[Note 125: Comparez Mayer, _Friedreichs Blätter_, 1875, p. 41;
Krausold, _Melankolie und Schuld_, 1885, p. 20; Andronico, _Archiv. di
psich. scienze penali e d'anthropol., crim._, vol. III, p. 145]
Son importance médico-légale est bien minime quand il s'agit de
rapports entre adultes. En Autriche seulement, il pourrait avoir
une importance pratique. Mais, comme pendant de l'uranisme, il a une
importance anthropologique et clinique. L'_amor lesbicus_ ne paraît
pas être moins rare que l'uranisme. La grande majorité des uranistes
féminins ne cèdent pas à un penchant congénital, mais ils se
développent dans des conditions analogues à celles de l'uranisme
artificiel.
Cette «amitié défendue» fleurit surtout dans les prisons de femmes.
Krausold (_op. cit._) dit: «Les prisonnières lient souvent entre elles
ce genre d'amitié dans laquelle, il est vrai, on aboutit autant que
possible à la manustupration mutuelle.»
Mais le but de ces amitiés ne consiste pas seulement dans une
passagère satisfaction manuelle. Elles sont aussi liées pour ainsi
dire systématiquement et pour une époque plus longue pendant laquelle
se développent une jalousie féroce et un amour ardent d'une violence
qu'on ne trouve guère plus intense parmi les personnes de sexe
différent. Si l'amie d'une prisonnière s'aperçoit d'un sourire pour
une autre, il y a des scènes violentes de jalousie et des crépages de
chignon.
Si la prisonnière qui s'est laissée aller aux voies de fait, a été,
selon le règlement, punie et mise aux fers, elle dit que «son amie lui
a fait un enfant».
Nous devons aussi à Parent-Duchâtelet (_De la prostitution_, 1857)
des renseignements très intéressants sur l'_amor lesbicus_
artificiellement créé.
Le dégoût provoqué par les actes les plus abominables et les plus
pervers (_coitus in axilla, inter mammas_, etc.) que les hommes
commettent sur des prostituées, poussent souvent ces malheureuses, dit
l'auteur cité, à l'amour lesbien. Il ressort de ses recherches que ce
sont particulièrement les prostituées de grande sensualité qui, non
satisfaites par les rapports avec des impuissants ou des pervers, et
dégoûtées de leurs pratiques, sont amenées à cette aberration.
De plus, les prostituées qui se font remarquer comme tribades, sont
toujours des personnes qui ont fait plusieurs années de prison et qui
ont contracté cette aberration dans ces foyers d'amour lesbien _ex
abstinentia_.
Il est bien intéressant de constater que les prostituées méprisent
les tribades, de même que l'homme méprise le pédéraste, tandis que les
prisonnières femmes ne considèrent point ce vice comme choquant.
Parent cite le cas d'une prostituée qui, en état d'ivresse, a voulu en
violer une autre à la manière lesbienne. Là-dessus les autres filles
du bordel furent prises d'une telle indignation qu'elles dénoncèrent
cette pervertie à la police. Taxil (_op. cit._ p. 166, 170) cite des
faits analogues.
Mantegazza également (_Études d'anthropologie et d'histoire de la
civilisation_) trouve que les rapports sexuels entre femmes ont
surtout la signification d'un vice qui s'est développé à la suite
d'une _hyperæsthesia sexualis_ non satisfaite.
Nombre de cas de ce genre--abstraction faite de l'inversion sexuelle
congénitale--sont tout à fait analogues aux cas masculins dans
lesquels le vice s'est artificiellement développé, est devenu peu à
peu de l'inversion sexuelle acquise avec horreur des rapports sexuels
avec les individus de l'autre sexe.
Il est probable qu'il s'agit de cas de ce genre dans les
correspondances que nous rapporte Parent entre amantes,
correspondances aussi débordantes et aussi sentimentales que celles
entre des amoureux de sexe différent; l'infidélité et la séparation
mettaient hors d'elle l'abandonnée; la jalousie était féroce et
amenait souvent à des vengeances sanglantes. Les cas suivants d'_amor
lesbicus_ cités par Mantegazza sont certainement morbides et peut-être
des faits d'inversion congénitale.
1º Le 5 juillet 1877 a comparu devant le tribunal, à Londres,
une femme qui, déguisée en homme, s'était déjà mariée trois
fois avec diverses femmes. Elle a été reconnue femme devant
tout le monde et condamnée à six mois de prison.
2º En 1773, une autre femme, déguisée en homme, fit la cour à
une jeune fille, demanda sa main, mais sa tentative audacieuse
ne réussit pas.
3º Deux femmes vécurent ensemble pendant trente ans, comme
mari et femme. Ce n'est qu'en mourant que l'«épouse» a révélé
le secret aux personnes qui entouraient son lit.
Coffignon (_op. cit._, p. 301) cite de nouveaux faits remarquables.
Il rapporte que cette aberration est maintenant très à la mode, en
partie à cause des romans qui traitent de ce sujet, en partie aussi
par suite de l'excitation des parties génitales par un travail
excessif avec les machines à coudre, et aussi par la fait que les
domestiques féminins couchent souvent dans le même lit, puis par les
séductions qui se font dans les pensions par des élèves perverties ou
par la séduction des filles de famille par des servantes perverses.
L'auteur prétend que ce vice (saphisme) se rencontre de préférence
chez les dames de l'aristocratie et chez les prostituées. Mais il ne
distingue pas entre les cas physiologiques et pathologiques, et parmi
ces derniers il ne fait pas non plus la distinction entre les cas
acquis et les cas congénitaux. Certains détails concernant des cas
sûrement pathologiques correspondent complètement aux faits qu'on a pu
recueillir sur les hommes atteints d'inversion sexuelle.
Les saphistes ont leurs lieux de réunion à Paris, se reconnaissent par
le regard, les gestes, etc. Des couples saphistes aiment à s'habiller
et à se parer de la même façon. On les appelle alors «petites
soeurs».