_magaria_, (haoussa), _tabekat_ (tamahek)] font défaut dans le Sahara
proprement dit ; ils ont de vraies feuilles, à faces dissemblables et
ne sont pas adaptés à la sécheresse ; on ne les trouve que dans les
parties élevées du massif central (Ahaggar, Ifetessen, etc.). Ils
sont communs dans la zone sahélienne, dès le nord de l’Adr’a’r
et de l’Aïr. Ils appartiennent à plusieurs espèces, les unes de
petite taille et formant des buissons (_Z. lotus_ Desf., _Z. saharæ_
Batt., etc.), les autres plus élevées et vraiment arborescentes
(_Z. orthacantha_ D. C., etc.). Leurs fruits sont recueillis par
les nomades et parfois vendus sur les marchés.
Le bois des grands _Magaria_ est assez recherché ; il passe pour
inattaquable par les termites.
_Balanites Ægyptiaca_. — Le _Balanites Ægyptiaca_ Del., [_teborak_
(tamahek), _soump_ (wolof), _adoua_ (haoussa)] se rencontre dans la
Sierra Leone et le Sénégal ; dans le bassin du Chari, il apparaît
à Gosso (9°,30). Il est commun dans toute la zone sahélienne et
s’avance assez loin dans le Sahara : sur la route de N’Guigmi
à Bilma, il s’arrête au sud de Beduaram ; Foureau le signale par
27° Lat. N. (tassili des Azdjer) ; on le connaît en quelques points
isolés du Tidikelt et il devient fréquent au sud du 23°. Dans
l’Ahaggar, il ne paraît pas dépasser l’altitude 1000 mètres.
Son fruit, de la grosseur d’une datte, est comestible ; il arrive
à maturité en novembre, dans le Tegama.
_Les légumineuses._ — L’_Acacia arabica_ Willd. = _A. Adansoni_
Guill. et Per. [_tamat_, pluriel _timiouin_ (tamahek), _bagarua_
(haoussa)] est un bel arbre qui, en Afrique, paraît spécial à la
zone sahélienne : il est commun dans l’Adr’ar’ des Ifor’as ;
dans l’Aïr, on le trouve dès l’oued Tidek (fig. 62). Au sud
du Tchad, sa limite méridionale est le lac Iro (10° Lat. N.) ;
il est l’espèce dominante dans le Baguirmi, où on le trouve
dans tous les bas fonds inondés à l’hivernage [Chevalier,
_Afr. centr. franç._, p. 343]. En dehors de cette zone, il est
souvent cultivé dans les oasis (Fezzan, Tripolitaine).
On ne le rencontre que dans les vallées humides et les mares ;
à la mare de Tin Teboraq, les traces laissées sur le tronc par
les crues étaient à un mètre du sol. C’est un bel arbre dont le
tronc atteint 1 mètre de diamètre. Il est facile à distinguer du
talah par ses fleurs qui sont d’un beau jaune d’or et, par son
fruit, non en tire-bouchon, qui, à maturité, se découpe en articles
contenant chacun une graine. Les fruits de l’_A. arabica_ sont très
riches en tanin (jusqu’à 45%) et les indigènes les emploient
pour la préparation des peaux, en particulier des filali. Pour
simplifier la récolte de ces fruits, les nomades coupent souvent
les branches, ce qui donne à l’arbre un port tout particulier
(Pl. XVI, phot. 32).
Le véritable gommier (_Acacia verek_ Guil. et Per. = _A. Senegal_
L.), bien reconnaissable à sa gousse plate, apparaît dans la
zone sahélienne, dès l’Aïr, où il est rare ; il devient très
commun plus au sud et forme le fond de la brousse entre le Mounio
et le Tchad ; il est abondant dans le Kanem (Chevalier) ; il donne
lieu, surtout à l’ouest de Tombouctou, au commerce important de la
gomme. C’est le plus souvent un arbuste de 2 à 4 mètres de haut,
qui en atteint exceptionnellement 7 à 8.
