Une marche de 90 kilomètres sur un plateau couvert de latérites,

parfois ensablé, mais en tout semblable à celui que l’on

suit depuis Tahoua, permet de retrouver à Niamey une formation

analogue. Lorsque l’on remonte le Niger, on voit très fréquemment

sur les deux rives, au moins jusqu’à Bourem, des plateaux, hauts

d’une trentaine de mètres au plus, couverts d’une nappe de

latérite, et dont les flancs montrent des formations sédimentaires

horizontales d’aspect jeune, formées d’ordinaire d’assises de

couleurs claires souvent maculées de rouge. Les croquis (fig. 38 et

39) montreront leur allure au Tondibi et au Kennadji. La photographie

(Pl. XIII), prise à Niamey, permettra de voir quelques détails.

Un plateau tout semblable, le mont Asserarbhou de la carte

au 2000000e du ministère des Colonies, justifie mal cette

dénomination pompeuse : ce plateau a tout au plus 20 mètres de

haut. Depuis le Niger jusqu’à mi-hauteur se montrent des argiles

gréseuses blanches et violettes, surmontées de grès roses. Sur

le couronnement, d’origine latéritique, s’élève le poste de

Bourem. A quelques kilomètres au nord du poste, d’après les

renseignements du lieutenant Barbeyrac, les calcaires à Linthia

apparaissent à la surface du sol, au-dessus des argiles bariolées

que l’on ne peut observer que dans les puits. Les relations

stratigraphiques sont donc les mêmes que dans la région de Tahoua

et cette similitude donne une certaine importance aux fossiles mal

conservés que j’ai signalés à Ansongo.

[Illustration : Fig. 39. — Le plateau de Kennadji (grès du Niger)

sur la rive droite du fleuve.

Au premier plan, une île basse, couverte de végétation ; des

porphyres y affleurent. — Sous les grès du Niger, mamelons

granitiques.]

Ces grès du Niger forment donc, au point de vue géographique,

un ensemble très homogène de Tahoua à Niamey et à Bourem. Leurs

caractères lithologiques varient peu : à Bouza ce sont des argiles

avec quelques grains de quartz, à Dinkim de véritables grès à

ciment argileux ; au voisinage des roches éruptives, comme à Niamey,

des arkoses[75] ; des modifications aussi légères n’enlèvent rien

à l’homogénéité de cette assise : dans les deux seuls points

où son âge peut être fixé, elle est recouverte par l’Éocène

moyen. On doit donc la rattacher à l’Éocène inférieur.

Plus au sud, à Bossia, Hubert signale [_l. c._, p. 365] un certain

nombre de montagnes tabulaires, assez élevées (100 m.), formées

de grès argileux où l’on peut distinguer de nombreuses assises ;

il serait intéressant de les étudier de près et de voir si leur

partie supérieure n’appartiendrait pas à l’Éocène moyen ou

au Miocène.

La limite de cette formation vers l’ouest est inconnue ;

cependant Boussenot [_Revue des troupes coloniales_, 1904, p. 243]

signale auprès de Dori, reposant sur les granites et les schistes

cristallins, des argiles et des sables gréseux qui sont peut-être la

suite des grès du Niger ; les très rares renseignements que j’ai

pu recueillir sur la région des mares qui s’étend au nord de

Dori, indiquent une plaine recouverte de formations ferrugineuses,

qui semble la continuation de ce que l’on observe sur la rive

droite de Niger. Au delà des collines cristallines qui relient

Tosaye à Hombori, on ne signale plus rien de semblable.

Dans toute cette région voisine du Niger, les grès et argiles

bariolées reposent directement sur les terrains anciens et non plus,

comme à l’est de l’Adr’ar’ de Tahoua, sur le Crétacé. Il y

a donc une transgression marquée vers le début des temps tertiaires

ou peut-être à la fin du Crétacé.

A une grande distance à l’ouest, contrastant nettement avec les

grès anciens du plateau de Bandiagara, des grès rigoureusement

horizontaux, reposant souvent sur le Silurien, se rencontrent sur

les bords du Niger, entre Bammako et Koulikoro ; le chemin de fer

de Kayes au Niger permet de les suivre assez loin vers l’ouest ;

vers le nord ils forment tout le Bélédougou ; on les retrouve entre

Mopti et Kabarah ; ils sont bien visibles au lac Débo ; les collines

qui avoisinent Goundam et le Faguibine paraissent appartenir au même

ensemble. Ce sont des grès de dureté variable, passant parfois à

des arkoses (Goundam) à grain souvent assez fin, mais contenant des

bancs de graviers ; la stratification y est souvent entrecroisée

et leur couleur varie du blanc au rouge. Jusqu’à présent, un

seul fossile y a été signalé, entre Bammako et Koulikoro ; il ne

présente malheureusement aucune signification stratigraphique[76].

