doum (_Cucifera thebaïca_ Del.), rare dans la zone soudanaise,
devient commun et, dans tous les points un peu humides, remplace le
rônier. L’aderas (_Balsamodendron africanum_ Arn.), l’afernane
(_Euphorbia balsaminifera_ Aït.), le tadane (_Boscia senegalensis_
Lam.), le gommier (_Acacia verek_ Guill.), l’_Acacia arabica_
Willd., rares plus au sud, y forment des peuplements importants ;
ils sont souvent accompagnés par le talah (_Acacia tortilis_ Hayne),
l’asabay (_Leptadenia Spartum_ Wight) et quelques autres formes
que l’on retrouve dans une bonne partie du désert. En revanche la
plupart des plantes salées (had, etc.) caractéristiques du Sahara,
manquent dans le Sahel, où il faut donner du sel aux chameaux.
La limite nord de cette zone, voisine du 18° Lat. N. vers
l’Atlantique, s’abaisse dans la région du Tchad vers le 15°
Lat. ; mais elle est loin d’être rectiligne et présente vers le
nord quelques crochets dont deux correspondent à l’Adr’ar’ des
Ifor’as et à l’Aïr à qui leur altitude assez élevée procure
tous les ans quelques tornades ; d’après les renseignements de
Nachtigal, le Tibesti semble appartenir lui aussi à cette zone
sahélienne.
Cette limite paraît correspondre assez rigoureusement à celle des
pluies tropicales régulières ; les précipitations annuelles y
varient probablement entre 150 et 500 millimètres ; plus au nord,
il n’y a plus que des orages accidentels et le désert commence.
Dans la zone sahélienne les pâturages sont abondants ; dans sa
partie méridionale, elle convient fort bien à l’élevage. La
culture n’y est possible que dans des conditions particulières ;
elle nécessité l’irrigation ; sous cette condition, le petit
mil et le blé, et, dans la zone d’inondation du Niger, le riz,
donnent de beaux produits.
Quant au Sahara, compris entre l’Afrique mineure et la
zone sahélienne, il semble que l’on y peut distinguer par
quelques caractères botaniques un Sahara soudanais et un Sahara
algérien. Au-dessus de 1000 mètres, l’Ahaggar paraît y former
une province alpestre assez nette.
[Illustration : Fig. 58. — Zones de végétation de l’Afrique
occidentale.
+++ Limite du Karité ; I, Zone forestière équatoriale ; II, Zone
guinéenne ; III, Zone soudanaise ; IV, Zone sahélienne ; V, VI,
Zone saharienne ; VII, Zone méditerranéenne ; VIII, Région de
l’Ahaggar ; IX, Région du Fouta Djalon.]
Il convient d’ajouter, à ces zones parallèles à l’équateur
et qui sont fonction de la latitude, et à celles que détermine
l’hypsométrie (Fouta-Djalon, Ahaggar), la région littorale qui,
comme partout, présente des caractères particuliers. Le cocotier,
introduit il y a quelques siècles par les Portugais, pousse bien
jusqu’à St-Louis. Le long du littoral de Mauritanie viennent
s’adjoindre, aux formes nettement sahariennes qui constituent
le fond de la végétation, quelques espèces sénégalaises qui
remontent plus haut en latitude sur les côtes de l’Atlantique que
dans l’intérieur ; vers le cap Blanc, quelques formes canariennes
sont à signaler. Enfin les tamarix forment presque des taillis en
un grand nombre de points du littoral, surtout au sud de Nouakchott.
La zone sahélienne et le Sahara[107] méritent une étude un peu
plus détaillée.
=Zone sahélienne.= — La haute plaine du Tegama appartient à cette
zone et semble en présenter nettement les caractères moyens ;
elle forme très nettement la transition entre le désert et les
zones fertiles de l’Afrique centrale.
Lorsque l’on vient d’Agadez, jusqu’à Ekelfi (16° Lat.),
à 40 kilomètres de la falaise de Tigueddi, le sol est souvent à
nu pendant plusieurs kilomètres ; les arbres, des talah surtout,
sont rares et rabougris ; seuls quelques oueds renferment des
graminées. Au sud d’Ekelfi, les grandes clairières disparaissent ;
il y a presque partout des arbres hauts de 2 à 4 mètres, une
cinquantaine à l’hectare. Après Takado (80 kilomètres au
sud d’Ekelfi) les graminées ne sont plus localisées dans les
vallées et forment un tapis continu ; les arbres atteignent souvent
5 à 6 mètres et sont plus rapprochés ; les essences sont aussi
plus variées et il y a parfois des clairières avec de véritables
prairies (Pl. XIX, phot. 35).
