l’Aïr se relie très graduellement au tanezrouft qui lui fait
suite au nord ; les massifs de Timgué (1700), d’Aguellal,
(1100) d’Akelamellen (1200) et d’Agalac (1400) reposent sur
cette partie basse de la pénéplaine. Entre les puits d’Agalac et
d’Aourarène la piste est obligée de franchir une falaise d’une
quarantaine de mètres, orientée est-ouest, au nord du volcan
d’Aggatane ; on accède ainsi à un plateau qui porte le Bilat
(1400), le Tchemia, le Baghazan (1400) et le massif d’Aoudéras
(1400). Sur la route d’Aoudéras à Agadez la descente est
à peu près continue, sauf quelques marches de 3 à 4 mètres,
et je n’avais pas d’abord attribué à ce plateau du sud de
l’Aïr une importance suffisante. Des renseignements nouveaux,
dus à l’amabilité du capitaine Posth, qui a bien voulu mettre à
ma disposition ses levés d’itinéraires (fig. 22) et de nombreux
documents manuscrits, montrent que ce plateau d’Aoudéras est un
trait tout à fait important dans la structure de l’Aïr. La région
montagneuse s’étend beaucoup plus au sud que ne l’indiquent
les cartes les plus récentes ; les Alpes Sahariennes descendent
jusqu’à la latitude d’Agadez ; leur limite est assez nette
et peut être tracée avec précision ; le rebord méridional de
ce plateau est indiqué non pas par une falaise continue, mais par
une série de mamelons, hauts de 10 à 20 mètres, que l’on peut
suivre pendant longtemps au nord d’une importante vallée qui
le sépare du Tegama. Ces premiers contreforts de l’Aïr avaient
été aperçus, de loin, dès 1902, par Cauvin qui avait escorté,
jusqu’à 50 km. à l’est d’Agadez, une forte caravane.
[Illustration : Fig. 21. — Aïr. L’Adr’ar’ Timgué ou de
l’oued Tidek.
Iférouane est au pied du dernier piton au S.W.]
Sur la partie méridionale de ce plateau, qui serait à peu près à
600 mètres, se dressent un certain nombre de massifs montagneux ;
le plus important est le Taraouadji qui contient dans sa partie nord
quelques sommets dont l’altitude varie de 800 à 900 mètres ;
quelques-uns approchent de 1000 mètres ; la montagne de Tassamakal
et celle de Tsilefin atteignent 800 ou 900 mètres.
Tous ces massifs paraissent en majeure partie granitiques, autant
que l’on en peut juger par les photographies du capitaine Posth
et les échantillons qu’il a rapportés, et qui sont à l’étude
au Muséum. Il est vrai que le pourtour seul des Taraouadji a été
parcouru ; d’après les renseignements des guides, ce massif ne
forme pas une masse compacte ; il est coupé par un grand nombre
de vallées souvent assez larges, du type habituel aux koris de
l’Aïr. Les Taraouadji sont donc très habitables ; en fait, ils
ont souvent servi, en cas de surprise, de refuge aux nomades de la
région d’Agadez, et l’on comprend le peu d’empressement que
les gens du pays aient eu à nous faire connaître leur citadelle.
[Illustration : RÉGION MÉRIDIONALE DE L’AÏR
Fig. 22. — Région méridionale de l’Aïr, d’après les
itinéraires et les renseignements du capitaine Posth.]
=Hydrographie.= — Ce haut massif de l’Aïr qui, de l’Ohrsane
au Kori d’Idelioua, se développe sur environ 260 kilomètres
avec une largeur qui en atteint parfois 75, donne naissance à de
nombreuses rivières qui, toutes, coulent trois ou quatre fois par
an. Les Haoussa les appellent des koris[45], le nom est peut-être
bon à conserver : elles sont beaucoup plus vivantes que les
oueds sahariens ; dans quelques-uns de ces koris la végétation
est presque forestière, au sens qu’a ce mot en Europe ; le
plus souvent, le kori est couvert d’un tapis de graminées avec
quelques arbres isolés. Dans l’Adr’ar’, comme dans l’Aïr,
la formation végétale qui domine dans les vallées se rattache à
la savane ou à la brousse à mimosées ; les hauteurs dénudées
appartiennent au type saharien ; mais à côté de cette ressemblance
générale il y a des différences nombreuses ; les larges plaines
d’alluvions argileuses sur lesquelles s’épandent en couches
minces les eaux de l’Adr’ar’, n’ont pas d’équivalents
dans l’Aïr ; les vallées sont plus étroites, plus resserrées
entre les massifs montagneux ; leur fond est occupé par des arènes
granitiques ou du sable assez grossier ; il y a parfois des galets ;
assez fréquemment on peut distinguer un lit mineur avec des berges
de quelques décimètres et qui se continue sur tout le parcours de
la rivière ; la pente des vallées, plus forte dans l’Aïr que
dans l’Adr’ar’, explique suffisamment ces divergences.
