réseaux hydrographiques du
Sahara. Cette étude est encore à faire entièrement.
Quant aux reptiles, il sont nombreux. Le groupe des lézards est
abondamment représenté ; les espèces sont malheureusement encore
indéterminées. Il y a surtout des agames, des geckos, des varans.
On a souvent insisté sur la coloration gris jaunâtre de beaucoup
d’espèces sahariennes ; l’homochromie est en effet assez
fréquente ; cependant, à l’époque de la pariade, beaucoup
de lézards prennent des couleurs très brillantes ; en juillet et
août, dans l’Adr’ar’ et l’Ahaggar, un agame à tête rouge,
avec un corps vert et violet, se distingue de fort loin sur la patine
noire des rochers, où il est d’un effet très décoratif.
Les uromastix (fouette-queues) se rencontrent depuis le Sud algérien
jusqu’à l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Ahaggar. Ils
deviennent presque noirs dans la région basaltique de Silet.
Les tortues sont assez communes dans la zone sahélienne où l’on
en trouve fréquemment une forme voisine de la tortue d’Algérie,
mais beaucoup plus grosse (elle dépasse souvent une longueur de 50
centimètres) et présentant trois ergots aux pattes postérieures.
Les serpents sont communs. Le plus souvent cité, la vipère à
cornes (_Cerastes_), semble ne pas exister partout : très commune
dans le Grand Erg et l’Iguidi, on la retrouve sur le littoral de
Mauritanie ; vers le sud elle abonde dans les dunes de l’Ahnet, au
delà duquel elle disparaît. On ne la trouve ni dans le tanezrouft
d’In Zize, ni dans l’Ahaggar[140] : ses pistes sont tellement
caractéristiques qu’il paraît difficile que sa présence puisse
échapper.
Son existence est très douteuse dans l’Adr’ar’ des Ifor’ass ;
on affirme sa présence dans les dunes qui bordent le Niger ;
je n’ai pu avoir la confirmation de ce fait ni à Bourem ni à
Bemba. Boulenger [_Catalogue of the snakes in the British Museum_,
1896] indique que les deux espèces du genre _Cerastes_ ne se
trouvent que dans la partie septentrionale du désert, de l’Arabie
à l’Atlantique. Leur distribution géographique coïnciderait en
gros avec celle des Ergs vivants (fig. 69, p. 245) [Cf. Mocquart,
_Revue coloniale_, 1905].
=Oiseaux.= — Les oiseaux sont rares au Sahara ; quelques vautours,
de couleur claire, suivent les caravanes ; les « ganga » se trouvent
dans tous les pâturages ; les tourterelles (2 espèces au moins)
et les pigeons sont communs autour de tous les points d’eau. Dès
qu’on arrive à la zone sahélienne, ce monde des oiseaux est
presque entièrement renouvelé et les formes soudanaises se montrent
en grand nombre. J’ai noté les mange-mil, les moineaux du Soudan
(famille des Viduinés)[141], à Timiaouin dans l’Adr’ar’
et à Iférouane dans l’Aïr. Les perroquets se montrent à Tin
Teborak (15°,30′ Lat.), dans le Tegama. La corneille à plastron
(_Corvus scapulatus_ D.) abonde dans toute la zone sahélienne, du
Tchad à l’Atlantique, de même que la grande outarde et la pintade.
La pintade est souvent domestique et l’on en rencontre dans tous
les villages du pays haoussa. Comme il arrive à tous les animaux de
basse-cour, son plumage devient très variable et prend souvent des
couleurs claires ou presque blanches ; c’est probablement, comme
il l’avait pressenti, à ces variétés domestiques d’origine
indigène, qu’appartenaient les pintades signalées par Maclaud
comme provenant du haut Niger [_l. c._, p. 257].
_L’autruche._ — La distribution de l’autruche soulève au moins
une question intéressante ; elle est toujours assez répandue dans
la zone sahélienne à l’état sauvage ; dans un grand nombre de
villages, en pays haoussa comme sur les bords du Niger, on élève
des autruches qui sont assez domestiquées pour qu’on les laisse en
liberté dans les champs voisins. Les autruches sont plumées vers
le mois de juillet ; pendant quelques semaines, ces grandes bêtes,
toutes nues, font un effet hideux dans le paysage. La plupart des
plumes que l’on trouve sur le marché proviennent de cet élevage,
que les noirs savent fort bien pratiquer.
On sait que l’autruche a été commune dans le Sud algérien
d’où elle a disparu depuis quelques années. On a habituellement
expliqué cette disparition par les chasses abusives des officiers
des bureaux arabes. Il peut se faire que cette cause ait contribué à
l’extinction des autruches, mais cette explication cesse d’être
valable plus au sud ; elle est probablement fausse, ou tout au moins
incomplète. Tous les nomades sont d’accord pour dire qu’il
y a une cinquantaine d’années, les autruches étaient communes
dans tout le Sahara ; Duveyrier mentionne expressément que, dans
l’Ahaggar, on ne le chassait pas parce que leurs plumes, usées
contre les rochers, n’avaient pas de valeur marchande, et que les
Touaregs s’abstiennent de la chair des oiseaux.