Chautard a rencontré en Guinée des formations semblables ; au

Sénégal, au cap Rouge, des grès bien voisins d’aspect reposent

sur les calcaires de Rufisque à _Physaster inflatus_.

Cette analogie permettrait d’attribuer provisoirement à ces

grès un âge crétacé supérieur ou éocène : sur le littoral

d’Angola[77], la mer du Crétacé supérieur a laissé, dans des

grès, des fossiles assez nombreux. Mais il y a encore beaucoup

trop de lacunes entre ces diverses formations pour que l’on soit

autorisé à conclure, et à identifier les grès de Bammako et ceux

du Niger.

Les fossiles recueillis dans l’Éocène de l’Afrique centrale sont

surtout des moules internes de gastéropodes ou de lamellibranches

d’une détermination souvent douteuse[78]. Quelques-uns, cependant,

mieux conservés, permettent de ne pas hésiter sur l’âge de

cette formation ; les suivants méritent d’être signalés.

Un nautile, du groupe du _N. Lamarcki_ Deshayes, a été trouvé en

plusieurs points de l’Adr’ar’ de Tahoua et dans le Telemsi ; il

semble se rapporter assez exactement à _Nautilus Deluci_ d’Archiac,

du Nummulitique de l’Inde.

Un grand ovule, du sous-genre _Gisortia_, est voisin de _O. depressa_

Sow. Le capitaine Arnaud l’a recueilli dans le Telemsi et le

capitaine Pasquier, beaucoup plus à l’est, dans la région de

l’Azaouak. On connaît _O. depressa_ en Asie Mineure et dans

l’Inde.

Les moules de _Velates_, _Natica_, _Rostellaria_, _Cypræa_

semblent se rapporter aussi à des formes de l’Inde et de la

Méditerranée. Une turritelle, au moins très voisine de _Mesalia

fasciata_, se rencontre dans la région de Tahoua et à Tenekart ;

le capitaine Cauvin l’a rencontrée à l’ouest de l’Adr’ar’

des Ifor’ass, en allant de Bemba à Timiaouin ; elle se retrouve

probablement sur les silex d’Ansongo.

Parmi les lamellibranches il n’y a guère de vraiment déterminable

qu’une huître, récoltée par R. Arnaud et Pasquier entre Gao et

Menaka ; elle est très voisine de l’_Ostrea elegans_ Deshayes,

et ressemble surtout à des formes de cette espèce recueillies

autrefois par Lemesle dans le Sud tunisien et que M. Douvillé m’a

montrées à l’École des Mines. Une autre huître du même gisement

peut être rapportée à _O. punica_ Thomas.

Le moule d’une grande lucine, de la taille de _L. gigantea_ du

bassin de Paris, mais beaucoup trop épais pour que l’on puisse

le rapprocher de cette espèce, est extrêmement commun ; il permet

de suivre facilement au loin certains niveaux de l’Adr’ar’

de Tahoua.

Les oursins sont en général très bien représentés dans toutes les

récoltes ; les deux espèces que Bather[79] a décrites de Garadoumi

(_Hemiaster sudanensis_, _Plesiolampas Saharæ_) ont été souvent

recueillies ; Lambert a distingué _Plesiolampus Paquieri_ provenant

de l’est de Gao, et il se peut que les matériaux assez nombreux

qui sont actuellement à l’étude permettent d’accroître un

peu cette liste[80].

Parmi les foraminifères, une espèce seule semble jusqu’à

présent importante. L’_Operculina canalifera_ d’Archiac est

abondante à Tamaské et se retrouve, aux confins de l’Aïr, à

Tamalarkat et à Tafadek (lieutenant Jean). C’est une forme du

Lutétien de l’Inde et d’Égypte que l’on connaît aussi de

l’Est africain allemand où elle accompagne _Nummulites Ramondi_

Defr., _N._ cf. _lævigata_ Lam, _N. perforata_ Mont., _Assilina

granulosa_ d’Arch., _A. spira_ de Roissy[81].

