L’origine de cette longue falaise est encore obscure ; elle

est peut-être une falaise d’érosion ; mais son importance,

son allure curviligne rendent plus probable une faille, en relation

avec les éruptions récentes de l’Aïr : de pareils effondrements

circulaires abondent, en effet, dans les régions volcaniques.

Quoi qu’il en soit de cette question, j’ai pu relever la coupe

suivante, prise au cap que forme la falaise, à l’est des puits

de Marandet (fig. 26) :

6. Grès jaunâtres à stratification oblique. Ce sont des

grès grossiers contenant des grains dont le diamètre varie de

1 millimètre à 1 centimètre. Leur puissance est d’environ 3

mètres, mais il n’en reste ici que des lambeaux ; cette assise

augmente rapidement d’importance vers le sud.

5. Grès blancs de même type que les précédents, 5 mètres.

4. Argiles violettes (0 m. 25). Les bois silicifiés abondent dans

cette assise. J’ai trouvé, éboulés dans les ravins, des troncs

de près de 1 mètre de diamètre. Ces arbres sont certainement des

conifères, mais leur très médiocre état de conservation n’a

pas permis à M. Fliche de les déterminer avec certitude. On peut

hésiter entre trois genres, _Araucaryoxylon_ et surtout _Cedroxylon_

ou _Cupressoxylon_ ; ces deux derniers genres ne sont pas connus

avant l’Infracrétacé.

3. Bancs alternant d’argiles violettes et vertes, 10 mètres. Ces

argiles contiennent de nombreux débris de _Dinosauriens_. Le peu de

temps que j’ai pu consacrer à l’étude de ce gisement, ne m’a

pas permis de trouver de pièces déterminables. Celles que j’ai

rapportées, suffisent, en tout cas, à prouver l’âge secondaire

des argiles et des grès.

2. Marnes blanches (0 m. 25).

1. Marnes violettes et vertes visibles sur 10 mètres. La base est

masquée par les éboulis.

A quelque distance au nord, on retrouve dans la plaine (A. fig. 26)

des argiles et des grès analogues à ceux qui constituent la falaise

de Tigueddi. Malheureusement des dépôts quaternaires et des dunes

masquent pendant quelques kilomètres, les relations entre la falaise

et la plaine.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XII.

[Illustration : Cliché Posth

23. — LA FALAISE DE TIGUEDDI.

Limite nord du Tegama.]

[Illustration : Cliché Posth

24. — LE VILLAGE DE DOGON DOUTCHI.

Dallol Maouri, en aval de Matankari.]

Foureau a coupé deux fois cette falaise, à Irhayenne et à

Tigueddi ; les détails qu’il donne indiquent que partout la

coupe est la même ; il a noté aussi de nombreux débris de bois

silicifié[54]. Il y a toutefois à noter à Tigueddi, comme

à Irhayenne, l’existence d’un calcaire travertineux dont

les conditions de gisements, lorsqu’elles seront mieux connues,

permettront peut-être de décider si la falaise de Tigueddi est due

à une faille ou à l’érosion [Foureau, _Doc. Sc._, p. 647-649].

[Illustration : Fig. 26. — Coupe de la falaise de Tigueddi à Marandet.

1, Argiles violettes et vertes visibles sur 10m ; 2, Marnes blanches

(0m25) ; 3, Argiles violettes et vertes (10m), Reptiles ; 4, Marnes

violettes (0,25), Bois silicifiés ; 5, Grès blancs à stratification

oblique (5m) ; 6, Grès jaunes à stratification oblique (3m) ; _q_,

Quaternaire ; 7, Graviers blancs visibles sur 0m20 ; 8, Graviers et

argiles rouges (1m), Sépultures musulmanes ; 9, Argiles et Graviers

avec débris de charbon (1m), entraînés de A, par ruissellement ;

A, Plaine de l’Azaouak (Grès et Argiles) ; C, Vallée quaternaire ;

B, Tilmas et puits de Marandet.]