Toute cette partie sud du Tegama constitue une excellente région
d’élevage que l’insécurité du pays avait obligé à
abandonner : avant notre arrivée, pendant la saison sèche, les
nomades d’Agadez ne pouvaient utiliser ces très bons pâturages
et étaient obligés d’envoyer leurs troupeaux jusqu’aux pays
haoussa[107].
Plus au sud encore, vers la mare de Tarka (14°,30′ Lat.), comme
entre le Damergou et Ouamé, la brousse devient assez serrée
pour qu’il soit difficile de quitter les sentiers. A l’est de
l’itinéraire que j’ai suivi, d’après les renseignements
concordants de Barth et de Foureau, ainsi que du commandant Gadel,
la transition se fait de la même façon ; il y a à noter toutefois
que la zone dénudée du nord est plus large.
J’ai observé cet aspect en novembre 1905 ; quelques semaines plus
tôt, après la saison des pluies, la poussée des plantes annuelles
doit apporter quelques changements à l’aspect du Tegama.
La transition entre le désert d’un côté et la forêt ou la
prairie de l’autre, se fait très graduellement ; la steppe,
qu’il est aussi classique qu’inexact de décrire comme entourant
le désert, fait ici entièrement défaut.
Le Tegama est en somme un pays sec ; la nappe d’eau y est très
profonde et a peu d’influence sur la végétation. Il y existe
cependant quelques mares permanentes (tin Teborak, Tarka) où
la végétation devient fort belle ; des arbres de haute taille,
l’_Acacia arabica_ surtout, poussent en grand nombre dans les
parties régulièrement inondées, et donnent, à quelques hectares,
l’aspect d’une véritable futaie. Autour de cette végétation
forestière, on observe habituellement une ceinture, large d’une
centaine de mètres, où abondent les teboraq, les jujubiers,
les delga, qui manquent dans les parties plus sèches. Quelques
sous-arbrisseaux à port de bruyère les accompagnent. Enfin, dans
certaines mares tout au moins, comme à Tarka, les plantes aquatiques
abondent : les nénuphars et les utriculaires couvrent de vastes
espaces ; les _Cyperus_, accompagnés d’un grand volubilis à
fleurs rouges (_Ipomæa asarifolia_ ?), forment d’épais massifs
dans les points où l’eau est peu profonde.
L’allure de la végétation dans le Tegama parait bien typique
pour toutes les parties sèches de la zone sahélienne ; Nieger [_La
Géographie_, XVI, p. 369] indique que, au nord du Timétr’in[108],
les gommiers couvrent les thalwegs de certains oueds en fourrés assez
épais pour que, de loin, on puisse croire à de véritables forêts ;
les tribus touaregs, qui nomadisent dans cette région, exigent des
caravanes qu’elles respectent leurs arbres ; E.-F. Gautier [_La
Géographie_, XV, p. 110 et suiv.] insiste sur la continuité de la
brousse à mimosées, tout le long de l’oued Tilemsi, continuité
qui a également frappé Combemorel [_Bull. Comité Afr. Française_,
déc. 1908]. La forêt de gommiers de Tombouctou, qui dessine trois
bandes entre le Niger et Araouan, appartient à la même formation
végétale qui s’étend jusqu’au voisinage de l’Atlantique où
j’ai pu l’observer récemment entre Saint-Louis et Nouakchott ;
vers l’est, de Zinder au Tchad, on retrouve le même aspect :
les arbres n’ont disparu qu’autour de certaines mares à natron
(Garamkawa, Gourselik) dont l’utilisation industrielle exige
beaucoup de combustible.
J’ai déjà indiqué, à propos du Tegama, que les mares créaient
des stations botaniques bien caractérisées ; du Niger au Tchad,
on observe le même fait ; mais parmi les arbres, le doum, qui
manque à peu près complètement dans le Tegama, prend la première
place. Lorsque le bas-fond humide est éloigné de tout village,
les doums deviennent de beaux arbres ; dans le cas contraire, leurs
troncs assez droits étant un des bois les plus utilisés pour la
construction, l’on ne trouve plus que de jeunes pousses formant
d’épais fourrés dont l’aspect rappelle les palmiers nains
d’Algérie. Les postes militaires surtout, avec leurs constructions
assez importantes, ont dû sacrifier de nombreux palmiers qu’il
a souvent fallu aller chercher à une cinquantaine de kilomètres.
