II

«J'EN suis sûre, mon aimé, vous avez quelque chose que vous ne me dites

pas....»

Pauvre Julie! l'inquiétude, la tristesse devinées au fond des yeux

clairs de Maurice devenaient son inquiétude et sa tristesse, maintenant

qu'elle l'avait quitté, et que durant vingt-quatre heures elle ne le

verrait plus. Maurice avait dit: «Je n'ai rien.» Aussitôt il s'était

répandu en étreintes plus passionnées, en mots plus caressants.... mais

on ne trompait pas le coeur de Julie. Elle connaissait trop les regards,

les gestes, la voix de son ami; elle y percevait des altérations légères

que lui-même n'y soupçonnait pas. Cette fois, elle se demandait,

angoissée: «Qu'est-ce qu'il a, cet adoré?» et tout de suite son anxiété

se précisait: l'inquiétude de Maurice était une menace pour leur amour.

Rien qu'à penser à cela, elle défaillait. Sa tardive tendresse avait si

complètement occupé son coeur! Si on l'en ôtait maintenant, elle n'avait

plus de raison de vivre, elle le sentait bien; elle s'affaisserait comme

une plante débile, privée de son tuteur. «Je l'aime tant, mon aimé!»

Elle l'aimait pour tout ce qu'elle avait pâti longtemps à se sentir vide

et délaissée; pour la violence faite à sa chasteté et à sa foi

religieuse; pour l'anxiété de l'avenir, jamais oubliée, même aux minutes

les plus exaltées,--chaque année, chaque heure accusant entre elle et

Maurice la disproportion des âges...

Oh! la sainte tendresse, si étroitement mêlée de souffrance que chacune

des palpitations de son coeur l'avait fait saigner.

D'abord, au lendemain de l'abandon, ç'avait été, malgré l'orgueil

d'avoir fait heureux l'homme qu'elle aimait, un affreux dégoût de soi,

la conscience d'être irrévocablement déchue, le remords du soldat qui

passe à l'ennemi. «C'est fait, c'est fini... Je ne serai plus jamais une

honnête femme.» Et elle, que le pas, que la voix de Maurice, entendus de

loin, que son nom seul prononcé, bouleversaient, redouta la seconde

épreuve, d'une peur instinctive de la chair et de l'esprit... Peu

d'hommes soupçonnent ce que souffre une femme longtemps fidèle dans le

mariage, lorsque, station par station, elle monte le calvaire de

l'adultère.

Elle fut à lui pour la seconde fois, plus de deux semaines après le bal,

rue Chambiges, dans l'appartement à peine installé de Maurice. Jamais

Maurice ne devait connaître la torture qu'elle avait subie à descendre

de fiacre, au coin de la rue, sous l'oeil rieur du cocher, à se glisser

le long des murs jusqu'à la porte de la maison, puis jusqu'au seuil de

l'antichambre où son amant la reçut, demi-morte d'effroi et de honte,

dans ses bras... Devina-t-il au moins que les premiers dévêtements,

malgré les baisers et les étreintes dont il les enveloppa, lui firent

mal comme de s'arracher l'épiderme lambeaux par lambeaux? Comprit-il

qu'elle souffrait mille fois plus qu'une épousée,--car l'épousée a le

refuge de son ignorance,--que tout lui fut martyre, dans cet amour, sauf

la minute unique où sa vie lui sembla fugitivement confondue avec la

vie de l'adoré?

Ces cruels effarements qui la torturaient alors, elle devait se

reprocher plus tard de ne plus les éprouver... Le temps invincible usa

sa pudeur comme il use tous nos sentiments, comme il nous use. Mais

Julie ne fut point de ces amoureuses qui raillent leur innocence abolie.

Que de fois, après les caresses, elle se contempla elle-même avec

étonnement, presque avec pitié, confuse d'en avoir été si troublée,

confuse de se découvrir une puissance d'émotion qu'elle ne s'était pas

connue! Quoi, c'était elle, cette passionnée, soumise, sans la pensée

même d'une révolte, comme une chose, aux désirs d'un homme, d'un homme

si jeune? Elle n'eût pas été plus surprise si, regardant un miroir, la

glace lui eût renvoyé une autre image que la sienne...

