ceux que les Touaregs appellent des tiniri, semblent au contraire
pouvoir être améliorés ; des forages y donneraient probablement
des résultats ; mais l’entretien, en plein désert, d’un
chantier suffisant pour creuser un puits profond, serait une très
forte dépense, peu en rapport avec l’utilité de quelques points
d’eau de plus, dont les caravanes n’ont nullement besoin.
L’Ahaggar.
=Orographie.= — La partie culminante de massif touareg (Atakor
n’Ahaggar, Coudia) n’a été vue jusqu’à présent de près
que par un petit nombre d’Européens. De Taourirt, de Tit ou
de Tamanr’asset, elle se présente sous des aspects analogues
(fig. 17) : un plateau en saillie de quelques cents mètres sur
les régions voisines ; ce plateau est surmonté de quelques
aiguilles granitiques dont la plus célèbre est l’Ilamane et
de masses tabulaires comme le Tahat, dont le profil fait songer à
un plateau basaltique. L’existence de roches volcaniques n’est
d’ailleurs pas douteuse sur la Coudia ; Guilho-Lohan a ramassé
au pied de l’Ilamane un basalte et Motylinski [_Bull. du Com. de
l’Af. Française_, oct. 1907] a noté et figuré sur ses carnets,
à maintes reprises, des colonnades basaltiques.
Vers l’est, l’aspect est le même : au sud de la Tifedest,
d’après Voinot, la Coudia s’élève par gradins jusqu’à
son sommet, en forme de plateau. Du sud, entre Aïtoklane et
Tarahaouthaout, on la voit s’étager en replats successifs, entre
lesquelles la transition se fait sans trop de brusquerie. Cette
apparence est pleinement confirmée par les indications de
Motylinski qui a traversé l’Atakor de l’ouest à l’est, à
la hauteur de l’Ilamane ; pour arriver sur le plateau, en partant
de Tamanr’asset, on fait une longue marche en montée pénible,
à travers la montagne ; la descente, à la chaîne de Tanget, est
donnée, elle aussi, comme difficile ; Voinot[31] note, qu’au sud
d’Idelés, on s’élève rapidement, de 700 mètres, jusqu’au
premier gradin.
Une fois arrivé sur le plateau, la marche entre les gours est en
général facile ; les vallées y sont le plus souvent assez larges ;
il y a cependant à noter quelques ravins étroits dont la traversée
demande des précautions : il faut mettre pied à terre. D’après
Voinot, entre Tazerouk et Aïtoklane, le dessus du plateau est
extrêmement tourmenté ; c’est une véritable chebka où les
sentiers, peu nombreux, sont d’un abord difficile.
Le plateau de la Coudia est assez dénudé ; en tous cas les arbres
y sont très rares ; Motylinski mentionne près d’In Djeran le
premier arbre, un djedari (_Rhus oxyacanta_ ?), qu’il ait vu depuis
l’Ilamane, situé à une trentaine de kilomètres à l’ouest.
[Illustration : Fig. 16. — Essai de schéma du Massif Central
saharien.]
Duveyrier avait déjà indiqué l’existence d’eau courante sur
la Coudia ; Motylinski confirme cette indication, et mentionne une
cascade ; la haute vallée de l’Igharghar contient également
quelques ruisseaux et Voinot y signale même un marécage
difficilement abordable à Inikeren [_l. c._, p. 112].
R. CHUDEAU. — Sahara Soudanais. PL. IV.
[Illustration : Cliché Laperrine
7. — AHAGGAR. UN CONFLUENT PRÈS D’IN AMDJEL.
Prairie de diss. Quelques arbres dans le lit des oueds.]
[Illustration : Cliché Laperrine
8. — AHAGGAR, VILLAGE DE TIT.
Au fond, le Tinesi, dôme granitique (60 mètres).]