J’ai pu suivre en février 1906, à un moment où les eaux du
lac s’étaient retirées, la rive nord du Tchad ; les arbres y
sont rares, sauf sur les dunes, où l’_Acacia tortilis_ et le
_Salvadora persica_ forment de nombreux buissons ; entre les dunes
et le lac, s’étend un terrain plat où dominent les graminées :
le mrokba, dans les points ensablés où il pousse sur des buttes
de sable hautes d’un demi-mètre (nebka), et des graminées plus
humbles qui forment une véritable prairie dans la régions où
les argiles quaternaires sont à nu. Sur les bords mêmes du lac,
le sommet de la berge est occupé par le _Calotropis procera_ auquel
se joignent quelques rares _Leptadenia_ et _Salvadora_ ; plus près
de l’eau des roseaux (_Arundo Phragmites_) et de grands scirpes
forment d’épais fourrés, au milieu desquels on trouve souvent des
buissons de grandes composées et de grandes malvacées ; un acacia,
remarquable par la légèreté de son bois, l’Ambadj (_Hermineria
elaphroxylon_) y est assez commun.
Lors de mon passage, la sécheresse du sol, causée par le retrait
du Tchad, avait amené en bien des points la mort, au moins
apparente, des roseaux dont il ne subsistait plus que des tiges
desséchées. Entre ces tiges, une végétation nouvelle cherchait
à s’établir, où dominaient de jeunes _Calotropis_ ; Chevalier
[_L’Afrique centrale_, p. 416] a observé des faits bien analogues
sur la lisière méridionale du lac, au voisinage de Hadjar El Hamis,
où cependant la végétation est plus variée.
La zone d’inondation du Niger présente aussi quelques caractères
spéciaux parmi lesquels le plus remarquable est l’existence de
prairies aquatiques où domine le _Panicum burgu_ A. Chev.[109].
Ces prairies, qui sont fréquentes surtout entre Segou et Ansongo,
couvrent au moins 250000 hectares ; elles atteignent leur plus beau
développement dans la région du lac Débo ; mais on les trouve aussi
dans les régions lacustres de la boucle du Niger et de Goundam ;
le bourgou est encore répandu dans les mares des Daouna ; il manque
à peu près complètement dans le Faguibine.
Ces grandes graminées, dont les chaumes atteignent 2 mètres
de haut, fournissent un fourrage excellent, et, coupées jeunes,
donnent un foin de bonne qualité. Les indigènes les utilisent
en cas de disette pour leur propre nourriture ; en tout temps,
ils en extraient le sucre qui y est abondant et l’emploient à la
préparation de liqueurs fermentées. On a pu en extraire un alcool
assez pur, produit qui dans ces régions où le bois est rare et
où les combustibles minéraux manquent, peut être appelé, comme
producteur d’énergie, à un grand avenir.
Il semble cependant que pour la fabrication de l’alcool au Soudan,
il vaut mieux s’adresser aux céréales indigènes (riz, mil,
etc.,) dont la culture, facile et bien connue des noirs, peut être
considérablement accrue, et dont le rendement en alcool est certain.
Les mares à natron de la région de Manga montrent quelques
particularités intéressantes ; les nénuphars et quelques autres
plantes d’eau douce y font défaut et sur leurs bords il y a
parfois des tamarix ; mais l’aderas n’y est pas rare, malgré
l’humidité : on a souvent signalé des convergences analogues
entre la flore des régions sèches et celle du bord de la mer.
Les dépressions salées, situées à l’est du Tchad, présentent
les mêmes caractères.
Il existe, dans la zone sahélienne, quelques districts accidentés :
le Koutous et l’Alakhos présentent quelques faits dignes de
remarque (fig. 59 et 60). Dans ces deux régions, qui sont en
somme des plateaux gréseux posés sur la haute plaine du Tegama,
la nappe d’eau qui alimente les puits est trop profonde pour que la
végétation puisse en profiter, aussi le fond de toutes les vallées
est-il occupé par une brousse serrée où dominent les acacias et les
aderas caractéristiques des parties les plus sèches du Tegama ; les
plateaux gréseux et les dunes qui s’y appuient, très perméables,
jouent le rôle d’éponge et emmagasinent l’eau qui tombe assez
régulièrement sur ces régions un peu élevées, situées juste à
la frontière des zones saharienne et sahélienne. Sur les dunes,
des essences à feuillage moins maigre, le _Balanites Ægyptiaca_,
le _Bauhinia reticulata_, le _Salvadora persica_, le _Calotropis
procera_ forment le fond de la végétation spontanée ; c’est
également sur les mêmes dunes que sont établis les champs de mil
et, en quelques points privilégiés, d’ordinaire au contact de la
dune et des grès, les cultures de coton ; sur le plateau reparaissent
les talah et les aderas.
