Le Commandeur des Croyants leur donna un de ses fils, Ihounés,

né d’une femme captive, qui partit accompagné de quelques

esclaves, ancêtres de tous les ministres actuels. Dès le début,

l’intervention de six sœurs, sultanes imenanes, provenant

d’une tribu de l’Ahaggar, amena la séparation des Kel Oui

en deux fractions principales : trois d’entre elles, les plus

jeunes, restèrent à Agadez et furent les mères des tribus qui

dépendent directement du sultan ; les trois aînées retournèrent

à Iférouane et eurent pour descendants les Kel Oui proprement dits,

qui dépendent de l’anastafidet, le véritable chef de l’Aïr

et son intermédiaire auprès du sultan. Tout ceci est évidemment

en partie légendaire, mais il est intéressant de retrouver les

Imenan, qui sont des Cheurfa, descendants probables des premiers

missionnaires musulmans qui vinrent en pays touareg, jouer un

rôle en Aïr ; chez les Touaregs du nord, ils ont été longtemps

les chefs de toute la confédération et ont eu une très grande

importance ; ils ont provoqué récemment les guerres qui ont mis aux

prises les Ahaggar d’Aïtar’el et les Azdjer d’Ikhenoukhen,

l’ami de Duveyrier, guerres qui auraient amené, à la demande

d’Ikhenoukhen, l’installation d’une garnison turque à R’at

(1877 ?) [Benhazera, _Six mois chez les Touaregs_, p. 101-122].

De l’ambassade à Constantinople et de la démarche des six

sultanes, est résulté un protocole extrêmement précis et très

compliqué qui se manifeste à l’élection de chaque sultan et,

tous les ans, à la réunion des chefs, à la « sansanié », où,

sous la présidence du serki, la justice est rendue. On trouvera le

détail de ces cérémonies dans Gadel et dans Jean : l’étiquette

y est très ridicule, très stricte et aurait certainement satisfait

la Palatine, juge difficile et sévère.

Il est peu aisé de fixer une date à l’établissement de la

dynastie d’Agadez ; on connaît le nom d’une centaine de sultans

et, d’après les marabouts instruits d’Aïr, le premier serait

arrivé à Agadez vers 1420, la prise de Constantinople par les Turcs

est de 1453[52] ; il y a donc contradiction flagrante entre la date

indiquée et la légende d’Ihounés qui paraît cependant reposer

sur des faits positifs.

=Les habitants.= — Les habitants de l’Aïr se partagent en un

certain nombre de castes, analogues à celles que l’on trouve chez

les Touaregs du nord.

Il y a d’abord des tribus nobles, les Imajeran, puis les Ifor’as,

récemment venus en Aïr, et dont la noblesse n’est pas certaine ;

les Imr’ad, qui sont analogues à ceux de l’Ahaggar, comme eux

libres, mais vassaux des Imajeran.

Les Irraouellan sont des affranchis ou des descendants d’anciens

captifs ; les enfants d’un Touareg libre et d’une esclave sont de

droit Irraouellan, en même temps que la mère est affranchie. Ces

affranchis (_bouzou_, pluriel _bougajié_ en haoussa) sont

extrêmement nombreux ; quelques-uns sont établis dans le Haoussa

où ils se livrent à la culture et à l’élevage ; jusqu’à

notre arrivée, ils payaient un léger tribut à leurs anciens

maîtres. D’autres sont restés en Aïr et vivent surtout du

commerce et des caravanes ; ils seraient 4 ou 5000.

Enfin les captifs (_bellah_ en haoussa, _iklan_ en tamachek), dont

quelques-uns vivent auprès de leurs maîtres, tandis que le plus

grand nombre gardent au loin les troupeaux et sont en fait à peu

près libres, forment la dernière caste.

Beaucoup de ces esclaves sont très attachés à leurs patrons

et ne veulent pas être libérés ; captifs, ils n’ont pas à se

préoccuper de leur nourriture ; la sécurité et le repos d’esprit

qui en résultent pour eux compensent largement l’absence de

liberté : un usage très humain de l’Asbin autorise les marabouts

à s’opposer à l’affranchissement d’un esclave lorsqu’il est

infirme ou âgé, ou bien, pour une cause quelconque, hors d’état

de gagner sa vie. Ce manque d’enthousiasme pour une vaine liberté

s’observe dans les États noirs aussi bien qu’en Aïr.