L’altitude du Plateau Central saharien est mal connue ; elle
dépasse certainement 2000 mètres. Les observations barométriques
sont encore rares, mais elles sont nettement confirmées par les
indications du thermomètre ; sur la Coudia, Motylinski a noté
les températures suivantes : le 20 août 1906, 5° à six heures
du matin, 20° à six heures du soir, le 21, 8° au matin, 18° à
six heures du soir ; le père de Foucauld notait les mêmes jours,
à Tamanr’asset, le 20, minimum 15°, maximum 35°, à six heures
du soir 29° ; le 21, minimum 15°, maximum 36°, et à six heures
du soir 30°. Voinot, à l’abankor de Tazzeit, près d’Idelès,
a noté le 15 mars 1906, minimum de la nuit 11°,8, à une heure de
l’après-midi 23°,6 ; le 18 mars, à Tazerouk, le minimum était
de 1°,6 ; à une heure, la température atteignait seulement
18°,2. Il y a donc une différence d’une dizaine de degrés
entre les températures de la Coudia et celles de Tamanr’asset
et d’Idelès qui sont, l’un et l’autre, au voisinage de 1300
mètres. On s’explique facilement que les Touaregs nobles aient
choisi la région de Tazerouk comme station estivale. Le haut plateau
est d’ailleurs peu étendu et atteint à peine 70 kilomètres dans
ses plus grandes dimensions ; Tazerouk (2000 m.) n’est pas encore
sur le gradin le plus élevé, que la route directe de Tazerouk à
Tarahaouthaout laisse à une trentaine de kilomètres au nord. Il
est vrai que les contreforts de la Coudia, vers l’est, sont bien
plus élevés que ceux de l’ouest, quoique leur relief au-dessus
des oueds soit assez faible.
[Illustration : Fig. 17. — Ahaggar. La Coudia, vue de l’oued
Sirsouf, près Tamanr’asset. L’Eisekran et l’Ikaraguen sont
des plateaux basaltiques.]
Les contreforts de ce haut massif ont des limites assez indécises
(Pl. III, profils III et IV) : du pied du plateau de Timissao (550
m.), à Tit (1120 m.), il y a un peu moins de 300 kilomètres ; la
pente est d’environ 2/1000. Jusqu’aux environs de Silet surtout
(760 m.), on monte très doucement : dans le tanezrouft, les pentes
des oueds Tamanr’asset et Silet sont voisines de 1/1000. Entre Silet
et Abalessa, les restes de volcan qui constituent l’Adr’ar’
Ouan R’elachem, obligent à passer par un col à l’altitude de
900 mètres ; les sommets voisins s’élèvent à 1000 mètres. A
l’ouest d’Abalessa (880 m.) l’Adr’ar’ Aberaghetan,
formé de quartzites siluriennes et non de roches volcaniques,
comme il est indiqué sur un croquis publié dans _La Géographie_
[XIII, 1906, p. 53], atteint une altitude supérieure (1700 m.) ;
cette chaîne étroite se prolonge vers le nord jusqu’au massif
de Taourirt. D’Abalessa à Tit (30 km.), on suit la lisière sud
d’une cuvette silurienne ; l’oued Tit, avec une pente d’environ
8/1000, est nettement torrentiel. De Tit à Tamanr’asset (1300m.),
on franchit plusieurs vallées ; la pente moyenne n’a pas de
signification. Dans ces deux derniers tronçons, la piste traverse
une région de basses montagnes ou plutôt une pénéplaine encore
accidentée.
De Tamanr’asset vers In Azaoua, la descente est assez rapide
jusqu’au tassili de l’oued Tagrira (4/1000). La route, coupant
toutes les rivières sous un angle marqué, ne suit cependant pas la
ligne de plus grande pente. Jusqu’à l’oued Igharghar tout au
moins, le pays reste très accidenté : le paysage doit son aspect
particulier à des plateaux basaltiques comme l’Adjellela (fig. 72)
ou le Debenat, ou à des filons de roches éruptives formant muraille,
comme l’Adr’ar’ Arigan (fig. 18).
Vers le nord, un contrefort important, la Tifedest, est un massif
vraiment montagneux et d’un relief moyen de plus de 1000 mètres ;
c’est une chaîne d’accès difficile, où les cols sont rares
et que traversent fort peu de sentiers.
A l’extrémité septentrionale de la Tifedest, avec des contours
plus flous et séparé de la chaîne principale par un col
qu’utilise une piste, se dresse le massif d’Oudan[32] presque
impraticable. Il se termine par un plateau célèbre au Sahara :
« A la pointe nord de l’Oudan, se dresse la célèbre Garet el
Djenoun, royaume des génies, interdit aux humains. Il est certain
que la table plate du sommet, d’un relief voisin de 1300 mètres et
bordée de tous côtés par des parois à pic, n’est pas accessible
avec les moyens dont on dispose au Sahara... L’Oudan ne paraît
pas être un ancien volcan, ainsi que l’avaient fait supposer
à Duveyrier des renseignements indigènes. » Cette description,
due à Voinot, semble cependant indiquer un plateau basaltique,
analogue à l’Adjellela.
