VI

Suite du 19 février [1838].--Voici un nouveau cahier. Qu’y mettrai-je,

que dirai-je, que penserai-je, que verrai-je avant d’être au bout? Y

aura-t-il bonheur ou malheur? y aura-t-il...? Mais qu’importe! Je

prendrai ce qui me viendra, comme fait là-bas le ruisseau. Ces

recherches sur l’avenir ne servent qu’à se tourmenter, parce que

ordinairement on y voit plus de peines que de plaisirs. Malades, morts,

affligés, que sais-je les fantômes qu’on rencontre dans cette obscurité?

Hier je pensais qu’il pourrait se faire que papa eût une attaque, parce

qu’il se plaint d’un engourdissement au côté droit; son père mourut de

cela presque au même âge. Pauvre père! que serais-je sans lui sur la

terre? Je ne me suis jamais crue au monde que pour son bonheur, Dieu le

sait, et que je lui ai consacré ma vie. Jamais l’idée de le quitter ne

m’est venue que pour aller au couvent. Encore cette pensée me

quitte-t-elle, tant je sens impossible de m’arracher d’ici, d’en sortir,

même pour aller avec toi. Paris ne m’attire guère, je t’assure; je ne

ferais pas deux pas de son côté si tu venais ici en famille, être avec

nous, vivre avec nous. Bonheur impossible. Tristesse à présent et

amertume: voilà pour avoir touché à l’avenir! Il valait mieux reprendre

le fil de l’autre cahier, continuer mon conte comme Schéhérazade.

Je demandais donc si tu te souvenais de cet homme que nous rencontrâmes

sur le chemin de Gaillac, qui, entrant dans sa maison comme un tonnerre,

me fit une espèce d’effroi, et comme nous dîmes bien des choses sur le

bonheur et le malheur conjugal. Puis, tombant sur ton mariage, il nous

vint de douces pensées. Je te dis que le bon Dieu avait fait pour toi

Caroline, comme Ève pour Adam, et tu me demandas de faire une prière

pour que le bon Dieu te donne encore un ange de petite fille. Dès que tu

seras marié, je ne manquerai pas de le faire. La nuit m’ôte d’ici.

* * * * *

Le 24.--Jour qui commence par la pluie et le croassement des corbeaux.

Voyons ce qui suivra d’ici à ce soir. Je n’ai pas écrit depuis quelques

jours à cause de quelques visites qui sont venues, de je ne sais quoi

qui m’a empêché d’écrire. Ce n’est pas le cœur qui se tait.

Que j’ai bien fait d’attendre à ce soir! Aurais-je rien mis de plus joli

que ce que je vois, que ce que je tiens, que ce que je sens, que le

plaisir que m’a fait ta lettre, la seconde que tu écris depuis ton

retour à Paris? Oh! comme elle est pleine de bonheur, et que je suis

contente de te savoir enfin comme je te voulais! Tu ne sors pas, tu

n’exposes pas ta santé, tu ne vois pas le monde; du milieu de Babylone,

tu pourrais dater tes lettres de la solitude. Sagesse inespérée qui

m’enchante, me fait bénir Dieu, me fait espérer, me console, me remplit

le cœur de je ne sais quoi qui me réjouit à ton sujet. Hélas! tant de

fois je suis en tristesse, je m’alarme. O frères, frères, nous vous

aimons tant! Si vous le saviez, si vous compreniez ce que nous coûte

votre bonheur, de quels sacrifices on le payerait! O mon Dieu! qu’ils le

comprennent, et n’exposent pas si facilement leur chère santé et leur

chère âme!

Encore lettres et paquets, cahier de la _Propagation de la Foi_,

mandement de notre archevêque. Ce pêle-mêle sort d’un tablier et couvre

toute la table ronde.

A dix heures du soir.--Ce jour était destiné aux jolies choses, aux

arrivées. La boîte, la boîte attendue est là. Manchettes, jabot, peigne,

brosse, épingles, poudre embaumée, circulent de main en main. C’est la

petite Mariette de Mme de Thézac qui nous apporte cela de Gaillac.

Bonsoir, je vais bien penser à toi et à Caro, je vais bien dormir.

* * * * *

Le 25.--Il y a un mois, aujourd’hui, à cette heure, de ton départ. Voilà

qui change un peu la couleur de rose d’hier au soir, mais adieu. Il me

faut penser à tout autre chose qu’à des choses humaines. C’est dimanche,

je pars pour l’église. Nous dînons tous chez le pasteur; il aura ton

souvenir, et toi, le mien devant Dieu. C’est là qu’ils sont bons.

* * * * *

Le 26.--Une minute d’échappée, une minute avec toi pendant qu’on

m’attend à la cuisine. J’aimerais mieux ma chambrette, mais on fond des

canards, on prépare une croustade, un petit dîner de carnaval qui me

veut pour auxiliaire. Nous attendons le pasteur; si je pouvais attendre

quelqu’un de plus! Tous ceux qui viennent me font penser à toi qui ne

viens pas. Rapprochons-nous de cœur, écrivons-nous, toi de ta cellule

dans le monde, moi de ma chambrette dans la solitude. Il nous viendra du

dehors des choses bien différentes à tous deux; il n’en sera pas de même

au dedans, j’espère. Paris et le Cayla se ressemblent moins que nos

âmes, que nos idées, que nos deux êtres. Il est ennuyeux de nous quitter

pour aller faire une croustade.

* * * * *

Le 27.--Il pleut; je regardais pleuvoir, et puis je me suis dit de

laisser tomber ainsi goutte à goutte mes pensées sur ce papier. Cela

éclaircira mon ciel qui, aussi bien que l’autre, est chargé, non pas de

gros nuages, mais de je ne sais quoi qui voile le bleu, le serein. Je

voudrais sourire à tout, et je me sens portée aux larmes; cependant je

ne suis pas malheureuse. D’où cela vient-il donc? De ce que apparemment

notre âme s’ennuie sur la terre, pauvre exilée!... Voilà Mimin en

prière; je vais faire comme elle et dire à Dieu que je m’ennuie. Oh!

moi, que deviendrais-je sans la prière, sans la foi, la pensée du ciel,

sans cette piété de la femme qui se tourne en amour, en amour divin?

J’étais perdue et sans bonheur sur la terre. Tu peux m’en croire, je

n’en ai trouvé encore en rien, en aucune chose humaine, pas même en toi.

* * * * *

Le 28, jour des Cendres.--Me voici avec des cendres sur le front et de

sérieuses pensées. Ce _memento pulvis es_ est terrible; tout aujourd’hui

je l’entends; je ne puis me distraire de la pensée de la mort, surtout

dans cette chambre où je ne te vois plus, où je t’ai vu mourant, où ta

présence et ton absence me font de tristes images.

Une seule chose est riante, c’est la petite médaille de la Vierge

suspendue au chevet de ton lit. Elle est brillante encore et au même

endroit où je la mis pour te servir de sauvegarde. Si tu savais, mon

ami, comme j’ai plaisir à la voir, les souvenirs, les espérances, les

choses intimes qui se rattachent en moi à cette sainte image! Je la

garderai comme une relique; et si jamais tu reviens dormir dans ce petit

lit, tu dormiras encore auprès de la médaille de la Vierge. Passe-moi

cette confiance, cet amour, non pas à un morceau de métal, mais à

l’image de la Mère de Dieu. Je voudrais bien savoir si, dans ta nouvelle

cellule, on voit la Sainte Thérèse qui pendait dans l’autre près du

bénitier

où _toi_, nécessiteux,

Défaillant, tu prenais l’aumône dans ce creux[20].

