=Hydrographie.= — De cette structure hétérogène de

l’Adr’ar’ résultent pour les oueds deux aspects très

différents : dans la montagne, les oueds sont encaissés et

serpentent parfois dans de véritables gorges ; la pente est

d’ordinaire assez forte et les crues violentes. Le lit est tapissé

de gravier, souvent coupé de roches, et la végétation arborescente

seule à pu s’y développer. Dans ces vallées étroites, il

y a quelques aguelmans et parfois des puits permanents profonds

d’une dizaine de mètres au plus. Combemorel a donné [_l. c._]

des détails précis sur ces oueds encaissés.

Sur le plateau, au contraire, les oueds ont une tout autre allure ;

Gautier a vu l’oued Etambar couler le 23 juillet 1905 et l’a

traversé pendant la crue ; le lit, avec des ramifications très

compliquées, avait plusieurs kilomètres d’un bord à l’autre,

et il a fallu, à la petite caravane, patauger pendant plus d’une

heure dans une étendue indéfinie d’eau sans profondeur ;

l’énorme masse liquide était animée d’un mouvement de

translation insensible : c’était une pellicule d’eau n’ayant

nulle part les allures vives d’une rivière. Deux jours après,

l’oued Etambar était à sec.

Cet état de l’oued, pendant la crue, aide à comprendre l’aspect

de l’oued à sec, dans son état normal.

L’oued normal est une plaine alluviale plantée d’une savane,

et il n’est que cela. Dans cette plaine, il existe en certains

points des ravinements nettement circonscrits, sans continuité ; ce

sont les traces de remous ou de tourbillons locaux le plus souvent

en relation avec quelque saillie granitique. Nulle part l’oued

n’est encadré entre des berges, il n’a même pas de rives ;

ses limites sont tout à fait incertaines et on se trouve l’avoir

quitté sans s’en apercevoir.

L’oued ainsi défini est démesurément large ; il s’étale sur

plusieurs centaines de mètres et souvent dépasse le kilomètre. Les

alluvions sont très fines, sans galets ni cailloutis ; l’ensemble

est limoneux. La surface est très horizontale et très lisse ; elle

contraste singulièrement avec les oueds sahariens où la végétation

et le sable se livrent un combat désordonné, oueds encombrés de

dunes en miniature qui montent à l’assaut des moindres touffes :

dans l’Adr’ar’, les alluvions, pendant les neuf mois de la

saison sèche, restent assez imbibées d’eau pour n’offrir aucune

prise aux actions éoliennes. Pendant la saison des pluies, après un

trajet assez bref dans les ravins de la montagne, les eaux des orages

se trouvent réunies dans une immense plaine bien nivelée et s’y

présentent sous la forme d’une nappe mince, presque pelliculaire,

cheminant à peine (0 m. 25 par minute) et bien vite absorbée par

la masse des alluvions. Jamais l’ensemble de ce réseau ne coule,

jamais une crue ne cheminera pendant des centaines de kilomètres

comme il arrive au Sahara : l’Adr’ar’ garde toutes ses pluies

pour sa consommation personnelle.

Cette structure anormale du réseau hydrographique tient à la

dyssymétrie du relief de l’Adr’ar’ ; presque tous les oueds ont

leur source vers l’est ; ils s’épandent d’abord largement sur

le plateau d’où ils ne peuvent s’échapper qu’en franchissant

les massifs granitiques, accumulés surtout vers l’ouest de la

pénéplaine : ils reprennent alors pour un moment leur allure de

cours d’eau de montagnes. Cette discontinuité dans la pente des

rivières prouve aussi la jeunesse du relief de l’Adr’ar’.

Tout cela fait à l’Adr’ar’ une physionomie géographique facile

à schématiser : de grandes plaines d’alluvions fertiles, couvertes

de graminées et de quelques arbres, autour desquelles s’élèvent

quelques blocs de roches dénudées, d’aspect franchement saharien.

Les massifs rocheux appartiennent encore au désert : granite,

porphyres et gneiss sont couverts d’un vernis noir et luisant

qui est la marque des climats secs ; les oueds qui les traversent

ne contiennent que quelques arbres assez maigres, des acacias,

des asabay ; ils ne diffèrent pas, à première vue, des ravins

d’In Zize.

