végétale dues au climat : il est hostile à toute végétation. La
sécheresse, comme d’ailleurs le froid, atténue les différences
qui séparent d’ordinaire la forêt de la prairie : sous le climat
du désert, le sol est occupé de loin en loin par des végétaux,
herbacés ou ligneux, qui sont adaptés à des conditions aussi
défavorables. La forêt et la prairie sont des formations
« complètes » : le sol est partout productif ; il n’y a pas
de vides ; de nouveaux éléments ne peuvent s’y introduire
que difficilement ; beaucoup de graines peuvent germer, mais la
plupart des jeunes plantes sont étouffées par leurs voisines. Le
désert au contraire est une formation « inachevée » : il y a
toujours des places libres entre les touffes espacées et beaucoup
de plantes meurent sans être remplacées. Les graines qui tombent
sur le sol ne germent pas, ou bien les jeunes plantes succombent sous
l’inclémence du climat. La lutte pour l’existence est dirigée
contre des forces physiques et non plus biologiques.
Comme la zone sahélienne, le Sahara paraît, au point de vue
botanique, en négligeant les quelques plantes venues du nord ou du
sud, très homogène depuis la mer Rouge jusqu’à l’Atlantique :
les 155 plantes du Sahara touareg, que M. Battandier a récemment
étudiées, se décomposent à ce point de la façon suivante : 36
espèces à peu près cosmopolites ; 89 nettement sahariennes, dont
70 sont connues des rives de l’Atlantique jusqu’à l’Égypte
ou l’Arabie.
Cette flore est d’ailleurs très pauvre et il est douteux qu’il
y ait 1000 espèces phanérogames sur toute la surface du désert :
seule, la flore polaire (800 espèces) peut lui être comparée,
encore convient-il d’ajouter que les mousses et les lichens,
qui existent à peine au désert, prennent une importance énorme,
comme nombre d’individus et comme nombre d’espèces, dans les
toundras du Nord. Dès qu’on arrive à des régions plus normales,
le nombre des espèces s’accroît considérablement : le domaine
méditerranéen, dont l’étendue est moindre que celle du désert
compte environ 7000 phanérogames ; il y en a 3000 en Algérie, dont
près de 1500 se trouvent, dans un rayon de quelques kilomètres,
autour de Constantine. En France (4500 espèces), il est peu de
cantons, même dans les régions les plus homogènes, dont le
catalogue n’énumère 7 à 800 espèces, à peu près autant que
dans tout le Sahara.
Cette flore est d’ailleurs encore assez mal connue ; les ouvrages
des botanistes français se réduisent à peu près, pour le Sahara
proprement dit, à : Cosson, _in_ Duveyrier, _Les Touaregs du Nord_,
1864, p. 148-216[112] ; — Battandier, Résultats botaniques de la
mission Flamand, in _Bull. Soc. Bot. de France_, XLVII, 1900, p. 441 ;
— Plantes du Hoggar, récoltées par M. le Prof. Chudeau en 1905,
in _Bull. Soc. Bot. de France_, LIV, 1907, p. XIII-XXXIV ; — Bonnet,
_in_ Foureau, _Documents scientifiques de la Mission Saharienne_,
1905, I, pp. 401-413 (la plupart des plantes proviennent du Soudan) ;
— Abbé Chevalier, Notes sur la flore du Sahara, in _Bull. de
l’herbier Boissier_, II, 3, 1903, p. 669-684 et p. 756-779 ; —
II, 5, 1905, p. 440-444 ; — Ascherson, in Rohlf, _Kufra_, 1881,
p. 386-559, donne plusieurs listes de plantes recueillies au sud de la
Tripolitaine. La liste bibliographique assez étendue qui se trouve
p. 407-408 dans le même ouvrage, sera facile à compléter avec
les indications de Schimper, _Plant Geography upon a physiological
basis_, 1903, p. 649-650.
Malgré l’homogénéité de la flore saharienne, il semble que les
arbres permettent, à première vue tout au moins, d’y distinguer
trois régions. Le talah qui, d’ailleurs vers le sud, atteint
la zone soudanaise, semble se rencontrer partout, de la Mauritanie
à l’Arabie ; quoique plus fréquent dans le Sahara méridional,
on le connaît cependant avec certitude dans le Sud tunisien. Les
tamarix qui viennent du nord, traversent eux aussi tout le désert ;
on les retrouve dans la région du Tchad ; ce n’est cependant que
jusqu’à l’Ahaggar qu’ils sont fréquents, la région littorale
mise à part, bien entendu.