[20] Vers de la _Sainte Thérèse_ de son frère.

Tu ne la prends plus là, je le crains bien, ton aumône; où la prends-tu?

Qui sait? Le monde où tu vis maintenant est-il assez riche pour tes

nécessités?--Maurice, si je pouvais te faire passer quelqu’une de mes

pensées là-dessus, t’insinuer ce que je crois et ce que j’apprends dans

les livres de piété, ces beaux reflets de l’Évangile! Si je pouvais te

voir chrétien... je donnerais vie et tout pour cela.

M. Fieuzet est avec nous depuis trois jours et fait un peu diversion à

nos causeries assez uniformes: toujours champs ou moutons, à moins qu’il

n’arrive des lettres; il n’en vient pas tous les jours. Ce bon curé nous

amuse, nous raconte mille petites choses de paroisses, de presbytère,

d’église, qui, mêlées de traits d’esprit, sont piquantes. Nous avons

bien ri d’un curé du voisinage qui a fait sonner la cloche pour une noce

qui traversait sa paroisse. Nous avons ri de cette noce montée sur une

charrette à bœufs, de l’arc de triomphe sur cette charrette, et de la

devise sur cet arc...

* * * * *

Le 1er mars.--Je regardais tout à l’heure deux petits mendiants qui

passaient avec extase sous le grand peuplier. Ils ne pouvaient assez

lever la tête et les yeux; et je pensais qu’ainsi tout ce qui est haut

attire notre intelligence, et qu’ainsi je ferais sous les pyramides

d’Égypte... quand un tout petit oiseau, allant se poser sur la cime du

peuplier, m’a fait sentir l’impuissance de notre pauvre nature et tomber

l’orgueil de mes pensées.

Voici, voici des provisions de carême, Massillon qu’Élisa vient de

m’envoyer. Je lirai un sermon tous les jours. Voilà pour l’âme, l’esprit

vivra comme il pourra, je ne sais de quoi le nourrir; point de livres de

mon goût. Encore cependant faut-il quelque chose; je ne puis me passer

de lire, de fournir quelque chose à ce qui pense et vit. Je vais me

jeter sur le sérieux, sur _l’Indifférence en matière de religion_. C’est

ce que j’ai de mieux sous la main; puis je suis bien aise de revoir ce

que j’ai vu étant jeune, ce qui m’étonna, me pénétra, m’éclaira comme un

nouveau ciel. Quand M. l’abbé Gagne me conseilla ces lectures, je ne

connaissais guère que l’_Imitation_ et autres livres de piété. Juge de

l’effet de ces fortes lectures, et comme elles ouvrirent profondément

mon intelligence. De ce moment, j’eus une autre idée des choses; il se

fit en moi comme une révélation du monde, de Dieu, de tout. Ce fut un

bonheur, une surprise comme celle du poussin sortant de sa coque. Et

surtout ce qui me charma, c’est que ma foi, se nourrissant de toutes ces

belles choses, devint grande et forte.

* * * * *

Le 14.--Une lacune, un silence de douze jours. Un voyage à Gaillac où je

n’ai pas pris mon cahier. Je comptais revenir le soir même; mais Louise

que j’allais voir fut à Saint-Géry et j’attendis la chère amie, ce qui

m’a tenue dehors plus que je ne voulais. Je n’aime pas de sortir d’ici;

rien ne me plaît comme mon désert; aujourd’hui qu’il est resplendissant

de soleil et de douce lumière, je ne le changerais pas avec la plus

magnifique cité. Je n’aime pas un toit pour horizon, ni de marcher dans

les chemins des rues quand les nôtres se bordent de fleurs. A présent

c’est un charme d’être en plein air, d’errer comme les perdrix. Papa a

pu aller avec nous jusqu’au bout de la vigne longue. Nous nous sommes

assis un peu dans le bois, près de l’endroit où roula Caroline. Nous

avons parlé d’elle et de sa chute; j’ai revu le groupe que nous formions

au milieu des chênes, groupe, hélas, si fort dispersé! et, réflexions

faites, j’ai couru chercher des violettes sur un tertre donnant au

soleil. Ce sont les premières que nous ayons vues. J’en mets une ici,

que je t’offre comme les prémices du printemps du Cayla.

Je ne te dis pas ce que j’ai fait et vu à Gaillac; ce n’est pas la

peine, à moins de parler de Louise. Encore l’ai-je très peu vue et si

occupée, si entourée, que nous n’avons pu faire de l’intime. Nous sommes

en peine, tu n’écris pas, ni Caro, ni personne. C’est jour de courrier,

rien n’arrive. Cependant je t’ai écrit par M. Louis de Rivières et t’ai

envoyé un cahier. Cela ne vaudra-t-il pas un mot?

* * * * *

15.--Une lettre, mais pas de toi! C’est d’Euphrasie qui me donne des

nouvelles de Lili, tristes nouvelles qui me font craindre de perdre

cette pauvre amie. Je vais à Cahuzac en faire part à ma tante.

* * * * *

16.--La Vialarette ne te portera plus des marrons et des échaudés de

Cordes; la pauvre fille! elle est morte la nuit dernière. Je la regrette

pour ses qualités, sa fidélité, son attachement pour nous. Étions-nous

malades? elle était là; fallait-il un service? elle était prête, et puis

d’une discrétion, d’une sûreté! du petit nombre de personnes à qui l’on

peut confier un secret. C’était le sublime de sa condition, ce me

semble, que cette religion du secret que l’éducation ne lui avait pas

apprise. Je lui aurais tout confié.

Aucune des femmes d’Andillac n’approche de la pauvre Marie pour les

sentiments élevés, pour la foi vive et forte. Il fallait l’entendre

parler droit et clair aux philosophes du hameau, à ceux qui parlaient

mal de Dieu, de la confession, de toutes les choses saintes dont on

s’amuse aux veillées. Oh! elle les aimait! se confessait, jeûnait,

faisait son carême avec cinq sous d’huile, croyait au ciel, et doit y

être, j’espère. Dieu aura reçu cette âme simple et pure. Ses défauts

n’étaient que des saillies d’humeur, des bizarreries de caractère qui

parfois la mettaient mal avec ses voisines. Mais cela s’oubliait

bientôt; un service effaçait les paroles, et toutes font à présent son

éloge.

Je fus la voir hier au soir, elle ne me connut pas. Je lui pris la main

qui était froide et sans pouls; en m’en allant, je compris bien que je

l’avais vue pour la dernière fois. Ce bras glacé, ce battement éteint,

c’était la mort que je venais de toucher. Que c’est triste, que c’est

sombre, que c’est effrayant, le passage dans l’autre vie! Que devenir,

mon Dieu, si la foi ne jetait ses lumières, ses espérances là-dessus!

