Les températures paraissent les mêmes que dans l’Adr’ar’ ;

du 17 septembre au 5 novembre 1906, j’ai noté deux fois 40°, le 27

septembre dans l’oued Kadamellet et le 26 octobre à Alar’sess ;

une seule fois 43°, le 14 octobre, près d’Iférouane. Les

températures de 38° ou 39° ont été fréquentes. En septembre,

les minima ont toujours été supérieurs à 20° ; en octobre, ils

sont descendus quelquefois à 19°. Le 6 novembre, j’ai observé

13° à quelques kilomètres à l’ouest d’Agadez. Dans l’Aïr

comme partout, un temps couvert s’oppose au rayonnement : le 7

octobre à Iférouane, après une nuit couverte qui avait amené

la pluie sur le Timgué, il y avait 36° à six heures du matin ;

39° à deux heures et 36° à six heures du soir.

L’état hygrométrique a été le même que dans l’Adr’ar’.

La région de Tombouctou, le Télemsi, le Tégama, le bassin du Tchad

qui appartiennent eux aussi à la zone sahélienne, ne se distinguent

guère, au point de vue climatérique, de l’Adr’ar’ ou de

l’Aïr. Du 27 juillet ou 22 août 1905, de Tabankort à Tombouctou,

Gautier a noté dix tornades dont deux d’une extrême violence ;

à Bourem, d’après le lieutenant Barbeyrac, il tombe en moyenne

8 à 9 tornades par an ; il est très remarquable que ces tornades

soient amenées par vent du nord-est ; l’humidité ne peut cependant

provenir que de l’Atlantique. Pendant les reconnaissances qu’il a

exécutées à l’intérieur de la partie nord du Tchad (juin-août

1905), le capitaine Freydenberg a observé dix tornades suivies de

pluie, cinq venant du nord-est et cinq du sud-ouest. Un peu plus au

sud, à Massakory, le lieutenant Deschamps a compté, du 19 mai au

26 septembre 1905, 269 heures de pluies. Du 1er mai au 12 août 1906,

en allant de Zinder à Tombouctou, j’ai suivi jusqu’à Niamey la

limite méridionale de la zone sahélienne ; j’ai reçu, pendant

ce voyage, 28 averses ; à partir du 15 mai surtout, presque chaque

jour on voyait une ou deux tornades à l’horizon. L’année 1906 a

cependant été plutôt sèche, du moins au début de l’hivernage ;

au moment de mon passage dans la région de Tahoua, pendant la

première quinzaine de juin, on n’avait pas encore pu, faute de

pluie, semer le mil ; les indigènes commençaient à être inquiets.

Il pleut d’ailleurs accidentellement, dans tout le Soudan, en

dehors de la saison d’hivernage : en février 1906, on a recueilli

à Tombouctou 2 mm. 3 d’eau ; Foureau, en janvier 1900, a noté

trois ondées au Tchad.

Les tornades de l’été présentent les mêmes caractères dans

toute la zone sahélienne, mais, dans l’Adr’ar’ et dans

l’Aïr, l’horizon est toujours borné, de sorte qu’on voit

mal l’ensemble des phénomènes. Dans les pays de plaine, on les

voit au contraire fort bien ; de loin, les tornades sont nettement

délimitées et on peut les embrasser d’un seul coup d’œil. Elles

sont habituellement d’une violence extrême ; sur le fleuve, les

chalands sont obligés de se mettre à l’abri et malgré cette

précaution, ils sont violemment agités par la houle qui accompagne

le coup de vent ; malgré l’abri que procurent les berges du fleuve,

les vagues embarquent fréquemment. La tornade pousse le plus souvent

devant elle une colonne de poussière que l’on voit s’avancer

de loin comme un grand mur jaunâtre ou rougeâtre et qui semblé

être l’origine des brumes du Soudan. Au-dessus de cette colonne,

on aperçoit souvent un cumulo-nimbus.

Parfois il n’y a pas autre chose et la tornade est sèche ;

souvent aussi elle amène la pluie ; dès qu’il pleut, le vent

change complètement de direction et diminue de vitesse.

Les cyclones (?) qui donnent naissance à ces tornades sont de

très petit diamètre, aussi sont-ils en général sans influence

sur le baromètre.

La plupart de ces tornades sont de courte durée ; elles sont

accompagnées d’ordinaire d’éclairs et de tonnerre et

apparaissent le plus souvent le soir ou la nuit ; parfois aussi

elles commencent à minuit ou une heure du matin.