Cette falaise délimite au nord, avec beaucoup de précision, la

haute plaine du Tegama (Pl. XII, phot. 23). Ce sont les grès,

visibles au sommet de la falaise, qui en forment le sol ; leur

épaisseur s’accroît vers le sud, autant du moins que l’on en

peut juger par l’examen des puits : le puits de Tiou Mousgou a

33 mètres de profondeur ; les deux premiers mètres sont creusés

dans des alluvions que soutient un coffrage en bois ; les 10 mètres

suivants traversent des grès de couleur claire, à grain moyen, avec

quelques intercalations de lits de graviers ; malgré la largeur du

puits, je n’ai pas pu voir plus profondément, mais les déblais

ne montrent non plus que des grès ; l’eau de Tiou Mousgou est

restée très limpide pendant toute la corvée d’abreuvoir, ce

qui ne s’expliquerait pas s’il y avait des argiles au fond du

puits. Un peu plus à l’est, Foureau a vu le puits de Tédalaka

(37 m.) et les détails qu’il donne [_Doc. sc._, p. 650], indiquent

la même structure géologique.

A 3 kilomètres au nord de la mare de Tarka, qui est dans un creux

marqué, quelques ravins, profonds de 3 à 4 mètres, sont creusés

dans des grès tendres, blancs ou noirs avec quelques veinules

d’argile. Au-dessus des grès se montrent quelques blocs de

latérite, la plupart roulés, et qu’il faut rattacher, je pense,

au Crétacé supérieur du Damergou.

Partout, en somme, où on peut voir les terrains qui constituent le

Tegama, on retrouve toujours ces mêmes grès tendres horizontaux. La

surface de la haute plaine est bien horizontale aussi ; il y

a quelques ondulations à grands rayons, mais le modelé du sol

indique constamment un terrain perméable ; le sol partout est

formé de grès tendres, qui dans les sentiers s’est effrité et

transformé en sable.

Les quelques rares mamelons, hauts de 5 à 6 mètres, qui émergent

de la surface, surtout dans la partie méridionale du Tegama, sont

bien probablement des dunes fossiles, fixées par la végétation.

Il paraît légitime de conclure que dans son ensemble le Tegama a,

en tous ses points, la même structure géologique et qu’il est

formé partout de grès horizontaux qui prolongent, vers le sud,

ceux que l’on observe à la falaise de Tigueddi.

Au sud du Damergou on retrouve la même plaine jusqu’au voisinage

d’Ouamè ; les matériaux de déblais des puits sont, à Achaoudden

tout au moins, des grès tendres de couleur claire.

Reste à fixer l’âge des grès du Tegama ; nous avons une limite

supérieure bien nette : dans le Damergou ils sont recouverts,

en concordance, par des assises fossilifères qui appartiennent au

Turonien, probablement même au Turonien inférieur.

Leur sommet, tout au moins, est donc du Crétacé et bien que rien

ne s’oppose d’une manière absolue à ce que, en quelques points,

ces assises aient commencé à se déposer au Trias ou au Jurassique,

leur puissance assez faible ne permet guère de croire qu’ils

puissent représenter de bien longues périodes.

Il semble assez logique, et, en tout cas commode, de les rattacher

au Crétacé inférieur.

Ces puits profonds, si fréquents dans le Tegama, sont extrêmement

remarquables : la tradition les attribue à une race éteinte ou

tout au moins émigrée, les Goberaoua[55] ; ils n’ont, en tous

cas, pu être creusés qu’à une époque de grande tranquillité

et par des sédentaires.

Les indigènes ne connaissent que les outils en fer, de qualité

médiocre, car l’acier manque au Soudan, comme au Sahara ; ils

ne peuvent creuser des puits que dans des roches assez tendres ;

il faut de plus que ces roches aient un peu de tenue et ne soient

pas ébouleuses.

La réunion de ces différents caractères porte à croire que la

plupart des puits profonds que l’on connaît au nord du Soudan,

ont été creusés dans des terrains très analogues entre eux comme

constitution lithologique. Cette remarque nous permettra de suivre

assez loin ces grès vraisemblablement infracrétacés.

D’Alar’sess au voisinage de Zinder, sur plus de 300 kilomètres,

cette formation est facile à observer ; elle est à peine masquée

pendant une vingtaine de kilomètres par le Turonien du Damergou.

Vers l’est, on la suit facilement jusqu’à l’Alakhos et

au Koutous.

Les puits ordinairement très profonds de ces deux pays sont creusés

dans un terrain identique à celui du Tegama : le puits de Guesket a

65 mètres ; les déblais forment, autour de son orifice, un talus

haut de près de 5 mètres : ces déblais sont presque uniquement

des grès ; il y a cependant un peu d’argile. Le talus seul est

soutenu par un coffrage de bois.