Les données de Jean permettent d’établir les statistiques

suivantes :

=Tribus dépendant directement du Sultan.=

[NOM. TRIB : NOMBRE DE TRIBUS

POP. TOTALE : POPULATION TOTALE]

+----------+-----+--------+------+--------+-------+-----+----+-------+

| |NOM. | | POP. | | | | |CHÈVRES|

| |TRIB.|TOUAREGS|TOTALE|CHAMEAUX|CHEVAUX|BŒUFS|ÂNES| ET |

| | | | | | | | |MOUTONS|

| +-----+--------+------+--------+-------+-----+----+-------+

|Immakitane| 7 | 95 | 460 | 400 | 19 | 20 | 100| 2000 |

| | | | | | | | | |

|Kel Tadek | 3 | 100 | 470 | 300 | 5 | 30 | 20| 1800 |

| | | | | | | | | |

|Amazegzel | 3 | 30 | 125 | 0 | 50 | 0 | 30| 500 |

| | | | | | | | | |

|Kel | 14 | 685 | 4320 | 3000 | 120 |1100 | 900| 11000 |

|Ferouan | | | | | | | | |

| | | | | | | | | |

|Tribus | 13 | 520 | 2830 | 4500 | 90 | 450 | 600| 9000 |

|non | | | | | | | | |

|groupées | | | | | | | | |

| +-----+--------+------+--------+-------+-----+----+-------+

| | 40 | 1430 | 8205 | 8200 | 284 |1600 |1650| 24300 |

+----------+-----+--------+------+--------+-------+-----+----+-------+

Les Kel Ferouan seraient arrivés en Asbin avec le sultan Ihounés,

qui, à la demande d’une jeune fille noble de la tribu (Ibouzahil

ou Izoubahil, Isabelle ?), aurait consenti à installer les Kel

Ferouan autour d’Agadez et à faire de leurs guerriers sa garde

particulière, garde d’une indépendance souvent dangereuse. Les

Kel Ferouan ont toujours conservé une grande liberté ; leur chef

entretient à Agadez, auprès du sultan, une sorte d’ambassadeur,

le Rastamala (Pl XXXI, phot. 59).

=Tribus Kel Oui dépendant de l’anastafidet.=

[NOM. TRIB : NOMBRE DE TRIBUS

POP. TOTALE : POPULATION TOTALE

CHAM. : CHAMEAUX

CHEV. : CHEVAUX]

+-------------+-----+--------+------+-----+-----+-----+----+-------+

| |NOM. | | POP. | | | | |CHÈVRES|

| |TRIB.|TOUAREGS|TOTALE|CHAM.|CHEV.|BŒUFS|ÂNES| ET |

| | | | | | | | |MOUTONS|

| +-----+--------+------+-----+-----+-----+----+-------+

|Kel Oui | 13 | 312 | 1795 | 1800| 30 | 170 | 250| 4000 |

| | | | | | | | | |

|Kel Tafidet | 8 | 305 | 2555 | 1350| 40 | 300 | 160| 6000 |

| | | | | | | | | |

|Azanières | 6 | 160 | 1080 | 1800| 30 | 100 | 140| 2000 |

| | | | | | | | | |

|Ikaskazan[53]| 15 | 480 | 3170 | 7000| 160 | 320 | 640| 6000 |

| +-----+--------+------+-----+-----+-----+----+-------+

| | 42 | 1257 | 8600 |11950| 260 | 890 |1190| 18000 |

+-------------+-----+--------+------+-----+-----+-----+----+-------+

Il y aurait d’après cela, en Aïr, environ 20000 habitants dont

3000 guerriers. Leur fortune en troupeau serait, en chiffre rond,

de 20000 chameaux, 600 chevaux, 3000 ânes, 2600 bœufs et 45000

chèvres ou moutons.

Un rapport manuscrit du capitaine Posth permet de préciser ou

de rectifier quelques points ; il confirme le chiffre de 20000

habitants, mais augmente sensiblement le nombre des tribus ; chez

les nobles surtout, la pulvérisation est poussée à l’extrême

et certaines fractions ne comptent que trois ou quatre tentes ;

l’une d’entre elles même, celle des Kel Taguei, du groupe des

Ikaskazan, n’a plus qu’un seul représentant (en 1907).