Ces perturbations violentes et brèves sont certainement les plus

fréquentes dans la zone sahélienne ; cependant la pluie prend

quelquefois un caractère différent. Le 22 juin 1906, à l’est

de Matankari (13°,40′ Lat. N.) tout près de la limite des zones

soudanaise et sahélienne, de huit heures et demie à huit heures

trois quarts du matin, j’ai noté un fort orage, accompagné

de grêle, par vent d’est ; à neuf heures le vent (3)[105]

était passé au sud-est et une pluie fine, très continue et peu

abondante, d’un type familier en Europe, commençait à tomber ;

vers dix heures le vent devenait sud-ouest (2) ; la pluie cessa à

onze heures ; pendant ces deux dernières heures, il n’y a eu ni

éclair ni tonnerre.

Le 26 juin au soir, le vent était assez faible et soufflait du sud ;

vers minuit il passait brusquement à l’ouest ; dès que la pluie,

qui dura de minuit à onze heures du matin, le 27, commença à

tomber, le vent assez faible s’établit à l’est ; à 11 heures,

il était passé au sud-ouest (4) ; toute l’après-midi, il se

maintenait à l’ouest (1).

Dans la majeure partie du Sahara, le vent dominant souffle

du nord-est ; les dunes fournissent à cet égard un excellent

enregistreur et il ne saurait y avoir de doute ; les dunes fossiles

qui s’étendent du Sénégal au Tchad montrent qu’à une

époque antérieure le régime était le même, comme il fallait

s’y attendre puisque les causes qui déterminent les alizés

sont permanentes.

Il y a cependant quelques exceptions. Les unes sont très locales et

probablement négligeables : le bras d’erg qui borde à quelques

cents mètres la falaise orientale du tassili Tan Adr’ar’

indique des vents d’ouest. D’autres sont plus importantes ;

dans la région du Cap Blanc les vents viennent du nord d’une

façon presque constante. La même direction domine entre Araouan et

Taoudenni : les bras d’erg s’étendent de l’est à l’ouest

sur 300 kilomètres et il ne peut être question ici de remous

locaux. Les dunes fossiles entre Araouan et Tombouctou indiquent au

contraire des vents du sud ; l’asséchement du lac de Taoudenni

n’est peut-être pas étranger à ce changement de régime.

D’ailleurs les dunes ne peuvent donner que la résultante du vent ;

les quelques observations que l’on a montrent des variations

saisonnières considérables. Tamanr’asset, d’après les

observations relatées plus haut, en fournit un bon exemple. A In

Salah, en 1905, on a noté 460 fois le vent du nord-est ; 194 fois

du nord ; 84 fois du sud-ouest ; à Tombouctou, 215 fois du nord,

194 fois du nord-est, 188 fois du nord-ouest, 166 fois du sud-ouest

et 146 fois de l’ouest ; les autres directions sont rares. La

même année, à Zinder, le vent dominant a été est-nord-est de

janvier à fin avril ; il a été sud-ouest en mai et juin, variable

en juillet et août ; en septembre et octobre, le vent d’ouest a

été le plus fréquent ; celui d’est, en novembre et décembre.

Ces changements sont évidemment liés à la saison des pluies ;

il semble que l’Adr’ar’ est un centre de pressions basses

pendant l’été, hautes pendant l’hiver. Gautier [cf. t. I,

p. 52] a insisté sur le rôle possible des grands ergs, plus

chauds en été et plus froids en hiver que les hammadas voisines,

dans la distribution des pressions : les hammadas et les ergs

constituent peut-être au Sahara, au point de vue météorologique,

des entités aussi distinctes que, à la surface du globe, les mers

et les continents.

Malgré les nombreux documents déjà connus, il semble qu’un

essai de synthèse serait prématuré.

II. — =LA BRUME=

La brume est fréquente au Sahara où elle se présente sous deux

aspects essentiellement différents. Par beau temps, le sol est

surchauffé, la température du sable dépasse souvent 60°. Les

couches d’air voisines du sol acquièrent une température

élevée ; les filets d’air chaud qui s’élèvent à travers

l’air plus froid ne s’y mélangent pas de suite. Les parties

basses de l’atmosphère ne sont pas homogènes et perdent leur

transparence ; les différences entre les indices de réfraction

de l’air chaud et de l’air froid amènent des déformations

des images qui sont le plus souvent très allongées dans le sens

vertical ; une touffe d’herbe prend figure d’un arbre ; un

méhariste simule un peuplier. Ce phénomène extrêmement fréquent

se complique souvent de mirage, dû lui aussi à des différences

de température entre couches d’air voisines.