Quant aux plaines d’alluvions, elles doivent leur richesse à

une graminée spéciale, non encore déterminée, l’alemouz. Elle

lève quelques semaines après les premières tornades ; pendant la

saison sèche, elle persiste, sous forme de chaume haut de vingt à

trente centimètres, jusqu’à la saison des pluies suivantes :

la première crue en détruit les derniers restes. Les arbres qui

font de ces plaines d’alluvions des savanes sont ceux de la zone

sahélienne ; quelques lianes les accompagnent.

Les points d’eau de l’Adr’ar’ sont de plusieurs types :

dans la montagne les r’edirs abondent ; leur accès est souvent

difficile et fort peu sont permanents.

Les puits véritables, les « anou », ne dépassent jamais une

douzaine de mètres de profondeur ; ils se rencontrent en général

sur la berge de l’oued, hors des atteintes de la crue, près

du débouché de l’oued dans les plaines d’alluvions, au pied

des massifs montagneux ; leur débit est d’ordinaire assez bon et

permet d’alimenter au moins une quinzaine de chameaux à l’heure

(un chameau boit de 70 à 80 litres, parfois davantage). Ces puits

sont à large orifice et l’eau y est puisée au moyen d’un

simple seau, d’un simple délou [t. I, pl. VII] : nulle part,

on ne se sert de poulies, ni on n’utilise la traction animale.

Pendant la saison des pluies, toutes les plaines d’alluvion sont

semées d’eau stagnante : ce sont le plus souvent de simples flaques

de quelques mètres carrés de superficie, mais qui, pendant plusieurs

mois, suffisent aux besoins des troupeaux et des indigènes.

Comparé à l’Ahaggar, l’Adr’ar’ est un pays riche ;

l’élevage du bœuf à bosse, du zébu, s’y fait en grand

et les bêtes y sont bien nourries toute l’année ; des zébus

abattus en juillet, pour le ravitaillement de la colonne Dinaux,

quelques semaines seulement après les premières pluies, étaient

en excellent état, ce qui laisse à supposer qu’ils n’avaient

pas trop souffert de la saison sèche.

La plupart des habitants de l’Adr’ar’ donnent l’impression de

gens qui mangent habituellement à leur faim ; ce signe de richesse

ne manque pas d’impressionner quand on vient du nord, non plus

que le développement de poitrine des femmes Ifor’as, chez qui

l’on trouve souvent le type de nos nourrices. Moins sveltes et

moins adroites que les targuiates de l’Ahaggar, moins entraînées

aussi à une vie active, les femmes de l’Adr’ar’, sauf deux

ou trois, ont renoncé au méhari ; et, dans leurs déplacements,

qui sont rarement plus longs qu’une demi-journée, elles usent

d’une monture moins noble et se contentent de l’âne. Elles

n’ont pas cependant l’embonpoint prodigieux des femmes de

la boucle du Niger qui, à force de graisse, deviennent presque

impotentes et qu’il faut, en cas de déplacement, charger comme

des colis sur de robustes bœufs.

Le cheptel de l’Adr’ar’ est abondant ; on rencontre en route

de nombreux troupeaux ; et, à défaut de statistique, le bas prix

du bétail prouve combien il est commun : une chèvre vaut 3 fr. 15,

une vache de 35 à 50 francs ; dans l’Ahaggar, les bœufs sont

introuvables et une chèvre vaut de 7 à 12 francs[40].

=Villages.= — Comme dans l’Ahaggar, il existe, dans

l’Adr’ar’ des Ifor’as, quelques jardins, mais encore plus

exigus ; Cortier en énumère six.

A Tessalit, il y a près de 200 palmiers qu’il n’est pas

nécessaire d’arroser, la nappe d’eau étant peu profonde ;

ils produisent au plus 40 charges de dattes de qualité médiocre ;

presque tous appartiennent au marabout Baï qui a en plus, dans

l’ar’erem, une case carrée en pierres et six ou sept gourbis

où habitent ses haratins. Baï n’est pas seul propriétaire

de Tessalit : Mohammed Illi, amr’ar des Ifor’ass, y possède

quelques palmiers et un nègre chargé de les surveiller. Les puits

de Tessalit ont de 5 à 6 mètres de profondeur et permettent de

cultiver, à l’ombre des dattiers, des oignons, du tabac, etc.

Teleyet ou Telia a été pendant longtemps ce que l’on pourrait

appeler le centre religieux de l’Adr’ar’ : Sidi Amer, marabout

kounta, acheta aux Tara Mellet l’oued Telia et ses puits au prix

de 15 chèvres ; il y fonda une kasbah et y installa sa zaouïa. Son

fils aîné, Sidi Mohammed, lui succéda et à sa mort (1895) fut

remplacé par Baï son frère qui, secondé par d’autres frères

et des neveux, prit la direction de la zaouïa.