Les 20000 habitants comprendraient 8 à 10000 Touaregs (Imajeran,

Ifor’as et Imr’ad) ; 4 à 5000 Iraouellen ; 2500 à 3000

sédentaires (Agadez et région des Teguidda) et 2 à 3000 captifs.

J’avais noté, à Agadez, que les guerriers comprenaient 2149

hommes libres et 827 bellah.

Tous ces renseignements sont assez concordants, de sorte que le

chiffre de la population peut être considéré comme exact.

Quant au bétail, Posth l’estime beaucoup plus nombreux que les

statistiques de Jean ; 400000 chèvres et moutons, et 60000 chameaux.

Les Kel Gress qui nomadisent surtout entre In Gall, Sokoto et Kano

ne sont pas compris dans les statistiques précédentes. Ils tendent

de plus en plus à s’installer avec leurs nombreux troupeaux dans

le Tessaoua et le Gober ; ils ne paraissent plus à Agadez que pour

les fêtes officielles ; ils y passent aussi pour aller chercher du

sel et des dattes à Bilma.

Ils compteraient 46 tribus ; leur nombre serait d’environ 20000.

Quant aux Oulimminden de l’est, ce ne serait que depuis le XIVe

ou le XVe siècle qu’ils auraient eu des rapports avec l’Aïr,

rapports très lâches d’ailleurs et très intermittents. 7 à 8000

individus, partagés entre une dizaine de tribus qui nomadisent dans

la région de Tahoua, payaient seuls l’impôt à Agadez ; l’autre

fraction des Oulimminden forme une confédération indépendante qui

habite surtout l’est de Gao et fréquente la région des mares de

Menaka et de l’Azaouak, sous la direction de l’amenokal Fihroun ;

Pasquier, dans un rapport resté inédit, donne la statistique

suivante pour les Touaregs qui dépendant de Fihroun : Imochar

(nobles), 350 tentes ; Imrad, 600 ; bellah, 900. Soit à peine 2000

hommes ; les Oulimminden, dépendant d’Agadez, formeraient à peu

près la moitié du groupe.

Par sa position géographique et la pointe qu’il fait vers

le nord au milieu des tanezrouft, l’Aïr a toujours eu une

grande importance : les routes qui vont des États haoussas à la

Méditerranée sont obligées d’y passer. Relativement au bassin

du Niger, l’Adr’ar’ a une fonction analogue. L’originalité

humaine de l’Aïr tient à une autre cause : les Touaregs qui

l’habitent ne sont pas tous de vrais Touaregs ; la plupart des Kel

Oui ne sont pas des Méditerranéens, mais des Haoussas. L’Aïr

est probablement la région la plus septentrionale d’Afrique où

vive actuellement, en liberté, à l’état spontané, un rameau

des races noires.

Ces Touaregs blancs et ces Touaregs noirs sont d’ailleurs

extrêmement mélangés ; toutefois les blancs se trouvent surtout

dans les tribus qui dépendent du Sultan et qui vivent presque

constamment dans l’Aïr, les noirs dominent dans les tribus de

l’anastafidet qui sont en relations très suivies avec les États

haoussas.

Cette dualité de races explique sans doute les guerres incessantes

dont l’Aïr a été le théâtre ; elle explique aussi les demandes

d’intervention qui se sont manifestées à maintes reprises à

Zinder : c’est à la demande formelle des tribus noires et du

sultan qu’Agadez a été occupé.

Les Touaregs blancs, les véritables nomades de l’Asbin, sont

des éleveurs qui, vivant surtout de laitage, peuvent se passer

de relations régulières et suivies avec les pays producteurs de

mil. Leurs qualités guerrières leur permettaient d’ailleurs, en

cas de disette, de trouver, par la force, dans le sud, le complément

nécessaire.

Les Kel Oui, au contraire, sont peu guerriers ; on prétend dans

l’Ahaggar que, pour aller chez eux, il suffit d’être armé d’un

bâton : le guide qui nous avait amenés à Iférouane, en 1905,

a profité de son passage dans ce village pour s’approvisionner

de beaucoup de choses utiles ; la terreur que le nom de sa tribu

inspirait à tous, lui a fait donner tout ce dont il avait besoin ;

et, par crainte de représailles venant de lui ou de ses contribules,

ce n’est que plusieurs jours après son départ, que j’ai été

avisé de ses manœuvres. Les Kel Oui vivent surtout de commerce ; ils

assurent le passage des caravanes jusqu’à Zinder et à Kano ; ils

leur vendent des céréales et entreposent leurs marchandises. Pour

eux, les bonnes relations avec le sud et la sécurité des routes

sont des conditions nécessaires : on comprend qu’ils soient

venus rapidement à nous ; la soumission des vrais Touaregs, qui ne

gagnaient rien d’immédiat, a été plus difficile à obtenir.