Temps troublés, incertains, agités et mélancoliques, ces premiers temps

d'amour où ils faisaient, pour ainsi dire, l'apprentissage l'un de

l'autre. Quand elle s'en souvenait, l'évocation la faisait tressaillir;

mais elle n'en eût point souhaité le retour. Il lui semblait, était-ce

étrange! qu'en ce temps-là Maurice l'avait le moins aimée; moins même

qu'avant, moins qu'au temps de leur paisible communion d'amis amants.

Plus de douces promenades à deux, plus de courses communes en

voitures... Seulement l'entrevue de cinq heures, devenue de plus en plus

fréquente, puis quotidienne; et cette entrevue, hors l'étreinte où tout

s'oublie, était vide, morne: deux ennemis désarmés qui s'observent.

L'étreinte dénouée, ils éprouvaient l'envie inavouée de se quitter,

d'être seuls,--pour se désirer de nouveau, dans la solitude...

Lentement, cependant, à travers les broussailles et les cailloux de ces

premières étapes d'amour, ils s'acheminaient, et ils l'ignoraient! vers

le paradis secrètement attendu. Un sentiment nouveau germa, crût en eux:

le désir d'être proches, de se frôler, de se regarder; désir des

abandons silencieux aux bras l'un de l'autre, longtemps après que s'est

tue la voix tyrannique des sens. C'était la tendresse de leurs premiers

mois d'amitié, et quelque chose de plus, car elle fut plus exaltée, plus

chaude de reconnaissance; violente comme un appétit, profonde en même

temps, intime comme une douleur...

Alors seulement ils sentirent qu'ils approchaient de cette cime, si

rarement atteinte, où deux êtres humains s'aiment parfaitement.

Quand ils l'atteignirent, ils en eurent conscience, et cette date devait

vivre toujours dans leur mémoire. Ce fut vers l'automne de la première

année. Maurice, inquiet de voyages, las de la ville, tourmenté aussi

d'un étrange besoin d'isolement, avait quitté Paris. Quinze jours

durant, il parcourut, en pays d'Aveyron, les beaux sites mal explorés

qui avoisinent Espalion et Figeac. Tout ce temps-là il vécut seul avec

le cocher, demi-sauvage, des deux bêtes maigres, infatigables, qui le

traînaient par les routes... Autour de lui, défilaient les vastes

paysages; la voiture longeait des entailles à pic, au fond desquelles

coulait un torrent. Parfois un pont léger, moderne, ou quelque vieille

ogive moussue, franchissait l'entaille. Des chemins descendaient

éperdument vers les abîmes, et lentement escaladaient l'autre versant.

Au bout de lourds promontoires de chaînes, les villages apparaissaient

comme les guivres de proues gigantesques... Puis, sur les plateaux,

c'étaient les pâturages immenses de l'Aubrac, leurs villages lointains,

leurs lacs mystérieux où, disent les légendes, dorment les villes

mortes...

Oh! les départs dans le matin blême, par la rosée et la brume

lumineuses! les routes où, comme des fantômes bleuâtres, apparaissent à

travers le brouillard les formes amplifiées des troupeaux, des chariots

qu'on va rencontrer!... Oh! les soirs de solitude, parmi les bourgades

aveyronaises, quand, après le pesant dîner d'auberge pris à la table des

voyageurs, Maurice s'en allait errer dans l'ombre des rues, à peine

éclairées par quelque lanterne à schiste, au bout d'un angle de chaînes!