La plupart des autres arbres ou arbustes sont plus étroitement
localisés. Le betoum (_Pistacia atlantica_ Desf.), arbre des
plateaux algériens, se rencontre encore, entre Laghouat et le
M’zab, dans la région des Daya ; il pénètre à peine dans
le désert. Un peuplier à feuilles coriaces et persistantes,
dernier représentant d’un groupe qui a été fort abondant dans
le tertiaire européen, le _Populus Euphratica_ Ol. se trouve encore
en quelques points du domaine méditerranéen (bords de l’Euphrate,
Palestine, Constantine, etc.) ; on le connaît jusqu’au Tadmaït.
Quelques genêts (_Retama Retem_ Webb., par exemple) qui se rattachent
à des formes de la flore de la Méditerranée, jouent un grand
rôle dans le Sahara algérien ; on les trouve dans le Grand Erg et
ils se continuent dans l’Iguidi ; plus au sud, ils disparaissent.
Ces quelques exemples suffisent à expliquer pourquoi les botanistes
qui ont étudié le nord du désert ont été amenés à dire que,
« au point de vue de la composition de sa flore[113], le Sahara
est actuellement une dépendance de la Méditerranée[114] ».
Le teborak (_Balanites Ægyptiaca_ Del.), l’irak (_Salvadora
persica_ L.), l’asabai (_Leptadenia Spartum_ Wight) et quelques
autres, tous communs dans la zone sahélienne, remontent plus ou
moins haut vers le nord ; ils s’arrêtent presque tous au tassili
des Azdjer ou au Tidikelt. Ils permettraient d’affirmer, si on
ne considérait qu’eux seuls, que dans sa partie méridionale,
le Sahara est une dépendance du Soudan. On est donc amené par la
considération des plantes en quelque sorte étrangères au désert,
des plantes immigrées, à distinguer dans le Sahara deux zones,
l’une algérienne au nord, l’autre soudanaise au sud.
La ligne qui les sépare vers le 26° Lat. N. du Tidikelt, se
relève un peu vers l’est, contrairement à ce que l’on observe
pour les limites des zones méridionales. Cosson[115] avait déjà
fait remarquer que le _Cucifera thebaïca_ qui remonte jusqu’au
29° Lat., en Égypte n’est noté par Barth que jusqu’au 21°
Lat. ; le _Cassia obovata_ (le séné) atteint le 30° Lat. au Caire
et seulement le 25° Lat. à R’ât ; dans le sud de l’Ahnet,
24°,30′ Lat., il est commun.
En plein centre du Sahara, l’Ahaggar doit à sa haute altitude de
former une région probablement très distincte. Quelques plantes,
comme le câprier (_Capparis spinosa_ L.), le tataït (_Deverra
fallax_ Batt.), un arbre à port d’olivier, l’oléou, encore
indéterminé, et quelques autres ne se rencontrent qu’au-dessus
de 1000 mètres. Un sedra, voisin du petit jujubier d’Algérie,
le _Zizyphus Saharæ_ Batt., paraît confiné dans l’Ahaggar et
l’Adr’ar’ des Ifor’as. Quelques rosettes de larges feuilles,
rappelant les grandes sauges d’Algérie, indiquent que, au cœur de
l’Ahaggar, il y a quelques ruisseaux permanents et des conditions
climatiques plus voisines de celles du Tell.
Ces apparitions de plantes nouvelles ne sont pas le seul fait
à noter ; l’asabai, le teborak, le korounka, l’irak, si
abondants dans les contreforts de l’Ahaggar, deviennent rares ou
disparaissent à une altitude plus élevée ; le froid probablement
les arrête. Voinot mentionne expressément l’absence de pâturages
à chameaux sur la Coudia, au voisinage d’Idélès, et l’aspect
très particulier de la végétation.
D’après les renseignements de Duveyrier, et les recherches
anatomiques de Tristam, Grisebach[116] a supposé que la Coudia
portait deux ceintures de forêts dont la plus élevée serait une
forêt de conifères. Il n’y a certainement pas de forêts sur
l’Ahaggar ; il ne peut être question que de quelques bouquets
d’arbres isolés comme dans le reste du désert : Motylinski est
très affirmatif sur ce point et signale expressément la rareté
des arbres, presque leur absence sur le haut plateau (cf. p. 30).