L’_Acacia tortilis_ Hayne [_talah_, (ar.), _abesar’_, (tam.)],
et peut-être d’autres espèces confondues sous ce nom, se trouve
dans tout le désert, depuis le Sud marocain et tunisien jusqu’au
Soudan. Il est très résistant à la sécheresse et se rencontre
dans presque tous les oueds. Souvent de petite taille, il atteint
avec l’aide de l’humidité une taille d’une dizaine de mètres,
et un tronc ’de 0 m. 50 à 0 m. 70 de diamètre.
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXVI.
[Illustration : Cliché Cauvin
49. — PATURAGE DANS LA RÉGION D’ARAOUAN.]
[Illustration : Cliché Cauvin
50. — PATURAGE DANS LA RÉGION D’ARAOUAN.]
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXVII.
[Illustration : Cliché Posth
51. — CANARIS A MIL. — ANSONGO (RIVE DROITE DU NIGER).
Au premier plan, les trous d’où on a extrait l’argile, pour
les constructions du village.]
[Illustration : Cliché Posth
52. — CANARIS A MIL. — KALFOU (ADR’AR’ DE TAHOUA).]
Son fruit en tire-bouchon permet seul de le reconnaître avec
certitude.
Au Sahara, malgré le vent, il affecte rarement la forme en parasol
qui passe pour fréquente au désert. En réalité, au désert, les
arbres, toujours rabougris, isolés, poussent comme ils peuvent :
chacun d’eux a sa forme propre ; la forme en parasol n’est commune
que dans la zone sahélienne, où les arbres croissent en bouquets :
elle est certainement la plus répandue de beaucoup, entre Chirmalek
et le Tchad, chez l’_A. verek_.
Sur le littoral de Mauritanie, à courte distance du rivage, les
talah poussent en buissons elliptiques hauts de 1 mètre à 1 m. 50,
et de 7 à 8 mètres de diamètre. Cette forme, en bouclier, a été
observée partout au bord de la mer, chez divers végétaux.
Le genre Acacia renferme environ 450 espèces, des régions chaudes
du globe, surtout en Afrique et en Australie.
Le _Bauhinia rufescens_ Lam. [_delga_ (haoussa), _andar_ (maure)]
est un bel arbuste, commun dès le sud de l’Aïr ; on le trouve
dans tous les endroits frais ; il est abondant autour des mares du
Tegama ; on le connaît à Tombouctou et en Mauritanie. Il est facile
à reconnaître à ses belles grappes de fleurs blanches, rappelant
celles de l’acacia d’Europe, à son écorce blanche et surtout à
ses feuilles assez petites et échancrées au sommet. Cet arbre, au
moins en pays touareg, est souvent mutilé : pour savoir quelle sera
la durée de sa vie, le Touareg prend les deux rameaux qui terminent
une branche de delga et cherche à les séparer ; si la branche se
fend, sans rupture, jusqu’au tronc, la mort de l’opérateur est
lointaine ; l’expérience, qui réussit facilement, est fréquente,
si l’on en juge par l’aspect des arbres.
Le _Bauhinia reticulata_ L. (_kalgo_ en haoussa), un peu plus
méridional que le précédent, se rencontre, du Nil au Sénégal,
dans toutes les parties humides de la zone sahélienne qu’il
dépasse largement vers le sud, jusqu’en Mozambique ; il forme
des buissons, hauts de 3 à 4 mètres, avec des feuilles coriaces
et luisantes, à nervures bien marquées, larges comme celles du
lilas, mais en forme de cœur renversé, échancrées au sommet ;
il apparaît dans le Tegama vers le 15° de Lat. N.
Le genre _Bauhinia_ comprend environ 150 espèces des régions
tropicales.
Le genre _Cassia_ renferme de nombreuses espèces (150 ?) surtout
de l’Amérique chaude. Il est représenté au Sahara par quelques
sous-arbrisseaux dont le plus répandu (_C. obovata_ Col.) fournissait
autrefois le séné, toujours usité par les Touaregs. J’ai déjà
indiqué quelle était sa limite nord (p. 157).