[Note 2 : Haug, _C. R. Ac. Sciences_, 7 août 1905.]

[Note 3 : Haug, in Foureau, _Documents scientifiques_, 1905, p. 753 ;

Flamand, _C. R. Ac. Sc._, 3 avril 1905.]

[Note 4 : Ce terme d’Archéen ne serait tout à fait correct que

s’il était établi que les noyaux granitiques sont antérieurs

au Silurien. Quelques faits rendent cette antériorité probable,

mais, jusqu’à présent, les preuves positives font défaut.]

[Note 5 : Voinot, _Bull. Comité Afr. fr._, mars, avril, août,

sept., oct., 1908, p. 218.]

[Note 6 : _Rens. col. Comité Afr. fr._, juin 1907, p. 142-155.]

[Note 7 : _Revue coloniale_, 1907, p. 361-386.]

[Note 8 : _La Géographie_, XVI, 1907, p. 225.]

[Note 9 : _Études sur la Géographie physique et la Géologie de

Fouta Djalon._ — Thèse, 1905.]

[Note 10 : _La Géographie_, XVII, 1908, p. 201.]

[Note 11 : _Contribution à l’étude de la Géographie physique

du Dahomey_, thèse, 1908.]

[Note 12 : In Chevalier, _L’Afrique centrale française_, 1908,

p. 646.]

[Note 13 : Gentil et Lemoine, _Bull. du Comité de

l’Afr. française, Rens. col._, avril 1908, p. 98-100.]

[Note 14 : Bruel, _Renseignements coloniaux du Comité de l’Afrique

française_, avril 1908, p. 98, — Lœffler, _ibid._, sept. 1907,

p. 224. — Lancrenon, _Bull. du Comité de l’Afr. française_,

janvier 1908, p. 18 ; _Rens. col._, _Id._, p. 38.]

[Note 15 : _La Géographie_, XVIII, 1908, p. 219.]

[Note 16 : Notice géologique sur la région de Dori, _Rev. des

troupes coloniales_, 1904, p. 228.]

[Note 17 : Quelques-uns des détails donnés par Hubert sur les

quartzites de l’Atacora, semblent indiquer des surfaces de

charriage et des plis couchés. L’analogie avec le Jura paraît

bien contestable.]

[Note 18 : Motylinski et Basset, _Grammaire, Dialogues et Dictionnaire

Touaregs_, Alger, 1908.]

[Note 19 : L’alphabet tifinar’ a deux z ; j’indique ici,

d’après Motylinski, l’orthographe exacte de Tanez’rouft,

quitte à la négliger dans le reste de l’ouvrage.]

[Note 20 : Tous les après-midis, le thermomètre a dépassé 45° ;

ces hautes températures n’interrompaient pas la marche.]

[Note 21 : Mussel, _Rens. col. Comité de l’Afr. fr._, mars 1907,

p. 57.]

[Note 22 : _Rens. col. Comité de l’Afr. fr._, avril 1907,

p. 90. — Nieger, _La Géographie_, XVI, déc. 1907.]

[Note 23 : Cortier, _De Tombouctou à Taoudenni_, _La Géographie_,

XIX, 1906, p. 317. — Cauvin, _Société de Géographie commerciale

de Paris_, XXX, août-sept. 1908.]

[Note 24 : R. Arnaud, _Rens. col. Comité de l’Afr. fr._, XVII,

mai 1907, p. 123.]

[Note 25 : _La Géographie_, XII, octobre 1905, p. 218.]

[Note 26 : Barth, _Reisen_, I, p. 333. Les noms sont bien

reconnaissables : Tarhadjit : Tar’azi ; Ne-ssua : In Azaoua ;

Tagerèra : Tagrira ; El Arh-ssul : El R’essour ; vallée

d’Erararem ; Od Igharghar ; Serser : Zazir ; Temârhasset :

Tamanr’asset ; Utul : Outoul. Les distances indiquées sont bonnes :

de l’oued Outoul à In Salah, il y a quelques confusions.]