Les crues doivent être parfois très violentes : dans le haut Teloua,
qui est encaissé, des graminées et des branches charriées par la
crue étaient accrochées à des arbres à 3 mètres du sol.
J’ai vu l’Ir’azar couler à Iférouane, le 7 octobre 1905 ;
il avait plu dans la nuit sur le Timgué ; au matin il y avait dans
le ruisseau, large d’une dizaine de mètres, 0 m. 25 d’eau qui
coulait rapidement : on en entendait le bruit à 100 mètres ;
à neuf heures et demie, il restait quelques flaques isolées,
qui disparurent avant midi. L’Adrar Timgué est imperméable,
d’où le peu de durée de la crue.
A Aoudéras, la montagne est formée de coulées de basalte et de
cinérites ; aussi, quand il a plu, le très mince filet d’eau
courante qui passe au pied du village persiste plus longtemps ; nous
l’avons vu le 23 octobre ; il avait à peine 1 mètre de large
et 2 ou 3 centimètres de profondeur : les habitants d’Aoudéras
comptaient qu’il ne serait à sec qu’une quinzaine de jours
après la tornade. Il y aurait même sur le Baghazam un ruisseau
presque permanent.
[Illustration : Fig. 23. — Aïr. Extrémité nord du massif
d’Akelamellen. — Du puits d’Agalac.]
La plupart des belles photographies que Posth a rapportées d’Aïr
ont été prises après des orages. Les ruisseaux et les cascades
qu’elles figurent, donnent du pays une représentation qui n’est
que très accidentellement exacte.
Je n’ai pas vu de r’edir, mais il y en a sûrement dans la
montagne ; ils sont d’accès difficile et les puits sont assez
fréquents, assez peu profonds (18 mètres au plus) pour que l’on
puisse négliger les autres ressources.
A part deux ou trois koris, connus seulement par renseignements,
K. de Tafidet, de Ténéré, qui se dirigent vers l’est et
appartiennent au bassin de Bilma, toutes les eaux de l’Aïr
aboutissent, théoriquement au moins, au bassin du Niger ; il
est douteux qu’une seule goutte d’eau tombée en Asbin arrive
aussi loin, mais l’ancien cours de l’Ir’azar d’Agadez est
jalonné par une série de puits peu profonds, dont quelques-uns sont
comblés aujourd’hui ; celui d’Assaouas (10 m.), à 50 kilomètres
d’Agadez, est encore bien vivant ; à Teguidda n’Adrar, il y a
plusieurs mares, alimentées par des sources qui donnent naissance
à de courts ruisseaux. Les puits suivants : Sekkaret (7 à 8 m.),
Tamat Tédret (2 m.), Tamayeur (1-2 m.), Inerider (4 m.), Manetass
(4-6 m.), Gessao (1-2 m.) se succèdent assez régulièrement vers
l’ouest. A Tenekart, le fleuve, qui a pris le nom d’Azaouak,
est bien marqué ; la vallée, nettement encaissée, a 6 ou 7
kilomètres de large. A ce point, l’Azaouak change de direction
et va tout droit vers le sud en passant par Filingué, Sandiré ;
dans cette dernière partie de son cours, il devient le Dallol Bosso,
affluent du Niger[46].
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. VIII.
[Illustration : Cliché Posth
15. — CASES DU VILLAGE D’AGUELLAL (AÏR)]
[Illustration : Cliché Posth
16. — LE MASSIF ET LE VILLAGE D’AOUDÉRAS (AÏR).]
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. IX.
[Illustration : Cliché Posth
17. — LE PUITS DE TINCHAMANE, A AGADEZ.
Remarquer l’outre à manche et la double corde.]
[Illustration : Cliché Posth
18. — LES “ DOUM ” (CUCIFERA THEBAÏCA DEL.) DANS UN KORI
D’AÏR.]
De Tenekart à Assaouas tous les puits mentionnés se trouvent sur la
route de Gao à Agadez, route qui a été suivie par d’importantes
caravanes au temps de la splendeur de l’empire Sonr’aï.
