se montre réticent:
Nétreville, par Évreux (Eure),
15 août 97.
Mon cher Huret,
Où je passe mes vacances? A l’adresse ci-dessus, puis en Angleterre.
Quelle pièce en préparation? Trois actes. Titre: _L’Empreinte_.
Sur quoi? Le divorce, mais pas du tout au point de vue légal: je ne
songe nullement à critiquer la loi ni à soutenir une thèse.
Que m’ont appris mes débuts au théâtre sur le métier et la façon de
l’art dramatique? Mais... je ne sais pas. Vous en jugerez la prochaine
fois.
Si je crois _urgent_ de créer de nouveaux débouchés au drame historique
ou au drame en vers? Non.
Va-t-on vers plus ou moins de mise en scène? Est-ce qu’une réaction
ne se prépare pas contre le luxe, la minutie de réalité, vers plus de
simplicité et d’à peu près? Je ne sais pas si l’on va vers plus ou
moins de mise en scène: je crois seulement qu’il faut bien mettre en
scène. Je ne hais pas le luxe, mais j’ai horreur de la minutie autant
que de l’à peu près. Je suis pour l’exactitude, mais pour l’exactitude
en décor. Et quant à la réalité (la vraie eau--n’est-ce pas?--le vrai
champagne, les vrais cocktails, les vrais accessoires) cela me paraît
dénué de tout intérêt.
Si l’accès des théâtres est difficile, presque impossible aux inconnus?
Ce que j’en pense? Je pense que oui.
Si l’on va vers le théâtre d’idées à la suite d’Ibsen, ou vers le drame
de passion pure selon l’esthétique analytique? Comme ce n’est pas vous
qui avez inventé ce jargon, mon cher Huret, je me trouve bien libre
pour vous dire qu’il ne m’offre aucun sens précis. D’ailleurs, qui: on?
Et puis on va où on peut.
Enfin, si l’on décore assez d’auteurs dramatiques? Jamais assez, cher
ami. Je crois avoir répondu sans réticence à toutes vos questions, il
ne me reste qu’à vous serrer cordialement la main.
Abel HERMANT.