M. André Wormser.

Cher Monsieur Huret,

Je n’ai pas le temps de vous écrire une longue lettre et vous n’auriez

sans doute pas la place de l’insérer.

Oui, je suis d’avis qu’il faut jouer beaucoup les compositeurs français!

D’abord et avant tout parce que j’en suis un.

Puis, toute question personnelle mise à part, parce que je connais dans

l’école française contemporaine une quantité de talents de premier

ordre qu’il est inique et absurde de laisser végéter sans fruit dans

l’obscurité.

Une autre raison encore, et qui répond en même temps à vos différentes

questions:

Le répertoire, si riche qu’il soit, s’use et mourra d’épuisement entre

les mains de directeurs qui l’exploitent sans ménagement.

On sera donc obligé de le rajeunir. Par quoi?

Un ouvrage nouveau, faisant recette, se rencontre-t-il à point nommé au

moment même où l’on en a besoin?

M. de La Palice avait déjà dit de son temps--mais il faut le répéter

puisqu’on semble ne l’avoir pas compris--que toutes les pièces ne

peuvent pas réussir et qu’il en faut essayer un grand nombre pour

qu’une ou deux aient chance de rester au répertoire.

Le jour cependant où les inquiétudes du caissier obligeront les

directeurs à renouveler l’affiche, faute d’avoir permis aux auteurs

français de prendre sur le public l’action et le crédit qui facilitent

la location, comme il faudra bien monter quelque chose, on ira prendre

les ouvrages connus là où ils se trouvent et l’heure des étrangers sera

venue; d’abord les plus célèbres et ensuite les autres, qui suivront à

la faveur.

Quant à nous, compositeurs, il nous restera une ressource: nous nous

ferons critiques dramatiques et nous rédigerons le compte rendu: comme

cela, nous ne perdrons pas tout!

Amicalement,

André WORMSER.

Loges et coulisses · 第 130 / 162 题