Pratiquement la masse principale des eaux s’arrête beaucoup
plus près de l’Aïr. Presque toutes les rivières qui prennent
naissance dans la partie méridionale du massif montagneux, dans
les Taraouadji notamment, se dirigent vers le sud et aboutissent à
une région déprimée, allongée de l’est à l’ouest, comprise
entre le rebord du plateau d’Aoudéras et la falaise de Tigueddi ;
le long du cours du kori d’Abrik qui recueille les eaux de cette
dépression, se trouvent plusieurs mares d’hivernage importantes,
et des pâturages permanents, assez fréquentés ; le kori d’Abrik
vient rejoindre, à Assaouas, l’Ir’azar d’Agadez.
Mais la grande majorité des rivières de l’Aïr le traversent de
l’est à l’ouest et vont rejoindre l’Ir’azar d’Iférouane
qui, à deux jours de marche des montagnes, s’épand en une vaste
plaine, la plaine de Talak[47], très riche en eau et en pâturages ;
d’après les derniers renseignements que j’ai pu avoir sur ces
régions, le Taffassasset viendrait lui aussi passer dans cette
région du Talak.
Cette plaine de Talak serait un vaste cirque entouré de hauteurs,
surtout vers l’est ; l’eau de source y est abondante et
excellente. Les pâturages y sont beaux ; on parle même d’une
forêt vierge, impénétrable par place. En tous cas, cette région de
Talak semble jouer un rôle très important dans la vie des nomades de
l’Aïr ; les villages de la partie montagneuse, simples entrepôts
commerciaux, ne vivent que de produits achetés au dehors ; dans
l’Aïr même, les vallées se dessèchent parfois et les troupeaux
ne trouvent pas toujours à y paître ; dans la plaine de Talak,
au contraire, l’élevage est toujours possible ; les tentes y sont
souvent rassemblées.
Ces deux dépressions recueillent, en somme, presque toutes les eaux
des montagnes de l’Aïr, qu’elles limitent très nettement à
l’ouest et au sud ; ce sont parfois, à la saison des pluies, de
véritables fleuves qui coulent pendant quelques heures. Ces fleuves
se réunissent ou plutôt se réunissaient autrefois, lorsqu’il
pleuvait au Sahara, vers l’ouest, au delà des Teguidda, à Tamat
Tédret et contribuaient tous deux à former l’Azaouak.
=Les villages.= — Comme l’Ahaggar et l’Adr’ar’ des
Ifor’as, l’Aïr est habité par des nomades et par des
sédentaires.
Mais la plupart des villages y ont un caractère commercial très
particulier : l’Aïr s’est trouvé de tout temps sur le passage
obligé des caravanes qui, de Tripolitaine ou de l’Ahaggar,
vont commercer dans les territoires plus riches de Kano et de
Zinder. Aussi tous les villages de l’Aïr sont-ils surtout des
relais pour les chameaux, des entrepôts pour les marchandises ;
il n’existe de jardins, de cultures, que dans un très petit
nombre d’entre eux. Depuis que la traite a été supprimée dans
les possessions européennes, les grands convois d’esclaves ont
disparu ; n’ayant plus à échanger contre les produits de la
Méditerranée que quelques plumes d’autruche et des peaux de
filali, les chefs noirs ont dû singulièrement restreindre leurs
achats et le commerce est tombé presque à rien. Aussi tous les
centres de l’Aïr sont en pleine décadence, et tous donnent une
fâcheuse impression de ruine et de misère.
La capitale, Agadez, avait 7000 habitants vers 1850, d’après
l’évaluation de Barth ; c’est aujourd’hui une ville
bien déchue : l’étendue de ses ruines, l’importance de ses
cimetières, la hauteur de son minaret dénotent un centre autrefois
florissant. Ce minaret (Pl. XI) est une pyramide élevée de 20 à
25 mètres, au sommet de laquelle on accède par un plan incliné
en colimaçon ; c’est certainement une belle construction en terre
sèche, qui, d’après la légende, aurait neuf cent quatre-vingts
ans d’âge et daterait d’Almou Bari, second sultan d’Aïr, à
qui les Kel Gress l’auraient offerte. Il ne reste plus aujourd’hui
à Agadez que 200 chefs de cases : tous ont été réunis un jour,
pour un palabre, dans une des pièces du poste militaire ; il a
été facile de les compter. Cela fait tout au plus 1500 habitants
pour la ville.