[Illustration : Fig. 59. — Fragment de topographie de l’Alakhos.
Il y a 12 kilomètres de Guidjamon à Ganadja ; le puits de Ganadja
a 40 mètres ; les plateaux gréseux atteignent une centaine de
mètres de hauteur.]
Un peu plus au sud, le Mounio, situé lui aussi sur les confins
de deux zones, présente quelques caractères spéciaux. Auprès
de Gabana, par exemple (fig. 61), le fond de la cuvette (A) est
occupé par des dattiers et des doums ; les sommets rocheux (C)
portent quelques aderas et surtout des euphorbes ; pendant la saison
sèche, ces arbustes sont dépourvus de feuilles : l’aspect est
celui que présentent en hiver les maigres taillis des coteaux de
la Mayenne ou de la coupure de la Meuse ; les pentes ensablées
(B) présentent, en janvier, l’aspect d’un champ de chaume,
où seraient plantés quelques arbres (_Balanites_, _Bauhinia_,
_Salvadora_, _Tamarindus_, _Ziziphus_, _Calotropis_, _Acacia_) ;
ils rappellent assez bien, après les moissons, certains champs de
blé des collines du Perche avec leurs pommiers à cidre. Dans la
partie méridionale du Mounio, les essences sont encore plus variées.
[Illustration : Fig. 60. — Profil de Guidjamon à Ganadja.
_a_, au contact des dunes et des plateaux gréseux, _Balanites
ægyptiaca_. Culture médiocre de coton. _b_, Culture de petit
mil. Arbres à feuilles larges (_Bauhinia reticulata_, etc.) ; _d_,
Graminées. L’arbuste dominant est le Sabera ; _d′_, Graminées
seulement, à cause de la proximité du village ; _e_, Sol du Tegama,
_Balsamodendron africanum_ (Aderas).]
Les plateaux gréseux que Chevalier a décrits dans la région de
Goundam et du Faguibine paraissent se rapprocher beaucoup du Mounio ;
l’_Euphorbia balsaminifera_ y est abondant, et y atteint parfois
une grande taille. Il est accompagné de _Balsamodendron africana_,
haut parfois de 10 mètres, son compagnon habituel dans la région
de Gouré.
Bien que, par sa latitude, il appartienne au désert, l’Aïr,
que Barth, avec un peu d’exagération, a qualifié d’Alpes
sahariennes, doit être rattaché à la zone sahélienne. C’est
en effet à partir de l’oued Tyout que les pluies tropicales
se font sentir tous les ans ; les pâturages y sont souvent fort
beaux. Plus au nord, les tornades deviennent accidentelles et se
produisent, comme partout au Sahara, à des saisons quelconques
et à des périodes toujours éloignées les unes des autres. Au
nord des derniers contreforts de l’Aïr, Tar’azit et Zélim,
il avait plu, dans le Tiniri, peu de temps après le passage de
Foureau (février 1899) ; quand j’ai traversé cette région avec
Dinaux (septembre 1905), le développement des plantes annuelles,
de l’acheb, prouvait quelques averses récentes ; d’après les
renseignements indigènes, il n’avait pas plu dans l’intervalle
des deux passages. Les averses de 1905 avaient d’ailleurs été
très localisées, et à son retour par la route directe d’Aguellal
à In Azaoua, Dinaux a dû faire à partir de l’oued R’arous
(40 kilomètres au nord-ouest d’Iférouane) 250 kilomètres
sans trouver de pâturages : ce ne fut guère qu’en arrivant à
l’Ahaggar que les méharis purent brouter à leur aise.
[Illustration : Fig. 61. — Stations botaniques du Mounio. Du
campement de Gabana, 17 janvier 1906.