Les vertébrés n’ont fourni jusqu’à présent que peu de

débris. R. Arnaud et Pasquier ont recueilli une vertèbre de

Crocodilien qui peut être du Crétacé supérieur ou du Tertiaire

inférieur ; la mission Moll a rapporté de la région de Tamaské

des plaques de tortues. Priem a bien voulu examiner quelques dents

de poissons trouvées près de Bouza ; il y a reconnu _Scyllium_,

_Aprionodon_ et _Cimolichthys_ (?), espèces qui indiquent

certainement le Tertiaire et probablement l’Éocène moyen[82].

Les affinités de cette faune, que l’étude non encore achevée des

nombreux matériaux qui se trouvent à Paris permettra de préciser,

sont très nettes avec l’Inde, l’Asie Mineure, l’Égypte et

le Sud tunisien.

Les autres gisements éocènes des régions voisines, le Cameroun et

le Sénégal[83], bien que présentant des analogies manifestes avec

la même zone méditerranéenne, sont assez distincts des gisements de

Tahoua ; ces divergences entre pays aussi rapprochés tiennent sans

doute à des différences d’âge entre les niveaux fossilifères

explorés ; d’après Oppenheim[84], les fossiles du Cameroun

seraient paléocènes. Cet étage est représenté probablement à

Tahoua par les grès du Niger qui, comme presque tous les grès,

sont pauvres en débris organiques ; des recherches suivies seront

nécessaires pour en connaître la faune.

Nulle part on n’a pu encore relever de coupes continues ;

mais tous les indices portent à croire que depuis le Turonien

inférieur jusqu’à la fin de l’Éocène au moins, la mer n’a

pas abandonné ces régions ; la série doit être complète dans

le centre du bassin.

II. — =LES PAYS=

Dans toute cette zone des hautes plaines sédimentaires du Soudan

vit une population assez nombreuse, malgré les ravages qu’y a

faits jusqu’en ces dernières années la traite des esclaves.

Presque partout deux demi-civilisations coexistent ; des villages,

habités par des populations noires, vivent surtout de la culture ;

entre les villages nomadisent des pasteurs sans liens anthropologiques

ou ethniques avec les sédentaires.

Au cours de luttes interminables entre les innombrables sultans

noirs, les villages ont souvent changé de maîtres et fait partie

des groupements les plus divers. Leur longue histoire, sans grand

intérêt probablement, ne pourra guère être débrouillée,

et seulement pour une courte période, que par des gens résidant

longtemps dans le pays.

Le travail a été commencé ; et, aux traditions soigneusement

recueillies par Barth, sont venues s’ajouter quelques monographies

excellentes comme celle que le commandant Gadel a consacrée à

Zinder.

Il est encore impossible cependant de chercher à faire une

synthèse de tous ces renseignements. Il faudra se borner à mettre

en évidence quelques groupements naturels qui ont été imposés

par des conditions géographiques ou géologiques.

Dans l’ensemble, la région de hautes plaines dont nous venons

de chercher à définir la structure géologique, forme d’une

manière très graduelle la transition entre le Sahara où il ne

pleut pas et la région équatoriale où il pleut beaucoup. Dans

leurs parties septentrionales, les plus proches du désert, ces hautes

plaines se prêtent mal à la vie des hommes ; à mesure que l’on

va vers le sud, l’eau devient moins rare et la vie plus aisée ;

les villages apparaissent, localisés surtout, d’abord, dans

quelques districts où des reliefs insignifiants suffisent cependant

à accroître les précipitations atmosphériques et fournissent

de bonnes positions de défense. Plus que la certitude d’avoir de

l’eau facilement, la préoccupation de la sécurité a déterminé

le choix de l’emplacement des villages, non seulement en Afrique,

mais dans le monde entier, comme en témoignent encore tant de vieux

villages français, juchés sur des collines d’accès difficile.

=Nomades.= — A part ces régions favorisées, la zone qui s’étend

du Tchad au Sénégal est habitée surtout par des nomades de

différentes races, qui se pénètrent peu.

A l’est, les Tebbous, fort mal connus, ont leur centre dans

le Tibesti ; depuis des siècles, jusqu’à notre arrivée, ils

étaient en lutte avec les gens de l’Aïr pour la possession de

Bilma ; leurs campements les plus éloignés vers l’ouest sont au

nord du Koutous, à Garagoa ; on les retrouve entre Chirmalek et le

Tchad ; le poste de Mirrh a été établi pour les surveiller. Ils

ne vont que peu au sud de cette ligne, qui forme à peu près la

limite commune à leurs parcours et à ceux des Peuhls.