Les deux faits qui permettaient de croire à l’existence de
conifères dans l’Ahaggar sont d’abord la présence affirmée à
Duveyrier d’un arbre portant le nom d’_arrar_ qui, en Algérie,
s’applique à un thuya (_Callitris articulata_ Desf.) et à un
genévrier (_Juniperus phœnicea_ L.), puis l’examen anatomique
de quelques ustensiles en bois achetés à des Touaregs. Ces
ustensiles étaient bien en bois de conifères ; il est impossible
que Tristam se soit trompé sur ce point, mais la provenance exacte
du bois est évidemment douteuse. L’absence des conifères en
Afrique, la Barbarie et l’Abyssinie mises à part, donnerait à
la confirmation de l’existence d’un genévrier sur la Coudia
une grande importance.
Motylinski cependant ne mentionne rien de semblable et sa profonde
connaissance du Sahara lui aurait bien probablement fait remarquer,
s’il en avait vu, des formes végétales aussi tranchées.
Malgré le peu de précision de ces renseignements, on a
l’impression très nette que l’Ahaggar s’écarte par un assez
grand nombre de traits du reste du Sahara. Une exploration botanique
sérieuse permettra seule de dire s’il doit être considéré comme
une sous-région du désert, ou s’il doit former une province
botanique plus autonome. Il suffit pour le moment d’attirer
l’attention sur ce point.
Si nous revenons maintenant à l’ensemble du Sahara, je crois
qu’il est impossible d’en faire une dépendance soit de la
Méditerranée, soit du Soudan. A côté de quelques plantes
émigrées, et qui se rattachent aux domaines voisins, il existe
toute une série de formes absolument spéciales au désert, et qui
manquent à l’Afrique mineure comme au Soudan. Un très grand
nombre sont vivaces ; beaucoup ont un aspect sec et rigide très
particulier ; d’autres ont les tiges et les feuilles épaisses et
sont des plantes grasses.
Beaucoup d’espèces et même beaucoup de genres sont spéciaux au
désert et tout indique pour cette flore, à cachet si particulier,
une ancienneté très reculée. Même, pour Schirmer, son existence
serait la meilleure preuve de l’antiquité du Sahara. Mais comme
l’a fait observer M. Battandier[117], cela prouve tout simplement
que depuis fort longtemps il existait en Afrique des pays où
ces plantes spéciales pouvaient vivre : elles ont pu habiter
antérieurement la zone des ergs morts (cf. chap. VI, fig. 69)
et émigrer en même temps que le désert lui-même ; il ne semble
plus possible de douter qu’au début du quaternaire le Sahara ait
été un pays relativement humide, trop humide certainement pour
que les plantes qui l’occupent actuellement, aient pu y vivre :
la concurrence vitale les aurait eu vite éliminées.
Dans les trois subdivisions botaniques du Sahara que nous venons de
chercher à définir, il reste à préciser quelles sont les stations
habituelles des plantes et quel est l’aspect de la végétation
du pays.
Pour le Sahara algérien, les observations précises de Massart
donnent toutes les indications nécessaires. Un premier point est mis
en évidence : aux confins de l’Algérie, « le désert n’est pas
vide, il est seulement monotone. C’est son uniformité qui donne
à la flore saharienne son caractère propre » (p. 227). Dans les
dunes du Souf, en quatre jours de marche, 27 espèces différentes
seulement ont pu être notées : les dunes sont une des parties
riches du désert.
Les stations du Sahara algérien sont en relation immédiate avec
la nature du sol ; les caractères édaphiques sont très nets. On
peut distinguer trois types principaux : les terrains salés, les
dunes et les hammadas.
Dans les chotts et les sebkhas, lorsque le sel est trop abondant, la
végétation fait complètement défaut ; mais parfois, sur le sel,
s’établissent des buttes de sable qui se couvrent de végétation :
à la base, tout contre le sel, des salsolacées à feuilles charnues
(_Suæda_, _Halocnemum_ etc.) ; un peu plus haut, un arbuste tout
couvert de sécrétions salines, le zeita (_Limoniastrum Guyonianum_
Coss. et Dur.), que ses fleurs roses font reconnaître de loin, enfin
tout au sommet de la butte, lorsqu’elle atteint quelques mètres,
des tamarix.
Sur les sols argileux moins salés, domine le guétaf (_Atriplex
halimus_ L.), parfois l’harmel (_Peganum harmala_ L.).