Concentrées par l'isolement et le silence, ses sensations se décuplaient

d'intensité, indéfiniment réfléchies sur les parois de son propre

coeur... Comme il se sentait loin de tout, et seul! Des rares êtres

humains qu'il voyait passer près de lui, aucun ne parlait sa

langue,--pas une pensée commune n'habitait ces cerveaux et le sien... Il

s'abîmait dans sa solitude: «Je suis seul... seul, seul...» Et c'était

une volupté horriblement douce. Mais elle l'eût ravagé s'il n'eût pu se

répondre: «Oui, je suis seul, ici, mais je ne suis pas seul dans la

vie... Là-bas, quelqu'un pense à moi.» Le prix de cette pensée fidèle,

soeur de sa pensée, imprégnée de son souvenir malgré la distance, il le

connut seulement à cette heure... Parmi les pauvres et nobles paysages

de l'Aveyron, l'absente lui fut vraiment toute l'humanité. Elle le

hanta. Le reflet évoqué d'un de ses regards, le sillage d'un geste,

l'écho d'une parole, soulevèrent en lui des commotions imprévues,

impérieuses à le faire crier... Il baisa dévotement, et mille fois, les

dépêches que lui remettaient, à chaque étape, les buralistes des

télégraphes.

Lorsqu'il regagna Paris, la solitude l'avait transformé. Un télégramme,

daté de Vic-sur-Cère, annonça à Julie qu'il arrivait avant le jour; elle

le trouverait rue Chambiges, sitôt qu'elle viendrait... Et la minute

inoubliable fut celle-ci: quand ils s'enlacèrent dans le crépuscule de

la chambre aux persiennes closes, lui couché, à demi sorti du pesant

sommeil où l'avait plongé la fatigue, elle, vêtue pour la marche,

apportant du dehors un parfum d'air frais, et comme la phosphorescence,

sur ses vêtements, sur ses joues, dans ses cheveux, de la lumière

joyeuse du matin. Maurice, dressé sur son séant, avait saisi le buste,

la tête chérie; le désir des baisers faisait oublier les paroles à leurs

lèvres. Elle, son coeur intelligent d'amoureuse tressaillit de bonheur,

moins parce qu'elle retrouvait l'aimé que parce qu'elle le trouvait

cette fois tel qu'elle l'avait si longtemps rêvé: non plus l'enfant

nerveux, non plus l'amant impérieux, mais l'être pareil à elle-même,

cherchant l'obscure fusion de leurs âmes, rêvant d'être sa chose

dévouée, son bien, son tout.

Ce fut l'aurore du temps béni, rançon des angoisses, des dégoûts de la

première heure, rançon de l'avenir aussi, de tout ce qu'un amour absolu

enclôt de menaces pour le lendemain. La destinée miséricordieuse leur

concéda cette trêve: nul obstacle à se voir, nulle surveillance jalouse;

une cabale de protection semblait formée autour d'eux. Aucune saison de

l'année ne les sépara désormais. À l'hiver de Paris, aux rendez-vous

quotidiens de la rue Chambiges,--coupés par quelques semaines passées à

Nice,--succédaient les villégiatures en commun, à la campagne, à la mer,

où tour à tour Antoine Surgère et Esquier venaient les rejoindre. Tout

naturellement, la vie s'était arrangée à leur garantir le repos. Il ne

tint qu'à eux de goûter le bienfait que l'être humain cherche le plus

obstinément ici-bas: l'oubli des jours, le doux néant de vivre.

Maurice le goûta: il fut heureux; Julie aussi fut heureuse, mais son

bonheur se trempa d'une inquiétude invincible, née avec lui, née de son

excès même, et qui, dès lors, ne cessa de grandir. Quand elle comparait

sa vie d'autrefois à celle d'à présent, elle mesurait avec épouvante

l'obscur abîme d'où l'amour l'avait retirée,--mais pour combien de

temps?... Pour des mois? peut-être!... Pour des années? peut-être...

Assurément point pour toujours. «Quand Maurice aura l'âge que j'ai

aujourd'hui, moi, je serai une vieille femme...» Une heure viendrait

donc où Maurice lui serait ravi, où elle retomberait dans les limbes de

son ancienne existence, avec le souvenir du bonheur perdu, pour la

désespérer. «Maurice se mariera... S'il ne se marie pas, il me

quittera...» Cette pensée la rongea. Elle l'oubliait auprès de Maurice;

la solitude l'y rejetait.