Cette brume de réfraction et le mirage sont visibles surtout pendant

les heures chaudes de la journée ; un vent moyen ne fait disparaître

ni l’un ni l’autre ; on les observe dans tout le Sahara et dans

le nord du Soudan.

Dans les parties méridionales du Sahara, au sud d’In Zize comme

au sud de l’oued Tagrira, ainsi que dans l’Ahaggar, une brume

d’origine toute différente, et que l’on retrouve au Soudan,

accompagne la saison des pluies tropicales. C’est une brume aussi

opaque que n’importe quel brouillard septentrional, épaisse à ne

pas voir un chameau à 5 mètres ; elle atténue considérablement

l’éclat du soleil qui prend une couleur blanche et ressemble

à la pleine lune ; parfois même la brume est assez épaisse pour

masquer complètement le soleil ; en plein midi, on ne voit même

pas où il est et il devient impossible de s’orienter sans boussole.

Cette brume est souvent presque journalière ; entre Timissao et In

Ouzel, nous l’avons notée les 19, 20, 21 et 22 juin 1905. A cette

dernière date, la caravane a passé au pied de la gara Tirek, sans

pouvoir la distinguer ; des gazelles, habituellement plus farouches,

ont marché quelque temps au milieu du convoi. Cette brume se

manifeste fréquemment la nuit, ce qui montre son indépendance des

phénomènes thermiques : dans la nuit du 23 au 24 juin, à In Ouzel,

un coup de vent d’une violence extraordinaire amène une obscurité

absolue ; on a l’impression de la cécité la plus complète ;

jamais la nuit la plus sombre n’a donné une pareille sensation.

Cette brume n’a rien à voir avec le brouillard ; elle n’est

pas humide ; le 19 juin, en pleine brume, les thermomètres,

sec et humide, indiquent respectivement 27° et 14° ; le 30

juin, 32°,5 et 21° ; le 22 juin, 28° et 18° ; le 30 juillet,

42° et 24°,5. Elle est due à de fines particules argileuses en

suspension dans l’atmosphère ; ces poussières très ténues sont

impalpables ; elles ne décèlent leur présence que par un dépôt

jaunâtre qu’elles laissent sur les vêtements et les cheveux. On

les voit bien surtout lorsqu’il commence à pleuvoir : chaque goutte

de pluie aussitôt évaporée laisse sur la peau une tache de boue.

Parfois la nuée argileuse est nettement visible et les deux

observations suivantes permettront de saisir le mécanisme de sa

formation.

Le 25 juillet 1905, dans la vallée de l’oued En Néfis, au sud de

Timissao, la journée avait été assez belle ; la brume, légère

le matin, avait disparu vers midi ; il y avait eu peu de vent,

sauf une brise légère de l’ouest, vers trois heures.

A six heures et demie un arc-en-ciel double était visible vers

l’est ; vers le sud, il y avait une menace d’orage ; quelques

minutes plus tard un nuage de poussière, couleur terre de Sienne,

bien délimité, venait rapidement sur nous ; il suivait assez

exactement la vallée, large en ce point de 3 km. 5 à peu près

et bordée de falaises hautes d’une quarantaine de mètres. Ce

nuage était amené par un fort coup de vent du sud qui dura une

heure environ. Après une heure de calme, le vent se remettait

à souffler du nord ; il était accompagné de pluie et il y eut

plusieurs averses dans la nuit.

Le lendemain l’atmosphère était claire.

Le 8 août, à Tit, dans l’Ahaggar, la journée avait été belle ;

depuis le lever du soleil jusqu’à midi, un peu de vent d’est

avait atteint sa plus grande intensité vers neuf heures (petite

brise). De midi à trois heures, le vent était venu du sud, pour

repasser à l’est dans la soirée ; il était resté plus faible

que le matin.

[Illustration : Fig. 55. — Un coup de brume, le 25 juillet 1905,

dans la vallée de l’oued en Néfis.

A une demi-journée au sud de Timissao. Les falaises de grès

dévonien qui limitent la vallée ont 40 mètres de hauteur.]

