américain des ravages plus importants que dans les champs de coton
indigène ; il semble assez facile de les éviter : le développement
des champignons est lié à la pluie et il est douteux qu’ils soient
à craindre dans les parties sèches du Sahel, au voisinage du Niger,
entre Mopti et Tosaye, où les facilités d’irrigation assureraient
la venue du précieux textile qui a surtout à craindre les années
trop pluvieuses ou les sécheresses prématurées. M. Esnault Pelterie
[_Assoc. Cotonnière_, séance du 17 mars 1908] croit pouvoir assurer
que si, comme en Égypte, on pouvait avoir recours à une irrigation
rationnelle, la production serait au moins doublée.
Il ne faut pas d’ailleurs croire que ces essais puissent aboutir
rapidement ; les États-Unis, qui fournissent actuellement au monde
75 p. 100 de la matière première, ont dû faire des écoles pendant
cinquante ans (1734-1792) avait de pouvoir exporter 70 tonnes de
coton ; en Égypte, les expériences ont duré vingt ans. L’Afrique
occidentale anglaise vient de dépenser, en cinq ans, plus de 6
millions à des cultures expérimentales sur le coton ; en Afrique
occidentale française, beaucoup plus vaste, on a dépensé à peine
1 million dans la même période. Il semble d’ailleurs que, partout
en Afrique, on a été amené à renoncer aux variétés américaines
et que l’on a enfin reconnu que la méthode plus longue de la
sélection des espèces indigènes donnait des résultats meilleurs
et plus certains. La pratique des éleveurs et des cultivateurs de
tous les pays a toujours montré la supériorité de la méthode de
sélection, et il est vraiment curieux que l’on hésite toujours
à l’appliquer. On ne s’y résout que lorsque l’acclimatation
a échoué.
CULTURES IRRIGUÉES. — A ces cultures de la zone riche du Soudan,
succède la culture par irrigation, la seule qui ait quelque
importance au Sahara et au Sahel. On en peut distinguer deux types.
I. _Irrigations naturelles._ — De Mopti à Ansongo (800 kilom.),
le Niger traverse une région où les pluies sont rares ; mais, en
amont de Tosaye surtout, à la faveur du manque de relief, le fleuve
déborde chaque année largement et les terrains qu’il inonde,
irrigués naturellement, se prêtent admirablement à la culture. Il
est bien vrai, comme le fait observer Schirmer [_Le Sahara_, p. 411],
que les parties riches se bornent aux bas-fonds périodiquement
envahis par la crue, mais leur surface est considérable ; il y a
plus de 800 kilomètres de Mopti à Ansongo, et aux rives immédiates
du Niger on doit ajouter la région des lacs voisins de Tombouctou.
Malheureusement si les bords du fleuve sont régulièrement inondés,
ce n’est que par les fortes crues que l’eau atteint le Faguibine
et les dépressions voisines.
Depuis 1894, le Niger n’est pas monté assez haut pour irriguer
les Daounas, et ce n’est que jusqu’en 1897 que les Daounas ont
conservé assez d’humidité pour qu’il ait été possible de les
ensemencer. Dans cette dernière année, relativement défavorable,
il y a été récolté, d’après les renseignements de Villatte,
environ 26000 quintaux de blé ; le mil et le riz avaient eux aussi
donné de forts produits. Il serait intéressant, par quelques
travaux hydrauliques, de régulariser cette production.
[Illustration : Fig. 65. — Le moyen Niger.
Les plateaux de Bandiagara et de Hombori, d’après les indications
du lieutenant Dulac.]