Heureux qui peut espérer, qui peut dire comme la Vialarette: J’ai connu

Dieu et je l’ai servi! Ses connaissances n’allaient pas au delà du

catéchisme, ses prières au delà du _Pater_; mais tout est compris là

dedans pour le chrétien, grand et petit. Plût à Dieu que M. de Lamennais

s’en tînt là!

Mimi a servi de sœur de la charité à notre pauvre amie et l’a aidée à

souffrir par ses exhortations. La malade lui a confié ses secrets pour

l’autre vie, les messes qu’elle veut pour le repos de son âme, et lui a

remis pour cela soixante francs qu’elle avait déposés dans un fagot,

fagot quêté branche à branche comme l’argent sou par sou. Sainte idée de

pauvre! Que ce dépôt aura de mérite devant Dieu! De combien de froid, de

chaud, de pas, de peines, de privations il se compose! Qui sait les

morceaux de pain qu’elle a achetés de sa faim pour en donner le prix à

son âme? Simple et admirable foi!

* * * * *

17.--Je reviens de l’enterrement de cette pauvre fille, la première que

j’aie vu mettre dans la tombe. C’était pénible à voir; mais j’ai voulu

accompagner jusque-là celle qui n’a ni frère ni sœur, celle qui a suivi

sur ce cimetière tous ceux des nôtres qu’elle a vus mourir, celle qui a

fait tant de pas pour nous, hélas! à pareil jour, _samedi_. Enfin j’ai

voulu lui donner cette marque d’affection et l’accompagner de mes

prières jusqu’au bord de l’autre monde. J’ai entendu la messe à côté de

son cercueil.

Il fut un temps où cela m’aurait effrayée; à présent, je ne sais pas

comment je trouve tout naturel de mourir; cercueils, morts, tombes,

cimetières ne me donnent que des sentiments de foi, ne font que reporter

mon âme là-haut. La chose qui m’a le plus frappée, ç’a été d’entendre la

bière tombant dans la fosse: sourd et lugubre bruit, le dernier de

l’homme. Oh! qu’il est pénétrant, comme il va loin dans l’âme qui

l’écoute! Mais tous ne l’écoutent pas; les fossoyeurs avaient l’air de

voir cela comme un arbre qui tombe, le petit Cotive et d’autres enfants

regardaient là dedans comme dans un fossé où il y aurait des fleurs,

l’air curieux et étonné. Mon Dieu! mon Dieu! quelle indifférence entoure

la tombe! Que les saints ont raison de mourir avant l’heure, de faire

leurs propres obsèques en se retirant du monde! Est-ce la peine d’y

demeurer? Non, ce n’est pas la peine, si ce n’était quelques âmes chères

à qui Dieu veut qu’on tienne compagnie dans la vie. Voilà papa qui vient

de me visiter dans ma chambre et m’a laissé en s’en allant deux baisers

sur le front. Comment laisser ces tendres pères?

Encore en peine sur ton compte, point de lettres. Je viens de t’écrire à

Paris. A présent je vais au sermon; j’en vais lire un au coin du feu. On

fait église partout.

* * * * *

Le 18.--Pluie, boue, vent, jour d’hiver et de dimanche. Un bon petit

prône pour me dédommager de la fatigue du chemin. Inquiétude ce soir,

point de lettre.

* * * * *

Le 19.--Les parents de la Vialarette sont venus nous remercier, en s’en

allant, des soins que nous lui avons donnés et nous offrir ce que nous

voulions... Parmi un tas de fioles et d’autres riens, j’ai vu un petit

pot blanc que nous lui emplissions tous les ans de confitures. Je l’ai

demandé en souvenir. Je l’ai, je le garde et le regarde, le saint petit

pot, comme celui de la veuve de Sarepta.

Une fusée, un peu de lecture, un peu d’écriture, quelques coups d’œil à

la pluie, c’est ma journée. Je ne parle pas de ce qui s’est fait dans

l’âme. La nuit en songe j’ai vu ton lit tout en flammes. Que signifient

ces craintes de nuit et de jour que tu me donnes? Oh! qu’au moins je ne

sois pas en peine sur ta santé! C’est bien assez du reste que Dieu sait.

Aurons-nous demain de tes lettres?

* * * * *

Le 20.--Pas de lettre.

* * * * *

Le 21.--J’attends. Demain, peut-être demain!

* * * * *

Le 24.--Enfin quelque chose! Ce n’est pas de toi, mais qu’importe? Je

sais que tu vis, cela me suffit. J’avais tant de craintes! Mon Dieu, que

ton silence m’a fait souffrir! que de tourments, que d’imaginations, de

suppositions, de tristesses! Quel effroi en voyant cette lettre à cachet

noir! Ah! M. d’Aurevilly ne se doute pas du coup qu’il m’a porté. J’ai

laissé tomber sa lettre; Érembert l’a prise, l’a ouverte, et me l’a

rendue. J’ai compris, j’ai lu, j’ai vu; plus de frayeur. La pauvre poire

est cause de tout cela. Les beaux remercîments et hommages! mais mal

venus sous ce cachet noir; aussi l’effet n’a été que triste, je ne sais

quoi de lugubre m’est resté dans l’âme, comme une teinte noire sur

laquelle nulle autre couleur ne peut prendre. Je me dis cent fois: tu le

croyais mort, il est vivant, il se porte bien, sa santé, me dit-on, sera

bientôt au niveau de son bonheur; mais ni cela, ni rien ne peut m’ôter

de peine sur ton compte. J’ai repris cette lettre et j’y vois la

certitude que tu as été malade. Ton ami me dirait-il que, quand

j’arriverai à Paris, je te trouverai tout à fait bien, si tu n’avais pas

été souffrant? Oh! oui, tu es malade, j’en ai l’idée depuis quelque

temps. Pauvre chère santé, que je ne puis ni voir ni soigner... Il ne me

reste que de la recommander au bon Dieu, ma sainte ressource.

* * * * *

Le 25, dimanche.--Excellent prône sur la confession. Que c’était clair,

simple et vrai! comme il a su mettre à la portée d’Andillac les preuves

de l’institution divine de la confession, mise en doute dans les

veillées, et instruire en même temps nos pauvres philosophes ignorants

de leur catéchisme! J’aurais voulu te savoir là; tu aurais trouvé cela

bien, très-bien, surtout quand après avoir répondu aux objections,

confondu la malice, repoussé les prétextes, écarté les refus, il a parlé

des bienfaits de la confession, de la paix qu’elle met dans l’individu,

la famille et la paroisse, accompagnant cela d’exemples et finissant par

nous appeler tous avec sa voix de bon pasteur, tous à ses pieds, dans

ses bras, dans son cœur: «Mes frères, une mère qui perd sa fille n’a pas

plus de douleur que moi quand je vois une de vos âmes mourir dans le

péché.» Et cela n’est pas une phrase, c’est une expression de foi, de

charité. C’est une chose qu’ils pensent, qu’ils sentent, ces bons

prêtres. Oh! qu’ils sont dignes de respect, ceux qui ont ainsi l’esprit

de Dieu, qui passent en faisant le bien! Je les vénère comme des

reliques. Je n’estime pas ceux qui en disent du mal. Cela me vient à

propos de certains railleurs. Il est nuit; mais d’ailleurs, ce n’est pas

la peine de parler de ces gens. Si je puis, je reviendrai ce soir avant

de me coucher.