La Tifedest se continue sur la rive gauche de l’Igharghar,
jusqu’à hauteur du Mouidir, par une série de massifs isolés
dont le plus important est l’Edjelé, qui se dresse à une altitude
notable au milieu du reg.
[Illustration : Fig. 18. — L’Adr’ar’ Arigan, dyke éruptif
dans les contreforts méridionaux de l’Ahaggar.
Du point d’eau de l’oued Zazir.]
Sur la rive droite de l’Igharghar, au nord de la Tifedest,
l’Edjéré (ou Eguéré) arrive au voisinage du tassili des Azdjer ;
c’est un massif de grande étendue qui, de loin, figure vaguement
un cône très aplati. Son point culminant, le Toufriq, atteint 1560
mètres. Sa structure est analogue à celle de la Coudia ; comme elle,
l’Edjéré est un plateau surmonté de formations volcaniques ;
les cratères ébréchés y sont nombreux, et les bombes volcaniques
y abondent.
Les vallées étroites de ce massif sont, certaines années, couvertes
de beaux pâturages, où se réunissent parfois les Azdjer et les
Ahaggar ; les points d’eau y sont assez espacés, mais de fort
débit et peu profonds ; les puits ne dépassent pas 4 mètres.
Ce massif se prolonge vers le sud par la petite chaîne de Torha qui
n’est séparée de la Tifedest que par la vallée de l’Ighargar ;
vers l’est, le massif de Torha se termine brusquement au-dessus
de la haute plaine d’Amadr’or.
L’Anahef est un plateau très semblable à la Coudia, qu’il
prolonge vers l’est ; comme elle, il est surmonté de gours,
derniers témoins d’un étage disparu et d’aiguilles granitiques
dont la plus remarquable semble être le Tihi n’Kalan. L’Anahef,
que traversent quelques pistes allant de l’Ahaggar à R’at,
paraît d’un accès peu facile ; les points d’eau, situés
au pied de la montagne, sont peu nombreux ; Voinot en mentionne
seulement quatre, sur le versant Atlantique.
La partie sud de l’Anahef qu’a explorée Foureau [_Doc. Sc._,
p. 345 et 614] lorsqu’il a été reconnaître le point où est
mort Flatters, ne semble pas différente de celle qu’a vue Voinot.
A son extrémité orientale, l’Anahef se relie à une série de
hauteurs qui, se dirigeant vers le nord, viennent à peu de distance
de Tir’ammar et du tassili des Azdjer. Elles se terminent par les
deux massifs importants d’Adr’ar’ (1700) et d’Admar (1400).
Le tassili des Azdjer est formé de grès horizontaux, d’âge
dévonien, et reproduit exactement les formes de terrain de l’Ahnet
ou du Mouidir, dont il est la suite.
Entre ce tassili et les massifs anciens qui dépendent de l’Ahaggar,
il existe, au moins depuis l’Igharghar jusqu’à l’Admar, une
zone en général assez déprimée, qui offre des communications
faciles entre l’est et l’ouest ; la piste qui y passe est souvent
suivie par les rezzou.
Au centre du paquet montagneux que forme la Coudia et ses annexes
s’étend une immense plaine dont l’origine est assez ambiguë. La
haute plaine d’Amadr’or n’est pas une sebkha, mais bien un
immense reg, long d’environ 120 kilomètres du nord au sud et
d’une largeur moyenne de 60 kilomètres. Cette plaine peut être
considérée comme horizontale ; la différence d’altitude atteint
à peine 100 mètres entre le nord et le sud ; quelques gours isolés
et insignifiants de granite rose font seuls saillie sur le reg. La
végétation y fait en général défaut et il n’y existe aucun
point d’eau. Le cours de l’oued Amadr’or et de ses affluents
n’est plus indiqué que par quelques cuvettes à peine perceptibles
et qui, depuis longtemps, ont cessé de communiquer entre elles ;
quelques-unes sont marquées par une très maigre végétation
d’éthels et de guétaf. Au cours d’un orage qui a duré deux
jours, Voinot a pu voir toute l’eau tombée se rassembler en flaques
stagnantes dont chacune correspondait à l’un de ces bas-fonds ;
ce n’est que plus au nord, grâce à l’Edjéré, que l’oued
Amadr’or, sous le nom d’oued Tidjert, reprend un peu de vie et
redevient continu.
Il existe bien du sel dans la plaine d’Amadr’or, mais il est
localisé en un point unique : la sebkha d’Amadr’or se réduit à
une petite dépression, située à 5 kilomètres au nord de Tissint.