Au nord du Koutous, la ligne des puits de Tassr, Boulloum, Dalguian,

semble jalonner une vallée en contre-bas du plateau d’une trentaine

de mètres. Cette vallée est d’ailleurs très ensablée et couverte

de dunes ; les puits y ont une quinzaine de mètres, soit 45 mètres

depuis le plateau ; l’aspect du sol, lorsqu’il apparaît entre

les dunes, est bien celui du Tegama.

A l’est de l’Aïr, Barth et von Bary ont signalé des grès

formant des plateaux horizontaux, dont quelques-uns recouverts d’une

nappe de basalte. Les itinéraires par renseignements entre Agadez

et Fachi n’indiquent qu’une immense plaine.

Près de Fachi, on signale un mamelon rocheux (granitique) et des

plateaux gréseux à patine noire (sergent Lacombe) et à l’est

du Kaouar, des grès peut-être dévoniens. Mais, au sud de Bilma,

le Crétacé supérieur marin est connu et autorise, sans trop

d’invraisemblance, à étendre les grès du Tegama jusqu’au

voisinage de Bilma.

Au sud du Koutous, les grès du Tegama se prolongent jusqu’au

Mounio dont ils entourent au moins la partie nord : ce point est

important parce qu’il donne une indication précise sur l’âge

des granites alcalins de Gouré.

A peu de distance à l’est de Gouré, commence un erg qui s’étend

jusqu’auprès de Chirmalek : entre Chirmalek et le Tchad, comme

dans la région des mares à natron de Gourselik (Manga), on retrouve

une plaine dont la surface rappelle singulièrement le Tegama ; à

l’est du lac, le Kanem reproduit les mêmes traits. J’ai déjà

indiqué ailleurs que tout le bassin du Tchad était probablement

infracrétacé, tout en signalant des divergences notables entre le

Tegama et la région du Tchad.

La végétation n’est plus exactement la même ; le Kalgo (_Bauhinia

reticulata_) et quelques autres arbres disparaissent à l’est

de Gouré ; le _Salvadora persica_, absent du Tegama, s’y montre

abondant. Les termitières disparaissent en même temps que le Kalgo ;

elles manquent aussi dans le Kanem et le Chittati : on ne les retrouve

que dans la partie méridionale du Tchad. Leur absence est complète,

ce qui permet aux indigènes de conserver leur mil dans des silos,

procédé inapplicable dès que se montre le dangereux insecte. Il

ne semble pas que le climat puisse expliquer ces quelques faits,

qui tiennent probablement à une particularité de la nature du sol.

Dans le Tegama, il existe un réseau hydrographique mal dessiné,

mais reconnaissable ; les lits des rivières, à berges peu ou pas

marquées, sont jalonnés par des mares d’hivernage, en chapelet,

qui, lorsque la pluie a été suffisante, se déversent les unes

dans les autres. Dans la région du Manga, à l’est, comme à

l’ouest du Tchad, il n’y a rien de semblable : on y rencontre

fréquemment des cavités à fond plat, profondes d’une dizaine de

mètres et d’un diamètre moyen de 7 à 800 mètres. Les bords sont

probablement abrupts, mais toujours ensablés ; je n’ai pu les voir

nulle part. Dans toutes ces cuvettes, l’ensablement indique que

les vents dominants venaient de l’est ou du nord-est. La falaise

orientale est parfois surmontée d’une dune, haute de 2 à 3 mètres

tout au plus ; la falaise occidentale est affleurée par une pente

douce de sable (fig. 27). Quelques-unes de ces dépressions ont

des affluents que l’on peut suivre sur quelques kilomètres ;

on ne connaît d’effluent à aucune d’entres elles. Parfois,

comme entre Gourselik et Bornoyazu, ces creux ont une tendance

à s’aligner, bien que la liaison ne soit pas évidente entre

eux. Freydenberg[56] a décrit avec soin des accidents semblables,

notamment dans le Chittati [_l. c._, p. 56]. Les cuvettes sont parfois

plus profondes et la falaise qui les limite atteindrait jusqu’à

50 ou 60 mètres. Malgré cette divergence, l’identité des deux

régions n’est pas douteuse : Freydenberg, qui a vu les cuvettes à

l’est et à l’ouest du Tchad, est très affirmatif sur ce point.

Un fait encore semble bien établi : le fond de toutes ces cuvettes

est occupé par des dépôts blanchâtres, identiques à ceux du

Tintoumma et de certains bahr du Tchad. Toutes ces cuvettes auraient,

à une époque indéterminée, été occupées par des eaux ayant

donné naissance à des sédiments identiques.