La culture du blé est une exception dans la vallée du Niger et
paraît localisée au nord-ouest de Tombouctou ; les principales
céréales sont le mil, le riz et parfois le maïs. Ces cultures sont
très loin d’avoir l’importance qu’elles peuvent atteindre. Le
pays a été dépeuplé par les conquérants noirs et les ruines
abondent partout. Les quelques Sonr’aï qui subsistent sur les bords
du fleuve, abrutis par la longue insécurité du pays, sont d’une
lâcheté et d’une paresse extraordinaires. Lors du rezzou des Ouled
Djerir en 1904, les Sonr’aï voisins des postes ont refusé de se
laisser armer, prétextant que les jambes avaient été données
à l’homme pour fuir. Les années suivantes, ils avaient semé
une quantité de riz insuffisante pour leur propre consommation,
encore avait-il fallu leur fournir la semence. Pendant près de
six mois, autour du poste de Bourem, les indigènes ont vécu
de bourgou qui heureusement abonde le long du fleuve (lieutenant
Barbeirac). Beaucoup de terres, qu’avant notre établissement
les nomades les obligeaient, par la violence, à cultiver, sont
abandonnées. On peut cependant dès maintenant constater quelques
symptômes de bon augure ; la population se refait, des villages
razziés naguère se relèvent de leurs ruines ; surtout leur nombre
augmente ; la sécurité plus grande que nous imposons au pays
permet aux cultivateurs de vivre par petits hameaux, au voisinage des
bonnes terres ; n’ayant plus d’attaques à craindre, ils ne sont
pas obligés d’habiter tous de gros villages dont l’emplacement
était choisi surtout pour la défense. Chez les noirs comme partout,
l’appât du gain est un bon stimulant et depuis que le _Mage_, un
vapeur de 200 tonnes, fait régulièrement la navette entre Mopti et
Ansongo pendant trois mois, de décembre à février, le commerce
des céréales s’accroît rapidement : dans le cercle de Gao,
d’après une conversation du capitaine Pasquier, la production du
riz a plus que doublé depuis un an.
Cette vallée du Niger a un magnifique avenir : les cultures
vivrières (riz, mil, maïs, peut-être le blé) s’y développent
toutes seules et permettent un accroissement considérable de la
population. Les cultures industrielles[122] (coton) viendront ensuite
et l’on peut prévoir dès maintenant que la batellerie existante
sera bientôt insuffisante pour assurer les transports sur le fleuve.
Une difficulté subsiste encore ; la liaison avec l’Europe est
défectueuse : le Sénégal n’est navigable pour les gros bateaux
que deux mois par an. Lorsque, aux hautes eaux, les vapeurs peuvent
remonter le fleuve jusqu’à Kayes, sans rompre charge, le frêt
de Bordeaux à Kayes est d’une soixantaine de francs la tonne ;
aux basses eaux, il s’élève à 200 francs. Cette nécessité de
s’approvisionner, pour un an, de marchandises européennes et de
ne pouvoir exporter plus d’une fois l’an les produits soudanais,
crée de grosses difficultés commerciales ; cette intermittence
dans les moyens de communication explique fort bien qu’aucune
banque ne se soit établie dans ces régions, où les règlements
à 90 jours sont impraticables. Le chemin de fer de Thiès à Kayes
est poussé activement ; cette régularisation dans les moyens de
transport permettra au commerce de se développer librement et dans
des conditions financières plus normales [François, _Bull. Comité
Afr. fr._, 1908, p. 404-408].
Il reste cependant une question grave à résoudre : à côté de
la culture des sédentaires, l’élevage des nomades est une source
importante de richesse. Pendant la saison des pluies, les troupeaux
trouvent partout des mares d’hivernage et se répandent dans tout
le pays, au nord comme au sud du fleuve ; à la saison sèche, les
mares permanentes étant rares, beaucoup de nomades sont obligés de
se rapprocher du fleuve sur les bords duquel ils séjournent près
de cinq mois, dans les régions les plus propices à la culture.
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXIII.
[Illustration : Cliché Chudeau
43. — LA DUNE DE NOUAKCHOTT (MAURITANIE). — VERSANT EST.
Au premier plan, Euphorbes déchaussées par le vent.]
[Illustration : Cliché Chudeau
44. — BIR EL AIOUDJ (MAURITANIE, 21° 20′ LAT. N.).
Groupe de “ Talah ” (_Acacia tortilis_ Hayne).]
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXIV.
[Illustration : Cliché Cauvin
45. — LE POSTE DE BEMBA.]
[Illustration : Cliché Laperrine
46. — PALMIERS “ BOUR ”.]
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XXV.
[Illustration : Cliché Cauvin
47. — ZONE SAHELIENNE.
Halte sous un “ Gao ” (Tamarindus) dans la région de Goundam.]
[Illustration : Cliché Cauvin
48. — ZONE SAHELIENNE.
Bouquet d’arbres, sur les bords du Niger dans la région de Gao.]
Le conflit ne paraît pas insoluble ; le péril n’est d’ailleurs
pas immédiat et l’on est arrivé, en Algérie tout au moins, à
établir un équilibre à peu près satisfaisant entre les besoins
des agriculteurs et ceux des bergers.