Le sel, qui s’y présente en cristaux cubiques, est facile à
extraire ; pour le purifier tout à fait, on souffle légèrement
dessus et ce vannage rudimentaire suffit à obtenir un produit d’un
beau blanc et d’excellente qualité, qui a grande réputation au
Soudan : on l’exporte jusqu’à Zinder, où il a une haute valeur.
Cette petite sebkha d’Amadr’or n’est pas loin de l’extrémité
méridionale de l’Edjéré ; près d’elle se dresse une gara
basaltique et tout le reg qui l’avoisine est jonché de débris de
laves. Le sel provient probablement du lavage des roches volcaniques.
A part le reg d’Amadr’or, toutes les parties du Massif Central
saharien se ressemblent. On prendra une idée moins incomplète des
aspects du pays en consultant, outre les photographies, et les croquis
joints à ce volume, ceux qu’ont donné le commandant Dinaux, le
capitaine Arnaud et le lieutenant Cortier[33]. Mais le soleil leur
fait défaut : « Ces vues du massif de la Coudia, déchiqueté et
fantastique, donnent l’impression d’un pays noir et lugubre.
« Au contraire, l’ensemble des paysages reste clair ; ce sont
des pastels délicats, des jeux variés de lumière sur les blocs
de granite rose, les plateaux de grès (?) pâles, les coulées
grises des laves ; une richesse de tons, une délicatesse de
nuances, exagérées encore par la limpidité et la profondeur de
l’atmosphère.
« La Coudia est un massif informe, sans harmonie et sans ligne ;
c’est un squelette décharné, mais les couleurs le transforment
en décor féérique. » (Dinaux). C’est le soir et le matin
surtout, que les couleurs sont merveilleuses ; dans l’après-midi,
la lumière du soleil est trop écrasante, les nuances perdent toute
délicatesse ; toutes les couleurs deviennent des gris.
=Hydrographie.= — Ce haut massif a été un centre hydrographique
important. Naissant près d’Idélès, l’Igharghar, accru d’assez
nombreux affluents, traversait le tassili des Azdjer près d’Amguid
et allait aboutir au chott Melr’ir. Ce fleuve important et son
affluent principal, l’oued Mia, descendu du Tadmaït, fertilisent
encore les principales oasis du Sud constantinois. Duveyrier le
premier avait pu mettre en évidence l’importance de ce bassin
dont les recherches patientes de Foureau ont bien fait connaître
les parties moyennes ; les officiers de Tidikelt nous en ont fait,
plus récemment, connaître le bassin supérieur.
Vers l’ouest, un grand nombre de ruisseaux, descendus de la Coudia
et de la Tifédest, se réunissent en deux troncs principaux, l’oued
Takouiat et l’oued Tamanr’asset, que coupe le medjebed d’In
Zize à Timissao. On sait que ces deux fleuves coulent encore parfois
assez loin et que leurs crues se font sentir jusqu’au méridien
de Timissao. Ces crues doivent être violentes, puisqu’elles
suffisent à entraîner des scories basaltiques au nord du tassili
Tan Adr’ar’.
Le Tamanr’asset et le Takouiat n’ont pas été suivis bien loin
vers l’ouest ; on ne sait pas comment ils vont se perdre dans
le tanezrouft qui relie Azzelmatti à Sounfat ; on ignore quelles
relations exactes ils ont avec Taoudenni et les oueds qui descendent
du nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as ou du Timetr’in, et dont
l’oued Ilok semble être le principal collecteur.
Au sud, l’oued Zazir, l’Igharghar[34], l’oued Tagrira, le Tin
Tarabin vont se joindre presque certainement au Taffassasset, qui se
rattache actuellement au bassin du Niger. Les cours supérieurs de
ces rivières sont seuls connus ; il subsiste entre l’Adr’ar’
des Ifor’as et l’Aïr un blanc considérable ; mais elles
ne peuvent aboutir qu’au Niger, ou à un bassin fermé inconnu,
dont rien d’ailleurs ne permet de prévoir l’existence (V. carte
géologique hors texte).