Entre le Tchad et le Borkou, ils ont été refoulés par une tribu

arabe, les Ouled Sliman venus du Fezzan il y a un petit nombre

d’années ; tribu sur laquelle Nachtigal, et plus récemment Mangin

[_La Géographie_, XV, 1907], ont donné d’assez nombreux détails.

Le domaine des Touaregs commence à l’Aïr ; plus au sud, ils

s’étendent davantage à l’est et campent dans l’Alakhos ;

leurs dernières tentes dans cette région sont à Zéno. On les

retrouve vers l’ouest, après quelques interruptions entre le

Télemsi et Tombouctou, jusqu’à la région du Faguibine. Leur

limite méridionale paraît compliquée et semble décrire de nombreux

crochets : les Kel Gress pénètrent jusqu’à Sokoto ; à l’est

et à l’ouest de l’Adr’ar’ de Tahoua, où les nomades sont

Touaregs, les Peuhls au contraire remontent assez loin vers le nord :

on les rencontre tout au moins à Kankara et à Amashi, comme autour

de Matankari. Je n’ai pas de documents suffisants pour préciser la

limite des deux races ; il semble en tous cas qu’elles ne nomadisent

pas ensemble. De la vallée du Télemsi à Tombouctou, la plaine au

nord du Niger et jusqu’au Timetrin est occupée par des nomades

de langue arabe, Kountah et Berabiches qui séparent les Oulimminden

et les Ifor’as, des Touaregs de Tombouctou (Kel Antassar, etc.[85]).

Parfois les habitats de ces différents peuples correspondent

visiblement à des régions naturelles : l’Adr’ar’ des

Ifor’as arrête les Kountah. Vers l’ouest, le Djouf semble

être la limite extrême des Touaregs ; mais le plus souvent les

limites sont indécises et ne semblent correspondre à aucun accident

géographique notable. Chaque peuplade nomade a quelques districts

montagneux où elle est solidement installée et qui lui servent

de citadelle ; elle s’étend plus ou moins dans la plaine suivant

le hasard des combats : les oasis du Kaouar ont de tout temps été

l’objet de luttes entre les Tebbous du Tibesti et les Touaregs de

l’Aïr. Les premiers y étaient les maîtres au moment du passage

de Nachtigal (1870) ; lors de notre installation à Bilma (1906),

les salines dépendaient des Kel Aïr.

A quelque race qu’ils appartiennent, la vie de tous les nomades

est la même : du Sud algérien aux falaises de Hombori, les nomades

sont à la recherche de bons pâturages pour leurs troupeaux ;

ils ajoutent, aux bénéfices un peu aléatoires de l’élevage,

l’escorte et au besoin le pillage des caravanes et quand ils sont

en contact avec des sédentaires, ils leur imposent une protection

onéreuse : l’histoire du Damergou ou de Tahoua reproduit celle des

Oasis, et cette manière de faire, qui est pour les peuples pasteurs

presque une nécessité, n’est pas spéciale aux bergers africains.

Quant au choix des animaux qui constituent le cheptel, il est

une affaire de météorologie et non pas de race humaine. Partout

l’élevage du mouton et de la chèvre est important ; dans les

pays les plus secs on y ajoute le chameau ; quand la pluie devient

moins rare, le bœuf apparaît à côté du chameau ; un peu plus

loin du désert, en Algérie comme au Soudan, le cheval devient

possible et le dromadaire disparaît d’abord comme monture, puis

comme animal porteur. Ces substitutions progressives se font chez

les Tebbous tout comme chez les Arabes et les Touaregs. Seuls les

Peuhls, qui ne touchent nulle part au Sahara, n’élèvent, comme

animaux de bât ou de selle, que le cheval et le bœuf.

Ce n’est pas le lieu de discuter ici sérieusement la question

controversée de savoir si la vie, nomade ou sédentaire, est un

caractère de race ; les caractères anthropologiques des Africains

sont encore trop mal connus pour qu’ils puissent servir d’appui à

une semblable discussion. Il semble toutefois que les conditions de

milieu ont, plus que les caractères anatomiques, une influence sur

le mode d’existence que chaque groupement humain adopte. Malgré

leur nom, les Kel Oui sont des Haoussas et ils vivent de la vie

des Touaregs ; sur les rives du Niger, il y a des villages de

Peuhls. Quant aux Touaregs véritables, ils sont apparentés de

bien près à des populations sédentaires d’Europe ou d’Afrique

mineure.