Freydenberg va plus loin et il suppose qu’il s’agit d’un lac

unique, et que, à l’époque de sa plus grande extension, le Tchad

aurait couvert une immense surface : vers l’ouest sa limite serait

indiquée par Kakara à 200 kilomètres du Tchad, vers le nord par

N’Gourti, à 100 kilomètres de N’Guigmi. Les limons blancs de

toutes les cuvettes seraient, dans cette hypothèse, des dépôts

d’un même lac, en continuité les uns avec les autres. Le plateau

qui les isole serait d’origine éolienne et représenterait une

série de dunes très anciennes, que je ne sais quel agent aurait

exactement nivelées. « Le Chittati a été probablement le premier

pays asséché ; les dunes y sont plus anciennes qu’au Kanem

(profil plus doux) et des dunes transversales ont eu le temps de

se former, bouchant les vallées dunaires » [c’est-à-dire, je

pense, la dépression qui sépare deux dunes] « et donnent à cette

région son aspect de plateau sablonneux, percé d’une quantité de

cuvettes » [_l. c._, p. 63]. Ces cuvettes seraient tout simplement

les points non encore ensablés.

Il est bien certain que le Tchad a été autrefois beaucoup plus

étendu qu’il ne l’est actuellement : les sédiments, amenés par

le Chari et la Komadougou le comblent peu à peu : toutes les terres

qui bordent le sud et l’est du lac, toutes les îles du Tchad

font partie du delta du fleuve. Mais les limites qu’il convient

de donner à l’ancienne extension de la nappe lacustre sont sans

doute beaucoup plus restreintes que ne l’indique Freydenberg ;

j’ai trouvé à mes deux passages (11 février et 12 mars 1906) que

le fond de la cuvette de Myrrh était à une cinquantaine de mètres

au-dessus du Tchad : on ne peut cependant attacher grande importance

à ces indications ; les nivellements que donne un anéroïde que

l’absence d’observations voisines empêche de corriger étant

toujours suspects.

La grosse objection que l’on pourra faire à l’hypothèse de

Freydenberg est, en dehors de l’hypsométrie, la difficulté

d’expliquer comment le nivellement d’un erg peut être assez

parfait pour donner l’illusion d’un plateau. Ni le ruissellement,

ni l’érosion éolienne ne peuvent amener ce résultat et il

semble difficile d’admettre une crue du Tchad assez forte pour

avoir récemment inondé tout le pays.

Freydenberg fait observer que tous les puits de la région sont

creusés dans le même sol ; mais tous les puits sont dans des

dépressions et celui qui a été creusé à Lilloa [_l. c._ p. 69],

sur la pente de l’oued, est beaucoup trop près du fond de la

dépression pour que l’on en puisse tirer une conclusion ferme.

Il me semble qu’un plateau aussi parfait que celui du Manga ne peut

être formé que de couches horizontales. L’absence de réseau

hydrographique prouve que ces couches sont très perméables[57]

comme celles du Tegama : la différence entre les deux pays tient

à leur altitude ; le Tegama, voisin de 500 mètres, reçoit un peu

plus de pluie que le Tchad (moins de 300 m.) qui occupe évidemment

le centre d’une dépression. Grâce à cette moindre sécheresse,

des vallées rudimentaires ont pu se former sur le premier.

[Illustration : Fig. 27. — Coupe schématique d’une cuvette du Manga.

F, Failles hypothétiques ; _a_, Limon noir ; _b_, Limon gris, 3 m. ;

_c_, limon blanc, 2 m.]

Quant aux innombrables cuvettes que l’on rencontre dans le Manga

et les régions voisines, il semble qu’un effondrement, dû à

la dissolution de roches solubles, en soit l’explication la plus

simple. L’abondance des mares à natron et des mares salées

est à l’appui de cette hypothèse. Pour la renverser il aurait

fallu creuser un puits non pas en un point tel que A (fig. 27), mais

beaucoup plus loin, à quelques cents mètres des bords du plateau.

Vers l’ouest, les assises du Tegama disparaissent sous le Crétacé

supérieur et le Tertiaire ; cependant dans la région de Sokoto,

au sud de l’Éocène de Tahoua, le pays est formé de plaines

sableuses où seuls des puits profonds assurent de l’eau en toute

saison ; quelques-uns atteignent 400 pieds (120 m.[58]).

Les puits de Filingué (50 m.) dans le dallol Bosso, et de Lehem

(70 m.) permettent de suivre cette zone vers le nord.

