aussi:
Château de Boisement, 6 août 97.
Mon cher Huret,
Quelques lignes seulement en réponse à vos nombreuses questions; il
fait tellement chaud que, comme dit mon confrère Chose, je vous écris
d’une main et transpire de l’autre!
Je me plais à la campagne sans m’y plaire beaucoup; mais là, au moins,
quand il y a un souffle de vent il est pour moi,--il est vrai que
lorsqu’il y en a un grand, j’en profite aussi.
Je travaille tant que je peux! j’accumule vaudevilles, comédies,
opérettes et mélodrames! Mon rêve est d’accaparer tous les théâtres
l’hiver prochain et de gagner deux ou trois millions de droits d’auteur.
Vous me demandez si les bouisbouis et les cafés-concerts font du tort
aux théâtres: je ne le crois pas; il me semble qu’il y a à Paris place
pour tout le monde au soleil--surtout quand celui-ci ne donne pas.
Vous me demandez également si les femmes doivent retirer leur chapeau
au théâtre: ça, oui, par exemple! je suis pour qu’elles le retirent, et
même bien autre chose avec!
Enfin, vous voulez savoir si je suis pour le spectacle qui commence
tôt et finit de bonne heure, comme du temps de mon frère Molière? Mon
idéal, c’est qu’il n’y ait plus à Paris que des matinées, afin de
laisser la soirée libre aux gens qui, à mon salutaire exemple, n’aiment
pas à se coucher tard.
Voilà, mon cher Huret. J’oublie peut-être quelque chose, car je n’ai
pas votre lettre sous les yeux.--Je vous ai répondu par sympathie pour
vous; mais là, entre nous deux, qu’est-ce que vous allez bien faire de
mes «opinions»?--les vendre à des femmes du monde?
Bien à vous,
Ernest BLUM.