La localisation si précise de ces végétaux est déterminée par
de bien faibles variations dans la salure et l’humidité du sol :
chaque espèce reste strictement cantonnée dans sa zone. Lorsque
les conditions de milieu ne varient pas, une seule espèce se
développe : souvent au Sahara on marche quelques heures au milieu
d’un pâturage, où une seule espèce de plante a pu pousser.
Dans le désert pierreux, sur les hammadas, qui, au Sahara algérien,
sont calcaires, dominent de petits arbrisseaux à feuilles et
à tiges velues. La végétation y est très clairsemée, très
rabougrie ; son revêtement pileux lui donne la teinte grise des
rochers sur lesquels elle pousse. A peu près seuls, le câprier
(_Capparis spinosa_ L.), d’ailleurs assez rare, et une ombellifère
très commune au M’zab, le _Deverra chlorantha_ Coss. et Dur.,
sont glabres ; la seconde est à peine verte ; quant au câprier,
ses feuilles arrondies, de 4 à 5 centimètres de diamètre, le
séparent nettement de presque toutes les plantes sahariennes dont
les organes foliaires sont en général très réduits.
Les dunes sont les parties les plus riches du désert ; cette
richesse est d’ailleurs toute relative et le botaniste n’y fait
que de maigres récoltes. La plante peut-être la plus répandue
dans l’erg est probablement le « drinn » (_Aristida pungens_
P. B.) une graminée qui forme le fond de pâturages excellents. A
part quelques différences dans l’inflorescence, le drinn rappelle
assez bien l’oyat (_Ammophila arenaria_ Rœm.) qui se trouve sur
toutes les dunes maritimes de l’Europe, qu’il contribue à fixer :
ces deux graminées poussent par touffes isolées, avec des feuilles
assez serrées, raides et piquantes et d’un ton un peu glauque.
Les arbrisseaux sont représentés par des légumineuses dont les
rameaux sans feuilles simulent le genêt d’Espagne ; l’une des
plus répandues, le r’tem (_Retama Retem_ Webb.) est couvert en mars
et en avril de belles fleurs blanches ; l’alenda (_Ephedra alata_)
et le harta (_Calligonum comosum_ L’Her.), également dépourvus
de feuilles, sont fréquents aussi dans l’erg.
Dans le Sahara arabe, où dominent les ergs presque toujours couverts
de pâturages, il est rare que la végétation fasse longtemps
défaut ; il n’y a pas, à proprement parler, de tanezrouft.
Au contraire, d’une manière générale, au Sahara touareg,
de même que dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as et
de l’Aïr, la végétation, quand elle existe, est limitée aux
oueds. Dans la pénéplaine cristalline, comme dans le Tiniri, cette
limitation est stricte : quelques touffes d’arbrisseaux desséchés
suffisent presque à prouver un thalweg ; dans l’Ahaggar, lorsque
l’on examine d’un point élevé une région étendue, le réseau
hydrographique est nettement dessiné par la végétation qui y est
moins clairsemée que sur les collines voisines ; dans les petits
oueds, dominent des stipées dont les panaches murs simulent un
ruban de soie blanche ; dans les oueds plus larges, la végétation
plus variée donne des tons le plus souvent d’un vert glauque,
avec quelques taches vert franc.
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XVII.
[Illustration : 33. — 1. _Mentha sylvestris_ L. (Demi-grandeur.)
_d_, forme saharienne.
_t_, forme des environs de Paris.]
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XVIII.
[Illustration : 34. — 2. _Veronica Anagallis_ L. — 3. _Cynodon
Dactylon_ Pers. (Demi-grandeur.)
_d_, forme saharienne.
_t_, forme des environs de Paris.]
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XIX.
[Illustration : Cliché Posth
35. — ZONE SAHELIENNE.
Une prairie de “ Kram-Kram ”, au nord de l’Adr’ar’ de
Tahoua.]
[Illustration : Cliché Pasquier
36. — UNE MARE CHEZ LES OULIMMINDEN.
A l’est de Gao.]
J’ai déjà indiqué la disposition en chapelets de la plupart des
vallées qui descendent de la Coudia ; en aval de chaque barrage,
l’eau est loin de la surface et l’on n’y trouve guère que
quelques talah et iatil, avec quelques touffes de mrokba ; à mesure
que l’on s’approche du seuil inférieur, la nappe aquifère est
moins profonde ; le _Calotropis_, puis plus bas encore le teborak
(_Balanites_) se montrent d’une façon assez régulière. Les
tamarix ne poussent non plus que dans les endroits humides, où ils
forment parfois des fourrés assez épais (Abalessa, tin Gellet,
oued Zazir à 500 mètres en amont du point d’eau). Ils manquent
dans certains oueds ; peut-être la teneur en sel n’est-elle pas
étrangère à leur répartition. Le guétaf les accompagne et forme
le fond des pâturages.
