1, Grès rouge avec lumachelle à huîtres ; 2, Argiles blanc-verdâtre

avec gypse (3 m.) ; 3, Latérite.]

La base en est formée par des grès rouges contenant quelques bancs

d’une lumachelle à huîtres. Ce niveau est bien visible dans le

flanc d’une vallée à l’ouest de Danmeli, où il est nettement

surmonté par des argiles gypsifères, qui, grâce à la sécheresse,

forment une petite falaise très nette.

Ce niveau inférieur de grès rouges se retrouve tout autour du poste

de Djadjidouna qui semble occuper le centre d’un petit bombement

anticlinal, mais il est beaucoup moins nettement visible qu’à

Danmeli et son existence n’est prouvée que par les nombreux

débris de grès rouge et de lumachelle que l’on trouve dans les

champs de mil et le long des sentiers.

Les assises suivantes sont au contraire mieux visibles autour de

Djadjidouna qu’auprès de Danmeli, où les argiles gypsifères

n’ont que 3 mètres de puissance. La falaise de Béréré montre

les mêmes argiles sur une vingtaine de mètres avec intercalation,

vers leur milieu, de plusieurs bancs de calcaires de 0,10 à 0,20

de puissance.

Ces bancs sont très fossilifères ; les ammonites y abondent[65]

et la forme la plus commune est très voisine de _Vascoceras

Durandi_ Thomas et Peron, du Turonien inférieur de Tunisie. Les

huîtres, très fréquentes elles aussi, appartiennent aux groupes

de _O. Columba_, de _O. Rollandi_ Coquand et de _O. Olissiponensis_

Sharpe[66] ; cette dernière espèce a été longtemps considérée

comme cénomanienne ; les recherches récentes de Choffat montrent

qu’au Portugal elle est turonienne et que, dans l’Angola, elle

existait encore au Sénonien[67]. On retrouve, à quelques kilomètres

autour du poste de Djadjidouna, le même niveau fossilifère en un

grand nombre de points, surtout vers l’ouest.

Les argiles gypsifères sont partout recouvertes d’un manteau de

latérite de puissance variable. Les débris de ce manteau recouvrent

le flanc de la plupart des collines du Damergou, de sorte que,

vues de loin, elles donnent bien l’illusion « d’ondulation

rocheuses uniformément recouvertes de latérites ferrugineuses

rouges ». [Foureau, _Doc. Sc._, II, p. 551.]

[Illustration : Fig. 30. — Damergou. Coupe de Djadjidouna à Béréré.

1, Grès rouge ; 2, Argiles gypsifères ; 3, Calcaires à huîtres

et ammonites ; 4, Argiles gypsifères ; 5, Latérite ; _q_, Vallée

d’un petit affluent du Goulbi n’Kaba ; _d_, Dunes mortes.]

L’une de ces collines, située au nord de Sabankafi, a un relief

plus marqué que les autres ; il est possible qu’elle contienne

des niveaux plus élevés. Je n’ai pu la voir que de loin.

L’existence, au nord de la mare de Tarka, de nombreux débris de

latérite permet de suivre avec quelque certitude vers l’ouest

l’ancienne extension du Turonien. Parmi ces latérites de Tarka se

trouvent de véritables minerais de fer, constitués par des oolithes

de limonite avec ciment de sidérose (carbonate de fer), identiques

à ceux qu’exploitent encore maintenant les forgerons du Damergou.

Pour une raison purement stratigraphique, j’ai rattaché au

Crétacé supérieur des niveaux gréseux qui forment les plateaux

du Koutous et de l’Alakhos, au nord de Gouré, plateaux superposés

au Tegama comme le sont les collines d’argile du Damergou (Planche

de coupes hors texte, fig. VI).

Ces grès, puissants d’une centaine de mètres, sont parfois

gris, plus souvent roses ou violets ; ils sont habituellement de

grain assez fin, quoique partout on y trouve intercalés quelques

bancs de graviers ou de galets. La stratification y est souvent

entrecroisée, témoignant ainsi de courants rapides. Tous sont

tendres et mal cimentés.

Ces grès, suivant la région où on les examine, présentent quelques

différences de détail ; dans le sud, du côté de Kellé surtout,

ils sont plus grossiers ; les débris de quartz et de quartzite,

de la grosseur d’une noix, n’y sont pas rares, non plus que

les poudingues à galets parfois gros comme le poing. J’ai pu

examiner d’assez près un assez grand nombre de ces galets, qui

disparaissent vers le nord : tous proviennent de l’Archéen ou du

Silurien, aucun ne m’a paru attribuable aux granites alcalins de

Zinder ou du Mounio, ce qui donne une indication sur l’âge de

ces derniers, et rend probable l’existence de massifs anciens,

analogues à celui d’Alberkaram, à proximité du Koutous. Le

grand développement des ergs de la région cache presque partout

le véritable sol et empêche de bien voir.