Les vraies heures d'agonie, c'était quand elle avait lu dans les yeux de

son aimé une préoccupation, un rêve dont il n'avait pas voulu dire le

secret. Elle les connaissait si bien, jusqu'aux moindres fibres de la

prunelle, ses clairs yeux d'ambre... Elle y lisait si nettement le désir

qui n'était pas pour elle, fût-il indécis au point que Maurice lui-même

ne le distinguait pas! Dès qu'elle l'avait quitté, son martyre

commençait. Les yeux de Maurice, avec la tache de la pensée trouble, la

hantaient. Elle s'enfermait dans sa chambre, pour être seule avec son

chagrin; et là, elle pleurait sur l'inconnu, sur le vague péril. Ah!

qu'un confident lui eût été cher, pour ces pensées sans nom! Mais où le

prendre, ce confident? La pudeur scellait ses lèvres en face du vieil

ami,--d'Esquier, qui pourtant avait tout deviné,--elle le savait. Alors

qui?... Le confesseur!... Bien des fois, passant rue de Turin, elle fut

tentée par l'arcade blanche de la petite chapelle. Hélas! la honte de

son péché lui en barrait l'entrée; elle sentait qu'elle ne rentrerait là

que lavée par le remords et par la pénitence, plus tard, bien plus tard,

après l'écroulement de son bonheur... Elle errait cependant autour des

églises: parfois elle s'y glissait furtivement, comme si elle avait peur

d'être aperçue, elle, pécheresse, par ce Dieu même qu'elle y venait

chercher. Écroulée sur un prie-Dieu, elle demeurait des heures entières

dans un coin sombre des basses nefs, côte à côte avec de vieux pauvres,

des dévotes à chapelet. Elle ne priait pas: comment oser demander ce que

souhaitait son coeur coupable, la sécurité, l'éternité de la faute?...

Non. Elle ne demandait rien, elle s'attendrissait seulement, en face du

tabernacle; elle prenait peu à peu le courage d'étaler sa misère aux

yeux du Maître divin. Il sait bien, Lui, ce qu'il faut aux pauvres

amoureuses!... Il voyait bien son impuissance à désirer la guérison de

son âme! Au moins, par sa présence à l'église, la pécheresse protestait

contre son indignité, et il lui semblait que, par un de ces moyens

miraculeux qui sont entre ses mains, Dieu s'arrangerait, un jour, dans

longtemps, longtemps, pour que le crime fût pardonné.

En quittant Maurice, ce jour-là, elle eut le désir d'une de ces humbles

stations à l'église, avant de regagner la maison. Sept heures avaient

sonné, le temps pressait. Mais en ce moment, Antoine Surgère était à

Luxembourg; Esquier s'accommodait volontiers, pour les repas, des

caprices de Julie. Elle se fit conduire à la chapelle dominicaine de

l'avenue Hoche. Au moment où elle y pénétra, le bas de la nef était

rempli de silhouettes agenouillées: c'était un samedi, l'heure des

confessions.

«Voilà des femmes du monde, comme moi, se disait Julie; et elles n'ont

pas rompu leurs habitudes religieuses, elles!... Comme je vaux peu, mon

Dieu!»

Elle s'isola dans un coin bien obscur, elle s'agenouilla; elle commença

des prières. Mais ses lèvres seules priaient: elle était trop inquiète;

un pressentiment trop net lui dénonçait le péril. Malgré son effort,

elle ne parlait pas à Dieu; elle réfléchissait.

Elle revoyait Maurice tendre et distrait, ses plus vives étreintes

subitement glacées par une absence de la pensée. Ç'avait été plus

manifeste aujourd'hui qu'hier; hier plus qu'avant-hier; une suite de

menus incidents, conservés dans sa mémoire, jalonnaient dans le passé

récent le chemin par où les soupçons lui étaient venus. Quel rêve

troublait donc le jeune homme, qu'il ne lui confiait point? Il lui

disait tout, depuis longtemps, graves soucis, ennuis légers.

«Une femme... Il y a une femme entre lui et moi.»