[Note 27 : Le lieutenant Halphen a récemment reconnu le point d’eau

d’Ilifek, au S.W. d’In Azaoua. Les renseignements détaillés

font encore défaut.]

[Note 28 : _Six mois chez les Touaregs du Ahaggar_, Alger, 1908,

p. 205-208.]

[Note 29 : Dinaux, _Rens. col. Comité de l’Afr. fr._, mars 1908,

p. 80. — Cortier, _D’une rive à l’autre du Sahara_, Paris,

1908, p. 129.]

[Note 30 : Laperrine, Nieger, _Rens. col. Comité de l’Afr. fr._,

février 1905. — Villate, _La Géographie_, XII, octobre 1905.]

[Note 31 : Voinot, _Bull. du Com. de l’Afr. fr._, mars, avril,

août, sept., oct. 1908.]

[Note 32 : Sur la carte hypsométrique (Pl. I), l’Oudan a été

marqué par inadvertance à l’est de l’Igharghar.]

[Note 33 : Dinaux, _Rens. col. Comité de l’Afr. fr._, 1908,

p. 76-85. — Arnaud et Cortier, _Nos confins Sahariens_, Paris,

1908.]

[Note 34 : Ce nom d’Igharghar se trouve ainsi deux fois, au nord

et au sud de la Coudia. Il est sans doute une simple variante du

nom commun ir’azar, synonyme berbère de oued.]

[Note 35 : _Esquisse du Sahara Algérien_, à 1/2500000 (Gouvernement

général. Alger, 1907).]

[Note 36 : Les bœufs sont certainement un peu plus nombreux que

ne l’indique ce tableau : Motylinski en a compté 37 dans un seul

troupeau. Il y a une douzaine de chevaux dans l’Ahaggar. Les ânes

sont très nombreux.]

[Note 37 : Les Touaregs du nord prononcent et écrivent Ad’ar’

(Benhazera, _l. c._, p. 191). Mais, les habitants du pays et les

Touaregs du sud en général, écrivent Adr’ar’ (Cortier, _l. c._,

p. 253). Motylinski admet cette dernière orthographe.]

[Note 38 : E.-F. Gautier, _La Géographie_, XV, 1, 1907, p. 1-28.]

[Note 39 : Cortier, _La Géographie_, XVII, 1908, p. 265-280. —

_D’une rive à l’autre du Sahara_, Paris, 1908. — Dinaux,

_Renseignements coloniaux publiés par le Comité de l’Afrique

française_, mars 1908. — Combemorel, _id._, janvier 1909.]

[Note 40 : La valeur de l’argent dans ces pays sera à peu près

fixée par les salaires ; à l’Ahaggar, la journée de travail

d’un jardinier lui est payée au plus 0 fr. 625.]

[Note 41 : Gautier, _l. c._ p. 26. — R. Arnaud, _Renseignements

coloniaux publiés par le Comité de l’Afr. fr._, avril 1907,

p. 93-94. — Cortier, _D’une rive à l’autre..._, p. 203-210

et 378-381.]

[Note 42 : D’après Jean. Posth indique plus d’un siècle pour

leur arrivée en Asbin.]

[Note 43 : Jean, _Les Touaregs du Sud-Est. L’Aïr._ Paris, 1908.]

[Note 44 : Fouqué, _Santorin et ses éruptions_, 1879, p. 41. —

Lacroix, _La Montagne Pelée et ses éruptions_, 1904.]

[Note 45 : Du verbe _koré_, conduire. Le mot _goulbi_ s’applique

aux grandes vallées ou aux grandes masses d’eau, il est

l’équivalent de l’arabe _beh’ar_. _Ir’azar_ ou _ar’azar_

(dialecte d’Aïr) est le synonyme Tamachek de oued ; il devient

_Ir’ahar_ dans l’Ahaggar, et _Ir’achar_ dans l’Adr’ar’.]

[Note 46 : Pasquier, in R. Arnaud, _Rens. col. du Comité Afr. fr._,

mai 1907, p. 123.]

[Note 47 : Talak veut dire argile en Tamachek.]

[Note 48 : Gadel, Notes sur l’Aïr, _Bull. de la Soc. de Géogr. de

l’A. O. F._, t. I, Dakar, 1907.]

[Note 49 : 150 cases en tout. — Il y aurait des citronniers dans

ces villages. Jean, _l. c._, p. 132, 133.]