Parfois un seuil est très étroit et la différence de niveau
entre deux barrages successifs est suffisante pour que l’eau
afflue constamment à la surface ; la végétation devient alors
fort belle. J’ai noté, au point d’eau de l’oued Zazir, des
typhas, des joncs, des scirpes, épilobe, menthe, véronique et de
nombreuses graminées, avec quelques beaux arbres.
Dans certaines vallées larges de l’Ahaggar, il existe un lit mineur
bordé de berges d’alluvions hautes parfois de 1 mètre ; les arbres
et le mrokba sont localisés dans ce lit mineur ; le lit majeur est
couvert de diss formant une véritable prairie, assez comparable
aux prés bas des vallées d’alluvion de France (fig. 64).
La photographie (Pl. IV, 7) prise près d’In Amdjel donne une
idée nette de cet aspect.
D’ailleurs le mot de prairie ne convient pas exactement aux
formations de l’Ahaggar. En géographie botanique, les prairies
sont caractérisées par un tapis végétal continu où dominent
les graminées à feuilles molles ; le diss du massif touareg ne
contient que des graminées à feuilles raides et dures, parmi
lesquelles domine l’_Eragrostis cynosuroïdes_ Retz. A cause de
sa végétation sclérophylle, il vaudrait peut-être mieux dire
la steppe, bien que les graminées ne poussent pas par touffes et
forment un véritable gazon.
Les coulées basaltiques sont partout des réserves d’eau
importantes ; en général, à leur contact avec les terrains
imperméables il s’établit une riche végétation de plantes
hygrophiles, parfois à larges feuilles. J’ai noté près de Tit, au
pied de la coulée qui couronne le plateau où se trouvent les belles
tombes représentées dans le premier volume [p. 72, fig. 2, _a_] de
grandes bourraches, à près de vingt mètres au dessus de l’oued.
Avec sa végétation variée, l’Ahaggar n’est qu’un
demi-désert.
On en peut dire autant des tassili : la surface des plateaux est
en général très dénudée, mais il suffit d’une cuvette en
contre-bas de quelques mètres pour que quelques plantes s’y
montrent ; les cañons qui découpent les tassili contiennent tous,
dans leur fond, des pâturages assez variés et souvent riches ;
mais leurs parois sont peu garnies ; elles portent à peine autant de
plantes que celles des Causses ; à première vue on se croirait dans
une région de plateaux calcaires, bien plutôt que dans des grès,
qui par leur perméabilité retiennent facilement l’humidité et,
dans nos climats, sont habituellement plus fertiles.
[Illustration : Fig. 64. — Contreforts méridionaux de l’Ahaggar
vus des oueds Tilenfeda (une journée à l’ouest de l’Arigan).
A gauche, gazon de diss (_Eragrostis_) avec quelques talah. A droite,
quelques teborak auprès du filon de porphyre qui barre partiellement
la vallée. Dans le lit de l’oued, quelques touffes très rares de
mrokba. Si, au lieu d’arbustes, il y avait des arbres, ce serait
une végétation de parc.]
Quant aux tanezrouft, leur caractère propre est la stérilité ;
on n’y trouve rien, si ce n’est, de loin en loin, quelques talah
et quelques herbes rabougries dans le lit d’un oued. L’oued
Takamat qui avait coulé en 1898, sept ans avant notre passage,
contenait encore un maigre pâturage.
Le plus souvent, pour traverser ces régions déshéritées, il
faut emporter des fourrages pour les chameaux et un peu de bois pour
la cuisine.
=Les adaptations.= — Au Sahara, les végétaux n’ont guère à
lutter que contre un seul ennemi, la sécheresse.
Ils y arrivent par de multiples procédés ; l’un des plus simples
est purement physiologique : la plante, au lieu de s’astreindre à
lutter péniblement contre la sécheresse, a pris le parti de vivre
vite : profitant de la moindre averse, la graine germe rapidement,
les fleurs s’épanouissent de suite et de nouvelles graines
arrivent à maturité avant que le sol ait perdu ses dernières
traces d’humidité.