II. _Irrigations artificielles._ — Ce second type exige une
intervention active de l’homme, qui doit capter l’eau nécessaire
aux cultures. Les principaux types d’oasis, peu nombreux, sont bien
connus[123]. Parfois un oued est alimenté assez régulièrement en
eau pour que ses alluvions restent humides à peu de distance de la
surface ; dans ces oasis de rivière, dont Silet est un excellent
exemple, les palmiers poussent sans aucun soin. Dans le Souf, les
conditions sont analogues, quoique un peu moins bonnes : il faut
choisir, entre les dunes, une profonde dépression, enlever le sable
sec, traverser un banc imperméable de gypse épais parfois de un
mètre, sous lequel se trouvent les alluvions humides : un jardin
est une sorte de puits profond de 10 à 15 mètres. Les boutures
de palmier n’ont besoin d’être arrosées que jusqu’à leur
reprise ; le principal travail du cultivateur sera de défendre
son jardin contre le sable qu’y amène chaque coup de vent et
qui aurait tôt fait de combler l’excavation et d’ensevelir
les arbres. Ces jardins du Souf sont forcément très exigus ; les
plus grands contiennent une centaine de palmiers, les plus petits
une demi-douzaine.
Habituellement les travaux nécessaires au captage de l’eau sont
beaucoup plus considérables ; ils nécessitent des puits nombreux,
ordinaires ou artésiens : c’est le type habituel du M’zab
et des oasis du Sud constantinois et l’on sait combien, depuis
l’occupation française, les procédés de forage perfectionnés ont
permis d’accroître la richesse de Touggourt et d’Ouargla. La
même technique a donné quelques résultats intéressants au
Tidikelt ; il y a même un « lac » à Tit [Cortier, _D’une rive
à l’autre..._, p. 63.]
Mais, dans l’archipel touatien, le procédé de captage est en
général différent : de longues canalisations souterraines, les
foggaras, vont chercher l’eau à plusieurs kilomètres en amont
des jardins. Gautier a décrit en détail, dans le premier volume,
ce travail considérable.
Dans les maigres jardins de l’Ahaggar, on trouve encore quelques
foggaras ; plus au sud elles semblent disparaître ; d’ailleurs
en dehors du Sahara algérien, les dattiers, ne donnant plus que des
produits médiocres, sont en petit nombre et la culture par irrigation
devient insignifiante. Elle ne se développe un peu qu’auprès de
certains centres de caractère spécial, où elle est surtout de la
culture maraîchère.
C’est le cas d’Agadez, situé dans un demi-désert suffisant tout
au plus à la vie de nomades, et où des nécessités commerciales ont
réuni un millier d’habitants : les jardins d’Alar’sess leur
fournissent des légumes. C’est aussi le cas de Gourselik, gros
village qui vit de l’industrie du natron : le mil est acheté au
dehors et l’on cultive surtout des patates, des oignons magnifiques,
des tomates et du tabac. Une petite place est réservée au coton et
au maïs, ainsi qu’au blé qui paraît fort négligé, en général,
dans cette partie du Soudan.
_Plantes sauvages._ — Dans tout le Sahara, la récolte des plantes
sauvages joue un rôle important : dans l’Adr’ar’ des Ifor’as,
au début de la saison des tornades (première quinzaine de juin)
les pâturages sont maigres depuis longtemps et le lait devient
rare. La plupart des Ifor’as sont à leur aise et possèdent assez
de troupeaux pour ne pas trop souffrir de cette mauvaise période ;
quelques pauvres cependant ne possèdent qu’un très petit nombre
de chèvres, et ces miséreux vivent alors uniquement des fruits
qui sont mûrs à cette saison.
Une orobanche, le dahnoun (_Phelipæa lutea_ Desf.), souvent
parasite sur le guétaf, est consommée dans tout le Sahara ; dans
l’Ahaggar, la récolte en paraît assez régulière ; elle se fait
en mars. Le dahnoun, réduit en farine et desséché, est conservé
par les haratins ; c’est, d’après Voinot, un aliment amer et
coriace dont seuls un targui ou un nègre peuvent se contenter. On
ramasse en même temps et pour le même usage une sorte d’asperge,
à tissu spongieux, blanc rosé à l’intérieur, rouge foncé à
l’extérieur, l’aokal, qui est bien probablement le _Cynomorium
coccineum_ L.