Une certaine industrie existe dans la ville ; on y fait de fort belles
sparteries, d’un travail soigné : la matière première est fournie
par les palmiers doums dont les feuilles, coupées en lanières fines,
sont bouillies dans l’eau pour en accroître la souplesse. Ces
lanières sont teintes en jaune avec de l’ocre ; en rouge acajou
avec des feuilles de mil ; pour les teindre en noir, on les fait rouir
dans certaines mares dans lesquelles on jette des scories de forge ;
le tannin est fourni par les feuilles. Ces trois couleurs, jointes
à la teinte paille des feuilles séchées, permettent d’obtenir
des dessins géométriques d’une réelle élégance.
Comme les fabricants de nattes, les bijoutiers d’Agadez ont une
certaine réputation au Soudan ; ils savent ciseler l’argent
avec quelque finesse et le couvrir d’ornements de bon goût. —
L’industrie de la poterie est également développée.
A Agadez même, la culture est insignifiante : les puits sont
éloignés et profonds, celui du poste français (Tinchamane) est à
1500 mètres d’Agadez et dépasse 21 mètres ; à Agadez même les
puits, dont l’eau est mauvaise, ont un débit insignifiant. Dans ces
conditions, l’irrigation est pénible, presqu’impossible. Mais
à quelques kilomètres au nord, dans la vallée du Téloua, à
Alar’sess, l’eau est à fleur de sol ; les puits à bascule
vont chercher l’eau dans de simples tilmas. La culture y est
assez développée, quoique peu soignée ; les seguias sont mal
entretenues et les planches des potagers, où tout est semé un peu
pêle-mêle, n’ont pas la belle ordonnance des jardins des Oasis
ou de l’Ahaggar où la culture est aussi correcte que chez nos
maraîchers parisiens. Cependant, depuis la décadence du commerce
et la gêne qui en résulte pour les habitants, la culture tend à
se développer. C’est un symptôme heureux qui est assez général
au Sahara.
A Alar’sess on cultive fort peu de céréales (mil, maïs, etc.),
mais surtout des légumes qui sont les mêmes que dans l’Ahaggar
(courges, tomates, etc.). Les principales cultures sont l’oignon et
la carotte ; cette dernière plante serait d’introduction récente
dans l’Aïr ; les premières graines auraient été données aux
jardiniers par Foureau (1900) [Jean, _l. c._, p. 145].
Les animaux domestiques sont peu nombreux ; les chevaux, les zébus,
les moutons existent à peine. Les chèvres sont assez communes ;
beaucoup d’habitants ont des poules, des pintades et des pigeons ;
quelques autruches domestiques sont élevées dans les cases. Il y
a quelques chiens et, en 1905, le sultan possédait un chat.
Aoudéras (200 habit.) a, au plus, une soixantaine de cases en
terre et en paille, et quelques tentes en sparterie. Le tissage des
nattes y paraît assez développé. Des puits à bascule permettent
d’irriguer quelques jardins ; l’abondance des coulées de basalte
au voisinage, entretient l’humidité des alluvions et, le long de
l’oued, il y a environ 850 dattiers et autant de doums.
Beaucoup de caravanes passent à Aoudéras ; la plupart des tribus
nomades de l’Aïr y ont une maison où elles déposent leurs
provisions de céréales et leurs objets de valeur, confiés à la
garde de quelques bellah.
Assodé est historiquement la capitale de l’Aïr montagneux, la
patrie du chef des Kel Oui, l’anastafidet Yato. Il y a actuellement
69 maisons habitées et peut-être 200 habitants[48]. Gadel y
a compté 337 maisons démolies ; la plupart étaient bâties en
pierres et de forme carrée. Un minaret, comparable peut-être
autrefois à celui d’Agadez, est en ruines aujourd’hui ; il
aurait été construit il y a un millier d’années d’après les
informations indigènes et se serait écroulé il y a 4 siècles.
Ceci n’est guère d’accord avec les indications de Barth, qui
place en 1420 la fondation d’Assodé.
Assodé est aujourd’hui en pleine décadence ; l’anastafidet y
a toujours sa demeure officielle, mais il y vient à peine passer
quelques jours par an et réside habituellement dans le Damergou.
Il n’y a pas de cultures à Assodé.