* * * * *

Le 27.--C’était bien vrai mes pressentiments, tu es malade, tu as eu

trois accès, tu tousses. Quelle peine! Mon pauvre Maurice, faut-il être

aussi loin de toi, ne pouvoir plus ni te voir, ni t’entendre, ni te

donner des soins! C’est à présent que je voudrais être à Paris, avoir

une chambre à côté de la tienne comme ici, pour t’entendre respirer,

dormir, tousser. Oh! tout cela, je l’entends à travers deux cents

lieues! Oh! distances! distances! Je souffre bien, mais Dieu le veut et

me fait ainsi payer mon affection fraternelle. Nul bonheur sans

amertume, ni même sans sacrifice. Si j’étais près de toi, il me semble

que tu te porterais mieux, que je veillerais sur ton manger, sur ton

boire, sur l’air que tu respires. La Providence le fasse et te conserve

comme la prunelle de l’œil! Et puis cette bonne et tendre enfant qui te

sert de sœur me console. C’est elle qui vient d’écrire à Éran, lui dit

que tu as été malade et de ne pas le dire aux sœurs. Chère Caro, elle

sait combien les sœurs se troublent vite. Que je l’aime, que je suis

aise de te savoir auprès d’elle, que j’en bénis Dieu! Que deviendrais-tu

dans ton hôtel de Port-Mahon, seul avec des hommes? Ton ami serait bien

là; mais quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, un homme ne peut remplacer

une femme pour un malade, c’est comme pour un enfant. La faiblesse et la

souffrance ont besoin de ces soins, de ces soulagements, de ces douceurs

que nous inventons.

* * * * *

Le 28.--Oh! des lettres, des lettres de cœur, des lettres de peines, car

c’est tout un. Bonne tante! elle nous dit, comme Caro, que tu as eu

trois accès, que tu es arrivé pâle, défait, triste, à Paris, toutes

choses qui me navrent. Dieu sait ce que je ferais pour ne pas te savoir

en souffrance de corps ou d’âme. Mais je ne puis rien pour rien. Je n’ai

que le pouvoir de prier et je prie, et j’espère, parce que la foi est

puissante. Dieu est d’un grand secours, je le sens, je l’éprouve. Oh! si

nos espérances, comme dit saint Paul, étaient renfermées dans cette vie

seule, nous serions les plus misérables des créatures.

Voilà Lucie, ma petite filleule, qui vient me dire bonsoir. Il faut que

je lui fasse une caresse, puis le catéchisme. J’aime à instruire les

enfants, à ouvrir ces petites intelligences, à voir quels parfums sont

renfermés dans ces boutons de fleurs. Je trouve en Lucie de la

pénétration, de la mémoire et une douceur de caractère qui fait de cette

enfant une pâte. Je vais bien lui apprendre à connaître Dieu, seule

connaissance indispensable à tous dans cette vie triste et rapide, comme

l’a dit, je crois, M. de Lamennais.

Mon catéchisme fait, je vais lire un sermon; nous sommes en carême,

temps où l’âme se nourrit plus que jamais de choses saintes. D’ailleurs

j’en ai besoin pour faire contre-poids aux peines, alarmes, craintes qui

me pèsent au cœur. O mon ami, que n’as-tu recours à cela, que ne te

fais-tu soulever par quelque chose de céleste! Tu ne serais pas si

abattu, je te crois malheureux dans ton bonheur apparent, et que c’est

la cause de ta maladie. La plupart des maux viennent de l’âme; la

tienne, pauvre ami, est si malade, si malade! Je sais bien ce qui la

pourrait guérir ou du moins soulager, tu me comprends: c’est de la faire

redevenir chrétienne, de la mettre en rapport avec Dieu par

l’accomplissement des devoirs religieux, de la faire vivre de la foi, de

l’établir enfin dans un état conforme à sa nature. Oh! alors paix et

bonheur, autant que possible à l’homme. La tranquillité de l’ordre,

chose admirable et rare qu’on n’obtient que par l’assujettissement des

passions. Cela se voit dans les saints.

* * * * *

Le 29.--Deux lettres écrites, l’une à Marie, l’autre à Irène, cette amie

de Lisle. Je lui dois ce souvenir, cette reconnaissance pour son

ancienne et constante amitié. Ce fut elle qui m’écrivit la première il y

a sept ans, je crois, après quelques jours de connaissance à Lisle.

Entre femmes, l’amitié est bientôt faite: un agrément, un mot, un rien

suffit pour une liaison; mais aussi ce sont nœuds de ruban pour

l’ordinaire, ce qui fait dire que les femmes ne s’aiment pas. Je n’en

sais rien; on peut aimer un jour, deux jours, plus ou moins, mais

parfaitement: affections éphémères dont j’ai toujours eu peur pour moi

et pour mes amies. Rien n’est triste comme une chose morte au cœur, de

faire du cœur un cercueil. Aussi, dès que je sens ou vois s’éteindre une

affection, je m’empresse de la raviver.

Je vais donc écrire à L. _des Montagnes_ qui m’a paru un peu changée.

Peut-être était-ce préoccupation, monde, entourage; mais elle m’a laissé

des craintes, des doutes sur son amitié. Cependant quand je songe aux

longues larmes qui coulaient sur ses joues à mon départ l’an dernier,

cela s’en va de mon esprit.

Ce qui s’appelle une connaissance, je n’en manque pas, et je ne sais

comment cela me vient, moi à peine sortie de mon désert et qui, comme

Paul l’ermite, vivrais volontiers cent ans dans ma retraite sans

m’informer du tout du monde. Dieu le veut sans doute pour quelque fin à

moi inconnue. La Providence mène tout, tout jusqu’au plus petit

événement. Cela fait qu’on accepte.

Je viens de lire l’épître de l’enfant ressuscité par Élisée. Oh! si je

savais quelque prophète, quelqu’un qui rendît la vie et la santé,

j’irais comme la Sunamite me prosterner à ses pieds.

* * * * *

Le 30.--Le beau temps, l’air doux, comme il te ferait du bien! J’y pense

et j’y penserai et regretterai tout ce printemps de ne pas te le voir

respirer. Cela te vaudrait mieux que l’air de Paris. Il te tuera cet air

empesté des villes. Que ne peux-tu vivre avec nous, mon ami! Quel regret

de te voir comme banni de la famille! O fortune, fortune! que ne

fait-elle pas souffrir, quand elle est mauvaise? Nous en avons bien

souffert en toi.

* * * * *

Le 31.--Je ne sais qui ni quoi me fit jeter mon cahier sous le

couvre-pied de ton lit: interruption et cachette dès qu’on entre ici. Je

n’écris que pour toi, et pour cela j’use du premier tour venu: tantôt

c’est une lettre à écrire, quelques notes à prendre; mais ce qui sert

toujours, c’est le cahier de poésies que papa m’a demandé. J’en copie

trois ou quatre vers par jour, et quand papa vient dans ma chambre et me

dit: «Que fais-tu?» je lui réponds: «le cahier.» Ce n’est pas mentir;

seulement j’en fais deux, et l’un m’attache plus que l’autre. Cependant

je finirai celui de papa puisqu’il y tient: ce cher père mérite bien que

je lui fasse plaisir aussi, lui qui me donnerait la lune.