[Illustration : Fig. 31. — Bord du massif d’Alberkaram. 30

kilomètres au nord de Zinder.

A, Quartzites ; B, Roche très altérée, feldspathique ; C, Grès

tendre. Continuation de la plaine du Tegama ; 1, Arkose et poudingues

à galets de 4 à 5 cm. ; 2, Grès fins en bancs bien lités ; 3,

Grès fins.]

Des lambeaux de la même formation se trouvent au nord de Zinder,

à Ouamé (fig. 31) et à l’ouest, vers Tirminy ; entre Tirminy et

l’Adr’ar’ de Tahoua (250 km.) les mêmes grès semblent jouer

un rôle très important ; ils sont bien visibles dans une vallée

très encaissée, entre Kongoumè et Maïjirgui (fig. 32).

Cette vallée, d’abord orientée de l’est vers l’ouest, prend

bientôt une direction méridienne ; Barth l’a rencontrée sur

son itinéraire.

En dehors de cette coupure, le pays est en général très ensablé ;

mais rien à la surface, ni dans l’aspect de la végétation,

n’indique de changement dans la nature du sol ; tout le long de

la route les puits sont nombreux et les matériaux de déblais,

accumulés à leur orifice, ne montrent jamais que des grès. Ce

n’est qu’au voisinage de Gueydoum que des débris latéritiques

indiquent l’approche d’une région différente.

[Illustration : Fig. 32. — Vallée entre Kongoumé et Maïjirgui.

1, Grès gris compact ; 2, Grès tendre jaune, très découpé

(Crétacé supérieur ?) ; 3, Grès superficiel ferrugineux

(latérite) ; 4, Dunes mortes.]

Dans la région de Bilma, le Crétacé supérieur existe aussi d’une

manière authentique ; Rohlf avait signalé, il y a longtemps, au

sud de Bilma des grès riches en fossiles, notamment en empreintes

d’ammonites ; et, auprès d’Agadem, des calcaires, diversement

colorés, très fossilifères ; aucun exemplaire n’était parvenu

en Europe ; dans sa belle traversée du Sahara (1892), le colonel

Monteil a recueilli, à Zau Saghaïr, un oursin qui a été étudié

par V. Gauthier ; le _Noetlingia Monteili_ est voisin d’une

forme du Maestrichtien du Beloutchistan[68]. Bien que, depuis, la

route du Tchad à Bilma ait été parcourue à plusieurs reprises,

aucun nouveau fossile n’a été rapporté ; les matériaux que

le lieutenant Ayasse a recueillis et qui ont été étudiés par

Freydenberg[69] montrent cependant qu’à côté de roches éruptives

variées, il existe des roches sédimentaires, les unes peut-être

anciennes (quartzites), d’autres certainement récentes : des grès

à ciment argileux avec taches rouges ou violettes ont été trouvés

en plusieurs points. Ils sont accompagnés de formations latéritiques

et la petite collection de Ayasse, que j’ai pu voir à la Sorbonne,

indique d’assez grandes analogies avec la région de Zinder. Les

derniers envois du sergent Lacombe au Muséum confirment bien cette

complexité de la région Fachi-Bilma ; il y a des roches granitiques,

des quartzites (Silurien ?) des grès peut-être dévoniens ; les

roches dominantes cependant (grès tendre bariolé, latérite, etc.),

semblent se rapporter au Crétacé ou au Tertiaire.

On connaît encore des terrains du même âge à l’ouest et au

sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as. M. Théveniaux a rapporté

de Mabrouka le _Cardita Beaumonti_ ; MM. Combemorel, Desplagnes,

E. Gautier et Cortier ont trouvé, dans la vallée du Telemsi, la

même forme accompagnée de nombreuses huîtres (_O. Pomeli_ Coq.,

_O. Nicaisei_ Coq., _O. Bourguignati_ Coq.), caractéristiques du

Crétacé supérieur d’Algérie.