Gautier a signalé, entre l’Adr’ar’ des Ifor’as et Gao,

des puits profonds dont l’orifice est au niveau des calcaires du

Crétacé supérieur[59]. Il a dû choisir, pour y boire, le puits

de Tabankort (35 m.) parce qu’il était, au dire des guides, moins

profond que d’autres. On en cite de 100 mètres, et s’il ne faut

accepter que sous bénéfice d’inventaire des chiffres ronds fournis

par ouï-dire, du moins est-il certain que quelques puits atteignent

de grandes profondeurs, dépassant de plusieurs dizaines de mètres

celle de Tabankort, déjà respectable. Par son grand diamètre (6-7

m.), comme par sa profondeur, ce puits rappelle ceux du Tegama. Il en

diffère cependant par un caractère important ; il serait taillé

en plein calcaire : je ne pense pas que ceci puisse s’entendre de

toute la profondeur, mais seulement de l’orifice ; les calcaires

sont bien durs pour les outils des Soudanais. Il faut cependant

se méfier : les puits de Ghardaïa, profonds de 70 mètres, ont

été creusés dans les calcaires compacts du Crétacé supérieur :

malgré les rapports constants des Mozabites avec la Méditerranée,

il n’est pas certain que leur outillage ait été moins imparfait

que celui des Soudanais.

Quoi qu’il en soit de cette difficulté, les puits profonds se

retrouvent tout le long de la bordure ouest de l’Adr’ar’ où

ils jalonnent, à partir de Teleyet et de Tessalit, une grande plaine

stérile, l’Adjouz, où les calcaires de Tabankort se retrouvent

avec des fossiles, à Asselar’, Mabrouk, El Houz.

Plus à l’ouest encore, jusqu’au méridien de Tombouctou tout au

moins, cette zone des puits profonds est bien indiquée : El Adjou

aurait 70 mètres et Inalaye 90 mètres. La ligne dite des puits,

entre Tombouctou et Ormaïort (210 km.), au nord du Niger, suit un

plateau coupé de quelques dunes ; elle est jalonnée par des puits

situés à un ou deux jours de marche les uns des autres. Ces puits

profonds de 30 à 40 mètres ont un débit important[60].

Ce n’est évidemment que par une induction, peut-être un peu trop

audacieuse, que le sous-sol de ces différentes régions, dont le

seul caractère commun est l’éloignement de la surface de leur

nappe d’eau permanente, peut être rattaché aux grès du Tegama,

c’est-à-dire à l’Infracrétacé.

Il semble cependant que les observations géologiques faites au

cours du raid à Taoudenni du colonel Laperrine, par le lieutenant

Mussel[61], apportent un appui sérieux à cette hypothèse.

Partant du Touat où des grès à sphéroïdes et des argiles

gypsifères multicolores, recouvertes par les calcaires fossilifères

crétacés supérieurs du Tadmaït, représentent l’Infracrétacé,

Mussel a pu suivre de proche en proche cette formation ; il l’a

vue former entre Adr’ar’ (Touat) et Tin Haïa, une série de

gours, de témoins isolés. A El Biar, à Taoudenni, les mêmes

couches bariolées que Lenz avait déjà signalées (grès rouges)

forment quelques mamelons qui témoignent de la continuité de cette

formation (fig. 6, p. 11).

[Illustration : Fig. 28. — Falaise d’El Khenachiche.

D’après Mussel (_Renseign. colon._, 1907, p. 151).

1, Argile rouge avec veines de gypse ; 2, Gypse et Calcaire, 0 m. 50 ;

3, Argiles schisteuses avec gypse, 4 m. ; 4, Conglomérat quartzeux,

1 m.]

Ce même Infracrétacé se montre nettement à la falaise d’El

Khenachiche[62] qui laisse voir des couches horizontales d’argiles

bariolées gypsifères passant parfois à des grès rouges.

Cette haute falaise, que l’on coupe à 100 kilomètres au sud de

Taoudenni, limite vers le sud la dépression au centre de laquelle

se trouvent les salines d’Agorgott ; elle a été coupée sur

la route d’Ounan à Taoudenni par le capitaine Cauvin[63] et 100

kilomètres plus à l’est par le colonel Laperrine ; d’après les

indigènes, les routes de Taoudenni à Oualata et à l’Adr’ar’

Tmar ont à la franchir ; vers l’est elle se rapproche un instant

de la hammada El Haricha (Carbonifère), puis se redressant vers

le nord-est, se développe pendant des centaines de kilomètres à

travers le tanezrouft.