Depuis la venue des Français à Teleyet (colonne Théveniaux,

1904), Baï a abandonné sa kasbah et vit maintenant sous la tente,

mais sans jamais s’éloigner beaucoup de son ancienne résidence.

Baï est un homme d’une quarantaine d’années qui a une grande

réputation de sainteté et de science : sa bibliothèque est

célèbre au Sahara ; elle représente, dit-on, la charge de trois

ou quatre chameaux.

L’influence de Baï est considérable et il l’a toujours employée

à faire régner la paix ; son élève le plus marquant est Moussa ag

Amastane, Aménokal des Kel Ahaggar ; c’est en suivant les conseils

pieux de son maître que Moussa s’est acquis un grand renom de

sagesse et de bonté chez les Touaregs ; c’est aussi d’après

les avis du marabout qu’il a poussé ses compagnons d’armes à

se soumettre à nous après le combat de Tit (avril 1902).

Malgré le grand rôle que Baï a joué dans la pacification du

Sahara, il a toujours évité, jusqu’à présent, d’entrer

en relations directes avec nous, comme d’ailleurs avec tous les

étrangers au pays, même musulmans.

En dehors de son importance politique, Teleyet est un village

insignifiant ; on y cultive un peu de blé, d’orge et de mil, des

oignons et du tabac ; il y a une vingtaine de doums, hauts de 8 à 15

m. et un seul dattier. Il y a à Téleyet une demi-douzaine de puits

dont les plus profonds ont 7 mètres ; quelques-uns d’entre eux,

en mars 1904, contenaient plus de 1 mètre d’eau.

In Tebdoq est un peu moins pauvre ; il appartient à Mohammed Illi :

une vingtaine de dattiers à peine donnent, annuellement, trois ou

quatre charges de mauvaises dattes ; on y cultive du blé, du mil,

du tabac, des piments et des oignons. Il y aurait quatre maisons et

six gourbis. Malgré le nom du village, le coton (tebdoq) n’y est

pas cultivé, d’après Cortier ; Combemorel (1904) y mentionne

cependant quelques plants de coton.

Ir’acher, avec quelques dattiers, qui produisent annuellement 15

à 20 charges ; Ararebba, où il n’y a que des jardins maraîchers,

que suffisent à arroser deux puits, sont encore habités.

Kidal, où l’eau est abondante, est en ruines ; les palmiers y sont

assez nombreux et les dattes de Kidal passent pour les meilleures

de l’Adr’ar’.

=Les Ifor’as.= — A traverser le pays, on a l’impression que

la population y est plus dense que dans l’Ahaggar ; mais les

chiffres précis font défaut. Cortier énumère 7 tribus nobles

qui, à elles toutes, comptent 56 tentes notables. Au moment de

son passage, les tribus imr’ads, dont il énumère une dizaine,

avaient presque toutes émigré vers le sud. D’autres tribus ont

leurs campements habituels vers l’ouest, dans les plateaux gréseux

qui, vers le Timetr’in, prolongent le tassili de Timissao. Il est

pour le moment impossible de chercher à dresser une statistique.

Malgré sa proximité du Soudan, l’Adr’ar’ est, ou du moins,

a été au point de vue politique une dépendance de l’Ahaggar ;

on se rend facilement compte des liens d’intérêt qui rattachent

les Ifor’as aux Touaregs du nord. Le climat du Mouidir-Ahnet et

de l’Ahaggar est encore bien mal connu, mais on sait cependant

que les pluies y sont irrégulières et que la sécheresse oblige

fréquemment les nomades à de grands déplacements : à ce point de

vue, les Kel Ahaggar ont impérieusement besoin de l’Adr’ar’

pour sauver leurs troupeaux pendant les mauvaises années.

D’autre part, les Ifor’as ont avec le nord à peu près toutes

leurs relations économiques ; leurs caravanes fréquentent les

marchés du Touat et du Tidikelt où elles achètent des dattes et

vendent des moutons ; les Ifor’as ne possèdent pas de chevaux ;

ce sont des méharistes, outillés pour le désert, non pour les

bords du Niger où en certaines saisons le chameau ne peut vivre. Le

seul article d’échange important que possèdent les Ifor’as

est le bétail, et ils ne peuvent songer à le vendre vers le sud :

les rives du Niger sont largement peuplées de tribus qui se livrent

à l’élevage. Les 300 kilomètres qui les séparent du fleuve

rendront toujours aux Ifor’as la concurrence impossible.