MM. Arnaud et Pasquier ont rencontré les mêmes huîtres un peu

plus à l’est ; un lamellibranche, probablement le _Roudairia

Drui_ Mun-Chalmas, forme commune dans le Crétacé supérieur

algérien, était représenté dans leur envoi par deux moules

assez médiocres. Ces Roudairia, qui sont connues depuis le Gabon

jusqu’aux Pyrénées, semblent indiquer des communications

faciles à travers le continent africain, entre la Méditerranée

et l’Atlantique.

Cette bande de calcaires fossilifères a été recoupée par la

plupart des itinéraires qui sont maintenant assez nombreux dans

cette région ; Cortier a pu indiquer sa position avec assez de

certitude sur une carte manuscrite qu’il a eu l’obligeance

de me communiquer. Mais elle n’est pas uniquement crétacée

et, dans la plupart des gisements, des fossiles éocènes ont

été recueillis en même temps que les formes secondaires. Dans

la majeure partie de son parcours, cette bande voisine avec les

terrains archéens et primaires, mais les relations du Crétacé

avec ces formations anciennes sont encore énigmatiques ; Lemoine [in

Cortier, _D’une rive à l’autre..._, p. 409] serait disposé à

admettre l’existence d’une faille, perpendiculaire aux plissements

anciens. La chose est possible quoique l’allure de la bande calcaire

soit bien peu rectiligne, mais il reste à l’établir.

Cette zone calcaire, qui est parfois limitée au nord par une falaise

peu élevée, ne s’étend pas vers l’ouest jusqu’au méridien

de Tombouctou ; du moins n’a-t-elle pas été rencontrée par les

reconnaissances qui ont poussé jusqu’à Taoudenni. Elle commence

à l’ouest de Mabrouka et, au sud du Timétr’in, s’étend

d’abord de l’ouest vers l’est ; elle s’infléchit vers le

sud au voisinage de l’Adr’ar’, constituant la plaine désolée

de l’Adjouz, puis vers Tabankort reprend sa direction ouest-est.

A l’ouest de l’Adr’ar’ des Ifor’as, elle est doublée

par une seconde bande calcaire qui vient mourir au voisinage

de Bemba ; près des puits d’In Killa et d’In Akaoual, ces

calcaires sont très fossilifères ; ils contiennent surtout de

petits « cérithes » ? et cette indication semble se rapporter

plutôt à des calcaires éocènes qu’à des couches crétacées ;

ils s’agit probablement de turritelles, fossiles communs dans

l’Éocène de l’Afrique centrale, et dont le capitaine Cauvin

a rapporté des échantillons provenant de régions voisines.

La bande crétacée se poursuit depuis Mabrouka sur plus de 1000

kilomètres ; elle est connue à l’est de Gao, à Azigui et au nord

du puits de Tiguirirt jusqu’au voisinage de 3° de long. orientale,

plus près d’Agadez que du Niger, au centre des terrains de parcours

des Oulimminden.

De Mabrouka jusqu’à l’Adr’ar’ Tiguirirt, ces calcaires

restent au voisinage des terrains anciens ; mais au delà de

cet Adr’ar’, vers leur extrémité orientale, d’après une

obligeante communication du capitaine Pasquier, on trouve, au nord

des calcaires fossilifères, des affleurements de latérite. A

cette latitude, la véritable latérite, produit d’altérations

des roches éruptives, fait défaut, comme en témoignent l’Aïr

et l’Adr’ar’ des Ifor’as ; les grès ferrugineux qui sont le

résultat de la cimentation des dunes semblent eux aussi un peu plus

méridionaux. La latérite du capitaine Pasquier, par la latitude où

elle se rencontre, est plutôt analogue, autant qu’on peut juger

sans échantillons, à celles du Damergou ou de l’Adr’ar’ de

Tahoua qui résultent de l’altération, de la décalcification

surtout des roches sédimentaires : la mer du Crétacé supérieur

aurait pénétré assez loin dans la vallée du Taffassasset où

l’on connaît, d’une manière authentique, l’Éocène jusqu’au

voisinage du 18° de latitude nord, à Tafadek et à Tamalarkat.

Dans les lignes précédentes je n’ai pas cherché à préciser de

niveaux stratigraphiques ; la chose serait prématurée. Les divers

fossiles recueillis semblent indiquer que, depuis le Turonien, les

mers du Crétacé ont occupé, d’une manière continue, le centre

africain qu’elles n’ont abandonné qu’après l’Éocène ;

mais les gisements fossilifères connus sont souvent fort loin

les uns des autres, et sans liens entre eux ; les renseignements

stratigraphiques font défaut sur la plupart des gisements et il

est nécessaire d’attendre de nouvelles recherches sur le terrain

avant de pouvoir systématiser nos connaissances sur le Crétacé

de la région de Gao et de Zinder.

