M. Gaston Salvayre.

Tombé en désuétude, le genre éminemment national de l’opéra-comique,

«l’Éminemment», comme on dit aujourd’hui volontiers, se compromet dans

le voisinage folichon de l’opérette; désertant son temple, il s’est

éparpillé dans les théâtres de genre où il semble avoir trouvé un

refuge propice à ses manifestations, d’ailleurs assez restreintes.

«L’Éminemment», délices de nos pères, ne me paraît plus être armé

en guerre; je ne lui connais, en effet, ni auteurs, ni musiciens,

ni interprètes, en assez grand nombre du moins, ni d’essence assez

subjuguante pour favoriser son développement, voire son alimentation.

Qui donc, comme on chante dans les opéras d’Auber, pourrait lui prédire

un destin prospère?

On le sait, les aspirations des jeunes couches n’ont rien à démêler

avec les visées esthétiques chères aux auteurs de _La Dame blanche_ ou,

même, des _Mousquetaires de la Reine_.

A quoi bon, dès lors, maintenir sur le nouvel édifice une étiquette

que, sans aucun doute, ne saurait justifier le caractère des ouvrages

appelés à y être représentés?... Voyez plutôt la liste de ceux qu’en

ces dernières campagnes nous convia à entendre le directeur défunt.

Cela ne veut pas dire que le répertoire de l’Opéra-Comique ne contienne

point des œuvres dignes d’être maintenues sur l’affiche, et cela en

dépit de l’évolution actuelle... Non, loin de moi telle pensée! Ces

œuvres, chacun les désigne, chacun a leur nom sur le bout des lèvres.

Désireuse de vivre et de prospérer, la direction nouvelle devra

donc s’appliquer à faire, dans le vieux répertoire, un choix plein

de tact et de discernement, tout en faisant large part aux modernes

productions; étayant, pour ainsi dire, les tentatives des contemporains

avec les opéras de nos aînés dont le succès semble le plus légitimement

acquis et le plus durable.

Pour cela faire, il faudra que le nouvel impresario s’outille en

conséquence (qui veut la fin veut les moyens!). Agrandissement

des cadres des chœurs et de l’orchestre; engagements d’artistes

susceptibles, par leurs moyens vocaux comme par leurs qualités

dramatiques, de mettre en relief les ouvrages de nos jeunes maîtres:

telles sont les modifications qui s’imposent à la vigilance artistique

du nouvel élu.

J’ajouterai que je ne verrais pas sans plaisir, en ce théâtre si

parisien, l’organisation d’un sémillant corps de ballet.

Dans un esprit de libéralisme bien compris et s’inspirant du sentiment

de générosité chevaleresque qui est le fond de notre race, la nouvelle

direction pourrait, de loin en loin, faire une petite place à quelque

partition étrangère, surtout lorsque, s’imposant par une valeur

indiscutable et par une carrière déjà glorieuse, cette partition

mériterait la consécration suprême de notre grand Paris.

Mais avec quelle parcimonie le directeur nouveau ne devra-t-il pas

exercer cette manière d’hospitalité!... car il doit--et cela avant

tout--donner à la production française toute la satisfaction possible.

Or, je crains fort que notre école nationale, par l’importance de son

effort comme par l’intérêt artistique qui s’y rattache, ne permette

qu’à de très rares intervalles l’usage d’un procédé marqué, cependant,

au coin de notre légendaire courtoisie.

Il ressort, ce me semble, assez clairement de ce qui précède que la

création d’une troisième scène lyrique est chose indispensable.

Sur ce théâtre essentiellement combatif, et qui dégagerait l’Opéra et

l’Opéra-Comique de trop onéreuses obligations, pourraient se livrer

librement les luttes si ardentes, si âpres, si suggestives de l’Art

nouveau.

Là pourraient être représentées des œuvres qui, une fois consacrées par

le succès, seraient transportées, sans coup férir, sur notre première

scène lyrique, ou sur l’autre, selon que le comporterait leur caractère.

Loges et coulisses · 第 139 / 162 题