[Note 50 : Près de Takaredei, à 25 km. N.W. d’Agadez,

un cimetière important serait la dernière trace d’une ville

occupée jadis par les Icherifan et les Iberkoran. A la suite d’un

combat malheureux contre les Kel Gress, les Iberkoran se seraient

réfugiés chez les Oulimminden, les Icherifan à In Gall. D’après

les renseignements que j’avais recueillis, ces faits remonteraient

à l’époque des premiers sultans d’Agadez, à une date beaucoup

plus ancienne que celle qui est indiquée par Posth, qui donne les

Icherifan comme de nouveaux venus en Aïr.]

[Note 51 : Ce n’est que depuis 1906, qu’une garnison est

installée définitivement à Agadez. Les années précédentes,

depuis 1904, les tirailleurs n’y avaient fait que des séjours

de quelques semaines ou de quelques mois (Jean, _l. c._ —

Cauvin. _Bull. de la Soc. de Géogr. commerciale_, 1908).]

[Note 52 : D’après Barth, Agadez aurait été fondé en 1460.]

[Note 53 : Une tribu des Ikaskazan, les Taraouaza, a pour chef une

femme nommée Tekeloui.]

CHAPITRE II

LES HAUTES PLAINES DU SOUDAN

I. =Structure géologique.= — Crétacé inférieur. — Crétacé

supérieur. — Éocène. — Miocène. — Extension géographique.

II. =Les Pays.= — Nomades. — Adr’ar’ de Tahoua (Djerma). —

Tessaoua. — Demagherim. — Damergou. — Mounio. — Koutous. —

Alakhos. — Manga. — Kaouar. — Fachi. — Les îles du Tchad.

I. — =STRUCTURE GÉOLOGIQUE=

Intercalée entre les deux pénéplaines cristallines étudiées dans

le chapitre précédent, se trouve une haute plaine qui se développe,

sans interruptions notables, depuis Koulikoro jusqu’au voisinage

de l’Ouadaï.

Il est commode de la subdiviser de la façon suivante :

1o Entre l’Aïr et Zinder, le Tegama forme une région bien nette

à laquelle il convient de rattacher, au moins provisoirement, les

pays encore mal connus qui s’étendent vers Bilma et le Tchad. Les

terrains crétacés y jouent le principal rôle.

Le Damergou, le Mounio, etc., ne sont que des enclaves de cette

grande région.

2o Entre la coupure du Niger à Tosaye et le sultanat de Tessaoua,

la région des Dallols et le bassin d’Ansongo forment un groupe

dont le caractère commun est d’être recouvert d’un manteau

d’argiles, de grès ou de calcaires éocènes.

3o Enfin à l’est de Tosaye, le bassin de Tombouctou semble

caractérisé par des formations quaternaires marines.

Toutes ces régions ont un trait géologique commun : au nord comme

au sud, dominent des formations anciennes, le plus souvent en strates

redressées, dont la fréquence en Afrique a fait croire longtemps

que, depuis les temps primaires, la mer avait définitivement

abandonné le continent noir. Des découvertes récentes ont

montré qu’il n’en était rien. A la fin des temps secondaires

et correspondant peut-être à la zone de rebroussement des plis

calédoniens qui, vers le 15° de longitude nord, quittent leur

direction subméridienne pour se diriger de l’ouest à l’est,

un affaissement s’est produit, permettant à la mer d’envahir

l’Afrique centrale et d’y laisser des traces incontestables du

Crétacé supérieur et du Tertiaire inférieur, tout au moins. Ces

assises plus jeunes, restées horizontales, caractérisent les hautes

plaines du Soudan.

=Crétacé inférieur.= — La région qui s’étend entre

l’Aïr et Zinder est constituée par des grès et des argiles en

couches horizontales. Ces assises débutent à 6 kilomètres au nord

d’Agadez, auprès du village d’Alar’sess, par un poudingue que

j’ai pu suivre assez longtemps vers l’ouest. Dans la région

où je l’ai vu, ce poudingue repose sur les couches siluriennes

verticales, à affleurements subméridiens ; le littoral était de

type atlantique. Posth a retrouvé les mêmes poudingues auprès de

Tin Taboirak, au contact des terrains anciens des Taraouadji.