=Adr’ar’ de Tahoua.= — Tahoua est le chef-lieu d’une région

bien caractérisée, l’Adr’ar’ de Tahoua, appelé parfois

l’Adr’ar’ Doutchi. Cette expression bizarre est formée du

mot tamachek adr’ar’ et d’un mot haoussa « doutchi » qui

veut dire caillou, rocher ou colline pierreuse. Cet Adr’ar’

est un plateau de calcaires et d’argiles éocènes (fig. 35,

p. 96), protégé le plus souvent par un manteau latéritique ; il

est entaillé par de profondes vallées, les « dallols », souvenir

d’un état hydrographique antérieur. Ces vallées, larges souvent

de 5 à 6 kilomètres, sont flanquées de falaises élevées, hautes

parfois de plus de 100 mètres ; ce sont certainement des vallées

d’érosion, creusées naguère par des fleuves venus de l’Aïr et

de l’Ahaggar, fleuves aujourd’hui décapités (fig. 68, p. 225).

Le fond des dallols a conservé des alluvions, mais le vent y a fait

cependant son œuvre et des dunes nombreuses interrompent la pente

de la vallée ; ces barrages ont favorisé l’établissement de

grands étangs ; celui de Keita (Pl. XX) est presque un lac.

[Illustration : Fig. 40. — Dallols près de Labat.

Adr’ar’ de Tahoua.]

La majorité des villages, pour des raisons défensives, est établie

au bord du plateau, souvent assez loin des puits dont la plupart,

profonds d’une dizaine de mètres, sont creusés dans les alluvions,

vers le milieu des dallols. Quelques villages cependant, comme Kalfou

(Pl. XXVII, phot. 52), sont installés au milieu des plateaux,

dans des cuvettes synclinales où ils ont pu trouver de l’eau.

La culture du mil est la seule importante ; on le sème dans la

première quinzaine de juin et il est mûr quatre mois après ;

il y a aussi quelques champs de coton.

Les sédentaires sont naturellement des noirs, mais le pays est

sous la domination des Touaregs, les Kel Gress vers l’est et

surtout lès Oulimminden, dont la région de parcours est au nord

de l’Adr’ar’ et s’étend jusqu’à Gao. D’après les

traditions locales cette domination remonterait à trois ou quatre

siècles ; elle est vraisemblablement beaucoup plus ancienne ; les

redjems, surtout des basinas, identiques à ceux du Sahara, sont

abondants dans l’Adr’ar’ de Tahoua, comme dans tous les pays

occupés actuellement par les populations berbères[86]. Quoique

aucun d’eux n’ait été fouillé, il semble impossible de

les confondre avec les autres types de sépulture décrits par

Desplagnes [_Le Plateau Central Nigérien_] et qui sont attribuables

à d’autres races.

L’influence targuie est en tous cas bien marquée, même chez les

sédentaires ; habituellement, chez les noirs, ce sont les femmes

qui font toutes les corvées ; dans la région de Tahoua, les hommes

prennent une part active au travail.

La limite orientale de l’Adr’ar’ de Tahoua est très précise :

un peu à l’est de Guidambado commencent les plateaux éocènes

qui débutent par une falaise, au-dessus des grès du Crétacé

supérieur. La plaine que forment ces grès au contact de

l’Adr’ar’ (désert des Mousgou, Gober) est à peine habitée.

=Djerma.= — Vers l’ouest les limites sont beaucoup plus

indécises. Les grès bariolés qui sont à la base de l’Éocène

se continuent jusqu’au Niger, constituant la région du Djerma[87],

région qu’habitent des populations de langue sonr’ai.

[Illustration : Fig. 41. — Matankari, sur le dallol Maouri.

Au premier plan, place du marché.]

Quelques bandes de terrain, très allongées du nord au sud, et larges

de l’est à l’ouest de 70 à 80 kilomètres, manquent d’eau ;

elles sont désignées sur plusieurs cartes par le nom d’Azaoua. On

trouve pour d’autres régions désertes ou tout au moins privées

d’eau, les noms d’Azaouad, d’Azaouak, d’Ahaouak. La langue

touareg présente au moins quatre dialectes, celui des Kel Ahaggar,

celui des Kel Oui, celui des Ifor’as et celui des Oulimminden ;

le premier seul est bien connu. Dans le dialecte des Kel Ahaggar,

Azaoua est le nom d’un arbre, le tamarix, qui, sauf dans la

région du Tchad, manque au Soudan. Il est donc possible que le

mot Azaoua soit inexact : ce serait plutôt Azaouad ou Azaouak,

dont le sens précis est inconnu, qui conviendrait. Quoi qu’il

en soit de cette question philologique, les puits et par suite les

villages sont localisés dans les grandes vallées (dallols Bosso,

Maouri). Il semble que ces bandes désertes ont servi de barrière

à l’extension des langues sonr’ai et haoussa, mais il y a eu,

je crois, quelques pénétrations réciproques : la distribution

géographique de ces deux langues, au voisinage de leur frontière,

serait à préciser sur place.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XIV.