Les Genets (_Genista_, dont _Retama_ n’est qu’une section)
sont représentés par 80 espèces environ qui sont répandues
en Europe, dans le nord de l’Afrique et l’ouest de l’Asie ;
vers le sud, ce genre, surtout méditerranéen, ne dépasse guère
le Sahara algérien.
_Tamarix_. — Les _tamarix_, communs en Algérie et dans le Sahara
arabe, sont encore fréquents dans l’Ahnet et les contreforts
de l’Ahaggar ; plus au sud, ils deviennent très rares ; dans
l’Adr’ar’ des Ifor’as, il en existe quelques pieds à Tin
Zaouaten ; vers l’est, ce genre se montre encore près de Tin
Azaoua ; Foureau le signale dans l’Aïr ; je l’ai rencontré
à Nava (100 km. à l’est de Gouré) ; Barth l’indique à
Buné (sud du Mounio). On le connaît aussi à l’est du Tchad,
dans les dépressions de l’Eguei et du Bodelé. Il forme de
véritables forêts, hautes de trois à quatre mètres, sur le
littoral de Mauritanie, au sud de Nouakchott (_T. gallica_ L.,
_T. passerinoïdes_ Del.).
Le genre tamarix compte une vingtaine d’espèces (d’aucuns disent
cinquante) répandues surtout dans le bassin méditerranéen ;
il s’étend fort loin en Asie où il occupe toute la zone des
steppes, des steppes salées surtout ; il est représenté aussi dans
l’Asie tropicale et, comme nous venons de le voir, envoie quelques
représentants assez loin vers le sud en Afrique. Il est, au Sahara,
le seul genre arborescent qui vienne actuellement du nord. Un tamarix
caractériserait, paraît-il, les régions calcaires du désert ;
je n’ai pas assez de documents pour confirmer cette indication. Les
tamarix sont souvent des halophytes, des arbres de régions salées :
les plus beaux peuplements que j’en aie vus sont dans l’oued Tit,
près d’Abalessa, et dans l’oued Tamanr’asset, au pied du Tin
Hamor ; dans l’oued Zazir, au sud de l’Adr’ar’ Aregan et
dans l’oued Igharghar (celui du sud) les tamarix sont abondants ;
il en est de même, d’après Voinot, dans les contreforts orientaux
de la Coudia. Le long de ces différents oueds, on voit souvent
des dépôts de sel provenant du lavage des roches volcaniques :
le guétaf (_Atriplex halimus_ L.) qui est une plante des alluvions
légèrement salées, accompagne habituellement les tamarix.
L’étude de ce genre est très délicate ; Battandier[130]
en indique 12 espèces en Algérie et dans son hinterland ; une
treizième, le _T. senegalensis_ D. C., remonte assez haut sur le
littoral de Mauritanie.
Une seule espèce, _T. articulata_ Vahl, est facile à distinguer
à ses feuilles très courtes, formant autour des rameaux une gaine
complète. C’est un des arbres les plus caractéristiques du
désert ; on le connaît depuis l’Inde et l’Arabie jusqu’au
Sénégal. Il semble que le nom d’_étel_, ar., _tabarekkat_,
tam., lui est habituellement appliqué, bien que Ascherson [_l. c._,
p. 414, p. 465] indique aussi étel pour _T. Gallica_ L. L’étel
produit une galle très recherchée pour la teinture.
Toutes les autres espèces se ressemblent beaucoup et sont confondues
sous les noms de tarfa, ferzig, ou aricha en arabe ; az’aoua ou
taz’aouat en tamahek. Le bois des tamarix est tendre et facile à
travailler : c’est ce bois qu’emploient les Touaregs pour la
confection de leurs ustensiles culinaires (écuelles, cuillères),
d’un travail habituellement très soigné et ornés à la
pyrogravure d’élégants dessins géométriques. Le bois de talah
ou de teborak, beaucoup plus dur, est réservé à la confection
des r’ala, des selles de méharis.
Le plus beau tamarix de l’Ahaggar est sans doute celui de
Tamanr’asset, qui est particulièrement protégé : une branche
coupée entraîne une amende d’un âne (Voinot). Faut-il voir,
dans cet usage, un souvenir des arbres fétiches du Soudan ?