Enfin ils sont séparés du fleuve par les Maures Kountah, différents

de langue, de mentalité, peut-être de race, et leurs ennemis de

longue date. La limite ouest de l’Adr’ar’ est une frontière

sanglante ; c’est de là que viennent les dangers possibles,

contre lesquels la protection des Touaregs du nord peut être

indispensable ; on se rend compte ainsi que les Ifor’as aient

accepté assez volontiers la suprématie de l’Ahaggar et consenti

à payer l’impôt à l’amenokal du nord, malgré le tanezrouft

qui est une sérieuse barrière naturelle entre les deux pays.

Le peu que l’on sait de l’histoire du pays confirme la nécessité

de cette alliance. Pendant de longs siècles l’Adr’ar’ a

été disputé entre les Touaregs, les Maures et l’empire noir

Sonr’ai. Les traditions des indigènes, toujours suspectes, sont

confirmées par l’existence de plusieurs villes en ruines ; on en

cite une dizaine, dont la plus importante est Es Souk ; R. Arnaud

croit cette orthographe mauvaise et inventée par les Arabes,

voulant interpréter le nom (Es Souk = Le Marché) ; il faudrait

écrire Assouk, qui serait à rapprocher d’Azaouak, nom d’une

région voisine. Cependant Gautier indique Tademka comme nom berbère

d’Es Souk.

Des renseignements assez confus et contradictoires recueillis par

Gautier, Arnaud et Cortier[41], il semble qu’Es Souk, créée

peut-être par les Sonr’ai qui en ont été les maîtres à

plusieurs reprises, a été aussi en la possession des Berbères

et d’une tribu maraboutique, les Kel Essouk, qui se donne comme

d’origine arabe : elle descendrait d’un disciple de Sidi Okba. Ces

Kel Essouk, habituellement instruits, sont actuellement disséminés

dans un grand nombre de campements, chez les Oulimminden surtout ;

ils apprennent à lire aux enfants.

Les ruines d’Es Souk sont assez importantes ; elles indiquent une

ville ouverte, bâtie en pierres sèches, pouvant avoir contenu

2 à 3000 habitants ; on y voit les restes de trois mosquées et

d’un marché dont le nom, la Koceilata, rappelle le vieux héros

de l’indépendance berbère.

Le nom des Ifor’as figure déjà dans Duveyrier, mais sa

signification est encore assez obscure.

Il est porté par une petite tribu qui nomadise au voisinage

d’Ansongo, sur le Niger, au sud de Gao, et dont les liens

de parenté avec les Ifor’as de l’Adr’ar’ ne sont pas

clairs. On le retrouve dans l’Aïr, où une tribu d’Ifor’as

dépend du chef des Kel Férouan ; ces Ifor’as de l’Aïr sont

assez nombreux, 400 environ ; ils campent habituellement dans le nord

du Damergou. On les répute, en Aïr, comme des hommes nobles, mais

pauvres et déconsidérés : ils seraient issus de la tribu des Kel

Antassar (Touaregs de la région de Tombouctou) et seraient venus,

il y a une cinquantaine d’années seulement[42], s’installer

sur les terres du sultan d’Agadez.

Enfin chez les Azdjer, il existe des tribus Ifor’as (une centaine

de tentes) qui y passent aussi pour étrangères. D’après Duveyrier

[_l. c._, p. 359] elles seraient originaires d’Es Souk.

Aucun de ces groupes d’Ifor’as, sauf peut-être le dernier,

ne semble se rattacher de bien près à ceux de l’Adr’ar’.

Les Ifor’as de l’Adr’ar’ ne seraient pas de vrais nobles ;

leur pays appartiendrait en droit aux Oulimminden qui l’ont habité

longtemps et à qui les Ifor’as payaient tribut.

Le départ des Oulimminden pour le sud aurait rendu les Ifor’as

maîtres du pays ; tout ceci est peu clair, car, jusqu’en ces

dernières années, jusqu’à l’occupation française, les

Ifor’as étaient tributaires des Kel Ahaggar et leur payaient

l’impôt.