Les témoignages unanimes des indigènes sont confirmés par la
grande abondance des œufs que l’on trouve souvent, presque
intacts, à la surface du sol, dans toutes les parties du Sahara ;
ces œufs se trouvent aussi bien dans les feidjs entre les dunes
que dans les grands regs du tanezrouft, toujours loin des oasis :
on a souvent dit, et l’on trouve encore dans des manuels récents,
que l’autruche n’habitait pas le désert, qu’elle ne faisait que
le traverser, allant d’oasis en oasis, comme les grands voiliers
de l’Océan vont d’île en île ; ceci est tout à fait inexact
et l’autruche n’a jamais été signalée que loin des centres
habités ; les oasis sont d’ailleurs occupés entièrement par des
jardins soigneusement enclos et nul animal sauvage de forte taille
n’y peut pénétrer. L’autruche a presque disparu de tout le
Sahara ; pendant son beau raid dans l’Iguidi, Flye Sainte-Marie,
en a vu une seule piste ; Voinot a aperçu deux ou trois autruches
dans l’Amadr’or ; les rapports de tous les officiers des oasis
permettraient peut-être d’augmenter ce chiffre de quelques unités
et l’on sait quel nombre colossal de kilomètres ils ont couvert.
Au désert, ce n’est certes pas la chasse que l’on peut invoquer
pour expliquer cette raréfaction. Un changement de climat est
invraisemblable, qui aurait supprimé les points d’eau : notre guide
nous affirmait avoir souvent vu, dans son enfance, des autruches entre
l’Ahaggar et l’Aïr ; la piste n’a pas changé ; la description
que, par renseignements il est vrai, Barth avait recueillie en 1850
est encore parfaitement exacte : ce sont les mêmes puits, et les
mêmes pâturages ; les gazelles et les mohors ne sont pas rares le
long de cette piste et tous ceux que nous avons tués étaient en
fort bon état, preuve qu’ils vivaient largement. Une épidémie,
ou ce qui revient au même, une épizootie, ne se comprend guère
dans une population aussi disséminée que celle du désert et sous
le soleil purificateur du Sahara.
De semblables extinctions, totalement inexpliquées, ont souvent
été signalées en paléontologie : un groupe donné d’animaux
n’aurait qu’une vie limitée, comme chacun des êtres qui le
composent ; il y aurait une mort de l’espèce, comme il y a une
mort de l’individu. Cette explication est peu claire, mais les faits
dont elle prétend rendre compte paraissent indéniables. L’autruche
est certainement un type vieux, un véritable anachronisme ; malgré
l’apparence, elle n’est pas un véritable oiseau ; elle n’a
avec les oiseaux que des rapports de cousinage éloigné ; elle
est un des derniers représentants des grands reptiles, des grands
dinosauriens de l’ère secondaire.
Mais il ne suffit pas qu’un type animal soit vieux pour qu’il
disparaisse ; encore faut-il une cause, autrement il n’y aurait
plus de déterminisme, plus de loi naturelle. Cette disparition de
l’autruche du Sahara prend ainsi une certaine importance ; son
explication permettrait peut-être d’apporter un peu de lumière
dans un des problèmes les plus obscurs de la paléontologie.
=Mammifères.= — L’étude des petits mammifères (gerboises,
lièvres, daman, hérisson, civettes, lynx, etc.) est à peine
ébauchée et l’on ne peut rien dire de certain.
Parmi les grosses espèces, un petit nombre se trouvent un peu partout
dans le Sahara : la gazelle (_G. dorcas_ L.), avec de multiples
variétés encore mal débrouillées, est dans ce cas ; le mohor
(_Gazella mohr_ Bennet) que l’on signale jusqu’au Tafilalet,
ne devient commun qu’au sud de l’Ahaggar ; dans le nord de la
zone sahélienne on le voit plus souvent que la gazelle.
Des fœtus de mohor à terme, provenant de femelles tuées à
N’Guigmi dans la seconde quinzaine de février, avaient la robe
complètement fauve ; on pouvait à peine distinguer une origine de
balsane. Des jeunes de la même espèce, observés en novembre dans le
poste de Djadjidouna (Damergou) et ayant par suite huit à neuf mois,
avaient à peu près exactement la robe de la gazelle commune ; chez
l’adulte, le blanc s’accroît beaucoup, le dos seul reste fauve.
Un peu plus au sud, au voisinage du Tchad et des bords du Niger, de
nombreuses antilopes et la girafe apparaissent ; toutes ces espèces
sont soudanaises ; elles ne s’éloignent jamais beaucoup ni des
mares, ni du fleuve.
L’adax [v. t. I, p. 197], assez commune aux confins de l’Algérie,
devient rare dans le Sahara méridional. Elle existe cependant dans
l’Adr’ar’ des Ifor’as, au moins dans sa partie nord.