Un certain nombre de plantes annuelles sont dans ce cas ; elles
poussent partout, même en plein tanezrouft, au hasard d’un orage,
et ne fournissent aucun caractère de zone botanique ; elles sont
« hygrophiles » et leur structure anatomique est celle des plantes
de nos climats.
Elles sont souvent en pleines fleurs avant que leurs cotylédons
soient flétris. Cette végétation éphémére d’acheb et de
n’si[118] ne semble guère varier de l’Algérie au Soudan ;
dans l’Adr’ar’ des Ifor’as comme dans l’Aïr, on retrouve
les mêmes espèces, ou tout au moins des formes très voisines,
avec des dimensions plus grandes ; sauf les graminées, toutes ces
plantes rampent sur le sol (elles n’ont pas le temps de lignifier
leurs tissus) ; mais les cercles qu’elles couvrent de leurs rameaux,
portant fleurs et fruits, varient de quelques centimètres de rayon,
lorsque la pluie a été médiocre, à 1 m. 50 et plus lorsque
l’humidité ne fait pas défaut. Ce sont des plantes éphémères,
dont la vie ne dure que quelques semaines.
On peut rattacher à ce mode d’adaptation, le raccourcissement
de la vie, l’exemple du _Malcolmia Ægyptiaca_ Spr. et de
l’_Echinopsilon muricatum_ Moq. qui, habituellement vivaces dans
le bassin de la Méditerranée, deviennent annuels dans les dunes
du Souf (Massart).
On peut encore en rapprocher, comme dépendant immédiatement de la
pluie, un petit nombre de plantes grasses telles que l’_Aizoon
canariense_ L., divers _Mesembryanthemum_, qui excellent à
emmagasiner dans leurs tissus l’eau d’une averse, mais qui
meurent dès que leurs réserves, qu’elles ne savent ou ne peuvent
pas entretenir, sont épuisées.
Plus nombreuses et plus caractéristiques sont les plantes dont la
vie dépend des eaux souterraines[119]. Leurs racines s’enfoncent
profondément dans le sol ; Volkens a souvent essayé d’arracher,
avec toutes leurs racines, quelques plantes du Sahara ; il a toujours
échoué même pour des herbes dont il suivait les racines à 1 ou
2 mètres de profondeur : un petit spécimen de _Calligonum comosum_
L’Her. à peine haut comme la main avait, à 1 m. 50 de profondeur,
des racines encore grosses comme le doigt. Lorsque l’on a creusé
le canal de Suez, on a trouvé, dans le lit du canal, des racines
qui provenaient d’arbres situés sur des mamelons assez éloignés
des travaux.
Quelques plantes, comme la coloquinte, ne semblent avoir d’autre
adaptation que le développement énorme de leur appareil souterrain.
La structure anatomique des plantes sahariennes présente un grand
nombre de caractères de convergence, qui leur imprime à toutes un
aspect analogue : le plus souvent, elle se présentent sous forme
de touffes ligneuses que la sécheresse réduit à l’état de
squelettes grisâtres. Ce sont des momies toujours prêtes à la
résurrection et qui peuvent attendre fort longtemps le retour de
l’humidité : sitôt après les pluies, après les crues ou un
afflux d’eau souterrain, elles se couvrent rapidement de rameaux
verts, en général succulents. Leurs puissantes racines, dont les
vaisseaux sont relativement fort larges, leur permettent de profiter
sans délais de la moindre humidité, en même temps qu’elles les
fixent solidement au sol et empêchent le vent de les en arracher
(Pl. XXIII).
Dans les parties aériennes, au contraire, les vaisseaux sont
étroits ; tout l’épiderme, celui de la tige, comme celui des
feuilles, est organisé pour restreindre l’évaporation ; il
présente partout le même aspect ; le dessus et le dessous des
feuilles sont souvent identiques. Cet épiderme est fréquemment
revêtu d’une cuticule épaisse, parfois d’un manteau pileux,
protection contre les grains de sable charriés par le vent,
protection surtout contre les pertes d’eau. Cette épaisseur de la
cuticule, qui masque la coloration verte de la chlorophylle, donne
aux plantes du désert une teinte vert-grisâtre toute spéciale.
L’épiderme est peu perméable, il est de plus aussi restreint que
possible : beaucoup de plantes sont aphylles ; lorsque les feuilles
existent, elles sont habituellement petites et souvent charnues
de façon à avoir un gros volume sous une faible surface. Dans
les graminées, les feuilles sont en gouttière ou complètement
enroulées. Il n’y a guère que la coloquinte et le calotropis
qui fassent exception à la règle.