[Illustration : Cliché Posth

27. — LE DALLOL BUSSO, A YENI.]

[Illustration : Cliché Pasquier

28. — LES RUINES DE LA MOSQUÉE DE GAO.

Les bœufs sont au milieu du cimetière musulman.]

=Tessaoua.= — La plupart des pays où les villages sont rapprochés,

sont des régions de collines ou de plateaux bien marqués ; le petit

sultanat de Tessaoua fait exception à cette règle ; il correspond

au point où une vallée importante, affluent du Goulbi n’Sokoto,

reçoit plusieurs rivières. Toutes ces vallées (fig. 32, p. 91),

encaissées de quelques mètres, sont creusées dans des grès ;

à Kongoumé, les falaises, orientées est-ouest, dans la direction

des vents dominants, sont à peine ensablées ; auprès de Tessaoua,

le Goulbi, large de plusieurs kilomètres, coulerait, s’il y avait

de l’eau, du sud au nord, de sorte que les falaises gréseuses ont

à peu près complètement disparu sous un amoncellement de sable ;

l’ensemble de la région forme à peine des collines surbaissées et

d’accès facile ; ce sont de mauvaises conditions de défense, mais

le pays est fertile : à la culture du mil, du coton et de l’indigo

s’ajoutent les cultures maraîchères (oignon, manioc, arachide,

etc.). Le tabac vient également fort bien ; sa préparation est

très soignée et le tabac de Tessaoua, célèbre au loin, est un

des meilleurs que l’on puisse fumer au Soudan.

Cette richesse du sol, qui tient uniquement à l’abondance

de l’eau, a permis à la population de se réunir dans de gros

villages (Maijirgui, 1000 h. — Kanambakachy, 1500 h., etc.), tous

protégés par de fortes palissades. Ces villages sont rapprochés

les uns des autres et les zones débroussaillées qui les entourent,

d’un diamètre de 5 à 6 kilomètres, se rejoignent : on ne voit

partout que des cultures autour de Tessaoua. Habituellement vers le

14° de latitude nord, les villages sont beaucoup plus éloignés

les uns des autres et leurs champs sont séparés par d’épais

massifs de savane ou de brousse à mimosées.

Grâce à sa densité, la population du Tessaoua a pu résister

aux Peuhls qui font paître leurs troupeaux de bœufs vers le sud

et aux Touaregs qui élèvent leurs chameaux vers le nord [Barth,

_Reisen_, II, p. 13 et 10]. Le sultanat de Tessaoua a une soixantaine

de kilomètres du nord au sud, une vingtaine de l’est à l’ouest ;

sa population serait d’environ 70000 habitants.

Depuis notre occupation, la sécurité est devenue plus grande ;

à Tessaoua et dans les gros villages, beaucoup de cases demeurent

inoccupées, les cultivateurs préférant habiter de petits hameaux

au milieu de leurs champs ; cet heureux symptôme de calme et de

prospérité est d’ailleurs assez général au Soudan.

Le Tessaoua est séparé de l’Adr’ar’ de Tahoua par le désert

du Gober ou des Mousgou[88]. Quelques villages seuls, Guidam Moussa

(500 hab.), Kornaka (400 hab.), jalonnent la route d’étapes ;

au nord il n’y a que des nomades et vers le sud, les premiers

villages de la Nigeria sont à plus de 50 kilomètres. Malgré cet

isolement on a pu créer à Amonkay Ouroua, à 23 kilomètres de

Kornaka, un petit village : 4 ou 5 familles de noirs ont osé s’y

installer, tentées par un sol assez fertile et un puits peu profond

(8 m.). Vers l’ouest, les premiers villages de la région de Tahoua

sont séparés d’Amonkay par une soixantaine de kilomètres où

nomadisent des Peuhls.

Je crois qu’il est difficile de trouver un meilleur exemple de la

confiance que les officiers du troisième territoire ont su imposer

à leurs administrés.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 10 / 32 段