La mer qui, pendant le Crétacé supérieur, recouvrait le

centre africain, se reliait certainement par la basse Égypte

et le désert libyque à celle qui, passant par la Palestine et

la Perse, s’étendait jusqu’au Beloutchistan ; les affinités

avec l’Algérie et la Tunisie sont, elles aussi, bien marquées ;

un bras de mer est peut-être indiqué à l’ouest de l’Aïr

(fig. 68, p. 225).

Un autre bras de mer plus méridional, reliant le Damergou à

l’Atlantique, est bien jalonné entre les roches anciennes du sud du

Tchad et les massifs cristallins de Kano, de Sokoto et du Dahomey ;

vers Gongola (11° latitude nord, 9° longitude est) des ammonites

turoniennes ont été recueillies ; dans le Cameroun, Solger[70]

a décrit une faune du même âge, dont les espèces présentent

les plus grandes analogies avec celles de l’Inde et de la Tunisie.

Enfin au cap Lopez, comme au voisinage de Libreville, les dépôts

du Crétacé supérieur forment, le long du littoral, une bande

parfois assez large.

=Éocène.= — La première mention de l’Éocène dans le centre

africain date déjà de quelques années : le commandant Gadel avait

recueilli à Tamaské un nautile et quatre oursins[71]. L’année

suivante, pendant la mission de délimitation du Sokoto, le capitaine

Moll et le commandant Lelean rapportaient des mêmes régions une

série plus nombreuse qui confirmait les premières indications.

La stratigraphie de l’Adr’ar’ de Tahoua paraît assez simple :

dans son ensemble, la région est un plateau dont les assises

horizontales sont profondément entaillées par des vallées

importantes, les dallols.

[Illustration : Fig. 33. — Coupe de la falaise de Bouza. —

Adr’ar’ de Tahoua.

1, Argiles blanches visibles sur 10 m. ; 2, Banc d’oolithes

ferrugineuses (0,25) ; 3, Argiles blanches, maculées de lie de vin

(10 m.) ; 4, Roche latéritique (1 m.) manquant sur une partie du

premier plateau ; 5, Argiles feuilletées avec gypse (12 m.) ; 6,

Banc calcaire très fossilifère (0,10) ; 7, Argiles feuilletées

avec gypse (3 m.) ; 8, Roche latéritique (0,50).]

J’ai pu relever quelques coupes avec détail.

Près de Bouza, le long de la falaise à laquelle est adossé le

poste[72], on rencontre successivement, de bas en haut, les niveaux

suivants (fig. 33) :

1o Argiles blanches visibles sur une dizaine de mètres, elles

contiennent des traces de grands bivalves.

2o Un banc d’oolithes ferrugineuses, 0,25.

3o Argiles blanches, se maculant de rouge et de lie de vin surtout

vers le sommet (10 m.) Ces argiles contiennent de nombreux grains

de sable quartzeux.

Formations latéritiques (2 m.) ; formation assez complexe ; certaines

veines sont formées d’oolithes ferrugineuses, indiquant un produit

de décalcification ; d’autres, à grain plus fin, contiennent

des empreintes de roseaux.

Cette couche résistante forme le couronnement d’un premier

plateau qui porte le village de Bouza ; elle disparaît rapidement

vers l’est avant la seconde falaise qui se montre à quelques

kilomètres.

5o Argiles feuilletées bleuâtres avec gypse (15 m.). Ces argiles

reposent directement sur 3.

6o Banc calcaire (0,10) très fossilifère. Les fossiles sont

surtout des moules de bivalves et de gastéropodes de petite taille

(_Cardium_, _Turritella_, _Ostrea_, etc.) ; un foraminifère,

_Operculina canalifera_ d’Arch., très caractéristique de

l’Éocène moyen du Soudan, y est rare ; il y a aussi des dents de

poissons, déterminées par Priem [_B. S. G. F._, VII, 1907, p. 334]

qui y a reconnu _Scyllium_, _Aprionodon_, _Cimolichthys_ ?

[Illustration : Fig. 34. — Falaise limitant un dallol près Bouza. —

Adr’ar’ de Tahoua.

Les flancs de la falaise sont formées des couches 1-4 de la figure 33.]

7o Argiles bleuâtres avec gypse, 2 m.

8o Latérite et grès ferrugineux, 0,50.