_Ombellifères._ — La famille des ombellifères, répandue surtout
dans les régions tempérées du globe, fournit aux hauts plateaux
de l’Afrique mineure quelques grandes formes (_Thapsia_, etc.) qui
donnent au paysage un élément caractéristique. Quelques-unes,
une quinzaine, pénètrent dans le nord du Sahara algérien.
L’un des genres sahariens de cette famille appartient à une
section, celle des carottes, dont les fruits sont d’ordinaire
accrochants : par exception, les fruits d’_Ammodaucus_ ont perdu
cette particularité et le fait est à rapprocher des exemples
fournis par le kram-kram et les _Ægilops_.
Les _Deverra_ [_guezzah_ (ar.), _tataït_ (tam.)], ombellifères
à odeur forte, sans feuilles et qui ressemblent à des joncs, ont
quelques représentants dans le Tell ; ce genre devient fréquent
dans le Sahara algérien (Mzab,) et une espèce (_D. fallax_ Batt.) se
trouve dans l’Ahaggar, au-dessus de 1000 mètres.
Plus au sud, cette famille disparaît ; elle manque dans la zone
tropicale et se montre à nouveau dans l’Afrique australe.
_Salvadora persica_. — Le _Salvadora persica_ L. [_siouak_, _irak_,
_tihak_, _tichak_, _abesgui_] que l’on rencontre depuis le Sénégal
jusqu’en Syrie, a une distribution assez irrégulière. Duveyrier le
signale dans le tassili des Azdjer ; au sud du Touat, il apparaît
dans l’Ahnet (près de Taloak) et devient très commun dans
l’Adr’ar’ des Ifor’as. Dans l’Ahaggar, il forme un très
beau peuplement à Silet ; au-dessus de 1000 mètres, j’en ai vu un
seul pied dans une vallée abritée à quelques kilomètres au sud
de Tamanr’asset. Abondant dans l’Aïr et le Tibesti, il manque
dans le Tegama, reste rare dans le Demagherim et redevient fréquent
à nouveau autour du Tchad, où il joue un rôle industriel notable
(préparation de sel par lessivage de ses cendres). Il fait défaut
au sud du lac.
_Salvadora_ est un genre tropical et, comme plusieurs autres plantes
échappées de la zone forestière, _S. Persica_ a certains traits
des lianes : ses branches se tordent parfois ou s’enroulent les
unes autour des autres ; lorsque par hasard il trouve un support,
il profite de son aide pour quitter la forme de buisson et envoyer
quelques rameaux à de grandes hauteurs, où ses grandes feuilles,
d’un vert franc, le font distinguer de loin.
C’est un des rares arbres du Sahara qui donne vraiment de
l’ombre. L’odeur de ses feuilles, très goûtées des chameaux,
est assez forte. Les fruits, longtemps rouges, noircissent à
maturité (vers juin-juillet). Ils forment des grappes ressemblant
à de minuscule raisins, que les nomades pauvres recueillent et font
sécher. Ses feuilles servent à préparer des infusions.
_Asclépiadées._ — Les asclépiadées, famille importante surtout
dans la zone tropicale, doivent, à l’aigrette soyeuse qui couronne
leurs graines, de s’être répandues en grand nombre au Sahara,
où elles forment plus de 3 p. 100 de mes récoltes (Battandier).
En Algérie, les asclépiadées représentent à peu près 1/300 de
la flore phanérogamique ; en France 1/1000.
Deux espèces surtout méritent une mention : le _Calotropis procera_
R. Br. (korounka-oschur-tourha-tourdja) est un arbuste haut de 4
à 5 mètres ; ses grandes feuilles, rappelant celles du chou, ses
fleurs blanches, bordées de violet, et son fruit énorme ont attiré
l’attention de tous les voyageurs. Lorsqu’il est blessé, il
laisse échapper un suc blanc, laiteux, qui passe pour très toxique ;
cette particularité l’a fait souvent confondre avec les euphorbes
et il est désigné sous ce nom très inexact dans un grand nombre
de rapports relatifs au Soudan. On a signalé sa présence dès le
sud de l’Algérie à Methlili [Duveyrier, _l. c._, p. 180].