Les rivières qui descendent de l’est de la Coudia ou de ses
contreforts ont une histoire plus obscure. Il n’y a pas de doute
pour l’oued Tadent qui est sûrement un affluent du Tin Tarabin. Les
origines du Taffassasset sont moins claires. L’oued Falezlez,
ou Afahlehle, a été coupé par Barth et par von Bary vers le 7°
longitude est ; en ce point il se dirige vers le sud-est et von Bary
indique, d’après ses informateurs indigènes, qu’il aboutit
à Bilma. Barth et plus tard Duveyrier ont cru au contraire que le
Falezlez était la tête du Taffassasset ; une carte récente[35]
du Sahara a adopté cette opinion. Il en résulte, pour le tracé
du fleuve, un coude bizarre que rien jusqu’à présent ne vient
justifier, sauf peut-être l’importance du Taffassasset à In
Azaoua qui permet de supposer un vaste bassin. En tous cas, toutes
les rivières qui, au sud de Tadent, se dirigent vers l’est et qui
ont été reconnues par Barth, vont aboutir au Taffassasset. Foureau
[_Doc. Sc._, p. 247] a donné un schéma de ce bassin hydrographique.
=Les villages.= — La pluie n’est pas très rare sur la Coudia, et
les rivières qui en descendent présentent une structure qui permet
à l’eau de se conserver assez longtemps dans certaines vallées.
Les rivières des contreforts de l’Ahaggar sont, en effet,
d’ordinaire encaissées et assez indépendantes de la direction
des affleurements de roches imperméables, au milieu desquels elles
ont creusé leur lit ; la vallée, souvent assez large, se rétrécit
toutes les fois qu’elle rencontre un seuil rocheux plus résistant,
quartzite silurienne ou filon éruptif : si ces rivières coulaient,
elles présenteraient des rapides. Cette structure en chapelet est
très nette presque partout.
Entre deux barrages successifs, chaque bief présente une pente
notable et l’eau tend à s’accumuler contre le seuil d’aval,
de sorte que la nappe aquifère est d’autant moins profonde que
l’on se rapproche de ce seuil ; aussi les pâturages, situés
à l’amont des barrages, sont fréquents et permettent souvent
l’élevage de troupeaux assez nombreux.
De plus, l’eau, arrêtée à chaque barrage, est à un niveau
un peu plus élevé que le bief suivant de la vallée ; cette
particularité des oueds a été le plus souvent utilisée pour
la création des petits centres de culture qui caractérisent les
contreforts de l’Ahaggar.
Dans certains cas, les plus fréquents, on va chercher, par des
foggaras longues de 5 à 6 kilomètres, l’eau en amont d’un
barrage ; des seguias surélevées permettent une irrigation facile
dans les parties plus basses ; c’est ce procédé qui est employé
à Tamanr’asset, à Tit et à Tin Amensar, toutes les fois que les
alluvions humides, véritables mines d’eau, sont dans une vallée
trop étroite pour permettre facilement l’établissement de jardins,
toutes les fois surtout que des crues violentes sont à craindre,
qui enlèveraient toutes les cultures.
Parfois, dans le haut pays, il y a des ruisseaux permanents ; les
foggaras deviennent alors inutiles et de simples seguias suffisent
à assurer l’irrigation.
Quant aux jardins, ils sont établis dans les vallées les plus
larges, dans celles où le lit de l’oued est creusé au milieu
d’une plaine d’alluvion : on les cultive sur le lit majeur de
l’oued quaternaire ; en général, dans ces vallées élargies,
la nappe aquifère est profonde et c’est pour cette cause que
l’on va chercher l’eau dans un bief supérieur.
Plus rarement la vallée est large, l’eau abondante à fleur de
sol ; c’est ce qui arrive à Abalessa. Tous les oueds qui descendent
du versant occidental de la Coudia coulent d’abord dans une région
déprimée, une cuvette synclinale, que limite à l’ouest la chaîne
élevée de l’Adr’ar’ Aberaghettan. Cette haute sierra, formée
de quartzites, a résisté à l’érosion qui n’a pu réussir à y
creuser que quelques gorges resserrées, quelques brèches exiguës ;
la plus importante livre un étroit passage à l’oued Endid, formé
de la réunion d’une dizaine d’oueds ou de ruisseaux dont les
plus notables, l’oued Outoul, l’oued Tit et l’oued Ir’eli,
viennent tous converger à Abalessa.
La brèche qui donne passage à tous ces oueds arrête les eaux et,
à ses abords immédiats, pendant quelques cents mètres, se trouve un
véritable fourré où dominent les tamarix ; c’est, comme arbres,
un des plus beaux coins de l’Ahaggar.
