Mlle BARTET, délicieusement pâle, assise sur le grand canapé de velours
du palier, sourit.
M. LAGUERRE (_doucement_).--Ils sont capables de faire interdire la
pièce.
COQUELIN (_clamant_).--Ah! ah! s’ils font cela, je leur fous ma
démission! C’est bien simple, je leur fous ma démission! Qu’est-ce que
ce serait qu’un théâtre comme ça! un théâtre où on a interdit _Mahomet_
parce qu’on a eu peur d’un _Teur_!... (M. Coquelin rêve un moment
et il ajoute): D’ailleurs, ça n’est pas possible; demain, s’il y a
interpellation, comme on le dit, le gouvernement ramassera une grosse
majorité. Le gouvernement... il l’a lue, la pièce, tous les ministres
l’ont lue, ils seront donc obligés de démissionner en corps, si on leur
fait échec... Alors, moi, je les engage, tous, pour une tournée...
Mme FAYOLLE.--Il paraît que M. Constans n’est pas content de la pièce...
COQUELIN.--Ça n’est pas possible... J’ai dîné l’autre jour avec lui, et
il m’a dit à moi-même: «J’ai lu la pièce, et elle m’a paru très bien.»
M. Laguerre serre les mains et s’en va. Les autres s’en vont aussi.
Mlle Reichenberg, en descendant l’escalier, lance à M. Coquelin, affalé
sur le canapé:
--Je ne te dis pas: Bon courage! à toi, vieux lutteur!