Après le coucher du soleil, le vent s’établissait à nouveau

au sud et devenait frais, 6 de l’échelle de Beaufort ; un nuage

sombre, et très bas sur l’horizon, apparaissait au sud. Vers sept

heures et demie, on en pouvait distinguer le détail (fig. 56) :

la partie supérieure, vivement éclairée par la lune à son

premier quartier, était blanche ; la partie inférieure était

noire, et lançait vers le haut de nombreux tourbillons d’argile :

quelques-uns, comme les trombes de sable, étaient simples et souvent

épanouis en champignon à leur sommet, quelques autres étaient, ou

paraissaient, bifurqués et parfois ramifiés. A neuf heures un quart

le nuage atteignait le piton de Tit, le Tinési, et présentait la

même apparence (fig. 57). Cinq minutes après, il couvrait le camp

situé à un peu plus de 2 kilomètres au nord du piton. Pendant un

quart d’heure, l’obscurité a été complète ; la lune avait

complètement disparu ; vers dix heures et demie ou onze heures, le

vent tombe et le ciel redevient visible ; le lendemain, il y avait une

brume légère, suffisante cependant pour masquer l’Ilamane situé

à une trentaine de kilomètres de Tit. Il n’a pas plu la nuit.

[Illustration : Fig. 56. — Un coup de brume le 8 août 1905 à Tit

(Ahaggar).

Aspect vers 7 h. 1/2. — Le piton de Tit a 60 mètres de haut.]

Ces brumes paraissent avoir une influence marquée sur la variation

diurne des températures ; quand le temps est clair, la température

s’élève rapidement jusque vers neuf heures, croît ensuite

plus lentement jusqu’à son maximum vers deux heures et demie,

et décroît lentement jusqu’au lendemain matin. Le 30 juillet,

dans le tanezrouft de Silet, une brume épaisse, qui s’était

formée la veille au soir, nous a obligé à marcher à la boussole ;

les températures observées ont été les suivantes : six heures,

32° ; sept heures et demie, 34°,5 ; huit heures, 35° ; neuf

heures, 37° ; dix heures, 38° ; onze heures, 41° ; midi, 43° ;

une heure, 42°, 5 ; deux heures, 42° ; trois heures et demie,

42° ; cinq heures, 41°,5 ; six heures, 40°. Le maximum a eu lieu

à midi et la température a à peine varié jusqu’au soir ; le

vent assez faible s’est tenu toute la matinée au sud ; il est

tombé dans l’après-midi. Ces observations de température ont

été faites pendant la marche, mais dans une plaine très plate. Le

déplacement du maximum semble d’ailleurs confirmé par quelques

autres observations moins détaillées.

[Illustration : Fig. 57. — Le coup de brume du 8 août 1905 à Tit.

Aspect vers 8 h. 1/2. — Les collines du second plan sont masquées.]

Les orages secs sont fréquents dans tout le Sahara, mais ce

sont habituellement des orages de sable ; ils charrient de menus

projectiles quartzeux dont le choc est parfaitement perceptible ;

les tourbillons de sable, les djinn valseurs, sont également

fréquents. Mais sous quelque forme qu’ils se présentent, les

nuages de sable s’élèvent peu et disparaissent dès que le vent

tombe ; au contraire, les poussières argileuses sont lentes à se

disperser ; elles restent dans l’atmosphère où elles créent

des brumes épaisses qui persistent tant que l’air n’a pas été

lavé par la pluie.

Pour les Touaregs, l’apparition de ces brumes dans le Tanezrouft est

un signe certain que la saison des pluies est commencée au Soudan ;

la liaison entre les tornades et ces nuages de poussière soulevée

par le vent paraît en effet évidente.

Il semble aussi facile de comprendre pourquoi ces brumes sont

localisées dans la partie méridionale du Sahara : dans le désert,

les alluvions ont depuis longtemps été remaniées par le vent ;

toutes les fines poussières en ont été enlevées et elles sont

allées tomber dans l’Atlantique ; le sable a édifié les dunes ;

il ne reste plus dans les vallées, sur les regs, que du sable

grossier et des cailloux. Si l’on creuse un peu, on trouve,

à une dizaine de centimètres de profondeur, des alluvions plus

normales avec des argiles, mais le manteau de graviers qui les

couvre les met hors d’atteinte du vent. Les crues peuvent bien

remanier ces alluvions, et ramener les poussières au jour ; mais,

loin des régions montagneuses, les crues sont un accident bien rare

et il n’y a guère à en tenir compte.