Il est commun au Touat ; mais dans la région des Oasis, il ne
sort pas des jardins et il n’est pas certain qu’il ne soit pas
introduit : le charbon que l’on en tire passe pour le meilleur
pour faire la poudre, et les indigènes attribuent quelque valeur
thérapeutique à cet arbre. Il est sûrement spontané dans le sud
de l’Ahnet ; les puits de l’oued Amdja (Anou ouan Tourha) doivent
leur nom à une vingtaine de Calotropis qui croissent au voisinage.
Très commun dans l’Adr’ar’ des Ifor’as et dans l’Aïr,
où il forme, près d’Iférouane, un véritable taillis, il ne
semble pas s’élever au delà de 1000 à 1100 mètres dans les
contreforts de l’Ahaggar.
On le retrouve abondant autour du Tchad ; dans le bassin du Chari,
Chevalier le mentionne à partir du Dékariré (11° Lat. N.). Il
est commun autour de Tombouctou et en Mauritanie, jusqu’à
l’Agneitiz ; vers l’est, on le connaît en Égypte, en Arabie
et en Perse.
Il ne pousse que quand la nappe aquifère est peu profonde, aussi
manque-t-il complètement dans le Tegama.
Les deux autres espèces de ce genre sont de l’Asie et de
l’Afrique tropicale.
Le _Leptadenia pyrotechnica_ Del. = _L. Spartum_ Wight (asabai, ena,
abesgui) ressemble absolument par son port au genêt d’Espagne
ou au retem, dont il semble prendre la place à partir de
l’Ahnet. Duveyrier [sub Genista, _l. c._, p. 161] le signale entre
R’at et Mourzouk ; il ne dépasse pas, dans le sud de l’Ahaggar,
l’altitude 1000. _Leptadenia spartum_ est extrêmement répandu
dans toute la zone sahélienne, du Sénégal à l’Arabie, sauf
dans les régions trop sèches comme le Tegama ; il est très commun
entre Mirrh et le Tchad où il atteint 4 ou 5 mètres de haut ; il
est parfois aussi élevé dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Sur le
littoral de Mauritanie, il n’est pas rare au sud de Nouakchott. Les
pêcheurs indigènes le connaissent sous le nom de « titerek »,
et emploient ses fibres à la confection de leurs filets.
L’asabaï s’avance peu dans la zone soudanaise ; au sud du Tchad,
Chevalier indique sa limite au lac Baro (13° Lat.).
Le genre _Leptadenia_ contient une douzaine d’espèces des régions
chaudes de l’ancien continent.
S’appuyant sur des renseignements indigènes, Chevalier [_La
végétation de la région de Tombouctou_, p. 24] avait indiqué avec
doute l’_Henophyton deserti_ Coss. et Dur. au voisinage de Gao,
où il est désigné sous le nom d’asabaï et de ana. Ces deux
noms semblent montrer qu’il y a eu confusion avec le _Leptadenia_
qui est commun partout sur la rive du Niger. Ce n’est que dans le
nord, qu’ils s’appliquent à l’Henophyton.
Quelques détails ont été donnés, dans les pages précédentes,
sur d’autres asclépiadées (_Dœmia_, _Boucerozia_).
_Euphorbes._ — Les euphorbes sont assez abondantes au Sahara ;
dans le Sahara arabe, l’_E. Guyoniana_ Bois. et R. est une herbe
à feuilles rares et couvertes d’un revêtement cireux ; dans
le Sahel, l’espèce la plus notable est l’_E. Balsaminifera_
Aït. [_afernane_ (arabe), _agoua_ (haoussa)]. Elle forme de gros
buissons ligneux, parfois presque des arbres (pl. XXII) et se
trouve depuis les Canaries jusqu’au voisinage du Tchad ; elle
pourrait peut-être caractériser une province occidentale de la
zone sahélienne.