Que ne puis-je donner à chacun quelque chose! Une marque d’affection à

frères et sœur, à tous ceux que j’aime. Voyons que je fasse mon

testament. A toi, mon Journal, mon canif, les _Confessions_ de saint

Augustin. A papa, mes poésies; à Érembert, Lamartine; à Mimi, mon

chapelet, mon petit couteau, mon Chemin de la croix, mes _Méditations_

du père Judde. A Louise, le _Combat spirituel_; à Mimi encore, mon

_Imitation_; à Antoinette, l’_Ame embrasée_. A toi encore, mon petit

coffre-fort pour tes secrets, à condition que tu brûleras tous les

miens, s’il s’y en trouve. Eh! qu’en ferais-tu? Ce sont des choses de

conscience, de ces choses entre l’âme et Dieu, quelques lettres de

direction de M. Bories et de ce bon curé de Normandie dont je t’ai

parlé. Je les garde par souvenir et par besoin; ce sont _mes papiers_,

mais qui ne doivent pas voir le jour. Si donc ce que j’écris ici comme

en m’amusant s’accomplit, si tu deviens mon légataire, souviens-toi de

brûler tout ce que contient cette boîte.

* * * * *

Le 2 avril.--«... Si l’inévitable nécessité de mourir attriste la nature

humaine, la promesse de l’immortalité future encourage et console notre

foi; car pour vos fidèles, Seigneur, mourir n’est pas perdre la vie.»

Voilà, mon ami, ce que j’ai lu à la préface des Morts, et à quoi je

pense tout ce jour où mourut notre mère. Nous avons entendu la messe

pour elle ce matin. Vous l’entendiez aussi à Paris, et je te voyais avec

plaisir dans cette communion de prières. Je pensais que ma mère te

regardait spécialement et t’envoyait du ciel quelque grâce, comme aurait

fait Rachel à son fils Benjamin. N’étais-tu pas son dernier et bien-aimé

enfant? Je me souviens que tu me rendais quelquefois jalouse, que

j’enviais les caresses, les bonbons, les baisers que tu recevais de plus

que moi. C’est que j’étais un peu plus grande, et je ne savais pas que

l’âge fît changer l’expression de l’amour, et que les tendresses, les

caresses, ce lait du cœur, s’en vont vers les plus petits. Mais mon

aigreur ne fut pas longue, et dès que la raison vint à poindre, je me

mis fort à t’aimer, ce qui dure encore. Maman était contente de cette

union, de cette affection fraternelle, et te voyait avec charme sur mes

genoux, enfant sur enfant, cœur sur cœur, comme à présent, les

sentiments grandis seulement. Si de l’autre vie on voit ce qui se passe

sur la terre, ma mère doit être contente que nous nous aimions ainsi,

que cette affection nous soit utile, douce, consolante, que nous nous

donnions des conseils, des avis, des prières, secours de l’âme.

Mais tu ne pries plus, toi... C’est triste. Il n’y a pas de jour,

surtout aujourd’hui, que je ne sente la puissance de la foi sur mon âme,

tantôt pour la calmer, ou la contenir, ou l’élever. Je souffrais ce

matin; la mort, les larmes, les séparations, notre triste vie me

tuaient, et par-dessus, des appréhensions, des frayeurs, des

déchirements, une griffe de démon dans l’âme, je ne sais quelle douleur

commençait. Eh bien, me voilà calme à présent, et je le dois à la foi,

rien qu’à la foi, à un acte de foi. Je pense à ma mère, à la mort, à

l’éternité sans peine, sans frayeur. Sur un fond triste nage un calme

divin, une suavité que Dieu seul peut faire. En vain j’ai essayé d’autre

chose en pareille occasion; rien d’humain ne console l’âme, ne la

soutient.

A l’enfant il faut sa mère,

A mon âme il faut mon Dieu.

* * * * *

Le 3.--J’attendais des lettres de Paris, de tes nouvelles, mais rien.

Que dire, que penser? Des _qui sait?_ des _peut-être_, des doutes. La

triste chose que le doute, soit à l’esprit, soit au cœur! Que Dieu nous

en délivre! Papa est allé à Andillac, voir si le porteur aurait laissé

quelque chose; j’attends ici dans la chambrette, mon reposoir. Oh! que

je suis fatiguée! fatigue d’âme, mais qu’importe? Je veux travailler, je

veux écrire, je ne veux pas plier. Quelqu’un attend une lettre. J’en eus

avant-hier de Félicité et de Marie de Thézac. Les lettres ne manquent

pas, excepté les tiennes.

* * * * *

Le 4.--Il fait froid, il pleut, il neige. Un vent langoureux chante à ma

fenêtre et me donne envie de lui répondre; mais que dire au vent, à un

peu d’air agité? Hélas! que nous ne sommes souvent pas autre chose! J’ai

fait cette nuit un grand songe. J’étais avec M. de Lamennais, je lui

parlais de toi, de ses ouvrages anciens et nouveaux; nous causions

vivement et n’étions pas d’accord, car il ne l’était pas avec lui-même.

Il contredisait tout ce qu’il a dit autrefois. Et je le plaignais, le

pauvre égaré!--«Oh! vous détestez l’hérétique.--Non, Monsieur, non; vous

me causez une douleur profonde, vous me semblez une étoile égarée, mais

qui ne peut manquer de reparaître au ciel.» Et sur ce, lui, l’hôtel où

nous étions et moi, nous sommes confondus dans le chaos du sommeil; mais

cela m’est resté, et j’ai tout aujourd’hui ce génie dans la tête. Quand

je pense que tu as vécu chez lui, avec lui, reçu ses leçons, l’intérêt

que je lui porte devient intime. Oh! que cet homme m’occupe, que je

pense à son salut, que je le demande à Dieu, que je regrette sa gloire,

sa gloire sainte! Il me vient souvent de lui écrire sans me nommer, de

lui faire entendre une mystérieuse voix de supplications et de larmes.

Folie, audace de ma part; mais une femme s’est rencontrée avec lui pour

l’enfer, pour compléter la réprobation de ce prêtre: une autre ne

pourra-t-elle pas s’en approcher pour le ciel?

On met en terre un brave et saint homme, le _Durel_ de Lentin, del Mas

des Mérix[21], un modèle de paysan, simple, bon; religieux, respectueux,

nous tirant son chapeau jusqu’à terre. Il était aussi de ceux qu’on ne

peut s’empêcher de saluer comme si on voyait la vertu. Ces hommes de

bien sont rares, ils s’en vont et on n’en voit pas venir de pareils.

[21] Du hameau des Mérix.

* * * * *

Le 5.--Lettre de Mlle Martin; arrivée de M. de Faramond, événements de

la matinée. Il faut que je pense au dîner, à aider Mimi.

* * * * *

Le 6.--Il y a aujourd’hui dix-neuf ans que naquit, sur les bords du

Gange, une frêle petite enfant qui fut appelée Caroline. Elle vient,

grandit, s’embellit, et, charmante jeune fille, elle est ta fiancée à

présent. J’admire ton bonheur, mon ami, et comme Dieu en a pris soin

dans la compagne qu’il te donne, dans cette Ève sortie de l’Orient avec

tant de grâces et de charmes! Puis je lui vois tant de qualités de cœur,

tant de douceur, de bonté, de dévouement, de candeur, tout en elle est

si beau et bon que je la regarde pour toi comme un trésor du ciel.