Chez un grand nombre de nomades sahariens, la récolte des fruits de
graminées sauvages est faite assez régulièrement. Pour la rendre
plus aisée, certains oueds sont interdits : il est défendu d’y
mener paître des troupeaux ; il n’est pas permis à une caravane
de s’y arrêter même quelques heures. Dans les pays riches, comme
l’Adr’ar’, cette interdiction est rare ; elle est fréquente à
l’Ahaggar. Pour le drinn (toulloult en tamahek, _Aristida pungens_)
la récolte a lieu de mai à juin ; pour le mrokba (afez’ou,
_Pennisetum dichotomum_), de juillet à septembre. Les graines ainsi
recueillies sont conservées comme des céréales quelconques.
En cas d’urgence, les nomades les plus pauvres ont recours à un
autre procédé ; ils fouillent certaines fourmilières et en tirent
tout le grain qui y a été rassemblé. Cette pratique est très
répandue dans le Tegama où quelques tribus, très miséreuses,
n’ont même plus de troupeaux et sont obligées, lorsqu’elles
déménagent, de traîner sur des branches d’arbres leur maigre
matériel ; à chaque pas, on trouve des fourmilières éventrées
et vidées.
Cet usage n’est pas spécial au Tegama et on le retrouve, au moins
dans le folk-lore, chez des tribus moins pauvres.
Lorsque la noble ancêtre des Kel R’ela, des Taïtoq et des
Tedjéhé Mellet, l’illustre Tin Hinan, vint du Tafilalet à
l’Ahaggar, elle était accompagnée de Takamat, sa fidèle
suivante. La route était longue, les vivres commençaient à
manquer et la faim devenait pressante, quand Takamat aperçut une
fourmilière. De suite, elle fit baraquer son méhari et alla prendre
le grain que les fourmis avaient péniblement amassé ; elle partagea
son butin avec sa maîtresse qui, comme il convient à une femme de
haut rang, n’avait pas quitté son akhaoui[124]. Le souvenir de
cet incident de voyage s’est conservé, et pour en célébrer la
mémoire, les Dag R’ali et les Kel Ahnet, fils de Takamat, paient
tous les ans, sans murmurer, l’impôt, la tioussé, aux Touaregs
de race noble.
=Remarques sur quelques espèces.= — Duveyrier a écrit une
phrase malheureuse : « J’ai scrupuleusement recueilli les noms
indigènes, en langue arabe et en langue temâhaq, parce que je crois
la connaissance de cette double synonymie nécessaire aux personnes
auxquelles l’avenir réserve des voyages avec les caravanes. Cette
synonymie n’a pas les défauts de celle des noms vulgaires assignés
aux plantes par nos paysans en Europe ; chez les peuples pasteurs,
chacun connaît exactement le nom, les stations et les propriétés
de chaque plante, et les noms, quand les caractères distinctifs
sont bien tranchés, ne varient pas d’une localité à une autre,
mais se conservent tant que la même langue est parlée. Or comme la
langue arabe est connue dans tout le monde musulman, et la langue
berbère, dont le temahaq est un des dialectes, dans tout le nord
du continent africain, il y a presque certitude d’être compris
des indigènes en leur nommant une plante dans l’une de ces deux
langues. » [_Les Touaregs du Nord_, p. 147-148.]
Cette phrase, prise trop à la lettre, a été l’origine de
travaux importants, dont le plus considérable est probablement
l’ouvrage de Foureau[125] ; il est pénible de constater qu’un
semblable catalogue, qui représente un très gros effort, soit à
peu près inutilisable. Certains noms arabes ou berbères, relatifs
à des formes très caractéristiques, semblent avoir une certaine
valeur : le _had_ paraît être toujours le _Cornulaca monacantha_
Del ; le _Calotropis procera_ R. Br. est le _tourha_ des Ahaggar,
le _tourdja_ des Maures ; les Arabes du Sud algérien l’appellent
_korounka_, et en Égypte, il devient l’_oschur_. Ces quatre
noms s’appliquent bien à la même plante. Mais dès que l’on
s’adresse à des formes moins nettement tranchées, la plus grande
confusion règne : l’_halfa_ des hauts plateaux d’Oranie est le
_Stipa_ (_Macrochloa_) _tenacissima_ L. ; en Tripolitaine, et déjà
dans l’Est algérien, ce nom s’applique au _Lygæum Spartum_
L., une graminée toute différente, qui cependant donne lieu à
la même exploitation. En Égypte, d’après Ascherson [in Rohlfs,
_Kufra_, p. 496] tout au moins, l’halfa désigne l’_Eragrostis
cynosuroïdes_ Retz. Quant au _Stipa tenacissima_, il prend en
Tripolitaine le nom de _bechna_ qui, presque partout ailleurs,
désigne une céréale, le petit mil.