Dans l’Ad’rar’ des Ifor’as, dans l’Ahaggar, dans l’Aïr,

les alluvions sont restées argileuses ; les oueds y coulent tous

les ans ; la poussière qui a été enlevée de la surface de

leurs vallées par les tornades, est sans cesse renouvelée par

l’action des eaux dont les remous, à chaque crue, ramènent

au jour les parties profondes des alluvions ; soumis à des

alternatives de sécheresse et d’humidité, les feldspaths des

roches cristallines, tous plus ou moins kaolinisés, s’effritent

peu à peu, et préparent ainsi de nouveaux matériaux pour les

brumes que provoquent les tornades.

La liaison entre la pluie et les brouillards secs est très nette

et très profonde.

Les brumes sont fréquentes dans tout le Soudan, et en relation

aussi avec les tornades ; je ne crois pas qu’elles y atteignent

jamais une intensité comparable à celles qu’elles présentent

parfois au désert : on voit toujours assez clair pour se diriger

et pour suivre le guide.

Les cultivateurs noirs ont la plus grande estime pour ces brouillards

secs : « Quand ils ont été fréquents, la récolte est bonne »,

disent-ils. Cette croyance peut très bien ne pas être absurde ;

les années très brumeuses sont sans doute aussi des années très

pluvieuses ; la grande extension des incendies de brousse au Soudan

rend probable que, à l’argile, s’ajoute un bon engrais, les

cendres végétales, dans la formation des nuages de poussière.

[Note 99 : Ginestous, _Études sur le climat de la Tunisie_

(Thèse). Paris, 1906.]

[Note 100 : Marc, La répartition de la pluie au Soudan. _Ann. de

Géogr._, 15 janvier 1909.]

[Note 101 : _Bull. du Comité de l’Afrique française_, mai 1907,

p. 179.]

[Note 102 : R. de Caix, La Reconnaissance du lieutenant Cottenest chez

les Hoggar, _Bull. Comité Afr. fr._, 1902, p. 307. — Guilho-Lohan,

_Renseignements coloniaux_, sept.-octobre 1903.]

[Note 103 : De Motylinski et Basset, _Grammaire et dictionnaire

français-touareg_, Alger, 1908, p. 89-92.]

[Note 104 : Dinaux, _Rens. col. Bull. du Comité Afr. fr._, avril

1908, p. 106.]

[Note 105 : Échelle de Beaufort.]

CHAPITRE IV

CHOROLOGIE

I. =Géographie botanique.= — Les grandes zones. — Zone

sahélienne. — Zone saharienne. — Les adaptations (les plantes

grasses, les lianes, les graines, défense contre les animaux). —

La culture (cultures irriguées). — Remarques sur quelques espèces.

II. =Géographie zoologique.= — Cœlentérés. — Insectes

(termites, insectes des tanezrouft). — Crustacés. —

Mollusques. — Reptiles et Batraciens. — Oiseaux

(l’autruche). — Mammifères. — La chasse. — Les troupeaux

(moutons et chèvres, bœufs, chevaux, ânes, chameaux). — Les

hommes (les Touaregs, l’habitation).

I. — =GÉOGRAPHIE BOTANIQUE=

=I. Les grandes zones.= — Le désert, au point de vue climatique,

est caractérisé par l’absence ou la rareté des pluies ; la

végétation en est le plus souvent rare ou absente, et le Sahara

forme une zone botanique qui peut être limitée avec une certaine

précision.

Il confine au nord au domaine méditerranéen, domaine très étendu

auquel appartiennent la Cyrénaïque et l’Afrique mineure. Les

arbres et arbustes à feuillage toujours vert (olivier, bruyères

arborescentes, chênes verts), de nombreuses conifères (une dizaine

d’espèces, dont les plus notables sont le pin d’Alep, le cèdre,

le callitris et les genèvriers) caractérisent le littoral et les

régions accidentées de la Berbérie ; les steppes à alfa et à

absinthe (chih) des Hauts Plateaux font partie du même domaine.

Bien qu’appartenant à la zone méditerranéenne, le littoral

atlantique du Maroc présente quelques traits particuliers qui

permettent de le mettre un peu à part : des Euphorbes cactoïdes

et l’Arganier (_Sideroxylon_) sont parmi les espèces les plus

caractéristiques.

Dès que, vers le sud, on a dépassé l’Atlas saharien, la

végétation change assez brusquement ; une ligne de dénivellation

sépare le Sahara de la Berbérie et en général il n’y a pas

mélange entre les deux flores. Cette limite est, en gros, jalonnée

par Gafsa, Biskra, Laghouat, Figuig et le cap Noun.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XV.