Aguellal mérite à peine d’être cité ; il n’y a que quelques
cases et huttes, des greniers à mil, et une mosquée sans apparence ;
les jardins font défaut. Aguellal est cependant le centre religieux
le plus important de l’Asbin ; le marabout, El Hadj Sliman, y
aurait une centaine d’élèves ; sa bibliothèque, la plus riche
du pays, est évaluée à un millier de volumes. Il appartient à
la confrérie des Quâdria, la seule importante en Aïr, où les
Senoussistes ont peu d’influence.
Iférouane, plus connu dans le pays sous le nom d’Ir’azar, est,
à qui vient du nord, le premier village du Soudan ; il y existe
quelques cases carrées en terre, mais les paillottes rondes à toit
conique y dominent déjà ; elles existent seules dans quelques
hameaux de bergers, voisins d’Iférouane, dont ils ne sont que
les faubourgs. Chaque case, qu’elle soit de terre ou de paille,
est habituellement accompagnée de constructions auxiliaires dont
la plus fréquente est une sorte de vérandah, simple toit posé sur
quatre pieux à deux mètres du sol et que l’on retrouve dans tout
le Soudan. Toutes les constructions qui appartiennent à un même
chef de familles ont encloses d’une palissade commune formée le
plus souvent de branches de korunka. Tout cela est bien nègre.
Les cultures d’Iférouane ont un développement moyen ; une maigre
palmeraie (4250 palmiers) s’y meurt (Pl. XI, phot. 21). Les
céréales, le mil, le blé, un peu d’orge et de maïs, n’y
donnent de récolte que les années humides. Seuls, quelques légumes
(tomates, oignons, concombres, pastèques et menthe, etc.) y sont
d’un produit assuré. Les puits ont une dizaine de mètres de
profondeur et l’eau en est tirée dans des outres à manche,
auxquelles sont attelés des zébus.
Iférouane est surtout un marché, quelque chose comme un centre
d’affaires ; les notables y ont seulement un pied à terre ; ils
n’y viennent qu’en passant, pour assurer le trafic ; leur vraie
résidence est le village de Tintar’odé qui est situé dans la
montagne, à une quinzaine de kilomètres au sud-est, et où sont
déposées leurs réserves. La population stable serait d’une
centaine d’habitants.
[Illustration : Fig. 24. — L’Adr’ar’ Timgué, vu d’Iférouane.]
Il existe dans le sud de l’Aïr, dans le Baghazam, des villages
peu importants comme nombre de cases[49] (Elnoulli, Akari, Tassassat)
où se fait un peu de culture maraîchère. Mais la raison d’être
de ces villages est différente ; situés en dehors des routes
commerciales, en des points d’accès difficile, ils servent,
en cas d’attaque, de dernier refuge : la légende raconte que
les Kel Aïr y résistèrent, pendant trois ans, à un puissant
sultan du Bornou, qui dut finalement lever le siège, et regagna à
grand’peine ses États. Bien à l’abri des rezzou, ils servent
surtout d’entrepôts, et l’on y trouve toujours des provisions
considérables de mil, de dattes et de sel.
Il est probable que le cas du Baghazam et de Tintar’odé n’est
pas isolé et qu’à côté des villages de commerce, situés sur
les routes caravanières, il existe de nombreuses retraites dans
la montagne ; c’est une nécessité que la peur a inspirée aussi
bien à l’Aïr qu’à l’Adr’ar’ et à l’Ahaggar.
On pourrait allonger cette liste de quelques noms de villages
encore habités ; on trouvera dans Jean une nomenclature plus
complète. Beaucoup de points sont complètement délaissés, qui ont
été importants : d’Agalac, il reste un cimetière et les débris
de quelques cases ; Tin Telloust, où Barth a résidé, est abandonné
de même que Tafidet. Tin Telloust et Tafidet étaient à la lisière
orientale de l’Aïr, sans protection contre les Tebbous ; cette
insécurité a causé leur ruine : même les pasteurs hésitent à
profiter des beaux pâturages de cette partie de l’Aïr.
_In Gall._ — Bien qu’il soit en dehors de l’Aïr proprement
dit, il convient de mentionner ici, parce qu’il dépend du sultan,
le petit ksar d’In Gall, situé à l’extrémité occidentale
de la falaise de Tigueddi, dans l’Azaouak, à une centaine de
kilomètres à l’ouest d’Agadez. In Gall aurait été fondé au
commencement du XVIIIe siècle par les Icherifan (Posth)[50].
C’est un marché important pour le commerce du sel, qui provient
de Teguidda n’Tecum, situé à 80 kilomètres au N. Les Kel Gress
et les Oulimminden le fréquentent ; il est sur la route directe
de Tahoua à Agadez. L’eau d’In Gall est très bonne, et il y
a une assez belle palmeraie (4000 palmiers).