Le _diss_ du Tell est l’_Ampelodesmos tenax_ Link, grande graminée
poussant par touffes, à feuilles retombantes, très caractéristique
des côteaux arides de l’Atlas méditerranéen au sud duquel elle
disparaît. Le même nom s’applique à presque toutes les grandes
graminées à feuilles dures que le bétail dédaigne en général ;
quelques-unes poussent dans l’eau comme le cosmopolite _Imperata
cylindrica_ L. qui, à Koufra, prend le nom d’_halfa_ (Ascherson,
_l. c._, p. 503) ; dans les vallées à peine humides d’Abalessa,
les Arabes m’ont désigné comme _diss_ l’_Eragrostis
cynosuroïdes_ (halfa des Égyptiens) ; dans la haute plaine
sèche et aride du Tegama, ils appliquent le même nom à divers
_Andropogon_. D’après Ascherson le _diss_ serait aussi parfois
le _Juncus maritimus_ Lam. [_l. c._, p. 506] ou le _J. subulatus_
Forsk. [_l. c._, p. 543] d’une famille toute différente.
Le _mrokba_ (_oum rokba_, _bou rokba_) n’est guère mieux défini ;
ce nom s’applique à de nombreuses graminées (_Panicum turgidum_
Forsk., _Pennisetum dichotomum_ Forsk., etc.) à tiges d’ordinaire
fasciculées et nettement genouillées aux nœuds : c’est sans
doute à cette particularité qu’elles doivent leur nom arabe[126]
(rokba, genou).
Le _doum_ est en Algérie le nom du palmier nain (_Chamærops
humilis_), en Égypte et au Soudan du _Cucifera thebaïca_. En Syrie,
le doum serait, paraît-il, le fruit d’un jujubier, le _Zizyphus
Spina Christi_.
Il serait facile d’allonger indéfiniment cette liste, mais les
quelques exemples donnés me paraissent suffisants pour montrer
que, pas plus chez les nomades que chez les paysans d’Europe,
les noms vulgaires n’ont un sens bien défini. Quelques plantes,
comme chez nous le chêne ou le châtaignier, sont connues de tous
et sous le même nom ; d’autres qui présentent, au point de vue
utilitaire surtout, quelques caractères communs, sont désignées
sous un nom unique : le _mrokba_ est un bon pâturage, au contraire
du _diss_ dont l’âne seul consent à manger. Dans une description
d’itinéraire, l’emploi de ces noms est sans inconvénient,
et il a le gros avantage de définir assez exactement et en peu de
mots la valeur alimentaire d’un oued ou d’une nebka. Mais cet
emploi devient dangereux dès qu’à côté du nom vulgaire, on
accolle, à coups de dictionnaire, un nom scientifique qui le plus
souvent est choisi à faux, et fait croire que certaines espèces,
très localisées, ont une extension géographique considérable ;
il est impossible d’utiliser, pour des recherches précises, des
indications qui ne reposent pas sur des déterminations faites au
laboratoire par un spécialiste compétent.
L’emploi du nom technique, malgré sa forme souvent ridicule, est
nécessaire et peut seul conduire à des conclusions rigoureuses à
condition qu’il n’ait pas été donné au hasard.
Ceci justifiera, je pense, les quelques remarques[127] qui suivent
sur diverses plantes du Sahara et du Sahel, remarques insuffisantes
toutefois pour une étude précise.
_Atil._ — Une essence qui n’apparaît que vers R’at et dans la
partie méridionale de l’Ahnet est l’iatil (atil, adjar). C’est
un arbre de 4 à 5 mètres de haut à feuilles entières, à branches
dressées, à écorce grise et lisse, qui, chez les Touaregs, a
mauvaise réputation : demeure habituelle des djinns et des éfrits,
il est dangereux la nuit de reposer à son voisinage à moins que
quelques coups frappés violemment sur le tronc n’aient mis le
génie en fuite ; presque tous les iatils ont leur écorce tailladée
de coups de sabre ; souvent, dans les régions sablonneuses, une
grosse pierre, posée religieusement entre les branches de l’arbre,
permet au passant désarmé de célébrer le rite et de dormir sans
crainte. Cette même légende se retrouve au Soudan et en Mauritanie.