=Adr’ar’ Tiguirirt.= — A une assez grande distance

de l’Adr’ar’ des Ifor’as (125 kilomètres au sud-est)

et séparé de lui par un tanezrouft de roches cristallines, se

trouve un autre paquet montagneux, l’Adr’ar’ Tiguirirt, que le

capitaine Pasquier a eu l’occasion de traverser. Sa constitution

paraît analogue à celle de l’Adr’ar’ des Ifor’as ; les

roches cristallines y jouent un grand rôle et l’abondance du mica

y est remarquable, d’après les renseignements que Pasquier a bien

voulu me communiquer.

L’Aïr.

Pour les habitants du pays, l’Aïr[43] est extrêmement vaste ; il

désigne tous les territoires qui dépendent du sultan d’Agadez ;

il comprend tous les terrains de parcours des Kel Gress et s’étend

jusqu’au voisinage de Sokoto.

Les géographes européens ont pris l’habitude de réserver ce nom

à la région montagneuse qui s’étend d’Agadez à Iférouane

et c’est cet usage que nous suivrons. Le mot Aïr (ou Ahir) est

employé par les Arabes et les Touaregs ; il a un synonyme haoussa :

Asbin.

=Orographie.= — L’Aïr est contigu au sud, et probablement

à l’est, à une haute plaine formée de grès et d’argile

appartenant probablement au Crétacé inférieur (argiles et grès

du Tegama). A l’ouest, une région déprimée, la plaine de

Talak qui dans sa partie méridionale contient quelques lambeaux

éocènes, lui fournit une limite assez précise ; vers le nord il

se relie au tanezrouft : une pénéplaine silurienne, avec de rares

îlots archéens, commence à une cinquantaine de kilomètres au sud

d’In Azaoua ; les collines basses qui la recouvrent sont alignées

d’ordinaire suivant une direction méridienne. Entre Assodé et

Aoudéras, cette pénéplaine atteint une altitude voisine de 800

mètres ; elle s’abaisse au voisinage de 500 au nord comme au sud.

Sur cette pénéplaine sont venus se greffer des accidents volcaniques

importants qui donnent à l’Aïr sa physionomie si spéciale,

et justifient presque le nom d’« Alpes Sahariennes » qui lui a

été parfois attribué.

Il y a une assez grande analogie entre l’Aïr et l’Adr’ar’ :

tous deux qui, par leur latitude, devraient être des tanezrouft,

forment, grâce à leur altitude, en plein désert, des sortes de

péninsules demi-fertiles ; ils appartiennent, par leur climat et

leur végétation, à la zone sahélienne.

Dès le 20° de latitude, les deux massifs jumeaux de Tar’azi et

de Zelim annoncent l’Aïr ; l’un et l’autre se dressent, assez

à l’improviste, au milieu de la pénéplaine qu’ils dépassent

de 500 mètres. Tous deux contiennent des points d’eau permanents,

des r’edirs analogues à celui d’In Zize, mais leur caractère

volcanique reste à démontrer.

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. VI.

[Illustration : Cliché Posth

11. — KORI TIN TEBOIRAK (SAISON D’HIVERNAGE).

25 km. à l’Est d’Agadez.]

[Illustration : Cliché Posth

12. — UNE CASCADE PRÈS D’AOUDÉRAS.

Après un orage.]

R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. VII.

[Illustration : Cliché Posth

13. — LE KORI D’AOUDÉRAS, APRÈS L’ORAGE]

[Illustration : Cliché Posth

14. — PRÈS D’AOUDÉRAS (AÏR).

Au premier plan, une repousse de C. thebaïca, simulant un

palmier-nain.

Au fond, le massif d’Aoudéras.]

Ces deux massifs sont assez accidentés, ils contiennent des

pâturages suffisants pour quelques montures, et sont le repaire

habituel de Tebbous ou d’Azdjer, coupeurs de route, qui enlèvent

souvent quelques chameaux aux caravanes mal gardées. D’après le

kébir d’Iférouane, El Hadj Mohammed, une tente touareg y était

installée presque à demeure, tout au moins ces années dernières,

et prélevait ouvertement un droit de passage sur les marchands de

R’at qui descendaient à Zinder et à Kano.

Les massifs volcaniques sont nombreux et pressés surtout entre

l’oued Sersou et Aoudéras. Beaucoup de sommets dépassent 1000

mètres ; quelques-uns atteignent 1400 et le pic majeur du Timgué

s’élève à environ 1700, dominant de près de 1000 mètres la

vallée d’Iférouane.