On a cru longtemps que les dattes d’In Gall étaient de qualité
inférieure, car, par crainte de pillage, les propriétaires les
cueillaient dès qu’elles commençaient à mûrir ; depuis que
la présence de tirailleurs permet d’attendre la maturité, on
a pu s’assurer que les dattes étaient bonnes. En 1907, le grain
ayant manqué, la récolte a été assez abondante pour nourrir la
population pendant trois mois (Posth).
Cette localité, plus petite qu’Agadez, n’est pas délabrée comme
elle ; les maisons y ont leurs façades et leurs terrasses ornées de
motifs d’architecture d’assez bon goût ; elles voisinent avec de
bonnes paillottes, à toit conique surmonté d’œufs d’autruches,
du type habituel aux villages noirs.
D’après Gadel, il y aurait une centaine de maisons et 300 habitants
à In Gall ; 800, d’après Posth. Un poste de tirailleurs y a été
installé pendant quelques mois en 1904 ; il a été rétabli en 1907.
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. X.
[Illustration : Cliché Posth
19. — UN PUITS A BASCULE DANS LA PALMERAIE D’AOUDÉRAS.
Soir d’orage.]
[Illustration : Cliché Posth
20. — UN KORI D’AÏR]
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. XI.
[Illustration : Cliché Posth
21. — LA PALMERAIE D’IFÉROUANE (AÏR)
Il n’y a pas de culture sous les dattiers.]
[Illustration : Cliché Posth
22. — LA MOSQUÉE D’AGADEZ.
Le minaret a une vingtaine de mètres.]
=Histoire.= — L’Aïr est beaucoup plus peuplé que
l’Ahaggar et l’Adr’ar’ des Ifor’as ; sa population est
aussi moins homogène, et l’organisation politique y est très
compliquée. Quelques renseignements historiques (?) sont nécessaires
pour l’éclaircir un peu.
Quelques tribus nomades, Kel Fédé, Kel Gress, Kel Ferouan, Kel
R’arous, Hoggar, etc., sont blanches et appartiennent aux races
méditerranéennes ; mais la plupart des Touaregs de l’Aïr sont
des noirs ou des mûlatres, apparentés de près aux Haoussas qui
auraient été les premiers habitants du pays.
La langue haoussa est très répandue dans tout l’Aïr ; elle
est comprise généralement de tous et paraît employée dans les
villages de préférence au tamachek. On la retrouve dans les noms
propres où « dan », fils, en haoussa, tient la place du « ben »
des Arabes ou du « ag » des Berbères : Yato dan Kasseri est le
nom d’un des principaux chefs du pays, l’anastafidet.
Agadez et In Gall ont été des colonies de Gao au temps de sa
splendeur et la langue sonr’ai y est encore parlée ou tout au
moins comprise (Lt Jean). Quant aux conquêtes bornouannes, dont la
légende a conservé le souvenir, elles paraissent avoir été sans
influence sur le pays.
Avant notre installation, toute récente[51], dans l’Aïr, le
sultan d’Agadez, le serki n’Asbin des Haoussas, commandait,
théoriquement au moins, aux Kel Gress et aux Kel Oui ainsi qu’à
une fraction des Oulimminden.
Le lieutenant Jean a recueilli, avec grand soin, les traditions
historiques des Asbinaoua ; les Kel Gress et les Kel Oui auraient
quitté, vers le VIIIe siècle, le Fezzan devenu trop peuplé (?) ;
ils se seraient installés dans l’Aïr, les premiers à l’ouest,
les seconds à l’est de la route d’Iférouane à Agadez. Les
Kel Gress restèrent peu de temps au contact des Kel Oui ; ils
continuèrent leur migration vers le sud et s’étendirent jusqu’au
Sokoto, où ils seraient arrivés à la fin du XVIIIe siècle.
Quant au sultan, il serait d’origine étrangère : naguère, las
des luttes incessantes qui déchiraient les tribus, les plus sages
des Touaregs décidèrent d’aller demander à Constantinople un
chef qui pût les mettre d’accord. La députation qui partit
comprenait surtout des Itessehen, appartenant au groupe des Kel
Gress et actuellement fixés dans le Sokoto ; pour cette raison,
jusqu’à notre établissement dans le pays, les chefs des Itessehen
sont restés les grands électeurs du sultan.