A quelques kilomètres au nord, à Gamé, le commandant Moll a

rencontré un banc calcaire avec de nombreux fossiles, que j’ai

pu voir au Muséum (Nautile, Oursins, Polypiers) ; les relations de

ce niveau avec ceux de Bouza sont inconnues.

Au sud-est de Keita une falaise, haute d’une centaine de mètres

montre les couches suivantes :

1o Grès à ciment ferrugineux, 0,20.

2o Argiles grises, 10 m.

3o Calcaires blancs, se débitant en rognons, 20 m.

4o Marnes (1 m.). Les oursins (_Linthia_, _Plesiolampas_) sont

abondants à ce niveau.

5o Calcaires blancs (20 m.) Les moules de grandes bivalves

(_Lucina_ ?) y abondent. Ces moules, dont la détermination précise

est impossible, sont très répandus dans l’Éocène de l’Afrique

centrale ; ils ont une valeur stratigraphique locale.

6o Argiles feuilletées blanches (20 m.) contenant des débris de

grands bivalves.

7o Formations latéritiques (3-4 m.). Oolithique ferrugineuse et

grès ferrugineux.

Cette falaise, que je n’ai pu voir qu’en passant, est l’une

des plus hautes de la région ; elle mériterait un examen approfondi.

A Tamaské, la coupe est beaucoup moins complète, et seules

les assises 5, 6 et 7 ne sont pas masquées par les éboulis ;

notons toutefois qu’à mi-chemin entre Keita et Tamaské, on

voit affleurer les argiles maculées de Bouza. Sans qu’il soit

nécessaire d’insister davantage sur le détail des observations,

l’Éocène de la région de Tahoua comprendrait essentiellement les

deux termes suivants : à la base, des argiles blanches maculées

de taches rouges ou lie de vin et qui n’ont fourni jusqu’à

présent que des traces de fossiles indéterminables ; au sommet,

des assises souvent calcaires, d’ordinaire très fossilifères et

que l’ensemble de leur faune rattache nettement à l’Éocène

moyen (Lutétien).

[Illustration : Fig. 35. — Coupe de l’Adr’ar’ de Tahoua.

Il y a environ 110 km. de Tahoua à Bouza. Le trait épais indique

les plateaux couverts de formations latéritiques.]

=Miocène.= — On a signalé[73], au sud de Bouza, vers Boutoutou,

une roche ferrugineuse où abondent les empreintes fossiles ;

M. Douvillé y a reconnu une forme voisine du _Protho rotifera_ du

Miocène français. Au-dessus de ce gisement un schiste sableux,

brun jaunâtre, contient des débris végétaux où M. Zeiller a

signalé des fougères voisines de la Scolopendre et du Polypodium,

des Scitaminées et des Dicotylédones. Ces schistes à végétaux

sont surmontés d’une lumachelle où se rencontrent des _Cardita_,

qui rappellent une forme du Miocène supérieur du Cotentin. La

collection Moll, au Muséum, contient quelques troncs silicifiés

provenant de la partie supérieure du plateau de Bouza. J’ai

recueilli, près de Korema-Alba (50 km. à l’est de Bouza), des

latérites formées d’oolithes de limonite et qui, d’après

Cayeux, semblent provenir de la décalcification d’un calcaire

lacustre. Ces limonites sont probablement au-dessus du Lutétien.

La présence de gypse à plusieurs niveaux, la flore de Boutoutou

permettent de croire que des épisodes lagunaires et lacustres se sont

intercalés à plusieurs reprises au milieu de formations marines[74],

mais il semble acquis que la mer n’a quitté définitivement

l’Afrique centrale que depuis la fin du Miocène.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XIII.

[Illustration : Cliché Posth

25. — LE NIGER A NIAMEY.

Ile granitique au milieu du fleuve. Falaise de grès du Niger,

recouverts d’éboulis latéritiques.]

[Illustration : Cliché Posth

26. — LE PUITS DU VILLAGE D’YENI.

Dallol Bosso, au sud de Sandiré.]

=Extension géographique.= — Il est possible de suivre au loin

une partie de ces formations.

Le Lutétien fossilifère se rencontre encore un peu au sud de

l’itinéraire que j’ai suivi : les fossiles recueillis par le

capitaine Lelean proviennent de Garadoumi. Vers le nord, son extension

est très considérable : le capitaine Allouard m’a signalé deux

gisements fossilifères (avec nautiles) à moitié route entre

In Gall et Tahoua ; le lieutenant Jean a remis à la Sorbonne,

où j’ai pu les étudier, quelques blocs calcaires recueillis

au nord-ouest d’Agadez, à Tamalarkat et à Tafadek ; ces blocs

sont riches en _Operculina ammonea_. M. R. Arnaud, le capitaine

Pasquier et plus récemment le lieutenant Théral ont recueilli,

au voisinage de l’Azaouak, de beaux fossiles éocènes qui sont

déposés au Muséum.