Jusqu’à une soixantaine de kilomètres au sud d’Agadez,

on voit assez mal le sol qui est souvent masqué par des dunes,

ou bien, comme dans la région des mares de Teguidda n’Adrar et

de Teguidda n’Taguei, par une formation récente, reste probable

d’un lac tertiaire. Ces dépôts lacustres contiennent quelques

traces de fossiles indéterminables ; on y trouve des grès à

ciment calcaire, riches en débris volcaniques prouvant qu’ils

sont postérieurs aux volcans d’Aïr ; ces grès abondent près

du puits d’Assaouas notamment ; mais les roches dominantes sont

siliceuses : des jaspes et une meulière violette ou brun chocolat

y sont le type le plus commun. L’examen microscopique montre

que cette roche, qui est presque une quartzite, résulte de la

transformation de bancs calcaires (Cayeux). Elle est un très bel

exemple de l’enrichissement en silice des roches superficielles

sous l’influence d’un climat désertique. Ces meulières sont,

par places, couvertes de dunes dont la couleur brune ou violette

indique que les éléments qui les constituent ont été pris sur

place (fig. 25).

Malgré cette couverture, éolienne ou lacustre, on peut s’assurer

cependant que le terrain dominant est formé surtout de grès,

qui sont bien visibles en nombre de points et qui se montrent sur

une dizaine de mètres à la falaise d’érosion sur laquelle est

bâtie Agadez, et d’argiles violettes qui, dans les vallées des

affluents du Teloua, occupent de grandes surfaces ; ces affluents ont

une pente très faible ; leurs berges sont à peines indiquées ;

les parties argileuses de leurs bassins forment, à la saison des

pluies, de véritables fondrières dont la traversée est difficile ;

les chameaux y laissent des empreintes de pas, profondes souvent

d’une vingtaine de centimètres, qui confirment pleinement les

renseignements des guides. Les puits d’Agadez, profonds de 20

mètres (Pl. IX, phot. 17), sont entièrement creusés dans ces

argiles et ces grès.

L’architecture du sol se voit mieux à la falaise de Tigueddi. Cette

falaise, haute d’une soixantaine de mètres, constitue un des

traits les plus remarquables de la structure des hautes plaines

soudanaises ; elle débute auprès d’In Gall et décrit, vers

l’est, un arc de cercle long de près de 200 kilomètres. Je ne

sais comment elle se termine ; les renseignements très précis

que je dois au capitaine Posth, permettent toutefois de compléter

ou de rectifier les indications de la carte au 1250000e que j’ai

données dans _La Géographie_ [XV, 1907, Pl. 2]. A une vingtaine

de kilomètres à l’est d’Agadez, au puits de Tin Taboirak,

commencent à se montrer des roches cristallines qui prolongent

vers le sud le massif ancien de l’Aïr (Pl. VI, phot. 11). Un peu

plus loin, à 60 kilomètres d’Agadez, le massif de schistes et

de granite de Taraouaji est le dernier refuge, en cas de surprise,

des Touaregs de la région. Ces roches anciennes affleurent d’une

manière continue, à part quelques interruptions dues à des laves

récentes, jusqu’à Bidei et Aoudéras. Au delà de ce massif de

Taraouadji, la falaise de Tigueddi semble se continuer ; du moins

Barth indique-t-il quelque chose d’analogue sur son itinéraire

(fig. 22).

[Illustration : Fig. 25. — Bassin lacustre des Teguidda.

1, Grès blancs à patine noire (Infracrétacé ?) ; 2, Jaspes

et meulières violettes ; A, B, C, D, Diaclases. Les sources de

Teguidda n’Taguei sont sur la diaclase D. Les dunes (en pointillé)

sont violettes.]

Quant au massif de Toureyet, il n’a encore été vu par aucun

Européen ; on sait seulement qu’au sud des Taraouadji se trouve

une région déprimée, où viennent se réunir de nombreux koris en

une rivière unique (K. d’Abrik ?) qui présente sur son parcours

quelques mares d’hivernage.

Les Toureyet formeraient, au sud de cette dépression, un petit

massif élevé, simple témoin gréseux détaché du Tegama, ou

dernier contrefort des terrains cristallins d’Aïr. A coup sûr, le

puits de Toureyet est important ; il est situé sur une des grandes

routes qui, de Zinder, vont en Asbin et qui est fréquentée par

les Ikaskazan ; les alentours renferment des pâturages permanents

et il y a toujours des campements au voisinage.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 7 / 32 段