A, Fond de cuvette. Dattiers et Doums. — B, Mamelons ensablés. Le
sol est couvert de graminées desséchées, donnant l’aspect
d’un champ de chaume. _Balanites ægyptiaca_ est l’arbre
dominant ; il est accompagné de _Bauhinia reticulata_, _Salvadora
persica_, _Calotropis procera_, _Euphorbia balsaminifera_. Acacia
et jujubier. — C, Mamelon rocheux à pente raide. _Euphorbia
balsaminifera_ et _Balsamodendron africanum_ y forment un taillis
clairsemé haut de 2 à 3 mètres ; en janvier toutes les feuilles
sont tombées. Aspect d’hiver de quelques coteaux arides de
la Mayenne ou de l’Ardenne. Le sommet de C est à 150 mètres
au-dessus du fond de la cuvette A.]
Dans l’oued Tidek, couvert, d’après la carte du service
géographique de l’armée, d’une végétation tropicale,
apparaissent en effet de grands arbres : l’_Acacia arabica_ Willd
est surtout commun ; il porte souvent un beau parasite à fleurs
rouges (_Loranthus Chevalieri_ ?) commun d’ailleurs dans toute
la zone sahélienne, où on le trouve, au moins accidentellement,
sur presque tous les arbres[110].
Cette riche végétation ne quitte jamais les vallées : la section
schématique du kori Teloua (fig. 63) à Salem-Salem (35 kilomètres
au nord-est d’Agadez) montre d’abord le long de la berge de
l’oued (en 1) quelques mousses et hépatiques, notamment des
_Riccia_ ; en 2, il y a surtout des graminées, des aristoloches,
des _Ipomæa_ et quelques _Calotropis_ ; cette zone ne dépasse pas
une largeur d’une dizaine de mètres. Puis vient, s’étendant sur
une largeur qui atteint parfois 100 mètres, une véritable forêt
où les grands arbres sont des doums et des _Acacia arabica_ entre
lesquels croissent des formes plus humbles (_Boscia senegalensis_,
_Salvadora persica_, _Balanites Ægyptiaca_ et des jujubiers ;
des lianes herbacées (Cucurbitacées, Asclépiadées) grimpant
jusqu’au faîte des palmiers, permettent de rapprocher ce rideau
d’arbres des galeries forestières de la zone guinéenne.
[Illustration : Fig. 62. — Aïr. Extrémité nord de l’Adesnou,
vue de l’oued Tidek.
_Acacia arabica_ (10 m.). Ce sont les premiers arbres que l’on voit,
en venant du Nord.]
Au delà des alluvions humides, commencent les roches cristallines où
le sol, le plus souvent dénudé, ne porte plus que quelques touffes
de graminées et de loin en loin un talah (_A. tortilis_). Les parois
abruptes des rochers qui s’élèvent parfois à 5 ou 600 mètres
de haut sont presque toujours à découvert : dans les fentes de
la roche, il pousse cependant quelques graminées et plus rarement
une asclépiadée à port de cactus (_Boucerozia tombuctuensis_
A. Chev. ?). La belle végétation de l’Aïr est étroitement
liée à l’humidité de ses koris.
Le Teloua est une des rivières les plus vivantes de l’Aïr ; à
Salem-Salem, il a déjà reçu plusieurs affluents importants, aussi
son lit est-il bien marqué. Dans un grand nombre d’autres koris,
le lit est à peine creusé ; il n’y a qu’une plaine d’alluvions
presque horizontale ; les zones sont alors moins nettes et les arbres,
moins nombreux, sont plus disséminés ; la vallée est couverte de
graminées avec quelques acacias de loin en loin. Ce n’est plus
l’étroite galerie forestière, mais la savane.
Placé, comme l’Aïr, aux confins du désert et devant aussi à
son altitude des pluies régulières, l’Adr’ar’ des Ifor’as,
ne présente lui aussi de belles végétations que dans ses vallées.
[Illustration : Fig. 63. — Coupe demi-schématique d’une
vallée d’Aïr : le K. Teloua à Salem-Salem (35 km. au nord-est
d’Agadez).