Cette surimposition, à une vieille pénéplaine usée, de massifs

éruptifs jeunes, donne à l’Aïr un aspect surprenant, presque

paradoxal : les vallées sont des vallées de plaine, souvent larges,

parfois bordées de prairies, à pente assez faible ; le travail

de l’érosion y est insignifiant ; leur fond est tapissé de

sable, les galets y sont rares : les sommets qui, d’un seul jet,

s’élèvent à 5 ou 600 mètres au-dessus des rivières, font

songer à un pays de montagnes et de ravins : on s’étonne de ne

pas voir des lits de torrents descendus des hauteurs ; on cherche,

au pied des escarpements, les cônes de déjection.

[Illustration : Fig. 20. — L’Adr’ar’ Adesnou, vu de la gorge

de l’oued Kadamellet.]

Cet aspect singulier est dû à la juxtaposition de deux formations

que l’érosion n’a pas eu le temps de raccorder. Les parois des

dômes sont trop dures, trop abruptes et trop jeunes pour que, dans

un pays où la pluie est rare, le ruissellement ait pu y créer un

bassin de réception. Les orages coulent en nappe sur leurs flancs ;

nulle part les eaux ne se réunissent en masses assez considérables

pour pouvoir remanier sérieusement les parties basses, les lambeaux,

non recouverts par les laves, de la pénéplaine restée presque

horizontale, lambeaux qui forment entre les massifs volcaniques

comme un réseau de couloirs où les caravanes passent aisément.

L’Aïr fournit d’excellents exemples de ces montagnes créées par

une accumulation de matériaux, accumulation assez rapide pour que

la part de l’érosion dans la production de ces formes de terrain

soit négligeable. Ces montagnes que l’eau n’a pas sculptées,

n’ont jamais formé de chaînes ; elles ont toujours été isolées

les unes des autres.

La sécheresse du climat est évidemment pour beaucoup dans le rôle

insignifiant qu’il convient d’attribuer à l’érosion ; mais

il faut aussi faire sa part au facteur géologique : la plupart

des masses éruptives de l’Aïr rentrent dans la catégorie

des cumulo-volcans et des dômes que l’éruption de Giorgios,

en 1866, à Santorin, avait permis à Fouqué d’entrevoir et que,

tout récemment, les dernières éruptions de la Martinique nous ont

appris à mieux connaître[44] : des crêtes, comme l’Adr’ar’

Ohrsane (fig. 74) sont inexplicables par l’érosion ; on ne peut

les comprendre que formées par la juxtaposition d’aiguilles,

analogues à celles de la montagne Pelée : elles sont le résultat

à peu près inchangé d’un phénomène de construction.

Parfois cependant, dans l’Aïr, les éruptions ont été d’un

type plus banal ; à Aoudéras, de belles coulées de basaltes sont

accompagnées de projections et de bombes volcaniques ; un bassin

de réception a pu se créer dans les cinérites (fig. 73) et la

rivière qui en sort s’est creusé, dans le plateau d’alluvions

qui porte le village d’Aoudéras, un lit qui est en contre-bas de

5 ou 6 mètres.

La plupart des montagnes de l’Aïr sont de couleur foncée comme

celles de l’Adr’ar’ ; ce vernis du désert qui couvre d’une

pellicule noire la plupart des roches, quelle que soit leur couleur

propre, est extrêmement brillant ; à certaines heures, les massifs

d’Asbin ont presque l’éclat métallique. La présence de cette

patine foncée n’est pas constante : l’Ohrsane est rose et

jette une teinte claire sur le paysage ; jusqu’au sud de l’Aïr,

les tons de quelques rochers restent assez variés et ces taches de

couleur vive contrastent assez gaiement avec les montagnes sombres

qui forment les masses principales. Malheureusement, le ciel est

souvent brumeux et l’on ne voit que rarement dans l’Aïr ces jeux

de lumière éclatants qui font le charme de l’Ahaggar. Parfois

cependant, après une averse qui a nettoyé l’atmosphère, le

spectacle devient magnifique ; le 22 septembre 1905, du campement de

l’oued Kadamellet, au coucher du soleil, l’Adr’ar’ Adesnou

(fig. 20) semblait une masse de bronze qui se détachait puissamment

sur un ciel lie de vin, la teinte sensible des physiciens ; quelques

nuages bleu indigo ajoutaient, à la magie de la couleur, une nuance

imprévue.

Missions au Sahara, tome 2 · 第 5 / 32 段