Ce nom s’applique au moins à deux arbres différents, appartenant
tous deux à la même famille, et dont le fruit est comestible ;
_Mœrua rigida_ R. Br. et le _Cadaba farinosa_ Forsk. _Mœrua_
(20 espèces) est un genre de l’Afrique tropicale, de l’Arabie
et de l’Inde ; _Cadaba_ (14 espèces) se trouve dans les mêmes
régions, et en plus dans l’Afrique australe.
_Boscia senegalensis_. — Un arbuste à port d’arbousier,
à feuilles luisantes et assez grandes, le _Boscia Senegalensis_
Lam. [_tadan_ (tam.), _berei_ (bambara), _hauza_ (haoussa)] est commun
dans toute la zone sahélienne ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as,
j’ai noté les premiers pieds à une vingtaine de kilomètres
au sud-ouest d’In Ouzel dans l’oued Tessamak ; dans l’Aïr,
il est fréquent autour d’Iférouane. Je ne l’ai jamais vu plus
au nord et je ne sais ce que vaut l’indication de Foureau qui le
signale [_Doc. Sc._, I, p. 498] près de Tadent (23° Lat. N.).
Cet arbuste descend très loin vers le sud, jusqu’au voisinage du
9° de latitude. Son fruit est comestible ; les nomades le récoltent
avec soin et on le vend sur le marché de Tombouctou.
Au genre _Boscia_, appartiennent 3 espèces de l’Afrique tropicale
et australe. — _Cadaba_, _Mœrua_ et _Boscia_, comme le câprier,
sont des Capparidées.
_Baobàb_[128]. — Ce genre comprend plusieurs espèces dont la
mieux connue est l’_Adansonia digitata_ B. Juss. Il est commun
dans presque toute l’Afrique chaude. Il manque cependant dans
les régions élevées (Fouta-Djalon, Ouganda, Abyssinie, etc.) et
dans la forêt équatoriale ; il fait également défaut à l’est
du Chari et ne reparaît que dans le Soudan égyptien. Il n’est
vraiment abondant d’ailleurs qu’au voisinage du littoral où
il forme souvent des peuplements très importants, comme autour
de Thiès. Dans le bassin du Niger, on ne le trouve qu’auprès
des villages et il est bien probable qu’il a été planté : les
noirs font un large usage alimentaire de ses feuilles. Il existe
peu dans la zone sahélienne : la ligne d’étapes de Zinder à
Gouré suit à peu près la limite de son extension ; commun dans
les villages situés au sud de cette ligne, il manque dans ceux
qui sont au nord. Quelques pieds mal venus cependant existent à
Tombouctou. Récemment, le long du littoral de Mauritanie, à 6 ou 7
kilomètres de la côte, j’en ai compté au nord de Saint-Louis,
sur un parcours de 250 kilomètres, une dizaine, dont le dernier
à trois heures de marche au sud de Nouakchott. Ces baobabs n’ont
que quelques mètres de haut et sont en dehors de leur habitat normal.
Le baobab est un des arbres les plus caractéristiques de la savane ;
le volume de son tronc est extrêmement considérable relativement
à l’ensemble des feuilles et lui permet d’emmagasiner des
réserves d’eau importantes. Cette disproportion entre le bois et
l’appareil foliaire est fréquente dans toutes les savanes du monde,
mais elle est loin d’être la règle absolue et nombre d’arbres y
ont assez exactement le port et l’aspect des essences européennes.
_Balsamodendron africanum_. — L’aderas (ar. et tam.) (_Commiphora
africana_ Engl. = _Balsamodendron africanum_ Arn.) joue un grand
rôle dans les parties les plus arides de la zone sahélienne ;
son nom haoussa, daz’i ou dachi, désigne non seulement la plante,
mais aussi la brousse où elle domine ; c’est un arbuste dont les
feuilles rappellent celles de l’aubépine ; le fruit ressemble à
une petite prunelle à noyau rouge.
Il s’en écoule une gomme résine, le « bdellium[129] », le
mounas des Maures, que l’on fait brûler en guise d’encens et qui,
chez les Haoussas tout au moins, remplace dans la correspondance la
cire à cacheter.
Le genre Commiphora renferme une soixantaine d’espèces des régions
sèches de l’Inde, de Madagascar, de l’Arabie et de l’Afrique
tropicale et australe.