A, Alluvions ; B, Gneiss et Micaschistes ; B′ Roches
éruptives ; 1, berge du Kori. Mousses et hépatiques
(Ricciées) ; 2, zone du _Calotropis procera_. Grandes
graminées. Aristoloche. _Ipomæa_. Gazon de graminées avec
nombreuses dicotylédones herbacées. La largeur très variable
de cette zone ne dépasse pas 10 mètres ; 3, zone des _Cucifera
thebaica_ et _Acacia arabica_, atteignant 8 à 10 mètres de haut. Le
sous-bois, très gazonné, contient des arbustes, _Salvadora persica_,
_Boscia senegalensis_, Jujubier, etc. La largeur de cette galerie
forestière varie de 10 m. à 50 m. ; 4, zone de l’_Acacia tortilis_
(2 à 3 m. de haut). Quelques touffes isolées de Graminées, Cassia,
etc. ; 5, Végétation presque nulle. Quelques graminées dans les
fentes de la roche ; parfois, _Boucerozia_.]
Mais ici les vallées d’alluvions sont parfois fort larges ; elles
peuvent atteindre plusieurs kilomètres et forment à la saison
des pluies de véritables prairies couvertes d’un gazon continu,
parsemé de quelques arbres.
Ce qui domine en somme et de beaucoup, dans cette zone sahélienne,
c’est la brousse à mimosées, variété de la forêt, mieux armée
contre la sécheresse que la prairie ou la steppe. La savane ne s’y
rencontre que très accidentellement dans quelques larges vallées
où les alluvions restent toujours humides ; quant à la véritable
prairie, elle est encore plus rare ; elle ne pousse que dans quelques
bas-fonds inondés l’hiver, bas-fonds qui se couvrent, après les
pluies, d’un gazon épais, haut d’un pied, et au milieu duquel
se montrent quelques grandes fleurs comme dans les prairies de France.
Dans l’étude de la zone sahélienne, un point important reste
encore à élucider ; beaucoup d’espèces végétales connues au
voisinage de l’Atlantique se retrouvent jusqu’en Nubie : sur les
49 espèces ligneuses que Chevalier énumère autour de Tombouctou,
les quatre cinquièmes sont dans ce cas. Il y a donc une grande
uniformité dans la végétation depuis le Sénégal jusqu’à la
mer Rouge. L’_Euphorbia balsaminifera_ cependant n’atteint pas
le Tchad et dépasse peu le Mounio ; quelques autres espèces, qui
s’étendent du bassin du Nil jusqu’à Tombouctou, ne sont pas
connues plus à l’ouest. Il y a donc au moins des indices d’une
subdivision de la zone sahélienne en longitude. Les faits connus
avec précision ne sont malheureusement pas encore assez nombreux
pour que l’on puisse chercher à définir ces régions botaniques,
d’importance évidemment secondaire.
=Zone saharienne.= — Les deux types principaux de végétation,
les forêts et les prairies, qui se partagent la terre exigent tous
deux une certaine abondance d’eau ; le développement des forêts
n’est pas entravé par de longues sécheresses de l’atmosphère,
pourvu qu’il existe toujours, à portée des racines, une nappe
aquifère suffisante. Au contraire, les prairies ont besoin de pluie
pendant la période de végétation.
Forêts et prairies se développent à l’ordinaire sur de vastes
surfaces, les causes climatiques qui les déterminent ne variant
que lentement. La continuité de ces deux formations est parfois
localement interrompue par des détails tenant au sol même (causes
édaphiques[111]) ; par exemple, une coulée volcanique récente
créera au milieu de la forêt de châtaigniers qui couvre les
flancs de l’Etna une bande dépourvue de toute végétation ;
au sud du Massif Central de France, les calcaires fissurés des
Causses permettent à l’eau de descendre rapidement à de grandes
profondeurs : la surface du plateau est presque un désert. De
semblables particularités sont l’accident et les petits déserts
_édaphiques_ qui en résultent n’ont qu’une importance minime
dans l’étude de la géographie botanique de l’Europe.
Au Sahara il en est tout autrement : la rareté des pluies, la haute
température de l’été, les froids de l’hiver, la fréquence
des vents desséchants sont autant de causes qui s’opposent au
développement des plantes.
Quelques points privilégiés comme les dunes, presque toujours
humides en profondeur et où le peu de cohésion du sol permet aux
racines de pousser rapidement, comme les vallées de l’Ahaggar où
des seuils rocheux arrêtent de place en place l’eau qui imprègne
les alluvions, se prêtent à la vie des végétaux. Au Sahara, le
désert est climatique ; c’est l’absence de toute végétation
qui est la règle. La vie ne reparaît que sur des points isolés ;
elle est rendue possible par des causes édaphiques, causes variables
d’un point à un autre et s’opposant à toute description vraiment
générale des types de végétation.