Lorsque, venant de Silet, on a traversé la région chauve et
dénudée de l’Adr’ar’ Ouan R’elachem, au sommet du dernier
col, la vue d’une telle profusion de ferzig et d’ethel est une
joyeuse surprise. Les arbres sont accompagnés de nombreux arbustes et
de nombreuses graminées ; il y a même quelques fleurs. Plusieurs
hectares sont réellement couverts d’une véritable verdure :
pareil spectacle est vraiment rare au Sahara.
L’Adr’ar’ Aberaghettan, barrant un ensemble de vallées, ne fait
que reproduire en plus grand la disposition des seuils transversaux
qui, dans chaque oued de l’Ahaggar, accroissent, vers l’aval
du bief, l’humidité des alluvions, et dont l’effet se traduit
habituellement par un accroissement des pâturages et l’apparition
d’arbres plus serrés.
Rarement cette structure est autant marquée qu’à Abalessa,
et peu de villages sont aussi riches.
A Abalessa, on a pu creuser, dans chaque jardin, des puits peu
profonds (2 à 3 m.). Ce sont souvent des puits à bascule, type
classique dans les oasis, comme aussi en Anjou ; parfois l’outre à
manche et à double corde, tirée par un âne, comme dans le M’zab
ou à Iférouane, vient simplifier le travail du haratin. Il y a de
plus quelques foggaras et, en fait, dans la plupart des ar’érem,
les deux systèmes, puits et foggaras, coexistent : tout l’effort
des cultivateurs a porté sur l’exploitation de l’eau, et la
meilleure façon de l’avoir en abondance.
Parfois d’autres causes sont intervenues, qui rendent possible
l’établissement de jardins ; à Silet, par exemple, la vallée
est largement ouverte : une coulée de basalte, descendue de
l’Adr’ar’ Ouan R’elachem recouvre les alluvions de l’oued
Ir’ir’i ; la vallée de l’oued Silet est, en amont du ksar,
probablement elle aussi dans le même cas [Villatte, _loc. cit._,
p. 221] ; l’eau, protégée contre l’évaporation, est très
abondante et pendant plusieurs kilomètres, en aval du front de
la coulée, il suffit de creuser légèrement (0 m. 20-0 m. 30)
dans l’oued, pour trouver le niveau aquifère. La vallée est
couverte d’une très belle végétation ; les _Salvadora persica_
forment un véritable taillis qui s’étend à plusieurs kilomètres
de Tibegehin.
Silet et Tibegehin sont les plus belles palmeraies de
l’Ahaggar. Malheureusement, malgré leur richesse en eau et leur
abondance en dattiers, les deux villages jumeaux ont du être
abandonnés : on se contente de venir y cueillir les dattes,
lorsqu’elles sont mûres, dans la première quinzaine du mois
d’août. Le reste du temps tout est à l’abandon ; on ne coupe
jamais les palmes desséchées et les hautes tiges des dattiers
sont couvertes d’un manchon de djerids jaunes et desséchées qui
pendent misérablement vers le sol ; ces palmes forment, il est vrai,
avec leurs épines, un obstacle difficile à franchir et protègent
les régimes contre le vol d’un passant.
Il ne reste à Silet que les ruines d’un ksar et des traces
de seguia, longues de 300 mètres, qui partent de la coulée
de basalte. Malgré les facilités de culture, Silet était
mal placée. Située à la limite de l’Ahaggar, à la porte du
tanezrouft, Silet ne pouvait savoir ce qui se passait dans l’ouest :
les pâturages font défaut dans le tanezrouft, et nul berger ne
pouvait assurer la couverture du village : les rezzou y tombaient
à l’improviste ; l’insécurité trop grande a causé son
abandon. On peut espérer que le calme relatif que nous imposons au
Sahara permettra à ce petit centre de renaître et de se développer.
Les villages de culture de l’Ahaggar, assez nombreux, sont peu
importants ; Motylinski en dénombre trente-cinq. L’expression
d’oasis, qui évoque toujours l’idée d’une palmeraie, ne
leur convient pas : la culture des dattiers manque dans la plupart
d’entre eux ; elle est insignifiante dans les autres. La première
place appartient aux céréales. Aussi vaut-il mieux conserver
à ces centres de jardinage du pays Touareg, leur nom berbère de
ar’érem ; l’orthographe en a été longtemps douteuse (arrem,
agherim) ; on trouve même une variante qui a longtemps servi
à désigner, à l’ouest de Bilma, les jardins de Fachi qui,
depuis Barth, sont souvent appelés Oasis Agram, même sur des
cartes récentes.