Puissiez-vous être unis, être heureux! Nous venons d’entendre la messe à

votre intention, et, suivant l’expression de Mlle Martin, pour demander

à Dieu le bonheur de Caroline et les grâces nécessaires à la nouvelle

vie qui va s’ouvrir devant elle. Oh! de grand cœur nous entrons dans ces

vues. Mettons, mettons le ciel de notre côté, demandons à Dieu ce qu’il

nous faut, pauvres et impuissantes créatures. Le bon pasteur demain dira

une autre messe pour toi; c’est lui-même qui l’a offert: «Il faut prier

aussi pour M. Maurice...» Suite de l’idée du bouquet, pressentiment de

votre union.

* * * * *

Le 7.--«D’où diriez-vous que je viens, ma chère Marie? Oh! vous ne

devineriez pas; de me chauffer au soleil dans un cimetière. Lugubre

foyer si l’on veut, mais où l’on se trouve au milieu de sa parenté. Là,

j’étais avec mon grand-père, des oncles, des aïeux, une foule de morts

aimés. Il n’y manquait que ma mère qui, hélas! repose un peu loin d’ici.

Mais pourquoi me trouvais-je là? Me croyez-vous amante des tombeaux? Pas

plus qu’une autre, ma chère. C’est que je suis allée me confesser ce

matin: et comme il y avait du monde, et que j’avais froid à l’église, je

suis sortie et me suis assise au soleil dans le cimetière; et là les

réflexions sont venues, et les pensées vers l’autre monde et le compte

qu’on rend à Dieu. Le bon livre d’examen qu’une tombe! Comme on y lit

des vérités, comme on y trouve des lumières, comme les illusions, les

rêves de la vie s’y dissipent, et tous les enchantements! Au sortir de

là, le monde est jugé, on y tient moins.

Le pied sur une tombe, on tient moins à la terre.

Il n’est pas de danseuse qui ne quittât sa robe de bal et sa guirlande

de fleurs, pas de jeune fille qui n’oubliât sa beauté, personne qui ne

revînt meilleur de cette terre des morts.

«Mais que vais-je dire à ma pauvre malade? Pardon, chère amie, je

devrais vous égayer, vous distraire, vous chanter quelque chose comme le

_joyeux bouvreuil_; mais je suis un oiseau qui s’abat partout, et vous

fait son ramage suivant les lieux et les émotions. A vous, toute bonne,

à m’écouter avec bonté, à ne pas trouver trop étrange ce qui me partira

du cœur, souvent peu en rapport avec vous. Malgré nos sympathies, il y a

en nous des différences de nature et d’éducation qui me feraient

craindre pour moi, pour notre amitié, si je ne pensais que Dieu l’a

faite, qu’elle ne repose sur rien d’humain. Ne pas se connaître, ne

s’être pas vus et s’aimer, n’est-ce pas tout spirituel? Aussi, je me

sens pour vous une affection toute sainte, quelque chose au cœur qui

n’est que tendresse et prières pour vous.

«Que je voudrais vous voir heureuse! Votre bonheur... qui le peut faire?

Où le croyez-vous? Dites, que je vous aide à le trouver. Ce n’est que

pour cela que je suis votre amie. Voyons, cherchons. Quelle recherche!

Avez-vous lu l’histoire de ce roi désolé de la perte de sa femme, à qui

un philosophe promit de la ressusciter pourvu qu’on lui trouvât trois

heureux pour en graver le nom sur le tombeau de la reine. Jamais on ne

put les trouver. Ce qui signifie sans doute que notre âme resterait

morte, s’il lui fallait pour vivre un bonheur humain. Mais, au

contraire, il lui faut sortir de toute l’enceinte du monde et chercher

au delà, c’est-à-dire en Dieu, dans la vie chrétienne, ce que le monde

ne possède pas. Il n’a pas de bonheur. Ceux qui l’ont le plus aimé le

disent. Il distrait, mais ne remplit pas le vide du cœur. _Oh! le monde

a de belles fêtes qui attirent; mais, sois en sûre, tu te sentiras seule

et glacée au milieu de cette foule joyeuse._ Dans ces expressions si

franches, dans cet aveu d’une amie du monde, le monde est jugé. Quelle

tristesse dans cet isolement, cette froideur, cette glace où le cœur se

trouve au milieu des plaisirs et de ceux qui les partagent! Cela seul me

les ferait délaisser si jamais je les rencontrais.

«Savez-vous, ma chère Marie, que vous me faites du bien par vos

réflexions, que vous me faites connaître le monde dans vos lettres qui

sont des tableaux, que vous me détachez fort de toutes mes illusions, de

tout ce qui ne nous rend pas heureux. Votre expérience m’instruit, et je

bénis Dieu cent fois de ma vie retirée et tranquille. Autrement, quel

danger! Je me sens dans le cœur tout ce que je vois dans les autres; le

même levain est dans tous, mais il monte différemment suivant les

circonstances et la volonté, car le vouloir est pour beaucoup dans le

développement du cœur. On l’aide à être bon ou mauvais, faible ou fort,

à peu près comme un enfant qu’on élève. Aussi n’est-ce pas sur les

penchants, mais sur les œuvres que l’Évangile dit que nous serons jugés.

Oh! quand on y pense à ce jugement, il y a bien de quoi faire attention

à sa vie, à son cœur: tant de périls dedans, dehors! Mon Dieu, que cela

fait craindre et fait prendre de précautions, et désirer presque de

quitter ce monde!

Ah! mon âme craint tant de se souiller sur terre!

Ah! comment conserver sa divine blancheur

Au milieu de la fange et parmi la poussière

Qui s’attache ici bas à tout, même à la fleur?

«Voilà pour _vos oraisons jaculatoires_, je suis toute contente de vous

en fournir. Vous en pourriez faire de plus saintes, mais ne les faites

pas si haut en plein salon; ma vanité entend, prenez garde.

«Une tristesse, un regret à cette occasion: je vois que mon paquet pour

l’Ile de France vous est tout demeuré, mon pauvre cousin sera mort en

croyant que je l’oubliais. Je n’ai regret qu’à cela. Je me félicite trop

d’un hasard qui vous a remis cette lettre et m’a valu votre amitié.

Depuis ce jour vous m’aimez, dites-vous. Que ne le disiez-vous plus tôt!

Il a fallu bien des jours, des événements, des choses pour nous

enchaîner enfin; mais quand nous verrons-nous? Il ne dépendra pas de

vous que ce ne soit bientôt, et je ne sais comment vous remercier de vos

offres si gracieuses. Que je vous serais obligée! Je n’accepte pas

encore, n’ayant pas pris époque pour mon voyage à Paris. Je n’irai que

pour le mariage ou après. On attend des papiers de Calcutta qui

décideront l’affaire tout de suite.

«Qu’il me tarde, qu’il me tarde de savoir si mon frère aura une position

sortable! Je suis bien en peine sur son avenir, sur sa santé surtout.