Combemorel, E.-F. Gautier et le lieutenant Cortier ont rapporté

du haut Telemsi toute une faune de même âge, que le capitaine

Cauvin a retrouvée à l’ouest de l’Adr’ar’ des Ifor’ass,

ainsi qu’entre Mabrouka et Bemba ; les gisements fossilifères

commencent à 20 kilomètres au nord de ce poste. Antérieurement,

de Lapparent avait signalé les fossiles éocènes que le lieutenant

Desplagnes avait ramassés dans la région de Bourem.

A Ansongo, parmi les galets des alluvions anciennes sur lesquelles

est bâti le poste, à 7 mètres au-dessus du Niger, et qui sont

surtout formés de quartz et de roches cristallines, se trouvent des

silex jaunâtres, à peine roulés, sur lesquels on peut distinguer

quelques traces de fossiles, notamment des empreintes de turritelles

qui ne paraissent pas différentes de celles que l’on connaît dans

les gisements typiques de la région. Ces silex sont évidemment le

dernier reste d’assises calcaires importantes.

[Illustration : Fig. 36. — Village de Kaouara (40 km. à l’est

de Matankari).

Le campement est sur la dune fixée, au premier plan.]

[Illustration : Fig. 37. — Matankari ; au nord du poste. Au dernier

plan, entre les plateaux, le col où passe la piste de Tougana.

Matankari est à quelques kilomètres en amont de Dogon Doutchi sur

le dallol Maouri.]

Cet Éocène moyen fossilifère de l’Afrique centrale est dès

main tenant bien connu dans ses grandes lignes ; toute sa faune,

par son caractère littoral, indique une mer peu profonde et

cette considération bathymétrique explique l’absence de

nummulites, absence qui ne présente aucune sorte de gravité ;

les relations de cette mer avec les mers éocènes voisines sont

plus obscures. La faune indique des affinités profondes avec le

bassin de la Méditerranée ; il est bien vraisemblable aussi que

les communications qui, pendant le Crétacé supérieur, reliaient

cette mer à celle du Cameroun, persistaient encore à l’époque

lutétienne. Mais la trace précise de ces bras de mer nous fait

jusqu’à présent défaut : j’ai indiqué antérieurement que,

au nord-ouest d’In Azaoua, sur les grès dévoniens du tassili

Tan Tagrira, se trouvaient des grès d’aspect beaucoup plus jeune

et qui pourraient être crétacés ou tertiaires ; les documents

manquent pour suivre cette voie encore hypothétique vers le nord. Les

calcaires à silex, sans fossiles, qui surtout vers l’est couronnent

le Tadmaït, sont attribués par Rolland et Flamand à l’Éocène ;

toutefois ce n’est que beaucoup plus au nord que l’Éocène

est connu d’une manière authentique. Vers l’est, par Bilma,

une communication avec le désert lybique est probable, de même

que vers le sud avec le Cameroun et l’Atlantique par Gongola ;

mais jusqu’à présent à Bilma comme à Gongola, le Crétacé seul

est connu. Une communication vers l’ouest avec le Nummulitique du

Sénégal est possible ; c’est une question qui sera mieux à sa

place dans un chapitre ultérieur.

[Illustration : Fig. 38. — Grès du Niger.

Le Tondibi, sur la rive gauche du fleuve.]

Les argiles bariolées qui, dans l’Adr’ar’ de Tahoua, sont

recouvertes par les couches lutétiennes, ont, elles aussi, une grande

extension ; mais l’absence de fossiles ne permet pas de les suivre

avec autant de sécurité que les assises qui les surmontent.

Ces argiles se prolongent à l’ouest de Tahoua ; et, jusqu’à

Niamey, on les voit à chaque étape, toutes les fois que l’érosion

a fait disparaître le manteau latéritique qui couvre la haute

plaine du Djerma : les figures consacrées à Kaouara, Dinkim,

Matankari (fig. 36, 37, 41), les photographies (Pl. XII, XIV) de

Dogon Doutchi et d’Yéni montrent avec quelle netteté on peut

suivre cette assise ; jusqu’au dallol Bosso (Sandiré-Yéni),

on ne la perd pas de vue.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 9 / 32 段