A cause de l’âcreté de son lait, le bétail n’y touche pas et
elle est souvent employée comme clôture ; elle est très facile
à bouturer et il est possible que l’homme ait contribué à sa
dissémination.
Les euphorbes cactoïdes n’existent qu’au voisinage du littoral,
surtout vers le Maroc, et dans la zone soudanaise.
_Palmiers._ — Les palmiers sont surtout des arbres tropicaux et
quatre d’entre eux seulement intéressent les régions qui nous
occupent.
Le palmier nain (_Chamærops humilis_ L.), le doum d’Algérie,
appartient à la partie occidentale du domaine méditerranéen. Nulle
part il ne pénètre au Sahara.
Le palmier d’Égypte, qui porte le même nom indigène (_doum_,
_kaba_ en haoussa) (_Cucifera thebaïca_ Del., _Hyphæna thebaïca_
L.), est facile à reconnaître à son tronc, haut de 5 à 8 mètres,
plusieurs fois bifurqué. Lorsqu’il a été coupé, les repousses
forment des buissons que l’on a parfois confondus avec le palmier
nain. Le palmier d’Égypte est bien caractéristique de la zone
sahélienne ; on le connaît dans l’Adr’ar’ des Ifor’as ;
dans l’Aïr, il y en a quelques pieds à Iférouane (19° Lat. N.),
et de vrais bouquets à partir d’Aoudéras (17° 40′ Lat. N.). Il
existe dans le Tibesti ; sur la route de Mourzouk au Tchad, Nachtigal
le signale à l’oasis de Yât (20°,30′ Lat. N.). Dans la vallée
du Nil, il remonte jusqu’au 27° et atteint le 29° sur la côte
orientale de la presqu’île du Sinaï.
Dans la zone sahélienne, on le trouve partout où l’eau est à
une faible profondeur ; il fait cependant défaut au Tegama, même
autour des mares permanentes. Il est commun dans les dallols, et
plusieurs vallées importantes de la région du Zinder lui doivent
leur nom (Goulbi n’Kaba). On le rencontre dans toutes les mares de
la région du Manga ; l’indication de Monteil [_De Saint-Louis à
Tripoli par le lac Tchad_, Paris, 1895, p. 200] qui donne ce palmier
comme caractéristique des grandes vallées, est, par suite, inexacte.
Vers le sud, il pénètre parfois dans la zone soudanaise ; Chevalier
signale sa première apparition dans le bassin du Chari, près du
village de Palem (9°,30′ Lat. N.).
Son fruit, à peine gros comme le poing, presque sphérique, est
récolté, pour leur nourriture, par les indigènes pauvres ; on le
vend sur le marché de Tombouctou.
Le rônier (_Borassus Æthiopicus_ Mart.) est un bel arbre à tronc
droit et jamais bifurqué ; il appartient à la zone soudanaise dont
il sort rarement.
Ces trois palmiers (palmier-nain, doum, rônier) ont de larges
feuilles en éventail, ce qui les distingue au premier coup d’œil
du dattier (_Phœnix dactylifera_ L.).
Il semble inutile d’insister sur l’importance de la culture du
dattier dans les oasis et sur les nombreuses variétés que l’on
y distingue.
Cosson, à une époque où l’on ne connaissait que le nord du
désert, avait songé à définir le Sahara par la culture en grand
du dattier. Cette idée n’est plus soutenable ; dès le sud du
Tidikelt, dans l’Ahaggar, les dattes ne jouent plus qu’un rôle
insignifiant : toutes les belles oasis sont localisées dans le
Sahara algérien.
Dans la zone sahélienne (Adr’ar’ des Ifor’as, Aïr, Kanem,
Borkou) les palmeraies sont en général d’une exiguïté
ridicule ; elles ne produisent que des fruits peu estimés, tout
juste comestibles ; la chair est sèche et à peine sucrée, le
noyau démesurément gros. Les dattes d’In Gall, de Bilma, de
Kidal, n’ont qu’une réputation locale. La quantité est aussi
médiocre que la qualité : la moindre pluie suffit à entraver la
fécondation et il pleut tous les ans au Sahel.