Cette chère santé, que de craintes! Le voilà encore malade; il a eu

trois accès, et la pâleur est revenue. On nous dit qu’il est mieux, que

la fièvre le quitte; mais j’ai peur qu’on ne nous trompe, et je viens

vous prier de ne pas me tromper, d’avoir la complaisance de l’envoyer

voir et de me dire franchement ce qui en est. Ce n’était que trop vrai,

quand il vous fit dire que son médecin lui défendait de sortir. Moi

aussi je lui défendrais ce mauvais air de Paris, et surtout d’éviter

toute émotion. C’est ce qui le tue. Qu’on lui évite tout ce qui porte au

cœur. Je remercie M. de M... de la visite qu’il a bien voulu lui faire,

et vous de votre bienveillance que vous lui conserverez, j’espère.

«Mais parlons de vous, de votre chère santé, qui m’intéresse aussi, vous

savez; non, vous ne le savez pas, ni tout le plaisir que m’ont fait ces

mots: «Je suis mieux, beaucoup mieux.» Oh! que ce mieux vous demeure!

qu’il aille croissant, de sorte qu’en vous voyant je vous trouve guérie,

chère malade, _guérie_, entendez-vous? Il y faut travailler, suivre les

ordonnances de votre médecin, ne vous occuper plus que de votre santé;

seulement, pour mon bonheur, cultivez un peu l’amitié qui, d’ailleurs,

console de bien des choses. Puis, Dieu aidant, nous verrons si tout ira

mieux. N’oubliez pas non plus la prière, ce bon remède de l’âme; si mon

livre est de votre goût, lisez-le, et votre _ange gardien_ sera content.

Quel nom vais-je prendre là? mais, j’accepte tout de vous, et je bénis

Dieu de pouvoir vous être utile sous quelque dénomination que ce soit.

«Savez-vous que la fièvre vous inspire joliment, et que votre _hymne aux

souffrances_ m’a frappée. C’est une Byronienne. Mais n’allez pas prendre

de tels sujets de chants, je vous prie, et vous faire voir crucifiée sur

ce calvaire sans espérance, où les souffrances vous disent: _Tu ne nous

échapperas pas, la fatalité t’a marquée au berceau, tu nous appartiens._

Il est vrai, nous naissons tous comme voués au malheur. Chacun souffre

de quelque chose; mais comme ce martyr, quand on est chrétien, on

souffre, mais on voit les cieux ouverts. Oh! la foi, la foi! rien que

cela me console et me fait comprendre la vie. C’est vous parler à cœur

ouvert, c’est que je vous aime. Adieu, je vous rends un baiser aussi

tendre que le vôtre.»

Voilà ce que j’écrivais ce matin à une amie que j’ai depuis peu et que

déjà j’aime beaucoup. Le ton que je prends avec elle n’est pas celui

d’une lettre de femme, de nos légères causeries; mais il le faut, il

m’est inspiré par ce qu’elle attend de moi. Hélas, hélas, pauvre âme

malade!

Qu’est-ce que la timidité? d’où vient-elle? Je l’ai cherché; je me suis

demandé ce qui faisait rougir, ce qui empêchait de parler, de paraître

devant quelqu’un, et c’est toujours pour moi un mystère. Encore ce

matin, ayant un mot à dire à M. le curé, qui certes n’est pas

intimidant, je n’ai jamais pu me décider à passer à la sacristie. Quelle

bêtise! on le sent et on en souffre, je ne sais quoi vous garrotte, vous

étreint, si bien qu’il semble que le sang cesse de circuler et se porte

sur le cœur, qui fait _pouf, pouf_, à grands coups.

* * * * *

Le 8.--Pauvre Lili! elle se meurt, je viens d’apprendre qu’elle se meurt

de la poitrine. Les peines de cœur l’ont tuée; elle cède à tant de coups

qui l’ont ébranlée depuis dix ans. C’est Paul qui vient de nous donner

ces tristes nouvelles, et nous dire d’aller, une de nous, auprès de la

malade qui nous demande. Nous irons la semaine prochaine, après Pâques.

C’est aujourd’hui les Rameaux. Je viens de mettre le mien à ma chapelle,

tu sais, sous sainte Thérèse. Il sera flétri l’an prochain, hélas, et

bien d’autres choses! Il faut que j’écrive à Louise.

* * * * *

Le 9.--Une lettre de Caroline, enfin! Je sais, j’entends, je lis que tu

vas tout à fait bien. Quel plaisir! Faut-il que je lise aussi: «Maurice

est triste, il a un fond de tristesse que je cherche à dissiper; je la

lis dans ses yeux...» Mon pauvre ami, qu’as-tu donc, si ce n’est pas la

fièvre qui t’accable? N’es-tu pas content de ta vie, jamais si douce?

n’es-tu pas heureux auprès de cette belle et bonne enfant qui t’aime, de

votre union qui s’approche, d’un avenir?... Oh! je crois que rien ne te

plaît: un charme goûté, c’est fini, c’est épuisé. Peut-être que je me

trompe, mais il me semble voir en toi je ne sais quoi qui t’empoisonne,

te maigrit, te tuera, si Dieu ne t’en délivre. Que tu me fais de peine,

que tu m’en fais! Si je pouvais quelque chose à cela! mais nous sommes

séparés! Tu me dirais ce que tu as, ce que c’est que cette tristesse que

tu as emportée d’ici. Le regret de nous quitter? C’est une peine, mais

pas dévorante; et puis quitter des sœurs pour sa fiancée, du doux au

plus doux, on se console. Je ne veux pas tant chercher ni tant dire.

Nous verrons, hélas! nous verrons. J’ai de tristes pressentiments.

Des hirondelles, oh! des hirondelles qui passent! les premières que je

vois. Je les aime, ces annonceuses du printemps, ces oiseaux que suivent

doux soleil, chants, parfums et verdure. Je ne sais quoi pend à leurs

ailes qui me fait un charme à les regarder voler; j’y passerais

longtemps. Je pense au passé, au temps où nous les poursuivions dans la

salle, où nous soulevions une planche du galetas pour voir leur nid,

toucher les œufs, leurs petits: gais souvenirs d’enfance dont tout est

plein ici pour peu qu’on regarde. Murailles, fleurs, oiseaux, tout les

porte. Des petits poulets viennent de naître et piaulent au coin du feu.

Voilà encore qui fait plaisir. Toute naissance porte joie.

* * * * *

Le 10.--La date est mise, il faut donc écrire quelque chose. Que

sera-ce? que portera cette feuille de papier? Rien; rien n’est venu,

rien ne s’est fait ni passé dans notre solitude. Si ce n’est quelque

chant d’oiseau, bruit de vie ne s’est fait entendre; un soleil splendide

passait sur ce calme; assise dans ma chambre, je dépêchais une paire de

bas pour Jeanne-Marie, tout en lisant. Je lisais la merveilleuse époque

de saint Louis, de ce temps où l’on vit un si grand roi et de si grands

saints.

* * * * *

Le 21.--Je viens d’Albi, je viens de laisser notre chère Lili au

cimetière. Quelle douleur! quels regrets, quel vide, quels souvenirs!

