M. Victorin Joncières.

Mon cher confrère,

Je ne puis que répondre sommairement aux deux questions que vous me

posez, me réservant de les traiter plus longuement dans mon prochain

feuilleton de la _Liberté_.

La direction de l’Opéra-Comique doit être, avant tout, éclectique et ne

s’inféoder à aucune école, à aucune coterie. Tout en suivant la voie du

progrès, elle s’efforcera de ne pas rompre avec les traditions que lui

impose l’enseigne de la maison.

Le répertoire du vieil opéra-comique français y a peut-être été trop

négligé en ces dernières années, et je voudrais que les ouvrages de

Grétry, de Dalayrac, de Monsigny, de Philidor, de Boïeldieu, d’Hérold,

d’Auber, d’Halévy et d’Adolphe Adam n’y fussent pas plus abandonnés

que ne le sont, à la Comédie-Française, les comédies de Molière, de

Regnard, de Musset et de Scribe.

La part faite aux compositeurs vivants, français ou étrangers--peu

importe,--ne doit pas être diminuée, mais je ne crois pas que

l’Opéra-Comique, étant donné son genre spécial, puisse suffire à la

production. Il faut absolument un Théâtre lyrique, où les œuvres

à tendances modernes auraient plus de chances de réussir qu’à

l’Opéra-Comique.

Je n’en veux pour preuve que les tentatives de drames lyriques, toutes

avortées, faites par la dernière direction.

Le Théâtre lyrique serait un véritable théâtre d’avant-garde;

l’Opéra-Comique doit rester un théâtre de tradition.

Recevez, mon cher confrère, l’assurance de mes sentiments les plus

sympathiques,

Victorin JONCIÈRES.

Loges et coulisses · 第 138 / 162 题