[Illustration : Cliché Posth

29. — ZONE SAHELIENNE.

Région du Tegama.]

[Illustration : Cliché Pasquier

30. — ZONE SAHELIENNE.

Région de Gao.]

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XVI.

[Illustration : Cliché Pasquier

31. — UNE HALTE DANS LA RÉGION DE GAO.

Zone sahelienne.]

[Illustration : Cliché Laperrine

32. — UN “ TAMAT ” [ACACIA ARABICA, WILLD] — ADR’AR’

DES IFOR’AS.

Les branches sont mutilées pour la récolte des fruits, riches

en tannin.]

La frontière botanique méridionale du Sahara est moins nette et

moins précise.

Au nord de la forêt tropicale, où des chutes de pluies supérieures

à 1 m. 50 permettent le développement d’une riche végétation

arborescente, où les arbres atteignent jusqu’à 50 mètres de

haut, où les lianes abondent et rendent la circulation difficile,

on peut, avec Chevalier[106], distinguer plusieurs zones,

grossièrement parallèles entre elles ; leurs limites sont à

peu près ouest-nord-ouest, est-sud-est et correspondent à des

différences dans les quantités annuelles de pluie.

Dans la première, la zone guinéenne, la pluie varie de 0 m. 50 à 1

m. 15 ; le sol est le plus souvent formé de plateaux arides, domaine

de la savane, c’est-à-dire de prairie accompagnée d’arbres ;

mais dans les dépressions apparaissent des bouquets impénétrables

de grands bois avec de nombreuses lianes. Dans les endroits les plus

humides, au bord même du ruisseau, de nombreux palmiers (_Elæis_,

_Raphia_), des dracæna, des pandanées attestent une grande analogie

avec la sylve équatoriale ; ils forment, le long de la vallée, un

rideau de grands arbres. Ainsi caractérisée par ses « galeries

forestières » [on en trouvera un bon schéma dans Chevalier,

l’_Afrique Centrale française_, p. 751], la zone guinéenne qui,

au Dahomey, s’étend jusqu’à l’Atlantique, s’arrête vers

le 12° Lat. N. au sud de Bammako et vers le 8° Lat. N. dans la

région du Chari. Le manioc y est la principale culture vivrière ;

on y trouve déjà le karité et les lianes à caoutchouc.

Au nord de la zone guinéenne, la zone soudanaise est formée surtout,

dans le haut bassin du Niger, par un vaste plateau de grès couvert

de latérite ; dans le bassin du Chari, les alluvions récentes

dominent ; malgré ces différences lithologiques, sa constitution

botanique est assez homogène ; elle est couverte, en général, par

une haute savane où domine un petit nombre d’espèces de graminées

(_Imperata cylindrica_ Pal. Beauv., _Ctenium elegans_ Kunth, plusieurs

_Andropogon_, etc.). Les arbres les plus caractéristiques sont

un palmier, le rônier (_Borassus æthiopicus_ Mart.), les baobabs

(_Adansonia_) et le fromager (_Eriodendron anfractuosum_ D. C.). Le

karité dépasse rarement cette zone, et les lianes à caoutchouc

y atteignent leur limite nord. Cette zone s’arrête sur le Niger

vers Mopti (14°,30 Lat. N. au confluent du Bani) et vers Sansané

Haoussa (14° Lat. N.). Plus à l’est, elle passe au voisinage

de Zinder et coupe l’extrémité sud du Tchad. C’est la zone

des grandes cultures soudanaises : le grand et le petit mil presque

partout, le riz dans les régions plus humides, et l’arachide. Bien

qu’on la rencontre jusqu’au Tchad, cette dernière plante n’est

cultivée en grand qu’au Sénégal, la seule région de la zone

qui, jusqu’à présent, puisse facilement exporter en Europe les

produits de médiocre valeur.

Quoiqu’il en soit isolé par une bande de brousse aride, le Damergou

peut être rattaché à la même province.

Le district levé du Fouta Djalon, qui dépasse souvent 1000 mètres

d’altitude, présente des caractères spéciaux, assez nombreux pour

qu’il soit nécessaire de le mettre à part : certains traits le

rapprochent de l’Abyssinie, et il forme dans les zones guinéenne

et soudanaise un îlot spécial, avec une flore subalpine.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 13 / 32 段