Le fenek (_Canis Zerda_ Zim.) est également très répandu ; nous
en avons pris un jeune, dans son terrier, à mi-chemin entre In
Ouzel et Timissao, à 100 km. de tout point d’eau. Les chacals et
les hyènes[142] ne s’éloignent pas autant des puits. Le guépard
(_Cynailurus jubatus_ Zim.) existe probablement dans l’Adr’ar’
des Ifor’as et l’Ahaggar.
Le mouflon (_Ovis tragelaphus_ Desm., ou une race de cette espèce)
se trouve dans toutes les régions montagneuses de l’Afrique
septentrionale ; vers le sud, il ne paraît pas dépasser l’Aïr
(nous en avons vu près d’Iférouane) et l’Adr’ar’ des
Ifor’as : il en a été tué un vieux mâle dans l’Adra’r’
Denat ; Nachtigal le signale dans le Tibesti. Ceci permet de reporter
vers le 18° de latitude la limite méridionale de cette espèce,
que le catalogue de Trouessart[143] fixait au 24° Lat.
Pendant la saison des pluies, le lion remonte jusqu’à
l’Adr’ar’ des Ifor’as ; il habite toute l’année
l’Aïr[144], manque, pendant la saison sèche, dans le Tegama où
les puits sont profonds, et devient commun dès que l’on arrive
à la région des mares.
Les phacochères (_P. africanus_ Gm.) existent dans toute la zone
sahélienne ; on les trouve d’ailleurs jusqu’au Zambèze. Une
espèce de ce genre a été signalée dans le Quaternaire algérien
et figurée par Pomel. J’en ai vu pour ma part, et mangé, dès
Teguidda n’Taguei.
Les singes ont été signalés depuis longtemps dans l’Aïr, et
Cortier en a aperçu et tiré un dans le sud du pays des Ifor’as
[_La Géographie_, avril 1908, p. 278].
Par ses mammifères comme par ses plantes, la zone sahélienne est
bien distincte du Sahara et se rattache au Soudan.
Quelques points méritent encore d’être signalés : on s’étonne
de trouver des hippopotames dans des mares de moyenne étendue,
comme celles de la région de Gourselik. Ce fait, déjà signalé
par Barth, n’est pas douteux ; j’en ai vu des ossements, et
les captures sont, paraît-il, assez fréquentes. Il pourrait être
intéressant de voir si l’exiguité des mares qu’il habite n’a
pas entraîné une modification de la taille de l’hippopotame. —
Les rhinocéros, qui sont surtout de l’Afrique orientale, paraissent
bien décidément venir jusqu’au Tchad ; le colonel Destenave est
très affirmatif ; les indigènes des bords du lac craignent beaucoup
la rencontre de cet animal dangereux souvent caché, paraît-il,
dans les fourrés de roseaux.
=La chasse.= — Dans la zone sahélienne, surtout dans sa partie
méridionale, le gros gibier est abondant et quelques tribus vivent
de la chasse : les chasseurs forcent la girafe à cheval ; pour les
antilopes et les mohor, ils sont assez patients pour ramper pendant
des heures et les approcher d’assez près pour les tuer à la lance.
Au Sahara, les Touaregs forcent quelquefois l’adax à méhari ;
mais la chasse existe à peine chez eux et est abandonnée aux
plus pauvres. Vers la fin de la saison sèche, les plus miséreux
distinguent une saison des pièges, pendant laquelle la seule
ressource est, pour eux, la chasse à la gazelle.
Comme on ne peut songer à la forcer à la course, on emploie
un piège formé d’une couronne tressée, à l’intérieur de
laquelle sont fixées des tiges de bois dur : l’ensemble figure une
sorte de roue sans moyeu ou plutôt d’entonnoir très surbaissé,
d’une vingtaine de centimètres de diamètre. On pose ces pièges
au-dessus d’un trou, la pointe en bas, aux points où fréquentent
les gazelles, et si par hasard l’une d’elles pose le pied dessus,
elle ne peut se débarrasser de cette couronne et est obligée de
fuir en l’entraînant. Parfois un bâton, attaché au piège,
le rend encore plus lourd. L’animal ainsi gêné dans sa course
est facile à attraper.
Voinot a figuré un de ses pièges provenant d’Amdjid [_Comité
de l’Afrique Française_, 1908, _Supplém._, p. 86] ; j’en ai
vu de semblables à Tamanr’asset et sur les bords du Tchad. Ces
derniers, destinés à la capture de plus grosses antilopes, avaient
une quarantaine de centimètres de diamètre.
Dans le Sahara arabe comme aux compagnies de méharistes, le fusil
est trop répandu pour que l’on ait recours à ces modes primitifs
de chasse. Le gibier est en général assez abondant pour fournir
un appoint sérieux pendant les marches ; à El Goléah, la viande
de gazelle coûte moins cher que celle du mouton.
=Les troupeaux.= — Il y a peu de choses à dire sur les animaux
domestiques du Sahara[145].