Mon Dieu! voir mourir ceux qu’on aime; se dire: C’est fini, tu ne la

verras plus! non, plus; l’éternité entre nous! mais l’éternité

bienheureuse, j’espère. C’est ce qui console. Mon ami, que

deviendrions-nous sans cela, sans un peu de foi dans l’âme? C’est ce qui

la soutient, l’empêche de tomber dans un abîme de douleur ou de

désespoir. Lili, ma sainte Lili, comme je la crois heureuse! comme je la

vois dans une splendeur infinie, une paix inaltérable, un repos assuré!

C’est nous qu’elle plaint, nous, ses amis, qu’elle voit dans ce pauvre

monde, dans les peines, les agitations, les angoisses! Oh! que je l’ai

vue souffrir, mais avec quel calme, la pauvre martyre! Aussi tout le

monde l’appelait la sainte; cela se voyait sur son visage devenu tout

céleste et beau après sa mort.

Je ne l’ai pas vue alors, mais un peu avant. A genoux auprès de son lit,

je lui lisais les prières pour la préparation à la mort, de Bossuet, que

j’avais emportées exprès pour elle. Quand je partis d’ici, le jeudi

saint, je compris bien que c’était pour la voir mourir. Je pensai à ces

provisions pour son âme, dernière marque, hélas! de mon amitié. Je pris

aussi ce cahier, je pense à toi toujours, je voulais écrire cette mort;

mais impossible de rien faire que prier et demeurer auprès de

l’agonisante. En arrivant, j’ai trouvé ta lettre que Mimi m’a remise.

Quel plaisir en tout autre temps! Tu vas mieux, bien content, vivant,

très-vivant, dis-tu; mais l’autre mort me gâte tout, m’attriste trop

pour sentir aucune joie. Ce n’est pas que je sois en larmes, ni désolée;

c’est un fond de cœur calme, un deuil intérieur, enfin je ne sais quelle

douleur, mais c’en est une, car j’aimais Lili et je l’ai

perdue...--C’était le mardi 17 avril, à minuit; je l’avais quittée à

quatre heures. Papa ne voulut pas me la laisser revoir et m’emmena chez

Mme Combes, où j’ai reçu pendant deux jours la meilleure hospitalité.

Nérine de Tonnac, mon ancienne amie, était auprès de moi et ma bonne

compagne de nuit et de jour. Je lui suis bien reconnaissante de ce

qu’elle a fait pour moi dans cette occasion. Il faut que j’écrive à

Caro; puis je reviendrai ici, si je puis.

* * * * *

Le 25.--Je n’ai pas pu depuis trois jours, encore n’est-ce que pour un

moment que je me retire ici. Lili, j’ai toujours Lili en pensée et me

sens prête à parler d’elle. Quand j’entends les cloches, je pense aux

saintes prières qu’elle a faites à l’église, même ici dans la

chambrette; quand je vois le ciel, je me dis qu’elle est là et lui

demande bien des choses. Les amis sont, sans doute, bien puissants près

de Dieu. Voilà M. F..., visite que j’aime assez; nous parlerons ensemble

de Lili. C’est demain une grande solennité à Andillac, une première

communion. Augustine, toute jeune qu’elle est, est du nombre des heureux

enfants. Dans quelque temps elle pourrait être plus instruite, mais M.

le curé préfère l’innocence au savoir, et je trouve qu’il a raison. Le

brave homme va demain déployer tout son zèle de bon pasteur, toute sa

tendre charité. C’est aussi un beau jour pour lui.

* * * * *

Le 29.--Quelle douce et simple et pieuse et touchante cérémonie! Je n’ai

que le temps de le dire et d’assurer que de toutes les fêtes celle que

j’aime le plus, c’est une première communion dans une campagne, Dieu se

donnant simplement à des enfants. Miou, la petite Françonil de Gaillard

et Augustine étaient ravissantes d’innocence et de beauté. Qu’elles

étaient jolies sous leurs petits voiles blancs, lorsque, revenant de la

sainte table, elles pleuraient là-dessous! Divines larmes! Enfants unies

à Dieu, qui pourrait dire ce qui se passait dans leur âme en ce moment?

M. le curé a été admirable d’onction, de mansuétude; c’était le Sauveur

disant aux enfants: Venez à moi. Oh! comme il leur parlait

amoureusement, et comme il leur a recommandé ensuite cette robe blanche,

cette innocence dont ils étaient revêtus! Pauvres enfants, que de

risques! Je me disais: «Qui de vous la ternira le premier?» Ils ne s’en

vont pas à Paris; mais la terre est partout souillée, partout le mal se

trouve, et séduit et entraîne.

* * * * *

Le 2 mai.--Hier, 1er mai, je n’ai pu rien écrire. Ce fut cependant un

beau jour au ciel et ici, grand soleil, grande musique d’oiseaux et

trois lettres: Antoinette, Marie de Thézac et Caro se sont rencontrées

dans mes mains. Je les aime toutes et leurs lettres; mais celles de Caro

me semblent des sœurs, même tendresse et bienveillance pour toi et nous.

C’est chose charmante que des amis de la sorte, dévoués et

désintéressés. On n’en trouve guère. Depuis Victor et Philibert nous

n’avions plus d’amis de cœur. Le bon pasteur aussi nous est tout dévoué:

il est venu passer la journée, s’est montré gai, complaisant. Le soir

j’étais mieux; la douce gaieté fait du bien, relève le cœur, et j’aime

ceux qui l’apportent. Cette fois je l’ai payée d’un petit tribut de

complaisance. Voici: M. le curé est chargé de toutes les pompes de

l’église aux G..., pour l’arrivée de l’archevêque qui va donner la

confirmation. Il lui faut des devises, il m’en a demandé et je n’ai pu

dire non. Je n’aime pas de refuser. Cela m’ennuyait un peu; je n’aime

pas les devises, qui sont toutes bêtes. Je les ai faites en patois pour

sauver l’honneur du français. C’est, d’ailleurs, la langue des

campagnes.

Avant hier *** m’a écrit. Je ne suis pas contente de sa santé. Oh! que

les passions nous dérangent, qu’elles nous brisent cœur et corps! On

n’en revient pas, si Dieu n’aide. Pourra-t-il l’aider? Mes conseils n’y

font pas grand’chose. Qui sait ce que tu fais, toi! Cela me peine

grandement, toutes ces choses.

* * * * *

Le 3 mai.--Nous venons du hameau, de voir Romiguières qui est bien

malade. Je crains qu’il n’en sorte pas. Ainsi nos voisins nous quittent

l’un après l’autre. Après la Vialarette, celui-ci, autre habitué de la

maison. Je les regrette: ces braves gens sont de meilleurs amis qu’on ne

pense et qu’on n’en trouve dans le monde. Le dévouement ne se tient pas

toujours au rang le plus élevé. Voilà qui finit ce cahier assez rempli

de deuil, trois morts sous les yeux. Mon Dieu, qui sait qui les suivra?

Au moins ceux-ci étaient prêts à rendre compte, de bons chrétiens, de

bonnes âmes. Romiguières a demandé de lui-même M. le curé dans la nuit.

Le viatique reçu, il est tombé en délire bientôt.

Va sous clef, mon petit cahier.

Journal et fragments · 第 16 / 55 题