Souvent déjà cette idée d'une infidélité possible de Maurice lui avait

traversé l'esprit. Elle en avait souffert, certes, moins pourtant

qu'elle ne souffrait en imaginant qu'une autre femme pourrait, un jour,

lui prendre la pensée de son ami, remplir son coeur, y régner comme

elle. D'ailleurs ces doutes n'étaient jamais de longue durée,

probablement comme les caprices de Maurice. Elle le retrouvait bientôt

plus ardemment à elle, plus épris du refuge de ses bras et de son sein.

Alors, qu'importait? Elle se sentait victorieuse, toujours la Maîtresse.

Hélas! Cette fois, elle hésitait, elle n'avait plus confiance dans la

victoire. Pourquoi? Oh! elle n'aurait rien su dire de précis, mais

c'était un sentiment si puissant!

«Il rêve de me quitter, mon Dieu! mon Dieu!»

Elle avait beau se raisonner, se répéter que Maurice demeurait en somme

tendre comme autrefois. Sa conscience d'amoureuse répliquait: «Je suis

sûre, sûre!...» Dans la demi-nuit de cette chapelle, elle se mit à

chercher obstinément, à chercher un nom.

«Si je la connaissais, au moins!... Mais je n'ai pas d'amies.»

En effet, les quelques femmes qui assistaient au dîner du mardi, les

visiteuses du jeudi, n'étaient pas des amies. Il n'y avait plus de place

depuis longtemps dans la vie de Julie, pour les minutes vaines que les

femmes donnent aux femmes.

«Je n'ai pas d'amies. Mais lui va dans le monde... C'est là qu'il a

rencontré cette femme.»

Une femme? Non, une jeune fille. À travers les phrases qui parfois

s'échappaient aux heures tristes, elle avait bien compris que jamais il

ne chercherait une autre maîtresse. Ce qui l'obsédait, c'était l'avenir

clos, l'évolution sentimentale interrompue. Ne lui avait-il pas dit ce

mot, un jour qu'elle faisait tristement allusion à la différence de

leurs âges: «J'ai votre âge, mon aimée. Notre coeur a l'âge de ce qu'il

aime?»

Oui! l'âge de ce qu'il aime. Telle était bien la pensée de Maurice et sa

hantise. Il avait un coeur de quarante ans...

Mais quelque part, sans doute, vivait l'inconnue, la jeune fille, celle

qui représenterait pour lui le rajeunissement du coeur, l'amour initial,

le foyer créé, la famille... Celle-là, Julie la redoutait, elle

suppliait Dieu de l'éloigner du chemin de l'aimé...--Et voilà que

c'était fait sans doute; il l'avait trouvée.

«Mon Dieu! mon Dieu! faites que cela ne soit pas.»

À ce moment, le sacristain lui toucha l'épaule.

--On ferme la chapelle, madame, dit-il discrètement.

--Quelle heure est-il donc?

--Il est huit heures.

Elle se leva en hâte, regagna son fiacre. Le cheval, qui par hasard

allait bon train, mit cinq minutes à gagner la place Wagram.

En montant l'escalier, le premier visage qu'elle aperçut fut celui de

Claire Esquier. Elle lui demanda:

--Je suis en retard?

--Oh! oui... Nous commencions à être inquiets.

--Fais servir. Je descends à l'instant. Qu'on enlève le couvert de

Maurice, il ne vient pas dîner ce soir.

--Je sais, dit Claire.

Mme Surgère, surprise, questionna:

--Il te l'a écrit?

--Non, il est venu ici tantôt; il me l'a dit.

Elle descendit sur ce mot, prononcé sans arrière-pensée. Elle ne vit pas

Julie fléchir et s'appuyer au champignon monumental de la rampe.

«Il est venu aujourd'hui... Il est venu à l'heure où je ne suis pas là,

il est venu voir Claire, et il me l'a caché... C'est donc elle?... C'est

elle! Comment ne l'avais-je pas deviné?»

***

Le péril lui semblait plus inévitable, maintenant qu'elle savait...

L'ennemie, c'était Claire. Comment combattre celle-là?... Comment la

haïr?

L'automne d'une femme · 第 17 / 29 题