Quelle que soit l’exagération toujours possible des données

des guides, il n’en est pas moins acquis que la falaise d’El

Khenachiche est un des traits les plus remarquables de la région

de Taoudenni, où elle joue un rôle à tout le moins comparable à

la falaise de Tigueddi, au sud de l’Aïr.

Cette haute falaise franchie, on ne trouve plus jusqu’au Niger aucun

relief ; quelques dunes mises à part, les pistes se déroulent sur

une haute plaine où se trouvent les puits profonds déjà signalés

et qui, vers l’est, va se perdre sous les calcaires crétacés de

Mabrouka et de Tabankort.

Tout cela est, en somme, assez concordant : autour du massif ancien

du Sahara central, une série d’assises détritiques de grès et

d’argiles, restées franchement horizontales, forment une ceinture

presque continue ; elles reposent, en discordance, sur les terrains

primaires, Silurien à Alar’sess, Dévonien à l’Aougueroutt,

Carbonifère près de Taoudenni. Les grès à sphéroïdes du Touat,

comme les grès du Tegama, ne présentent presqu’aucun accident

tectonique ; ils sont donc beaucoup plus jeunes que le Dévonien ou le

Carbonifère qui, dans le Sahara du Nord, dans la zone hercynienne,

sont nettement plissés et qui, plus au sud, dans les régions de

structure tabulaire, sont affectés de plis à grands rayons et de

dénivellations brusques, dus à des diaclases ou à des failles.

Ces grès, dans un grand nombre de points (Tadmaït, Mabrouka,

Tabankort, Damergou, Bilma) sont en relation avec des assises

fossilifères, toutes de la fin des temps secondaires. La zone

d’affaissement où ils se sont déposés pendant l’Infracrétacé

a été occupée, un peu plus tard, par les mers du Crétacé

supérieur [cf. t. I, 234].

Il est digne de remarque que, dans l’archipel touatien, cette

région affaissée coïncide avec la région où voisinent les

plissements hercyniens et calédoniens, voisinage qui entraîne

une assez grande complication de la tectonique, et que, au sud,

elle paraisse masquer, à Labezzanga, au nord de Niamey, une zone

de rebroussement des plis calédoniens.

Dans des notes antérieures, j’ai qualifié les grès de Tegama

de formation continentale ; je regrette d’avoir usé de cette

expression équivoque qui devrait être réservée aux dunes, à la

latérite et à quelques autres roches dans la genèse desquelles

l’atmosphère sèche ou humide est le principal facteur.

Les grès du Tegama sont certainement des dépôts qui se sont

formés dans l’eau et même dans la mer ; leur stratification

régulière sur d’immenses surfaces ne saurait laisser aucun

doute. La disposition oblique de certains lits de sables et de

graviers prouve seulement que cette mer était le siège de courants

rapides. Il est bien clair qu’un affaissement, de l’importance de

celui dont il s’agit, amène nécessairement de profonds changements

dans le régime de tous les cours d’eau de la région qui, à

la faveur du déplacement de leur niveau de base, sont obligés

de remanier leur profil ; ils prennent une allure de torrent et

tendent à combler rapidement la dépression nouvellement formée :

les grès souvent grossiers du Tegama indiquent tout simplement

le début d’un cycle de sédimentation. Pour que des lacs comme

le Nyassa ou le Tanganika n’aient pas été comblés au fur et à

mesure que jouait la fracture qui leur a donné naissance, il a fallu

des conditions très spéciales. Penck[64] admet qu’ils n’ont pu

se former que dans une région déserte, où les rivières étaient

des oueds coulant aussi peu que ceux du Sahara.

Après que les fleuves qui se jetaient dans cette zone déprimée

ont eu rectifié leur lit, les courants ont diminué d’importance

et il a pu se déposer des marnes et des calcaires plus favorables

que les grès à la conservation des fossiles.

Il s’agit donc bien d’une formation marine, et l’épithète

malencontreuse que j’ai employée voulait indiquer seulement

qu’il s’agissait d’une aire continentale et que toute trace

de géosynclinal, même de mer moyennement profonde, faisait défaut.

=Crétacé supérieur.= — Au-dessus des grès et argiles du Tegama,

on trouve dans le Damergou une série de collines hautes d’une

trentaine de mètres et constituées par le Crétacé supérieur

avec fossiles marins.

[Illustration : Fig. 29. — Crétacé supérieur du Damergou. —

Près de Danmeli.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 8 / 32 段