L’origine du dattier est inconnue[131] et tous ceux que l’on
trouve au Sahara, ont été plantés ; son adaptation n’est pas
réelle ; malgré les traînées de noyaux que laisse derrière elle
chaque caravane, le dattier ne se propage pas en dehors des cultures ;
il a besoin de soins pendant les premières années. Il est vrai que,
devenu grand, il se défend mieux : les palmiers « bour » persistent
longtemps après l’abandon d’une oasis (Pl. XXIV, phot. 46).
En dehors de son importance économique, le dattier a fourni aux
météorologistes d’importantes données sur le climat ancien de la
Méditerranée ; quatre siècles avant Jésus-Christ, à l’époque
de Théophraste, comme de nos jours, le dattier pousse et fructifie
à Athènes, mais ses fruits n’y mûrissent pas. Une température
moyenne plus élevée de un degré permet la maturation des dattes ;
avec un degré de moins, le dattier pousse mal et ne fructifie
pas. Ce fait joint à quelques autres analogues, établit nettement
que depuis vingt-quatre siècles, la température de la Méditerranée
est restée immuable ou tout au moins qu’elle a à peine varié.
II. — =GÉOGRAPHIE ZOOLOGIQUE=
Les animaux qui habitent le Sahara sont encore moins connus que
les plantes ; il semble cependant que leur étude doive conduire à
des conclusions analogues : aux formes particulières au désert,
répandues de l’Arabie à l’Atlantique, viennent se joindre
quelques immigrés provenant de la Méditerranée ou du Soudan.
=Cœlentérés.= — Les Méduses que l’on a cru longtemps
essentiellement marines, ont été signalées dans quelques lacs de
l’Est africain, en particulier dans le Tanganika. Il en existe
aussi, et presque certainement la même espèce, _Limnocnida
tanganicæ_ Günther, dans le Niger jusqu’à Bamako.
La présence, assez insolite, d’une méduse dans les eaux douces
africaines est une belle confirmation des rapports qui existent, ou
ont existé, entre tous les bassins de l’Afrique tropicale ; elle
vient à l’appui des observations de Pellegrin sur les poissons,
et de Germain et Anthony sur les mollusques, qui, en gros tout au
moins, sont les mêmes du Nil au Sénégal[132].
=Insectes.= — Parmi les insectes on trouve d’abord une série
d’espèces spéciales au désert et ayant en général une large
extension géographique. Les plus frappantes sont des scarabées noirs
(_Tenebrionides_) : les indigènes les désignent sous les noms de
_khanfousa_ (pl. _khanéfis_) en arabe et de _edjéré_ en tamahek ;
ces différents mots sont fréquents dans la toponymie.
L’examen des quelques listes d’insectes déjà publiées[133]
montre qu’à ces formes sahariennes viennent s’ajouter
des espèces méditerranéennes et des espèces du Soudan : le
_Papilio Machaon_ L., nettement paléarctique, a été recueilli
à Tamanr’asset (22°,47′ Lat. N.) ; le _Callidryas Florella_
F. qui habite toute l’Afrique tropicale, remonte jusqu’à
l’oued El R’essour (vers 22° Lat. N.) ; le _Scolia unifasciata_
Cyrill. de la Méditerranée se trouve encore au sud de l’Ahaggar
et l’_Eumenes Caffra_ L., qui habite toute l’Afrique chaude,
a été capturé au nord de l’Aïr (Taghazi, oued Tidek).
Ces quelques faits, qu’il serait facile de multiplier, suffisent
à montrer l’importance du Sahara comme barrière entre la faune
européenne et la faune tropicale : le désert, en laissant de
côté les espèces adaptées spécialement à ses rudes conditions
climatiques, est une sorte de territoire contesté vers le milieu
duquel viennent se joindre les émigrés du nord et les émigrés
du sud. La désignation assez bizarre d’équateur zoologique, que
Pucheran[134] avait donné naguère à la ceinture de déserts qui,
vers le tropique du Cancer, fait le tour du globe, correspond bien
à une ligne de démarcation de premier ordre.